Pourtant, nous aimons la justice. Nous vivons, il est vrai, au sein
d’une grande injustice, mais il faut ajouter qu’il n’y a pas longtemps
que nous en avons acquis la certitude et nous cherchons encore le moyen
de la faire disparaître. Elle était si ancienne, l’idée de Dieu, du
destin et des volontés mystérieuses de la nature s’y mêlait si
intimement, elle est encore si étroitement liée à la plupart des
puissances injustes de l’univers, que c’est d’hier seulement que nous
essayons d’isoler les forces purement humaines qui s’y trouvent. Et si
nous parvenons à les isoler, à les reconnaître et à les séparer
définitivement de celles sur lesquelles nous n’avons aucune influence,
cela sera plus important à la justice que tout ce que l’humanité a
trouvé jusqu’ici dans sa recherche de la justice.
Car dans l’injustice sociale, ce n’est pas la part humaine qui est
capable d’arrêter notre désir passionné d’équité, mais celle qu’un grand
nombre attribue encore à Dieu, à une sorte de fatalité, à d’imaginaires
lois de la nature.