Manche, 1854, p. 30-31.
[2] D’après: Béhier (Pierre). Bréhal-Chanteloup. Coutances, OCEP, 1969, p. 240.
3. BREVILLE
[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les
appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure /
La façade occidentale / La nef / La tour / Le choeur // Description intérieure
// Datation // Les restaurations / Au 19e siècle / Au 20e siècle // Documents //
Notes]
#Le site
= Emplacement
Le village de Bréville est situé sur la côte, à 6 kilomètres environ au nord de
Granville (voir la carte). Il était traversé par le chemin montois qui, venant
du Mont Saint-Michel, passait par Saint-Pair et continuait vers Cherbourg.
= Histoire
L’église de Bréville est placée sous le vocable de Notre-Dame. Le second saint
est Saint Hélier. La paroisse de Bréville appartenait au doyenné de Saint-Pair
et à l’archidiachoné de Coutances.
Le territoire de la paroisse faisait partie de la baronnie de Saint-Pair,
propriété du Mont Saint-Michel depuis 1022, date à laquelle Richard II, duc de
Normandie, donna la baronnie au Mont.
Au 13e siècle, le patronage était laïc. Le Pouillé (1251-1279 environ) cité par
Léopold Delisle mentionne Guillelmus de Breinville comme seigneur patron. La
dîme était partagée entre le curé et l’abbé du Mont Saint-Michel: “Ecclesia de
Breinvilla – patronus Guillelmus de Breinvilla. Rector percipit altalagium, et
tertiam garbam in feodo gardam in feodo abbatis, in aliis territoriis totum. Et
valet L libras.” [1]
Au 16e siècle, Bréville, avec son église et ses salines, formait une prébende au
profit de la cathédrale de Coutances. [2]
#L’église
= Le plan
L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) constitué d’une nef de deux travées et d’un choeur de deux travées à
chevet plat (voir le plan). La tour, implantée dans l’axe du vaisseau, s’élève
entre choeur et nef.
= Les matériaux
= = Les appareils
Le granit est utilisé pour les contreforts, le pourtour des ouvertures, les
pilastres, les colonnes et les arcs. L’appareil des maçonneries est un appareil
irrégulier fait de moëllons de schiste. Ces moëllons sont des matériaux locaux
puisque la formation de Granville est composée d’une alternance de grauwackes
(roches schisteuses) et de schistes. Le granit provient sans doute du massif
granitique de Vire qui affleure à quelques kilomètres au sud.
= = Les enduits, sols, plafonds et toitures
Les murs intérieurs sont recouverts d’un enduit à la chaux refait en 1969. Le
sol est couvert de dalles de schiste (dalles de Beauchamps) posées la même
année, excepté la deuxième travée du choeur dont le carrelage date de 1863. La
nef est surmontée d’une voûte en berceau de plâtre qui a remplacé une voûte de
bois en 1852. La toiture fut recouverte d’ardoises d’Angers pour la première
fois en 1835. Cette toiture a été refaite en 1937.
#Description extérieure
= La façade occidentale
La façade occidentale a été remaniée en 1783. Elle est entièrement recouverte
d’un enduit de ciment. Elle est percée d’une porte et d’une grande baie sans
caractère.
= La nef
La nef comprend deux travées.
Le mur latéral sud est épaulé par un contrefort plat central. La corniche est
supportée par des modillons taillés en biseau. Deux petits modillons sculptés de
têtes humaines subsistent au-dessus de la baie percée dans la seconde travée. Le
mur est percé de deux larges baies au cintre surbaissé qui ont remplacé les
petites baies romanes en 1832.
Le mur latéral nord est aveugle. Il est percé d’une porte dans sa partie
occidentale. Les voussures aux arcs brisés reposant sur de fines colonnettes
permettent de dater cette porte du 13e siècle.
= La tour
La tour, carrée, s’élève entre choeur et nef. Sa base est située dans le
prolongement du chœur, moins large que la nef.
Au nord, une petite maçonnerie en léger relief surplombe la base de la tour.
