Le décor est peint à même l’enduit à la chaux posé au préalable, si bien qu’il

se trouve naturellement sur fond clair. Tous les contours sont dessinés en

peinture ocre. Les surfaces intérieures sont peintes en ocre et en chamois.

Seules ces deux couleurs sont utilisées. “Ces peintures murales peuvent être

l’oeuvre de pèlerins du Mont Saint-Michel, Saint-Jean-le-Thomas se trouvant sur

une voie montoise.” [7]

Une autre partie, située à l’est du tympan du portail muré, a dû être dégagée en

1978 ou les années suivantes.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Jean-le-Thomas

* Le plan de l’église de Saint-Jean-le-Thomas

* Le schéma du portail sud

#Notes

[1] D’après: Seguin (Jean). Genêts, Saint-Jean-le-Thomas et leurs environs.

1932, p. 17-22.

[2] Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p. 4.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,

tome II, p. 642.

[4] D’après: Percepied (Albert). Saint-Jean-le-Thomas. Coutances, 1976, p. 175.

[5] Guilbert (Michel). L’église de Saint-Jean-le-Thomas, in: Revue du

département de la Manche, tome XII, avril 1970, p. 90.

[6] Source: Le registre paroissial de l’église de Saint-Jean-le-Thomas

(1881-1978).

[7] Les citations sont extraites d'un article de l’abbé Porée, qui était le curé

de Saint-Jean-le-Thomas à cette date. L'article est reproduit dans: Percepied

(Albert). Saint-Jean-le-Thomas. Coutances, Imprimerie Arnaud-Bellée, 1976, p.

184-185.

8. DRAGEY

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les

appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description de la nef //

Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Dragey est situé sur l’actuelle route côtière reliant Granville à

Avranches, à 20 kilomètres de Granville et 13 kilomètres d’Avranches (voir la

carte). L’église n’est pas située dans le bourg. Elle est isolée avec son

presbytère à un kilomètre environ du village. Elle est bâtie sur un promontoire

et sa tour servait de point de repère aux navigateurs.

Dragey était traversé par de nombreux chemins montois: le chemin montois du Mont

Saint-Michel à Saint-Pair, le chemin montois reliant le Mont à Coutances, le

chemin montois reliant le Mont à Saint-Lô. De plus, le chemin des grèves reliant

le Mont à Saint-Pair traversait les dunes de Dragey.

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Médard. Le second saint est Saint

Eloi. La paroisse de Dragey appartenait au doyenné de Genêts et à

l’archidiachoné d’Avranches. L’église de Dragey fut donnée au Mont Saint-Michel

par Robert, duc de Normandie, au 11e siècle. Dragey et son église faisaient

partie des dépendances de Saint-Jean-au-bout-de-la-mer, devenu

Saint-Jean-le-Thomas.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest

en est) constitué d’une nef de trois travées et d’un choeur d’une seule travée

(voir le plan). La tour, située entre choeur et nef, s’élève dans l’axe du

vaisseau. Seule la nef est romane.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries présentent un appareil irrégulier fait de plaquettes de schiste

et de moëllons de schiste et de granit. Dans les murs latéraux de la nef, de

nombreux éléments d’opus spicatum alternent assez irrégulièrement avec quelques

rangées de plaquettes de schiste disposées à l’horizontale. Le schiste est la

pierre locale puisque Dragey est situé dans une région de terrains sédimentaires

schisteux.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Les murs latéraux de la nef ont été entièrement rejointoyés à l’extérieur.

L’enduit intérieur a été gratté par les habitants du village pour mettre à jour

l’appareil en arêtes de poisson, à la requête de l’abbé Pierre Danguy, curé de

Dragey entre 1953 et 1974. L’enduit ne subsiste que sur le dernier quart

supérieur des murs latéraux. Le sol est en ciment.

La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1969 et 1970. Sa

toiture en ardoises d’Angers a été refaite en 1860.

#Description de la nef

La nef comporte trois travées.

