Sur la tour carrée s’élève une flèche octogonale dont les angles sont adoucis

par des tores. Elle est accompagnée aux quatre angles de clochetons côniques

ornés à mi-hauteur d’un boudin. Elle est percée dans sa partie inférieure par

deux archères au nord et à l’est. Une troisième petite ouverture est visible au

tiers de sa hauteur au sud-est. Cette flèche fut restaurée au 18e siècle après

avoir subi de graves dommages dûs à la foudre. Elle fut à nouveau détruite par

la foudre à la fin du 19e siècle, et reconstruite dans le même style. Quand fut

construite la première flèche en pierre? Aucun document n’a été retrouvé à ce

sujet.

#Datation

On connaît précisément la date de la construction de la tour. On sait qu’elle

fut débutée en 1131, ce grâce à un manuscrit rédigé à la même époque, à

l’occasion de la découverte du sarcophage de Saint Gaud dans le choeur. Ce

sarcophage fut justement découvert dans le choeur lorsqu’on commença à creuser

les fondements de la tour [16]. Le même manuscrit cite le nom du maître d’oeuvre

de la tour: “Rogerius de Altomansiunculo, qui caementariorum erat magister...”

[17]

Le choeur roman et sa chapelle sont très difficiles à dater exactement, du fait

de leurs nombreux remaniements. Il n’est pas possible non plus de déterminer si

leur construction est antérieure ou postérieure à celle de la tour.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Pair

* La carte du doyenné de Saint-Pair

* Le plan du choeur de l’église indiquant les fondations de l’oratoire du 6e

siècle et l’emplacement des sarcophages

* Le plan de l’édifice antérieur à 1880

* Le plan de l’église actuelle

* Le schéma du pilier sud-ouest de la tour

#Notes

[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et

d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 35.

[2] Le texte de Fortunat est résumé dans: Tardif (Adolphe et Joseph).

Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints vénérés dans l’église de cette paroisse.

Rennes, 1888, p. 76-78. Le texte de Fortunat est cité en entier, en français et

en latin, dans: Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et

d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 41-54.

[3] D’après: Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints

vénérés dans l’église de cette paroisse. Rennes, A. Le Roy, 1888, p. 148-151.

[4] Cité par: Biguet (E.). Saint-Pair-sur-la-Mer, in: Le Pays de Granville,

1934, p. 194.

[5] D’après: Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints

vénérés dans l’église de cette paroisse. Rennes, 1888, p. 166-167.

[6] Voir les Pouillés du diocèse de Coutances.

[7] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des

historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 498.

[8] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des

cinq départements de la Normandie, 1911, p. 238-242.

[9] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des

cinq départements de la Normandie, 1911, p. 238-242.

[10] Bouhier (Claude). Inventaire des découvertes archéologiques du département

de la Manche. Thèse de doctorat de l’Université de Caen, 1962, p. 415.

[11] Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et

d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 36.

[12] D’après les archives paroissiales de l’église de Saint-Pair-sur-Mer.

[13] Un cliché de l’ancienne église est reproduit dans: Biguet (E.).

Saint-Pair-sur-Mer, in: Le Pays de Granville, 1934, p. 92. Voir aussi le plan de

l’édifice antérieur à 1880.

[14] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des

cinq départements de la Normandie, 1911, p. 252-254.

[15] D’après les archives paroissiales.

[16] Le texte du manuscrit est retranscrit en français et en latin dans: Pigeon

(Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches,

1888, tome I, p. 82-96. Le chanoine Pigeon transcrit la copie du manuscrit du

12e siècle faite en 1680 par Charles Guérin, chanoine d’Avranches. Ce manuscrit

fut brûlé pendant la Révolution française.

[17] Le chanoine Pigeon traduit le nom du maître d’oeuvre par Roger de

Haute-Maison, Roger de Haut-Manoir ou Roger de Haut-Mesnil dans: Vie des saints

du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 93 note 3.

Ernest-Joseph Tardif traduit ce nom par Roger de Haute-Maisoncelle dans:

L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des cinq départements de la Normandie,

1911, p. 250.