Cette maçonnerie est surmontée d’un toit en appentis recouvert d’ardoises et
reliant la toiture du choeur à celle de la nef. Cette maçonnerie repose sur une
corniche supportée par des modillons dans le prolongement de celle du choeur. Un
gros modillon est sculpté d’une tête humaine à l’ouest.
Au sud, la base de la tour est percée d’une porte (voir le schéma). Son arcade
en plein-cintre est formée d’une voussure moulurée d’un tore suivi d’un
chanfrein sculpté de dents-de-scie peu visibles. L'archivolte est formée d'un
épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un rang
de bâtons brisés. L’archivolte repose à droite sur une pierre sculptée d’une
tête humaine. A gauche, elle disparaît dans les maçonneries de la nef. Le
claveau central de la voussure est orné d’une grande tête sculptée en fort
relief. Ces deux têtes sculptées dans une pierre friable ont mal résisté à
l’usure du temps alors qu’à Yquelon, les traits de figures semblables sculptées
dans le granit sont encore très visibles.
La voussure repose sur deux colonnettes engagées. La corbeille des chapiteaux,
surmontée d’un tailloir carré, est sculptée de deux crochets d’angle très abîmés
encadrés de deux boules aux extrémités. La base carrée, très usée, devait être
surmontée d’un double tore. Les piédroits intérieurs sont ornés de colonnettes
engagées dont la base carrée est elle aussi surmontée de deux tores. Ces
piédroits supportent un épais linteau rectangulaire de granit surmonté de
quelques plaquettes de schiste disposées à l’horizontale.
L’étage de la tour est percé sur chaque face d’une ouverture longue et étroite.
Au-dessus s’élève une flèche octogonale de pierre aux angles adoucis par des
tores, avec un petit gâble à fines colonnettes situé dans le prolongement de
chaque ouverture. L’étage et la flèche de la tour dateraient du 15e ou du 16e
siècle.
= Le choeur
Le choeur, à chevet plat, comporte deux travées. Les murs latéraux sont épaulés
chacun de deux contreforts plats prenant appui sur un épais soubassement de
pierre et soutenant la corniche. Au nord, on ne voit plus du contrefort séparant
la première travée de la seconde que sa partie supérieure. Le reste a été
détruit en 1832 pour laisser place à une baie. La plupart des modillons sont
biseautés. Il subsiste toutefois au nord un modillon sculpté d’une tête humaine,
et au sud un modillon semblable et deux autres sculptés chacun de deux têtes
accolées peu visibles.
Les petites baies romanes ont été remplacées par deux grandes baies sans
caractère percées en 1832 dans la première travée au nord et au sud. Au nord,
deux petites baies bouchées à cette époque sont encore visibles, avec leurs
piédroits de granit et le cintre de l’une d’elles creusé dans un linteau
monolithe de granit.
Le chevet plat est prolongé par une construction à cinq pans ajoutée au 19e
siècle et qui abrite la sacristie. En 1961, on a dégagé la baie du chevet
bouchée par un mur de briques. Cette baie géminée, probablement contemporaine de
la voûte du chœur, est visible de l’intérieur de la sacristie.
#Description intérieure
La nef est séparée de la base de la tour par un arc fourré et légèrement brisé
aux claveaux irréguliers. Cet arc repose sur deux épais pilastres pris dans
l’épaisseur du mur par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en forme de
bandeau chanfreiné.
Si l’arc fourré appartient à l’édifice roman, l’arc situé entre la base de la
tour et le choeur semble avoir été entièrement remanié lors de la réfection du
choeur au 15e ou 16e siècle. Cet arc est renforcé par un arc intérieur aux
arêtes chanfreinées reposant sur des demi-colonnes engagées.
La travée entre choeur et nef est surmontée d’une voûte en croisée d’ogives sur
plan barlong datant sans doute de la même époque que les voûtes en croisée
d’ogives surmontant les deux travées du choeur.
