relief repose sur deux têtes sculptées. Pour la porte sud, un tore d’angle est
surmonté d’un chanfrein. Ce chanfrein et le chanfrein inférieur de l’archivolte
sont sculptés d’un rang de dents-de-scie peu marquées.
#Les restaurations
= Au 19e siècle
Les restaurations du 19e siècle furent importantes [7]. La sacristie fut
construite en 1885 [8]. La baie géminée du chevet fut fermée et une rose fut
ouverte dans le mur pignon pour la remplacer. La même année, on découvrit dans
le cimetière une pierre tombale du 12e siècle. Cette pierre tombale fut
encastrée dans l’enfeu du mur nord de la nef en février 1893 [9].
En 1896, les grandes baies rectangulaires de la nef furent remplacées par des
baies en plein-cintre sur le modèle de la plus grande baie du choeur [10]. Le
pourtour de granit des deux baies en plein-cintre du mur latéral sud du choeur
fut refait. A la même époque, on ménagea dans la façade occidentale trois baies
en plein-cintre identiques, à l’emplacement d’une grande ouverture rectangulaire
[11]. La voûte de la nef fut refaite: un lambris en bois de sapin fut remplacé
par une voûte en berceau de chêne [12]. Le tympan du portail occidental fut
restauré et sculpté d’une croix romane en 1897 [13].
= Au 20e siècle
En 1969 et 1970, un enduit à la chaux fut refait sur toute la surface des murs
latéraux de la nef [14]. En 1970, un carrelage fut posé sur les bancs de
l’église [15]. Le reste du carrelage avait été posé au 19e siècle. En 1972, la
toiture de l’église fut refaite en ardoises d’Angers [16].
#Une petite école locale d’architecture: Yquelon et Bréville
Les portes des églises d’Yquelon et de Bréville présentent de nombreuses
similitudes.
Le portail occidental d’Yquelon et la porte sud de Bréville présentent tous deux
une archivolte formée d’un épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief.
Le rang de dents-de-scie est lui-même sculpté en creux d’une rangée de bâtons
brisés. L’archivolte repose sur des têtes sculptées. Une sculpture de tête
humaine en fort relief orne le claveau central de la voussure. Les têtes
d’Yquelon, sculptées dans le granit, sont beaucoup plus visibles que celles de
Bréville, sculptées dans une pierre calcaire plus friable.
Les portes sud d’Yquelon et de Bréville présentent elles aussi des traits
communs: une voussure moulurée d’un tore épais surmonté d’un chanfrein orné de
dents-de-scie peu marquées, et des corbeilles de chapiteaux sculptées de
crochets d’angle aujourd’hui pratiquement effacés.
La porte sud de Bréville est en quelque sorte la synthèse des deux portes
d’Yquelon. Elles ont dû être exécutées dans le même atelier. On retrouve aussi
le même type d’archivolte sculptée de dents-de-scie et reposant sur deux têtes
humaines sculptées à Sartilly. Les moulurations et les sculptures du portail de
Sartilly sont toutefois beaucoup plus soignées.
#Documents
* La bibliographie d'Yquelon
* Le plan de l’église d’Yquelon
* Le schéma de la porte sud
#Notes
[1] Voir: Le Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p.
6 et 8.
[2] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des
historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 499.
[3] Voir: Documents relatifs à l’église et à la seigneurie d’Yquelon, in: Le
Pays de Granville, 1906, p. 139 note 3.
[4] Longnon (Auguste). Pouillés de la province de Rouen. Paris, Imprimerie
nationale, 1903, p. 284.
[5] Lomas (M. de). Les découvertes d’Yquelon, in: Bulletin de la Société des
antiquaires de Normandie, tome XIV, 1886-1887, p. 44-45.
[6] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p.
239.
[7] Dates provenant de l’article suivant: Rabel (J.), L’église d’Yquelon, in:
Revue de l’Avranchin, 1897, p. 237-248, et vérifiées dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).
[8] Voir le compte-rendu de la séance du 01.03.1885 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).
[9] Voir le compte-rendu de la séance du 05.02.1893 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).
[10] Voir le compte-rendu de la séance du 13.01.1895 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).
[11] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p.
238.