6. ANGEY

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les

appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description du choeur //

Description de la tour / A l’intérieur / A l’extérieur // Datation // Documents

// Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village d’Angey est situé à 2,5 kilomètres à l’ouest de Sartilly (voir la

carte). Le village n’étant formé que de quelques maisons éparses, il n’y a plus

de curé résidant sur place. Depuis 1914, la paroisse d’Angey est rattachée à

celle de Sartilly. L’église n’est utilisée qu’en de rares occasions pour des

mariages et des enterrements.

= Histoire

Le saint patron de l’église est Saint Samson. Le second saint est Saint

Jean-Baptiste. La paroisse d’Angey appartenait au doyenné de Genêts et à

l’archidiachoné d’Avranches.

En 1162, l’église d’Angey et ses dépendances furent données à l’abbaye de la

Lucerne par Guillaume de Saint-Jean, en même temps que l’église de Saint-

Jean-le-Thomas: “Ego Willelmus de Sancto Johanne… dedimus Deo et ecclesie Sancte

Trinitatis de Lucerna… ecclesiam de Sancte Johanne cum omnibus pertinentis suis…

dedimus et ecclesiam de Angeio cum pertinentis suis...” [1]

L’église avait pour seigneur patron l’abbé de la Lucerne. Le Livre blanc

(Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia S. Samsonis

de Angeyo – Patronus Abbas Lucernae…” [2]

Comme l’église de Saint-Jean-le-Thomas, elle était administrée par un curé

appartenant à la communauté religieuse de la Lucerne.

Au 18e siècle, d’après le tableau des doyennés dressé en 1773, l’église était la

propriété de la Lucerne et du comte de Géraldin [3].

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest

en est) composé d’une longue nef et d’un choeur d’une travée (voir le plan). La

tour, située dans l’axe du vaisseau, s’élève entre choeur et nef.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries sont faites d’un appareil irrégulier de moëllons de granit. Les

contreforts, le pourtour des ouvertures et l’étage de la tour sont formés de

blocs de granit de taille régulière. L’église a été construite avec les

matériaux locaux. Tout comme Sartilly, Angey est situé au coeur du massif

granitique de Vire, allongé d’est en ouest, et qui forme à cet endroit une barre

d’une largeur de cinq kilomètres environ.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre les murs intérieurs. Le sol de l’édifice est en

ciment. Le choeur est surmonté d’un plafond de plâtre légèrement incurvé, alors

que la nef possède une voûte en berceau de bois rudimentaire recouverte d’une

couche de peinture blanche.

La pente de la toiture d’ardoises est plus faible que celle du toit d’origine.

La ligne de faîte a été descendue. Sur les faces est et ouest de la tour, on

voit au-dessus de la ligne de faîte actuelle la marque de l’emplacement du toit

primitif, juste en-dessous du bandeau chanfreiné séparant l’étage de la base de

la tour.

#Description du choeur

Le choeur à chevet plat est formé d’une travée. Ses murs latéraux sont épaulés

de deux contreforts plats surmontés d’une corniche soutenue par des modillons.

Ils sont moulurés en quart-de-rond, à l’exception d’un très gros modillon

sculpté d’une tête humaine peu visible au nord.

Les murs latéraux sont percés de deux très larges baies au cintre surbaissé. Le

mur du chevet est lui aussi ouvert par une baie semblable. L’ébrasement

intérieur de la baie montre qu’elle a dû remplacer une baie à l’arc brisé. Ces

baies ont sans doute été percées ou agrandies au moment du remaniement de la nef

au 19e siècle.

Le toit du choeur observe une pente plus faible que le toit primitif. Ceci

explique le fait que la corniche ait été surmontée d’une rangée de blocs de

granit, d’où un léger exhaussement des murs latéraux.

#Description de la tour

= A l’intérieur

La travée qui supporte la tour entre choeur et nef est délimitée par quatre

épais piliers. Les piliers supportent quatre arcs en plein-cintre par

l’intermédiaire d’une imposte en forme de bandeau chanfreiné.