La façade occidentale est consolidée par deux contreforts plats terminés par un

glacis. Ils encadrent un portail sans caractère refait en 1860. Ce portail est

surmonté d’une grande baie géminée à l’arc légèrement brisé. Cette baie,

débouchée et restaurée en 1860, a dû être ouverte à l’époque de la construction

de la tour et du choeur au 13e siècle.

Les murs latéraux sont épaulés chacun de trois contreforts plats, qui montent de

fond jusqu’au départ de la toiture et sont terminés par un glacis. Ces

contreforts, très épais, sont postérieurs à la construction de la nef.

La troisième travée du mur latéral nord comprend une baie romane bouchée, aux

piédroits de granit et au cintre creusé dans un linteau monolithe. A

l’intérieur, la baie possède un fort ébrasement et son arcade est formée d’une

rangée de petits claveaux de granit. Cette petite baie est le seul vestige des

ouvertures primitives. A côté est percée une baie trilobée. Les deux premières

travées sont percées d’une baie longue et étroite surmontée d’un arc brisé. Ces

baies ont sans doute été ouvertes au 13e siècle.

Les première et troisième travées du mur latéral sud sont percées de grandes

baies géminées à l’arcature trilobée. Ces baies sont elles-mêmes surmontées d’un

motif trilobé assez complexe. L’ensemble est inscrit dans un arc très brisé. Ces

grandes baies ont remplacé en 1860 des ouvertures carrées, ouvertures qui

avaient elles-mêmes été percées en 1790 à l’endroit d’étroites petites baies

sans doute romanes. Pour les baies actuelles, on s’est visiblement inspiré des

baies géminées du choeur, agrandies au 15e siècle.

La seconde travée du mur sud est percée d’une baie semblable aux baies des deux

premières travées du mur nord.

La porte sud est formée d’un arc très surbaissé sans aucune mouluration, qui

repose sur des piédroits sans ornement. Cette porte est surmontée d’un arc de

décharge. Le porche qui la précède est daté du 16e siècle.

En 1860, lors de la restauration de l’église, deux grandes baies géminées ont

été ouvertes dans le mur sud à l’emplacement de baies croisées carrées qui

avaient remplacé en 1790 d’étroites petites baies probablement romanes. La

façade occidentale fut remaniée. Le portail fut refait et la baie géminée du 13e

siècle débouchée et restaurée. La couverture de la nef fut entièrement refaite

elle aussi. [1]

Entre 1954 et 1974, les murs de la nef furent décapés avec l’aide des

paroissiens pour mettre à jour les éléments d’opus spicatum. La voûte en berceau

de bois de la nef fut construite en 1969 et 1970 [2]. A la même époque, le

porche du 16e siècle précédant la porte sud fut réouvert.

#Datation

La nef a sans doute été construite au 11e siècle ou dans les premières années du

12e siècle, comme l’attestent les maçonneries – avec leurs nombreux éléments

d’opus spicatum - et les ouvertures du mur nord: petite baie bouchée au cintre

creusé dans un linteau monolithe de granit, porte sud au cintre surbaissé.

La tour et le choeur de l’église ont été construits au début du 13e siècle. Les

baies du choeur ont été agrandies au 15e siècle. Le porche qui précède la porte

sud de la nef date probablement du 16e siècle [3].

#Documents

* La bibliographie de Dragey

* Le plan de l’église de Dragey

#Notes

[1] D’après le registre paroissial de l’église de Dragey.

[2] Voir le registre des délibérations du conseil municipal de Dragey

(1955-1972), p. 233: compte-rendu des séances des 17 et 25.08.1969.

[3] D’après: Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le

département de la Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 225-226.

9. GENETS

[Le site / Emplacement / Histoire / Le doyenné de Genêts / La paroisse de Genêts

// L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols,

plafonds et toitures // Description intérieure / Les bras du transept / La

croisée du transept // Description extérieure / Le transept / La tour //

Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Genêts est situé sur l’actuelle route côtière reliant Granville à Avranches, à

10 kilomètres au nord d’Avranches (voir la carte). La bourgade se trouve face au

Mont Saint-Michel, à 4 kilomètres environ du rocher du Mont.