[12] Voir le compte-rendu de la séance du 13.01.1895 dans le Registre des
délibérations du conseil municipal (1880-1904).
[13] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p.
238.
[14] Voir les compte-rendus des séances du 31.10.1969 (p. 67) et du 08.02.1970
(p. 69) dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1962-1978).
[15] Voir le compte-rendu de la séance du 08.02.1970 (p. 69) dans le Registre
des délibérations du conseil municipal (1962-1978).
[16] Voir le compte-rendu de la séance du 11.02.1972 (p. 89) dans le Registre
des délibérations du conseil municipal (1962-1978).
5. SAINT-PAIR-SUR-MER
[Le site / Emplacement // Histoire / Un sanctuaire païen / Saint Pair et Saint
Scubilion / Les 10e et 11e siècles / Le 12e siècle / La baronnie de Saint-Pair /
Le doyenné de Saint-Pair // Les fouilles archéologiques / Les sarcophages / Les
fondations de l’oratoire du 6e siècle // L’église / Le plan / Les matériaux /
Les appareils / Les enduits, sols et toitures / Les transformations des 19e et
20e siècles // Description intérieure / La tour / Le choeur // Description
extérieure / Le choeur / La tour // Datation // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Le bourg de Saint-Pair-sur-Mer est situé sur la côte, à 3,5 kilomètres au sud de
Granville (voir la carte). Saint-Pair était relié au Mont Saint-Michel à la fois
par un chemin des grèves et un chemin montois.
Venant du Mont, le chemin des grèves passait au Bec d’Andaine, près de Genêts,
longeait les dunes de Dragey et de Saint-Jean-le-Thomas, gravissait les falaises
de Champeaux et de Carolles, et traversait ensuite Bouillon et Jullouville pour
aboutir à Saint-Pair.
Le chemin montois, situé légèrement plus à l’est, empruntait le parcours
suivant: Genêts, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas, Champeaux,
Saint-Michel-des-Loups, Bouillon et Saint-Pair. Il existait dès le 10e siècle,
et fut prolongé plus tard vers le nord pour aboutir à Cherbourg.
L’église est placée sous le vocable de Saint Pair. Elle est un lieu de
pèlerinage voué au culte de Saint Gaud, qui est le second saint.
L’agglomération de Saint-Pair fut importante et prospère jusqu’à la construction
de Granville au 15e siècle. La migration des habitants se fit alors vers
Granville, au détriment de Saint-Pair qui était jusque-là le centre vital de la
région.
A la fin du 19e siècle, au début de l’essor des stations balnéaires, la nef
romane fut détruite pour être remplacée par une nef et un transept de grandes
dimensions, afin d’agrandir un édifice devenu insuffisant pendant la saison des
bains.
#Histoire
= Un sanctuaire païen
Scissy - Scessiacus en latin - était une localité très ancienne construite à
l’emplacement d’un fanum ou sanctuaire païen. Après cette période païenne, un
monastère vit le jour au 6e siècle sous l’égide de Saint Pair (482-565) et de
son compagnon Saint Scubilion. Les saints ermites attirèrent dans leur voisinage
une population qui se fixa autour de l’oratoire. Fortunat (530-600 environ),
évêque de Poitiers, affirme dans sa Vie de Saint Pair que les cellules des
premiers moines furent bâties au bord de la mer. Les moines vinrent ensuite
s’établir sur les bords de la rivière de la Saigue, à l’emplacement de l’église
actuelle [1].