#Datation
Une grande partie de l’édifice date de la seconde moitié du 12e siècle. Un
ensemble très homogène est formé à l’extérieur par la majeure partie de la nef,
la base de la tour et les murs latéraux du choeur. Le principal indice de
datation est la porte sud de l’église, avec sa voussure moulurée d’un tore
surmonté d’un chanfrein sculpté de dents-de-scie, tout comme son archivolte
ornée de dents-de-scie en fort relief et reposant sur une tête sculptée. Les
contreforts plats reposant sur un soubassement de pierre le long des murs
latéraux de la nef et du choeur forment un trait d’architecture local que l’on
retrouve notamment à Yquelon.
La nef pourrait avoir été terminée au 13e siècle, comme l’atteste la porte à
l’arcade brisée présente dans le mur latéral nord. L’édifice a été remanié à la
fin du 15e siècle ou au début du 16e siècle: à l’intérieur, remaniement de la
travée sur laquelle repose la tour, construction d’une voûte en croisée d’ogives
surplombant le choeur, percement d’une grande baie géminée dans le mur du
chevet; à l’extérieur, construction de l’étage et de la flèche de la tour.
#Les restaurations
= Au 19e siècle
La façade occidentale fut entièrement remaniée en 1782. De grandes baies
ouvertes dans la nef et le choeur ont remplacé les petites baies romanes en 1832
et 1833, avec deux baies romanes bouchées encore visibles dans le mur nord du
choeur. Au lieu du chaume habituel, la toiture fut recouverte d’ardoises pour la
première fois en 1835, puis refaite en 1937. Le plafond de bois de la nef fut
remplacé par un plafond de plâtre en 1852. L’année suivante, toutes les
maçonneries extérieures de la nef, du choeur et de la tour furent rejointoyées.
Un carrelage fut posé sur le sol de la seconde travée du choeur en 1863. [3]
= Au 20e siècle
Une délibération du conseil municipal du 13 janvier 1961 a chargé Monsieur
Richard, maire de Bréville, de confier les travaux de restauration de l’église à
Jacques Traverse, architecte en chef des Monuments historiques. Ces travaux
furent exécutés entre 1961 et 1976.
En 1961, une baie géminée bouchée par un mur de briques fut découverte dans le
mur du chevet. Cette baie est aujourd’hui visible de l’intérieur de la
sacristie.
En 1969, le sol de la nef fut recouvert de dalles de schiste (dalles de
Beauchamps) et les enduits des murs furent refaits à la chaux. L’année suivante,
le carrelage du choeur fut restauré et les différentes portes remplacées par des
portes chevillées en chêne. La porte nord de la nef a été réouverte en mai 1976.
Elle avait été murée en 1782. [4]
#Documents
* La bibliographie de Bréville
* Une petite école locale d’architecture: Yquelon et Bréville
* Le plan de l’église de Bréville
* Le schéma de la porte sud
#Notes
[1] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des
historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 499.
[2] Voir: Renault. Le canton de Bréhal, in: Annuaire du département de la
Manche, 1854, p. 31-34.
[3] D’après des notes de 1866 consignées dans le registre n° 1 de la paroisse
Notre-Dame de Bréville.
[4] D’après un texte rédigé par Monsieur Hérard, maire de Bréville, en
supplément de: L’église dans la cité, n° 92, avril 1976.
4. YQUELON
[Le site / Emplacement / Histoire / La pierre tombale du 12e siècle // L’église
/ Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et
toitures // Description extérieure / La façade occidentale / La nef / Le choeur
/ La tour // Description intérieure / La nef / Le choeur // Datation // Les
restaurations / Au 19e siècle / Au 20e siècle // Une petite école locale
d’architecture: Yquelon et Bréville // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Le village d’Yquelon est situé à deux kilomètres de Granville, entre
Donville-les-Bains et Saint-Nicolas, au sud de la rivière du Boscq (voir la
carte). Yquelon était situé sur le chemin montois qui, venant du Mont
Saint-Michel, passait par Saint-Pair et continuait vers Cherbourg.
= Histoire
D’origine scandinave, le terme “Yquelon” signifie “branche de chêne”.
Le saint patron de l’église d’Yquelon est Saint Pair. Le second saint est Saint
Maur. La paroisse appartenait au doyenné de Saint-Pair et à l’archidiachoné de
Coutances.