De nombreuses voies montoises – empruntées par les pèlerins pour se rendre au

Mont Saint-Michel - aboutissaient à Genêts: les chemins montois du Mont à

Saint-Pair, du Mont à Coutances, du Mont à Saint-Lô et du Mont à Caen. De plus,

le chemin des grèves reliant le Mont Saint-Michel à Saint-Pair passait au Bec

d’Andaine, près de la localité de Genêts.

= Histoire

Genêts est une localité très ancienne. Les Abrincatui avaient élu Avranches

comme capitale, et Genêts était leur port et leur ville secondaire. La ville fut

pillée par les pirates normands au 9e siècle.

La baronnie de Genêts fut donnée à l’abbaye du Mont Saint-Michel vers 1022 par

Richard II, duc de Normandie, ainsi que les baronnies de Saint-Pair et

d’Ardevon. Port de marée, centre d’une baronnie et d’un doyenné, Genêts est une

localité importante sous les premiers ducs normands.

Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel entre 1154 et 1186, fit

reconstruire une première église devenue très vétuste. Il la fit consacrer en

1157 par Herbert, évêque d’Avranches, accompagné de Roger, abbé du Bec-Hellouin.

Au début du 14e siècle, la population s’élevait à près de trois mille âmes.

L’église, qui disposait d’un clergé conséquent, comptait sept chapelles autour

d’elle. Ce fut la péride la plus florissante. Lors de la guerre de Cent Ans,

Genêts fut pillé, rançonné et brûlé par les Anglais dès 1356. Lors des guerres

de religion, la ville fut de nouveau pillée en 1562 par les troupes du

protestant Montgommery.

Pendant la Révolution française, Genêts perdit sa sénéchaussée, sa sergenterie,

son doyenné, ses foires et ses marchés, et ne fut plus qu’une simple commune

rurale. Le titre de chef-lieu de canton fut donné à Sartilly. [1]

L’église et le cimetière de Genêts furent classés Monuments historiques en 1959.

= Le doyenné de Genêts

Le doyenné de Genêts comprenait vingt-sept paroisses: Saint-Nicolas de Ronthon,

Saint-Jean-Baptiste de Bouillon (deux paroisses), Saint-Vigor de Carolles,

Saint-Michel-des-Loups, Saint-Vigor de Champeaux, Saint-Jean-le-Thomas,

Saint-Médard de Dragey, Saint-Etienne de Bacilly, Saint-Pair de Marcey,

Sainte-Marie de Champcey, Saint-Samson d’Angey, Saint-Pair de Sartilly,

Saint-Pierre-Langers (deux paroisses), Sainte-Marie de la Rochelle, Sainte-Marie

de la Lucerne, Saint-Martin de Lolif, Sainte-Marie de Montviron, Saint-Martin de

la Mouche, Sainte-Marie de Subligny, Saint-Martin de Champcervon,

Saint-Barthélémy de Grippon, Sainte-Trinité-des-Chambres, Saint-Pierre de Vains,

Notre-Dame de Genêts, et enfin Saint-Pierre du Mont Saint-Michel.

Le doyenné comprenait aussi deux abbayes - le Mont Saint-Michel, de l’ordre de

Saint Benoît, et la Lucerne, de l’ordre des Prémontrés - et cinq prieurés

réguliers de l’ordre bénédictin: Saint-Jacques, près de la Haye-Pesnel, compris

dans la paroisse de la Lucerne et dépendant de l’abbaye de Saint-Sever;

Saint-Léonard de Vains, compris dans la paroisse de Vains et appartenant à

l’abbaye Saint-Etienne de Caen; Saint-Marcellin de Genêts et Notre-Dame de

Tombelaine, tous deux compris dans la paroisse de Genêts; et enfin Saint-Laurent

de Brion, compris dans la paroisse de Dragey. Ces trois derniers prieurés

appartenaient au monastère du Mont Saint-Michel.

= La paroisse de Genêts

Au 11e siècle, la paroisse était administrée par les Bénédictins du Mont

Saint-Michel.