= Saint Pair et Saint Scubilion
Selon Fortunat, Saint Pair, appelé aussi Paterne ou Paternus, “naquit à Poitiers
au commencement du règne de Clovis, vers 482, d’une famille noble, d’origine
probablement gallo-romaine… Tout jeune encore, il entra au monastère d’Ension,
appelé plus tard Saint-Jouin-de-Marnes (aujourd’hui département des Deux-Sèvres)
qui avait alors pour abbé Saint Généroux. Il était encore novice ou convers
lorsqu’il quitta ce monastère avec Scubilion et se fixa à Scissy. Quelques
disciples se groupèrent autour de lui… Ils formèrent ainsi un petit monastère
dont Paterne fut institué abbé par Généroux qui était encore son supérieur, et
ordonné prêtre par Saint Léontien, évêque de Coutances, vers 512, à l’âge de 30
ans environ. Il fonda plusieurs monastères dans les diocèses de Coutances,
Bayeux, Avranches, Le Mans et Rennes… A l’âge de 70 ans, vers 552, il succéda à
Egidius, évêque d’Avranches… En 557, Paternus signait avec Lascivius, évêque de
Bayeux, les canons du deuxième Concile de Paris. Après treize années
d’épiscopat, il mourut à l’âge de 83 ans, le 16 avril 565. Il fut inhumé avec
son compagnon Saint Scubilion à l’extrémité orientale de l’oratoire de Scissy
qu’ils avaient bâti. Son cercueil en calcaire coquiller y a été retrouvé dans
les fouilles de 1875 à côté du cercueil de Saint Scubilion.” [2]
= Les 10e et 11e siècles
L’oratoire et le monastère ont sans doute été incendiés lors des invasions
danoises, les Danois étant venus prêter main-forte aux Normands dans leur lutte
contre les Bretons à partir de 919. De l’oratoire primitif, il subsiste encore
les fondations et les sarcophages de cinq saints.
Richard II, duc de Normandie, fit don en 1022 de l’abbaye de Saint-Pair et de
ses dépendances aux religieux du Mont Saint-Michel. L’abbaye du Mont déléguait à
Saint-Pair un moine qui était le représentant de ses intérêts temporels. Pendant
un siècle, l’administration spirituelle de la paroisse fut sans doute à la
charge des religieux du Mont.
= Le 12e siècle
En 1123, le premier Concile de Latran interdit aux abbés et aux moines d’exercer
leur ministère dans une paroisse. Le curé et son chapelain devinrent des prêtres
séculiers. En 1157, Richard de Bohon, évêque de Coutances, remit à Robert de
Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, le libre personat de l’église de Saint-Pair,
c’est-à-dire le droit de la faire desservir par un prêtre de son choix. En 1179,
Robert de Torigni obtint du Pape Alexandre III la confirmation des prérogatives
accordées à son monastère. Toutefois le pape, pour maintenir les règles de droit
canonique, subsistua au libre personat de 1157 le droit de patronage. L’abbé du
Mont présentait à l’évêque un prêtre choisi par lui. [3]
Au 12e siècle, le bourg de Saint-Pair était devenu le centre du doyenné et de la
baronnie du même nom. Une nouvelle construction remplaça l’église qui avait été
édifiée au 10e ou 11e siècle à l’emplacement de l’oratoire primitif.
= La baronnie de Saint-Pair
La baronnie de Saint-Pair était l’un des fiefs de l’abbé du Mont Saint-Michel.
Elle avait été donnée à l’abbaye du Mont en 1022 par le duc Richard II, avec les
baronnies d’Ardevon et de Genêts. La charte de cette donation figure dans le
Cartulaire du Mont: “Ego… Ricardus… panas inferni cupiens effugere et paradysi
gaudia desiderans habere trado loco S. Archangeli Michaelis sito in monte qui
dicitur Tumba abbatiam S. Paterni sitam in pago Constantino quae terminatur ab
oriente via publica tendenta Constancias, a septentrione rivulo Tarn, ab occasu
mari Oceano cum insula qui dicitur Calsoi, cum terris cultis et incultis, cum
ecclesiis et malendinis, cum pratis et silvis…” [4]
Le domaine de la baronnie était délimité par la Venlée au nord, par la voie
montoise reliant Coutances à Avranches à l’est, par le Thar au sud et par
l’océan à l’ouest. Mais le domaine de la baronnie ne s’arrêtait pas au rivage.
Il comprenait de nombreuses pêcheries qui traçaient une ligne à un kilomètre
environ des dunes et formaient une sorte de digue depuis La Roche-Gautier
jusqu’à la pointe de Carolles. Il comprenait aussi des moulins sur le Thar et
son affluent. [5]
= Le doyenné de Saint-Pair
Le doyenné de Saint-Pair était plus étendu au nord que la baronnie. Au 13e
siècle, il comprenait 24 paroisses: les paroisses de Bréhal, Coudeville,
Saint-Aubin-des-Préaux, Saint-Pair, Bourey, Granville, Saint-Ursin, La Beslière,
Le Mesnil-Drey, Hocquigny, Saint-Planchers, Saint-Jean-des-Champs, Saint-Léger,
Hudimesnil, Anctoville, Bréville, Donville, Longueville, Yquelon,
Sainte-Marguerite, Bricqueville-sur-Mer, Saint-Martin-le-Vieux, Le Loreur et
Chanteloup. La paroisse de Saint-Sauveur-la-Pommeraye fut ajoutée au 14e siècle.