Le territoire de la paroisse faisait partie de la baronnie de Saint-Pair,
propriété du Mont Saint-Michel depuis 1022, date à laquelle Richard II, duc de
Normandie, donna la baronnie au Mont.
Le seigneur du lieu, Rogerius de Ikelun, apposa sa signature au bas de deux
grandes chartes de l’abbaye de la Lucerne en 1162 [1].
Au 13e siècle, le patronage était certainement laïc. La dîme se partageait entre
le curé, qui en recevait la plus grande partie, l’abbaye du Montmorel et la
léproserie Saint-Blaise de Champeaux. Le Pouillé cité par Léopold Delisle
(1251-1279 environ) mentionne ceci: “Ecclesia de Yquelon-Patronus... Rector
percipit totum exceptis VII busselis frumenti quos reddit abbati de Monte
Morelli et leprosis Sancti Blasii II quarteris frumenti et luminari ecclesiae
unum quarterium frumenti. Et valet XXXIII libras.”[2]
Sise à Poilley, près de Ducey, l’abbaye du Montmorel était une abbaye de l’ordre
des Augustins, qui fut détruite à la Révolution. Située dans la paroisse de
Champeaux, à la lisière de la forêt de Bevais, la léproserie Saint-Blaise de
Champeaux fut fondée par Henri II Plantagenêt et dotée par Guillaume de
Saint-Jean. Elle vit ses biens réunis à l’Hôtel-Dieu d’Avranches en 1696. [3]
Le Pouillé de 1332 cité par Auguste Longnon mentionne Guillermus Courée pour
seigneur patron: "Guillermus Courée est patronus ecclesie de Yquelon." [4]
= La pierre tombale du 12e siècle
En 1885, on découvrit dans le cimetière au nord de l’église une pierre tombale
en pierre calcaire tendre datant du 12e siècle.
En 1886, M. de Lomas la décrit ainsi: "La pierre tombale supporte un chevalier
en relief représenté les mains jointes, la tête appuyée sur un oreiller et ayant
un lévrier à ses pieds. Il est vêtu d’une tunique qui ne dépasse pas les genoux;
cette tunique est serrée à la taille au moyen d’un ceinturon auquel est pendue
une épée. Un bandeau large de quatre centimètres est noué ou attaché derrière la
tête et retient une pièce d’étoffe qui sert de coiffure. Deux boucles de cheveux
couvrent les tempes. Les détails de l’ornementation, du costume et de la
coiffure permettent d’assigner le 12e siècle comme date de l’exécution de cette
pierre tombale. Elle ne porte ni indication de nom, ni indication d’année; il
serait par conséquent impossible de déterminer le personnage dont elle
recouvrait les restes. Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est qu’il
appartenait à la puissante famille d’Yquelon dont un des membres, Roger
d’Yquelon, apposa sa signature au bas de deux grandes chartes de l’abbaye de la
Luzerne (devenue ensuite la Lucerne, ndlr), en 1162." [5]
En février 1893, cette pierre tombale fut encastrée dans un enfeu présent dans
le mur nord de la nef de l’église. Sa longueur – 2,15 mètres - correspond
exactement à celle de la pierre tombale. Sans doute l’avait-il primitivement
recueillie, avant que la pierre tombale ne soit enterrée dans le cimetière,
peut-être au moment de la Révolution française.
#L’église
= Le plan
L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest
en est) comprenant une nef de deux travées suivie d’un choeur de deux travées à
chevet plat (voir le plan). La tour, massive, est accolée à la première travée
du choeur côté nord.
= Les matériaux
= = Les appareils
Les contreforts, le pourtour des ouvertures et les croisées d’ogives du choeur
sont en granit. L’appareil des maçonneries est un appareil irrégulier fait de
moëllons de schiste et de quelques moëllons de granit. Toutes ces pierres sont
des matériaux locaux: la formation de Granville est un flysch (formation
détritique) composé de roches schisteuses. Et non loin de là affleure le massif
granitique de Vire, à quelques kilomètres au sud d’Yquelon.
= = Les enduits, sols, plafonds et toitures
Un enduit à la chaux recouvre l’ensemble des murs intérieurs, à l’exception des
doubleaux et ogives de la voûte du choeur et des arcs et piédroits des
différentes baies, dont la pierre de granit est apparente.