En 1123, le Concile de Latran défendit aux religieux d’avoir un ministère

paroissial. Ils furent remplacés par des prêtres séculiers. Néanmoins, ces curés

furent toujours sous l’autorité de l’abbé du Mont, qui était seigneur patron et

nommait à la cure. Le premier curé qui succéda aux religieux fut Rainald, qui

assista à la consécration de l’église de Genêts en 1157. Lui succéda Nicolas,

puis Michel, un clerc du Mont qui, en 1164, fut présenté par l’abbé Robert de

Torigni au bienheureux Achard, évêque d’Avranches. [2]

Au 15e siècle, le seigneur patron était toujours l’abbé du Mont, comme mentionné

dans le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon: “Ecclesia S.

Mariae de Genetseio – Patronus abbas Montis S. Michaelis…” [3]

La paroisse appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.

L’église est placée sous le vocable de Notre Dame. Le second saint est Saint

Sébastien.

#L’église

= Le plan

L’église (voir le plan), régulièrement orientée (d’ouest en est), est formée

d’une large nef, d’un transept à bras saillants et d’un choeur de trois travées

à chevet plat. La première travée du choeur ouvre au nord et au sud sur deux

chapelles à chevet plat. Ces chapelles ouvrent également sur les croisillons du

transept. A la croisée du transept s’élève une tour massive surmontée d’un toit

en bâtière.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries de la nef, du transept et du choeur ont un appareil irrégulier

fait de moëllons de granit et de schiste. Seule la tour présente un appareil

régulier de granit. Le schiste est la pierre locale puisque Genêts est situé

dans une région de terrains sédimentaires schisteux. Le granit provient sans

doute du massif granitique d’Avranches qui affleure à quelques kilomètres au

sud-est de la localité.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre tous les murs intérieurs.

Le sol de la nef et du transept est couvert de grandes dalles de schiste, alors

que celui du choeur est pavé de carrelages émaillés posé au 19e siècle.

La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1960 par

Yves-Marie Froidevaux. La voûte a été refaite en utilisant les éléments d’une

charpente à poinçons et entraits apparents du 15e siècle, éléments qui ont été

découverts dans les lambris du 18e siècle. La partie centrale des poinçons est

ornée d’une rosace sculptée.

A la même époque a été refaite la couverture en épaisses plaquettes de schiste

de couleur verte. Ces plaquettes proviennent de la région de Cherbourg. Les

toitures autres que celles de la nef sont en ardoises d’Angers.

Le porche précédant la porte sud de la nef est surmonté d’une charpente en

carène renversée entièrement chevillée réalisée au 18e siècle.

#Description intérieure

Le transept et la tour présentent d’importantes parties romanes.

= Les bras du transept

Le bras sud a été très remanié.

Une colonnette engagée romane (voir le schéma) subsiste dans l’angle formé par

le mur ouest du bras sud du transept et le mur sud de la chapelle latérale. La

corbeille du chapiteau de cette colonnette est surmontée d’un tailloir carré et

chanfreiné. Cette corbeille est ornée de crochets d’angle entourés de motifs

géométriques en forme de triangle, qui forment une sculpture en creux. Sa base

carrée est surmontée d’un double tore.

On ne trouve pas d’autre colonne semblable dans les croisillons. Les murs ouest

des croisillons furent largement percés au 13e siècle pour ouvrir sur les

chapelles latérales du chœur. Peut-être cette colonne avait-elle une place

différente dans l’édifice d’origine. Dans ce cas, elle serait un remploi.

Le bras nord est plus petit que le bras sud. Dans l’angle sud-ouest s’élève la

tour d’escalier. Sa porte au cintre surbaissé est surmontée d’un arc de

décharge. Elle comprend un large mâchicoulis appuyé à l’arcade voisine et porté

par trois corbeaux en retrait. Ceci parce que la tour a servi de donjon pendant

la guerre de Cent Ans.

Les croisillons ont été couverts de voûtes en berceau de plâtre lors des

remaniements du 18e siècle.