Cette travée est surmontée d’une voûte en croisée d’ogives. Les ogives, très

épaisses, sont moulurées de deux épais tores d’angle encadrant une petite

moulure triangulaire saillante. Ces ogives reposent sur des culots par

l’intermédiaire d’un petit tailloir carré et chanfreiné. Cette voûte rappelle

tout à fait la voûte en croisée d’ogives d’Yquelon. Le tout étant badigeonné de

blanc, il est impossible de voir si la clef de voûte est sculptée comme à

Yquelon.

Deux portes rectangulaires ont été percées au nord et au sud, sans doute au

moment du remaniement de la nef au 19e siècle. La porte sud est actuellement

murée.

= A l’extérieur

Les murs nord et sud de la base de la tour sont surmontés d’une petite

maçonnerie en léger relief, qui est recouverte d’un toit de pierre en appentis

reliant les toitures de la nef et du choeur. Cette maçonnerie repose sur une

corniche supportée par quelques modillons.

L’étage de la tour a été refait à une époque plus tardive. Il est percé au nord

et au sud d’une petite baie au cintre surbaissé. L’ensemble est surmonté d’un

toit en bâtière.

#Datation

Le choeur roman date peut-être de l’édifice primitif donné par Guillaume de

Saint-Jean à l’abbaye de la Lucerne en 1162. Une deuxième campagne de

construction aurait eu lieu dans la seconde moitié du 12e siècle. L’appareil de

la base de la tour est légèrement différent de celui du choeur. La base de la

tour aurait été construite à la même date. La voûte en croisée d’ogives

surmontant la travée de la tour est semblable à celle du choeur d’Yquelon,

édifice roman de la seconde moitié du 12e siècle.

Il est impossible de dater la nef, entièrement remaniée au 19e siècle. La date

“1828” est indiquée sur le linteau de la grande porte rectangulaire ouverte dans

la partie orientale du mur latéral sud. C’est probablement à cette date qu’ont

été percées toutes les ouvertures actuelles de l’église: portes rectangulaires

et larges baies au cintre très surbaissé.

Ces conclusions sont toutes des suppositions. Il est impossible d’être précis

étant donné l’absence totale de documents. Aucune information n’a été retrouvée

non plus sur des réfections éventuelles dans le Registre paroissial de l’église

d’Angey (1862-1914), ni dans les notes de l’abbé Besnard, qui fut le dernier

curé d’Angey résidant sur place.

#Documents

* La bibliographie d'Angey

* Le plan de l’église d’Angey

#Notes

[1] Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p. 4 et 5.

[2] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,

tome II, p. 643.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,

tome I, p. 128.

7. SAINT-JEAN-LE-THOMAS

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les

appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure /

La façade occidentale / La nef / Le choeur / La tour // Description intérieure /

La nef / Le choeur // Datation / Le choeur / La nef // Les restaurations des 19e

et 20e siècles // Les décors peints // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le bourg de Saint-Jean-le-Thomas se trouve sur la route côtière, à mi-chemin

entre Granville et Avranches (voir la carte). Saint-Jean-le-Thomas était

traversé par deux chemins montois: le chemin reliant le Mont Saint-Michel à

Saint-Pair et le chemin reliant le Mont à Coutances. De plus, le chemin des

grèves reliant le Mont à Saint-Pair traversait les dunes avant de gravir les

falaises de Champeaux et de Carolles.

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Jean-Baptiste. La paroisse de

Saint-Jean-le-Thomas appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné

d’Avranches.

En 917, Guillaume Longue-Epée, second duc de Normandie, donna à l’abbaye du Mont

Saint-Michel le village de Saint-Jean prope littu maris avec son église, son

moulin, ses vignes et ses prés. Il donna à Saint-Jean le titre de villa alors

que la plupart des autres paroisses ne portaient que le titre de villulae.