[6]
Au 13e siècle, la dîme était partagée entre le seigneur patron, qui était l’abbé
du Mont Saint-Michel, et le curé. Le Pouillé (1251-1279 environ) cité par
Léopold Delisle mentionne ceci: “Ecclesia Sancti Paterni – Patronus, abbas
Montis, percipit omnis garbas et duas partes decimae piscium; rector, residuum.
Et valet L libras. Abbas Montis, L libras.” [7]
#Les fouilles archéologiques
En septembre 1875, des fouilles menées par l’abbé F. Baudry dans le choeur de
l’église ont permis de retrouver une partie des fondations de l’oratoire du 6e
siècle et plusieurs sarcophages (plan 4).
= Les sarcophages
On retrouva les sarcophages de Saint Pair et Saint Scubilion et, situés à
proximité, ceux de Saint Sénier et Saint Aroaste. Le sarcophage de Saint Gaud
avait été retrouvé en 1131 en creusant les fondements de la tour.
De ce fait, cinq saints sont en fait vénérés dans l’église:
- Saint Pair, qui est le plus célèbre. Il a donné son nom au village connu
auparavant sous le vocable romain de Scessiacus ou Scissy. Il a vécu entre 482
et 565.
- Saint Gaud, qui aurait été le deuxième évêque d’Evreux. Il aurait vécu entre
400 et 491. Après quarante ans d’épiscopat, il ne serait démis de ses fonctions
et serait venu se retirer dans la solitude de Scissy [8].
- Saint Scubilion, qui fut le compagnon de Saint Pair. Il le quitta pendant
quelques années pour diriger le monastère de Mandane sur le Mont-Tombe, devenu
ensuite le Mont Saint-Michel.
- Saint Sénier, qui fut évêque d’Avranches. Il succéda à Saint Pair en 565.
Comme son prédécesseur, à la fin de sa vie, il décida se retirer dans la
solitude de Scissy. Il y mourut vers 570 [9].
- Saint Aroaste, qui était prêtre à l’époque où Saint Pair était abbé de Scissy.
L’histoire locale le présente comme le premier curé de la paroisse.
= Les fondations de l’oratoire du 6e siècle
Les fondations ont été trouvées sous le dallage de la seconde travée du choeur.
Elles se composent d’une abside semi-circulaire prolongée par des murs latéraux
qui se perdent dans les constructions du 12e siècle. “A 50 cm du pavage de 1875,
on trouva un béton de 5 à 6 cm d’épaisseur qui formait le sol de l’église
primitive; 40 cm plus bas, on dégagea les restes de deux sarcophages en tuf de
Sainteny, démunis de leurs couvercles, reposant sur un mur de forme
semi-circulaire en petit appareil régulier (52 cm de large, pierres de 9 à 10 cm
de large sur 3 à 4 cm de haut). Le mur constituait les fondations de l’abside du
premier sanctuaire.” [10]
Le carrelage actuel du choeur présente une double ligne de dallages noirs
encadrant une rangée de dallages clairs, le tout recouvrant de façon très
précise les fondations de l’ancien oratoire.
D’après le chanoine Pigeon [11], l’oratoire était formé d’un vaisseau
rectangulaire d’une longueur de 22 mètres environ, prolongé par une abside
semi-circulaire. Les dimensions du choeur étaient les suivantes: une longueur de
7 mètres, y compris l’abside, et une largeur de 6 mètres. L’abside avait 2,5
mètres de profondeur et 3,5 mètres de largeur (voir le plan).
#L’église
= Le plan
L’église actuelle (voir le plan), régulièrement orientée (d’ouest en est),
comprend une nef de deux travées précédée d’un porche, un large transept à bras
saillants et un choeur de trois travées terminé par une abside semi-circulaire.