Le sol est couvert sur toute son étendue de carreaux de céramique noirs et
blancs. Ce carrelage a été posé au 19e siècle, à l’exception du carrelage situé
sous les bancs de la nef, ajouté en 1970. La nef est surmontée d’une voûte en
berceau de bois réalisée en 1896. La toiture, refaite en 1972, est en ardoises
d’Angers.
#Description extérieure
= La façade occidentale
La façade occidentale est consolidée aux deux extrémités par deux contreforts
plats prenant appui sur un muret de pierre. Le mur pignon de la façade est
surmonté d’une croix antéfixe aux branches bifides.
Le portail d’entrée est surmonté de trois baies en plein-cintre identiques
surmontées elles-mêmes d’un oculus. Les trois baies ont remplacé en 1896 une
grande ouverture rectangulaire, qui avait elle-même été percée à l’endroit de
deux étroites baies romanes [6]. L’oculus, de petites dimensions, est d’origine.
Il est orné sur son pourtour de billettes. Sa partie inférieure comprend une
pierre sculptée de deux têtes humaines en fort relief.
L’arcade en plein-cintre du portail (schéma 2) est formée d’une voussure non
moulurée reposant sur des piédroits sans ornement et surmontée d’une archivolte.
L’archivolte est formée d’un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort
relief sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. Les deux extrémités de
l’archivolte reposent chacune sur une pierre de granit sculptée d’une tête
humaine. Le claveau central de la voussure est orné d’une tête humaine plus
grande en fort relief. Les piédroits intérieurs sont moulurés d’une colonnette
très engagée à tailloir et base carrés. Ces piédroits supportent un tympan de
granit, qui a été restauré et sculpté d’une croix romane en 1897.
= La nef
La nef comporte deux travées. Les murs latéraux sont épaulés chacun de trois
contreforts plats reposant sur un soubassement de pierre et supportant une
corniche soutenue par des modillons taillés en biseau.
Le mur latéral sud est percé de deux baies en plein-cintre, qui ont remplacé en
1896 deux grandes ouvertures rectangulaires. Ces deux baies sont semblables à la
grande baie du mur latéral sud du choeur, qui a été prise comme modèle.
La première travée du mur latéral nord est percée d’une baie en plein-cintre
semblable à celles du mur sud et elle aussi refaite en 1896. La seconde travée
est ouverte par une baie trilobée. L’enfeu situé dans le mur de l’église forme à
l’extérieur une saillie de 25 centimètres.
= Le choeur
Le choeur, plus étroit que la nef, compte deux travées. La première travée du
mur latéral sud comprend une porte en grande partie bouchée, avec une ouverture
rectangulaire dans sa partie haute.
L’arcade en plein-cintre de la porte (voir le schéma) est formée d’une voussure
moulurée d’un tore, le tore étant surmonté d’un chanfrein sculpté d’une rangée
de dents-de-scie peu marquées. La voussure est entourée d’une archivolte formée
d’un épais bandeau aux arêtes chanfreinées. Le chanfrein inférieur est également
orné d’un rang de dents-de-scie peu visibles.
La partie interne de la voussure repose sur deux colonnettes engagées par
l’intermédiaire de chapiteaux dont la corbeille, surmontée d’un tailloir carré,
est ornée de petits crochets d’angle pratiquement disparus. Cette porte a
certainement subi un remaniement: les chapiteaux, sans astragale, sont à la fois
mal raccordés au fût des colonnes et au départ de la voussure, dont le tore est
sectionné à cet endroit. La partie externe de la voussure et l’archivolte
disparaissent dans les maçonneries de la nef à gauche, alors qu’à droite elles
reposent sur une large pierre légèrement saillante et chanfreinée.
Deux contreforts plats prenant appui sur un soubassement de pierre soutiennent
la corniche portée par des modillons taillés en biseau. Visiblement, comme celle
de la nef, cette corniche a été refaite. Le mur est percé de deux baies en
plein-cintre: l’une assez large, l’autre petite, longue et étroite. Leur
pourtour de granit a été refait en 1896.