Au 11e siècle, Robert Ier donna de nouveau au Mont la seigneurie de

Saint-Jean-au-bout-de-la-mer avec ses dépendances, à savoir Dragey et son

église, Obret, Tissey, la forêt de Bivie (l’actuelle lande de Bévet), les bois

de Néron et du Crapoult. Ces terres occupaient l’espace occupé actuellement par

les communes de Champeaux, Saint-Michel-des-Loups et Carolles. [1]

Au 12e siècle, le seigneur du lieu, Guillaume de Saint-Jean, reçut le titre de

second fondateur de l’abbaye de la Lucerne (le premier étant Halsculphe de

Subligny). En 1162, il donna à l’abbaye la terre et le bois situés entre le Thar

et le Tharnet, l’église de Saint-Jean-le-Thomas avec ses dépendances, et de

nombreuses propriétés aux alentours et en Angleterre. Cette charte figure dans

le Cartulaire de la Lucerne: “Ego Willelmus de Sancto Johanne… dedimus Deo et

ecclesie Sancte Trinitatis de Lucerna et canonicis regularibus ibidem Deo

servientibus terram in quam fundata est abbatia, eam silicet qui est inter

primum vivarium ipsorum et nemus et Thar et Tharnet, et ecclesiam de Sancto

Johanne cum omnibus pertinentis suis; itam tamen ut per duos presbiteros

serviatur, sive de religione, sive de seculo, in voluntate abbatis et

canonicorum...” [2]

Au 15e siècle, l’église était toujours la propriété de l’abbaye de la Lucerne.

Le Livre blanc (Pouillé de 1412) mentionne l’abbé de la Lucerne comme seigneur

patron: “Ecclesia de S. Johanne de Thomas, regularis – Patronus abbas

Lucernae...” [3] L’église était desservie par un curé appartenant à la

communauté religieuse de la Lucerne.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest

en est) composé d’une longue nef et d’un choeur à chevet plat (voir le plan). On

entre dans l’église par un portail situé dans le mur latéral sud de la nef et

précédé d’un porche. La tour s’élève au sud du vaisseau. Elle est accolée à la

partie orientale de la nef.

Les matériaux

= Les appareils

Les maçonneries de la façade occidentale, des murs latéraux de la nef et du mur

du chevet présentent un appareil irrégulier formé de moëllons de schiste et de

granit. Celles des murs latéraux du choeur sont faites d’un appareil assez

régulier de petits blocs de granit pris dans un épais mortier.

Le schiste et le granit sont des matériaux locaux. Le granit provient du massif

granitique de Vire, qui se termine par les falaises massives de Carolles et de

Champeaux au nord de Saint-Jean-le-Thomas. Le schiste provient de l’auréole

métamorphique de ce massif.

L’ensemble des maçonneries a été entièrement rejointoyé à l’extérieur. On note

aussi la présence de briques, qui forment les claveaux des arcs des petites

baies dans le mur latéral sud du choeur.

= Les enduits, sols, plafonds et toitures

A l’intérieur de l’église, le mur latéral nord de la nef et la partie

occidentale du mur latéral sud sont recouverts d’un enduit de ciment. Le mur sud

était recouvert d’un enduit de plâtre qui a été partiellement enlevé pour

dégager des peintures murales. Les pierres de granit formant les piédroits sont

apparentes, tout comme les arcs des baies de la nef. L’appareil des murs du

choeur est en partie apparent. Il est recouvert par endroits d’un enduit de

ciment.

Le sol est formé de larges dalles de granit dans la nef, et d’un carrelage fait

de tommettes carrées rouges dans le choeur.

Une voûte en berceau de plâtre recouvre la nef, alors que le choeur est surmonté

d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1965 et 1973. L’ensemble est

recouvert de toitures en ardoises d’Angers.

#Description extérieure

= La façade occidentale

Le mur de façade est surmonté d’un léger glacis recouvert de plaquettes de

schiste, en arrière duquel s’élève le mur pignon. Cette façade ne comprend pas

de porte. Sa partie médiane est occupée par un contrefort plat terminé par un

glacis à la base du pignon.

De part et d’autre de ce contrefort sont percées deux étroites petites baies au

cintre creusé dans un linteau monolithe de granit. Au-dessus du contrefort, dans

le mur pignon, une troisième baie au cintre formé d’une rangée de claveaux de

granit a été bouchée en 1973, et les deux baies inférieures jusque-là murées ont

été dégagées [4].