Les croisillons du transept ouvrent à l’est sur deux absidioles à chevet plat.
Le choeur ouvre au nord sur deux chapelles, une côté chevet et une côté tour. A
l’angle formé par le bras sud du transept et le choeur, une construction
rectangulaire plus récente abrite la sacristie. La tour, de forme carrée et
terminée par une flèche octogone, s’élève à la croisée du transept.
= Les matériaux
= = Les appareils
La tour et sa flèche présentent un moyen appareil de granit alors que les
maçonneries du choeur sont formées d’un appareil irrégulier fait de moëllons de
granit et de schiste, matériaux locaux. La formation géologique de Saint-Pair
est un flysch (formation détritique) composé de grauwackes, siltites et
argilites noires présentant des schistosités. Le granit provient sans doute du
massif granitique de Vire qui affleure à quelques kilomètres au sud.
La nef et le transept, construits à la fin du 19e siècle, sont en granit et en
pierre de Caen.
= = Les enduits, sols et toitures
Les murs intérieurs du choeur sont recouverts d’un enduit de ciment. Un enduit à
la chaux recouvre la voûte d’arêtes située sous la tour et les arcs fourrés
cernés de deux rangées de pierres de granit apparentes. L’appareil de granit des
quatre piliers supportant la tour est apparent.
Le sol de l’édifice est entièrement carrelé alors que les toitures sont
recouvertes d’ardoises d’Angers.
= Les transformations des 19e et 20e siècles
Ces transformations, très importantes, ont totalement modifié l’allure de
l’église, dont la capacité d’accueil était devenue très insuffisante pendant la
saison des bains.
Tout d’abord, au milieu du 19e siècle, le mur nord du choeur fut démoli sur près
d’un tiers de sa longueur, près de la tour, pour ménager un accès à la chapelle
Saint-Gaud. Cette chapelle fut consacrée en 1853.
Le 5 juillet 1877, on posa la première pierre de l’église. La nef ancienne fut
détruite en 1880 et 1881. Sous l’égide de Paul Boeswillard, on édifia entre 1877
et 1888 une nef de deux travées et un large transept à bras saillants
d’inspiration gothique. La construction d’un transept était elle aussi un
élément nouveau, puisque l’église était jusque-là formée d’un vaisseau
rectangulaire. La nouvelle église fut consacrée le 26 août 1888 par Monseigneur
Germain, évêque de Coutances.
En 1881, lors de la même campagne de construction, on ouvrit le chevet du choeur
pour y adapter une abside semi-circulaire d’inspiration gothique, et les baies
trilobées du 15e siècle percées dans le mur latéral sud du choeur furent
ramenées aux proportions de petites baies romanes.
En 1923, la petite chapelle romane attenante au mur latéral nord du choeur fut
transformée pour en faire une chapelle des morts. Elle servait auparavant de
sacristie, si bien qu’une nouvelle sacristie fut construite dans l’angle formé
par le mur latéral sud du choeur et le mur oriental du croisillon sud du
transept. La chapelle Saint-Gaud fut transformée en 1930. Entre 1933 et 1939, on
changea l’emplacement des portes, et un porche de granit fut construit devant la
façade occidentale. [12]
#Description intérieure
On se penchera seulement sur les parties romanes, à savoir la tour et le choeur
de l’église [13].
= La tour
La tour repose sur quatre piliers massifs supportant quatre arcs fourrés et
légèrement brisés. Ces arcs reposent sur les piliers par l’intermédiaire d’une
imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Ils déterminent sous la tour
une voûte d’arêtes. Les retombées des arêtes sont reçues par les angles
rentrants des piliers.
La forme de ces piliers, de plan carré, est assez complexe. Ils observent entre
eux une symétrie parfaite.
Le pilier sud-ouest (voir le schéma) se présente ainsi: à l’est, à l’ouest et au
sud, un pilastre forme saillie. Au nord, un pilastre cantonné de deux colonnes
engagées s’appuie sur un dosseret. L’imposte surmontant le pilier, moulurée en
forme de bandeau chanfreiné, forme le tailloir des chapiteaux des deux colonnes.