Le mur oriental est consolidé aux deux extrémités par un contrefort plat. En
1885, on a adossé au chevet plat une construction rectangulaire qui abrite la
sacristie. A la même époque, le mur pignon a été percé d’une rose pour remplacer
la grande baie géminée du chevet bouchée lors de la construction de cette
sacristie.
La tour est accolée à la première travée du mur nord. La deuxième travée
présente la même disposition qu’au sud. L’étroite petite baie aux piédroits de
granit et au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit est d’origine.
= La tour
La tour, massive et de forme carrée, présente trois étages en léger retrait les
uns des autres. Deux bandeaux marquent la séparation entre les deux étages: un
bandeau mouluré en quart-de-rond sépare le premier étage du second, et le second
étage est séparé du troisième par un bandeau droit. La tour, surmontée d’un toit
en bâtière, présente le même type d’appareil que la nef et le choeur.
La tour présente les ouvertures suivantes: à l’étage inférieur, une porte
rectangulaire à l’est et une baie en plein-cintre au nord; à l’étage supérieur,
une longue ouverture rectangulaire sur chacune des faces; deux petites
ouvertures rectangulaires percées à l’étage intermédiaire et dans le pignon à
l’est et à l’ouest.
Toutes ces ouvertures rectangulaires permettent de penser que la tour a été
reconstruite, du moins en partie, depuis le 12e siècle. A quelle époque? Aucun
élément d’architecture ne permet de déterminer une date précise, et aucun
document concernant la tour n’a été retrouvé dans les archives.
#Description intérieure
= La nef
Les arcs et piédroits des trois baies en plein-cintre de la nef sont moulurés
d’un tore épais semblable à celui qui orne les baies du choeur. Dans la seconde
travée du mur nord, la baie trilobée est probablement le vestige de réfections
postérieures, tout comme la piscine surmontée d’un trilobe dans le mur latéral
sud.
Au-dessous de cette baie trilobée, l’enfeu de la pierre tombale est surmonté
d’un arc surbaissé. L’arc et les piédroits de l’enfeu sont simplement
chanfreinés.
La nef ouvre sur le chœur par un arc triomphal très épais, fourré et légèrement
brisé reposant sur deux pilastres pris dans l’épaisseur du mur. Au nord, l’arc
repose directement sur le pilastre alors qu’au sud, il s’appuie sur une imposte
moulurée légèrement chanfreinée.
= Le choeur
Le choeur est constitué de deux travées séparées par un arc doubleau sans
ornement, très épais et légèrement brisé. Chaque travée est surmontée d’une
voûte en croisée d’ogives. Les ogives, très larges, sont ornées de deux épais
tores d’angle entourant une petite moulure triangulaire saillante. Doubleaux et
ogives reposent sur des culots en forme de pyramide renversée. Les quatre culots
supportant la retombée d’une seule ogive à l’est et à l’ouest sont simples. Les
deux culots supportant à la fois la retombée d’un doubleau et les retombées de
deux ogives sont formés d’un tailloir carré légèrement chanfreiné surmontant une
grande pierre saillante pour le doubleau, encadrée de deux plus petites pour les
ogives. Les deux clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en faible
relief compris dans un cercle: motifs triangulaires pour l’une et motifs
semi-circulaires pour l’autre.
Une large piscine surmontée d’un arc surbaissé est présente dans la deuxième
travée côté sud. Les arcs et piédroits de la piscine et des trois baies du
choeur sont ornés d’un tore épais. Dans la première travée côté nord, une arcade
en plein-cintre donne sur une chapelle qui correspond à l’étage inférieur de la
tour.
#Datation
La nef et le choeur de l’église d’Yquelon peuvent être datés de la seconde
moitié du 12e siècle. Les indices de datation se trouvent dans la voûte en
croisée d’ogives du choeur et dans les deux portes: portail occidental et porte
sud.
Pour la voûte en croisée d’ogives du choeur, les ogives, très épaisses, sont
moulurées de deux tores épais encadrant une petite moulure triangulaire
saillante. Les clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en très bas
relief.