= La nef

Dans la nef, la partie supérieure du mur latéral sud est percée de trois

étroites petites baies en plein-cintre. Leurs piédroits formés de gros blocs de

granit supportent un arc creusé dans un linteau monolithe. Une grande baie en

plein-cintre a été ouverte postérieurement.

Au-dessous de la petite baie percée dans la partie orientale du mur, une rangée

semi-circulaire de claveaux de granit surplombe un linteau en bâtière très

massif surmonté de pierres losangées formant un appareil réticulé. Cet ensemble

correspond à l’arcade d’un portail aujourd’hui muré.

Plus à l’ouest, un autre portail (voir le schéma) permet l’accès à l’église. Son

arcade en plein-cintre est formée d’une voussure ornée d’une simple moulure

torique. La voussure repose sur deux colonnettes très engagées qui prolongent le

tore et qui ont sensiblement le même diamètre que celui-ci. Les colonnettes sont

surmontées de chapiteaux à tailloir carré dont la corbeille est sculptée de

petits crochets d’angle à peine visibles. La base carrée est surmontée d’un

double tore. Le portail est précédé d’un porche du 15e siècle.

Le mur latéral nord de la nef est percé de deux grandes baies trilobées. Une

porte rectangulaire sous linteau de granit a été murée. Les maçonneries du mur

présentent un appareil plus régulier qu’au sud, ce qui permet de supposer que le

mur a été reconstruit en partie, peut-être au moment du percement des baies

trilobées.

= Le choeur

La partie supérieure du mur sud du choeur est percée de deux étroites petites

baies en plein-cintre. Le cintre de l’une est creusé dans un linteau monolithe

de granit alors que le cintre de l’autre est formé d’une rangée de claveaux. Une

très grande baie en plein-cintre a été ouverte beaucoup plus tard, ce qui a

nécessité la destruction d’une partie du mur. Une baie semblable a été ouverte

dans le mur nord. Ces deux baies ont été percées au 19e siècle, au moment de la

reconstruction de la tour.

Au nord, trois petites baies en plein-cintre haut situées sont surmontées de

claveaux de briques, avec quelques briques perpendiculaires aux autres sur leur

pourtour.

Le mur du chevet a un appareil différent de celui des murs latéraux. Il a dû

être reconstruit, et avec lui l’extrémité orientale des murs latéraux. Il était

percé d’une grande baie médiane en plein-cintre, aujourd’hui bouchée.

= La tour

La tour, récente, est accolée à la partie orientale de la nef au sud. Elle fut

construite en 1895 et 1896 pour remplacer le vieux clocher surmonté d’un toit en

bâtière, qui menaçait de s’effondrer. Cette tour a été édifiée en granit des

carrières de Saint-James. Elle est formée de deux étages surmontés d’une

balustrade ajourée.

#Description intérieure

= La nef

Les deux petites baies en plein-cintre percées dans le mur occidental sont très

ébrasées vers l’intérieur et vers le bas. Les pierres de granit formant les

piédroits de la baie médiane bouchée dans le mur pignon sont très visibles.

Au sud, une grande cavité ménagée dans le mur et surmontée d’un arc en

plein-cintre correspond à l’arcade du portail muré observé à l’extérieur. Une

partie du mur sud est ornée de décors peints du 12e siècle.

Dans la partie orientale du mur sud de la nef, une chapelle carrée à plafond

plat correspond à l’étage inférieur de la tour. La nef ouvre sur cette chapelle

par une arcade en plein-cintre. L’arc à double rouleau aux arêtes légèrement

chanfreinées repose sur deux pilastres par l’intermédiaire d’une imposte

moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Le bandeau se prolonge légèrement sur

le mur sud de la nef.

= Le choeur

Le choeur est plus étroit que la nef. L’appareil des murs est formé de petits

blocs de granit pris dans un mortier très épais, et les claveaux de briques des

baies du mur nord sont visibles à l’intérieur. Seules les maçonneries formées

d’un appareil irrégulier de moëllons de granit et de schiste sont recouvertes

d’un enduit de ciment.

