VI

Ainsi, nous ne pouvons dire qu’il y ait trace, ni au-dessus, ni autour,

ni au-dessous de nous, ni dans cette vie, ni dans notre autre vie qui

est celle de nos enfants, d’une justice intentionnelle. Mais, en nous

adaptant à l’existence, nous avons été naturellement amenés à imprégner

de notre morale les principes de causalité que nous rencontrions le plus

souvent, en sorte qu’il existe une très suffisante apparence de justice

effective, récompensant ou punissant la plupart de nos gestes selon

qu’ils se rapprochent ou s’écartent de certaines lois nécessaires à la

conservation des êtres. Il est évident que si j’ensemence mon champ,

j’aurai cent fois plus de chances de récolter l’été prochain, que n’en

aura mon voisin qui n’ensemence pas le sien parce qu’il préfère vivre

dans la paresse ou la dissipation. Voilà le travail récompensé avec une

certitude satisfaisante, et nous avons fait du travail l’acte moral par

excellence et le premier des devoirs, parce qu’il est indispensable au

maintien de notre existence. On pourrait multiplier à l’infini les

exemples de ce genre. Si j’élève bien mes enfants, si je suis bon et

juste envers ceux qui m’entourent, si je suis honnête, actif, sincère,

prudent et sage en toutes circonstances, j’aurai plus de chance de

trouver de la piété filiale, de l’affection, du respect et des moments

heureux que celui qui aura été ou aura fait tout le contraire. Néanmoins

ne perdons pas de vue que mon voisin ne récolterait pas davantage si,

diligent et sobre à son ordinaire, une cause respectable et peut-être

admirable,--par exemple une maladie contractée au chevet de sa femme ou

de son voisin--l’avait empêché de semer son blé en temps voulu. Il en

irait de même, _mutatis mutandis_, dans les autres cas que je viens

d’énumérer. Mais ces cas où une cause respectable ou excellente met

obstacle à l’accomplissement d’un devoir sont exceptionnels, et, en

général, entre la cause et l’effet, entre l’exigence de la loi

nécessaire et le résultat de l’effort qui y obéit, il y a, grâce à notre

souplesse, une concordance suffisante pour maintenir en nous l’idée de

la justice des choses.

Le temple enseveli · 第 13 / 111 题