= La croisée du transept

La croisée du transept est délimitée par quatre puissants piliers de section

carrée. Ces piliers, isolés à l’est, sont reliés aux bras du transept et à la

nef à l’ouest. Ils supportent d’épais arcs brisés et fourrés reliés par des

colonnes engagées jumelées. Ces arcs à triple rouleau déterminent une voûte

d’arêtes au-dessus de la croisée du transept. Les retombées des arêtes sont

reçues dans les angles rentrants des piliers par quatre colonnes engagées

semblables à celles qui reçoivent les arcs.

Les quatre piliers présentent entre eux une symétrie parfaite. Le pilier sud-est

(voir le schéma) est surmonté d’une imposte moulurée en forme de bandeau

chanfreiné. Les côtés est et sud du pilier présentent une surface plane sans

aucune mouluration. Au nord et à l’ouest, les arcs sont reçus par deux colonnes

jumelles engagées sur dosseret. A l’angle nord-ouest, une colonne engagée

semblable reçoit la retombée d’une des arêtes de la voûte. La corbeille des

chapiteaux, sculptée, est surmontée d’un épais tailloir carré. Les bases carrées

sont surmontées d’un double tore. L’ensemble du pilier repose sur une base

carrée plus large.

Les sculptures des chapiteaux, en bas relief, représentent des motifs végétaux:

feuilles de chêne et glands, feuilles de marronnier, feuilles de vigne et

grappes de raisin (nord-ouest et nord-est); des motifs animaux: lapins et

lièvres en train de courir (sud-est); des motifs géométriques: arceaux et

bourrelets saillants (sud-ouest et sud-est). De plus, quelques tailloirs sont

ornés d’un rang de perles (sud-ouest) ou d’arceaux brisés (nord-est). Les

corbeilles surmontent une, deux ou trois astragales. Certaines astragales sont

torsadées. Une double astragale entoure une torsade ou un rang de perles

(nord-est). Quant aux bases, elles sont surmontées d’un double tore qui entoure

une rangée de perles (sud-ouest). Le tore inférieur est torsadé (nord-ouest) ou

il a la forme d’un prisme (nord-ouest et sud-est). Quelques bases sont ornées

d’arceaux et de petites griffes aux angles (sud-est). Ce genre de sculptures et

les diverses moulurations des tailloirs, astragales et bases laissent à penser

que les chapiteaux et les bases ont été sculptés, ou resculptés, à une époque

très postérieure à la construction des piliers. Peut-être ont-ils été sculptés

au moment de la construction du choeur de l’église.

#Description extérieure

= Le transept

Deux contreforts plats terminés par un léger glacis épaulent le mur nord du

croisillon nord. Ce mur est percé d’une grande baie en plein-cintre. La base de

la tour d’escalier est comprise dans les maçonneries du croisillon. Cette tour

se termine par un toit en appentis couvert d’ardoises, qui vient contrebuter la

base de la tour à hauteur du cordon chanfreiné inférieur.

Le mur oriental du croisillon sud a le même genre d’appareil que la chapelle

latérale sud du choeur. Ce mur a visiblement été refait lors de la construction

de cette chapelle.

La maçonnerie du mur sud présente un décalage très net à mi-hauteur, du fait de

l’ouverture tardive d’une grande baie en plein-cintre. Le mur pignon, en léger

retrait, porte un oculus aujourd’hui muré.

L’appareil du mur occidental est différent de celui des autres maçonneries. Il

s’agit de gros blocs de granit assez réguliers, avec quelques plaquettes de

schiste comme éléments de calage. Ce mur est percé d’un portail dont l’arcade en

plein-cintre est formée de deux épaisses voussures non moulurées (voir le

schéma). La voussure extérieure repose sur deux épaisses colonnettes engagées

surmontées d’un tailloir carré et chanfreiné, qui se poursuit en un bandeau

chanfreiné sur le nu du mur. La corbeille des chapiteaux est sculptée de gros

crochets d’angle peu visibles. Le niveau du sol extérieur arrive à la base du

fût des colonnettes. Dans le sol subsiste une base carrée surmontée d’un double

tore.

La lourdeur et l’extrême simplicité du portail – épaisses colonnettes, voussures

sans mouluration –laissent supposer qu’il appartenait à l’église ayant précédé

l’église reconstruite et consacrée en 1157. Ce portail pourrait dater du 11e

siècle. Le mur occidental date peut-être de la même époque.