Leur corbeille est sculptée et leur base carrée est surmontée d’un chanfrein. Le
pilier repose sur un socle carré plus large aux arêtes chanfreinées.
Les corbeilles des chapiteaux des piliers nord-ouest, sud-est et nord-est sont
ornées de crochets d’angle en faible relief. Les corbeilles des chapiteaux du
pilier sud-ouest sont différentes: au nord-est, la corbeille est sculptée d’un
cône de pin à gauche et d’une feuille de chêne entourée de deux glands à
l’angle. Ces motifs encadrent deux formes peu visibles qui pourraient être des
animaux.
Au nord-ouest, l’angle de la corbeille est sculpté d’un buste d’homme. Sa tête,
volumineuse, surmonte son bras gauche replié sur sa poitrine alors que son bras
droit est levé. A gauche de ce buste est représentée une branche de chêne.
Toutes ces sculptures, en très bas relief et très frustes, sont taillées dans le
granit.
= Le choeur
Le choeur de l’église est de grandes dimensions. Il était presque aussi long que
la nef primitive aujourd’hui détruite: 14 mètres pour le choeur et 15,3 mètres
pour la nef.
Côté nord, près du chevet, il ouvre sur une chapelle romane transformée au 20e
siècle. Au 19e siècle, un tiers du mur nord fut détruit près de la tour pour
construire une chapelle dédiée à Saint Gaud. De même, le mur plat du chevet a
été ouvert pour construire une abside semi-circulaire d’inspiration gothique.
Que reste-t-il du choeur roman? Il reste la partie inférieure du mur sud sur
toute sa longueur, et la plus grande partie du mur nord située entre la chapelle
Saint-Gaud et la chapelle romane. La petite baie en plein-cintre à fort
ébrasement ménagée dans le mur nord est d’origine. Le mur sud est lui aussi
percé de trois petites baies en plein-cintre. Les baies primitives avaient été
agrandies et transformées en baies trilobées au 15e siècle, lors de la
construction de la voûte en croisée d’ogives. Elles ont été ramenées aux
proportions des petites baies romanes au 19e siècle [14].
Côté nord, près du chevet, le choeur ouvre par une arcade en plein-cintre sur
une chapelle voûtée en berceau. Cette chapelle était éclairée par une baie en
plein-cintre ouverte dans la paroi nord. Lors de sa transformation en chapelle
des morts en 1923, la petite baie a été remplacée par un oculus, et la porte
orientale a été murée [15].
#Description extérieure
= Le choeur
Dans les maçonneries extérieures du choeur, on note la présence de trois
modillons au nord et quatre au sud, à un mètre environ de l’extrémité supérieure
des murs latéraux. Ces modillons, semblables à ceux qui supportent la corniche
de la tour, marquent certainement la ligne séparant la construction romane de la
maçonnerie ajoutée lors de l’exhaussement des murs latéraux au 15e siècle,
lorsque le choeur a reçu une voûte de pierre. A cette époque, on a également
renforcé le mur sud par deux contreforts à ressaut, alors que le mur nord était
suffisamment maintenu par la chapelle romane.
= La tour
La tour, de forme carrée, se termine par une flèche octogone. Actuellement sise
à la croisée du transept, elle était située entre choeur et nef avant 1880. Ses
deux étages sont surmontés d’une corniche supportée par des modillons, sise à la
base de la flèche. Ces modillons, autrefois sculptés, sont aujourd’hui très
abîmés.
Le premier étage est orné au nord et au sud de deux arcatures aveugles reposant
sur un bandeau chanfreiné. Les arcades en plein-cintre, ornées d’une simple
moulure torique, reposent sur d’épaisses colonnettes engagées. Les chapiteaux
des colonnettes sont surmontés d’un tailloir carré et chanfreiné, qui se
prolonge entre les arcatures par un bandeau chanfreiné parallèle au bandeau
inférieur. La base des colonnettes est carrée.
Le deuxième étage, en très léger retrait par rapport au premier, est orné sur
chaque face d’une baie géminée. Les baies géminées, séparées par une colonnette
trapue à tailloir et base carrés, sont entourées d’une arcade en plein-cintre
ornée d’une simple moulure torique et reposant sur des colonnettes engagées.