#Datation

= Le choeur

Le choeur présente des similitudes avec l’église souterraine du Mont

Saint-Michel, Notre-Dame-sous-Terre. On retrouve des caractéristiques

semblables. Les arcs des baies sont formés de claveaux de briques et les murs

présentent un appareil de petits blocs de granit assez réguliers séparés par

d’épais joints de mortier. Notre-Dame-sous-Terre fut construite par les premiers

Bénédictins, qui s’installèrent au Mont après 966. Or Saint-Jean était à cette

époque la propriété du Mont Saint-Michel. Il est donc tout à fait possible que

l’église ait été construite ou reconstruite dans la seconde moitié du 10e

siècle.

= La nef

La nef aurait été construite à la fin du 11e et au début du 12e siècle. Les

indices de datation sont donnés par les portails.

Le portail muré pourrait dater du 11e siècle. “Avec ses petits carreaux

irréguliers et son arc extérieur sans aucune mouluration, ni décoration, il

semble archaïque. Les tympans similaires dont on peut le rapprocher paraissent

être parmi les plus anciens. Il est en particulier très proche de celui de

Saint-Amand près de Torigny-sur-Vire. Il se rapproche aussi de plusieurs tympans

de l’Eure: La Houssaye, Rostes, La Sogue, tous édifices datés du 11e siècle.”

[5]

Le portail actuellement utilisé date certainement du début du 12e siècle:

voussure ornée d’une moulure torique reposant sur des colonnettes engagées,

bases carrées ornées d’un double tore, corbeilles de chapiteaux surmontées d’un

tailloir carré, les chapiteaux étant sculptés de crochets d’angles.

#Les restaurations des 19e et 20e siècles

En 1895 et 1896 fut construit le clocher en granit des carrières de Saint-James.

En 1964, on découvrit deux petites baies romanes dans la façade occidentale.

En 1965, la restauration du choeur de l’église fut entreprise sous la direction

d’Yves-Marie Froidevaux. Les travaux suivants furent réalisés: décapage des murs

intérieurs pour laisser apparaître l’appareil des maçonneries, mise à jour de

cinq petites baies dans les murs latéraux, consolidation des murs latéraux par

la base (les murs sans fondations furent repris en sous-oeuvre), construction

partielle de la voûte en berceau de bois (terminée en 1973). En 1973, la baie

centrale du mur pignon de la façade occidentale fut également murée et les deux

petites baies inférieures mises à jour.

En 1974 furent découvertes des peintures murales du 12e siècle. Le décor peint a

été en partie dégagé en décembre 1974. [6]

#Les décors peints

L’existence de décors peints dans l’église de Saint-Jean-le-Thomas était ignorée

jusqu’en 1974. Lors de la réfection des enduits intérieurs de la nef, quelques

taches de couleur sur le mur latéral sud ont attiré l’attention du curé, l’abbé

Porée, qui a fait intervenir les fresquistes des Beaux-Arts.

Une partie des peintures murales a été dégagée en décembre 1974. Elles ont été

datées du 12e siècle. Trois tableaux se succèdent d’est en ouest:

- Sur le tympan du portail muré, le combat d’un homme contre un ange, "un combat

qui pourrait être celui de Jacob contre l’ange envoyé de Dieu, ou Dieu lui-même

manifesté sous une forme visible..." [7]

- Puis une scène champêtre. Des épis de blé précèdent un personnage tenant une

outre, qui verse du vin dans une coupe que lui tend un autre personnage. A

droite, un troisième homme tient un instrument aratoire.

- Enfin, un troisième tableau dont une partie est manquante. On discerne une

lutte opposant un personnage dont la tête est entourée d’une auréole et un autre

personnage recouvert d’une armure qui semble avoir été jeté à terre. Ce serait

“la lutte de Saint Michel contre le Démon” [7].

Ces tableaux sont surmontés de frises de rinceaux terminés par des feuillages.

Les rinceaux sont entourés de deux larges bandes horizontales formées d’une

ligne ocre et d’une ligne chamois séparées par une rangée de perles blanches.

L'art roman dans le Sud-Manche · 第 4 / 10 段