= La tour

La tour, de proportions très vastes, est implantée à la croisée du transept.

Elle comprend deux étages.

L’étage inférieur est aveugle.

L’étage supérieur est ouvert au nord, au sud et à l’ouest par des baies géminées

délimitées par de petites colonnettes engagées à tailloir et base carrés. Ces

baies reposent sur le bandeau semi-circulaire séparant le premier étage du

second. Durant une campagne de construction postérieure, elles ont été murées

jusqu’à hauteur du tailloir et prolongées par des baies gothiques trilobées

munies d’abat-sons. Aux deux-tiers de la tour environ, un moyen appareil de

granit laisse la place à un appareil fait de blocs de granit beaucoup plus gros.

Le mur oriental ne comporte pas de baies romanes, mais uniquement des baies

trilobées gothiques.

La tour était autrefois surmontée d’une flèche, qui fut détruite par la foudre

au début du 16e siècle [4]. A cette époque, Guillaume de Lamps, abbé du Mont,

fit surélever la tour romane d’un tiers de sa hauteur. Une baie géminée trilobée

fut ajoutée de chaque côté dans le prolongement des baies géminées romanes. La

tour est surmontée d’un toit en bâtière dont le départ est caché au nord et au

sud par une balustrade ajourée. Les angles des balustrades sont munis de

gargouilles gothiques représentant des chiens, des loups et des animaux

fantastiques.

#Datation

Les parties romanes appartenant à l’édifice consacré en 1157 sont les suivantes:

la croisée du transept, la tour aux deux tiers de sa hauteur, et une partie des

croisillons. Pour le croisillon nord, les maçonneries des murs nord et ouest et

la tour d’escalier. Pour le croisillon sud, la partie inférieure du mur sud, le

mur ouest avec sa porte - cette dernière datant sans doute du 11e siècle - et la

colonnette engagée visible à l’intérieur.

Les constructions postérieures à l’époque romane sont nombreuses. Le choeur et

ses deux chapelles latérales furent construits au 13e siècle. La partie

supérieure de la tour fut édifíée au début du 16e siècle. La nef, entièrement

remaniée au milieu du 18e siècle, avait déjà subi de nombreuses transformations

auparavant, avec une porte sud gothique, des éléments de charpente à poinçons et

entraits apparents du 15e siècle, et un porche du 16e siècle.

#Documents

* La bibliographie de Genêts

* La carte du doyenné de Genêts

* Le plan de l’église de Genêts

* Le schéma de la porte et de la colonne du bras sud du transept

* Le schéma du pilier sud-est de la tour

#Notes

[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie

Genêts-Tombelaine. Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901, p. 1-14.

[2] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie

Genêts-Tombelaine. Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901, p. 53-72.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888,

tome II, p. 644.

[4] Voir le registre paroissial de Genêts, p. 148.

10. SAINT-LEONARD-DE-VAINS

[Le site / Emplacement / Histoire // Le prieuré / Le plan / Les matériaux / Les

appareils / Les enduits et la toiture // Description extérieure / La façade

occidentale / La nef / La tour / Le choeur // Description intérieure // Datation

// Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Saint-Léonard-de-Vains est situé à l’extrémité du cap du Grouin du

Sud, à 2,5 kilomètres du bourg de Vains et 7 kilomètres d’Avranches (voir la

carte). Ce village fait partie de la paroisse de Vains. L’église prieurale

Saint-Léonard domine la baie du Mont Saint-Michel et le rocher de Tombelaine.

Saint-Léonard-de-Vains possédait deux des trois points de départ (le troisième

était Genêts) du chemin montois reliant le Mont à Caen, appelé aussi le chemin

des Ducs.

= Histoire

Saint-Léonard est une bourgade très ancienne qui doit son nom à Saint Léonard

(ou Léodovald). Celui-ci y vécut au 6e siècle avant d’être élu huitième évêque

d’Avranches en 578.

L'art roman dans le Sud-Manche · 第 5 / 10 段