Agha-Khan, nommé gouverneur en 1839, est connu par une rébellion qui

dura trois ans. Le dernier des grands gouverneurs du Kirman est

Mohamed-Ismaïl-Khan (1860-1869). La province lui doit un renouveau de

prospérité; il construisit la plupart des caravansérails actuellement

existants, les bazars de Kirman et de nombreux villages. Le gouverneur

actuel est Mirza-Mahmoud-Khan, Ala-oul-Moulk, qui fut ambassadeur à

Constantinople, et qui doit trouver que Kirman est bien loin du reste

du monde.

[Illustration: La plus ancienne mosquée de Kirman est celle dite

Masdjid-i-Malik (page 321).--D'après une photographie.]

En octobre 1894, on me donna la mission de créer un consulat à Kirman

et dans le Baloutchistan persan. Je l'acceptai avec plaisir, bien que

pécuniairement le profit en fût maigre, et je m'y rendis accompagné de

ma soeur, qui a publié ses impressions de voyage et de séjour dans son

ouvrage intitulé _Through Persia on a Side Saddle_. Nous nous rendîmes

à notre poste par Enzeli, Téhéran, où nous demeurâmes quelque temps,

Koum, Kachan, Yezd, Bahramabad.

À 4 milles de Kirman, un général vint me souhaiter la bienvenue et

m'offrir le thé sous la tente. Les environs de la ville comptent

d'ailleurs quelques maisons de thé. À ma grande surprise, je vis

arriver un cheval microscopique, couvert de velours éclatant et

harnaché d'or. C'est sur cette monture que je devais faire mon entrée

en ville. Le _Sahib Divan_ l'avait envoyé tout exprès pour moi. Je pus

heureusement me débarrasser de cette pénible obligation en alléguant

que étant revêtu de mon uniforme, j'étais obligé de me servir d'une

selle militaire, et que ma selle évidemment n'irait pas à un poney

d'aussi petites dimensions.

[Illustration: Membres des cheikhis, secte qui en compte 7 000 dans la

province de Kirman (page 322).--D'après une photographie.]

Lorsque nous nous fûmes entendus sur ces préliminaires, nous nous

mîmes en marche vers la ville, avec une lenteur désespérante, précédés

d'une troupe d'environ deux cents cavaliers et de nombreux chevaux

tenus en laisse. Les commerçants hindous et la communauté

zoroastrienne nous souhaitèrent la bienvenue en chemin. À la porte

occidentale, une fanfare sonna, et une centaine de _faraches_ et de

porteurs de masses se joignirent au cortège, qui passa lentement le

long des étroits bazars, dans lesquels tout trafic était suspendu.

[Illustration: La Masdjid Djami construite en 1349, une des

quatre-vingt-dix mosquées de Kirman (page 322).--D'après une

photographie.]

Le jardin qui avait été loué pour le consulat était à un mille au delà

des remparts; mais, avec le temps, nous finîmes par l'atteindre. On

nous poussa dans les escaliers pour nous offrir une seconde fois du

thé. Après quoi, à mon grand soulagement, ceux qui avaient participé à

l'_istikbal_, ou réception, s'en allèrent.

La capitale de la province de Kirman a été, dès l'aurore de

l'histoire, un centre important, mais il est certain que l'ancienne

_Karmana_ n'occupait pas le même emplacement que la ville

d'aujourd'hui. Kirman, qui s'appela d'abord la «cité de Bardchii», fut

fondé, d'après Afzal-Kermani, par Ardechir, fils de Babak.

Abou-Ali-Mohammed ibn Ilias en fit la capitale de la province, à la

place de Sirjan. Son but était évidemment de s'établir aussi loin que

possible de la trop puissante famille des Deilami, dans la province de

Fars.

Comme c'est souvent le cas des villes de Perse, Kirman dépend des

kanats pour son approvisionnement d'eau. Elle est située dans une

dépression, à l'altitude de 1 730 mètres, au pied d'une chaîne

calcaire, qui dominait autrefois la ville. Elle est de tous côtés

entourée par le désert, qui est absolument nu, tous les buissons ayant

été déracinés pour servir aux fours à briques et aux bains; mais,

comme elle est à la jonction de plusieurs routes, sa position en fait

naturellement un centre de commerce. Le mont Djoupa, qui s'élève à

près de 4 000 mètres, à environ 30 milles au sud-est, forme le trait

principal du paysage; la chaîne qui forme le bastion oriental du

plateau de l'Iran est à peu près de même altitude, mais plus

apparente. Au nord, se dresse la chaîne, haute et escarpée, de

Kouhpaia; plus loin, à l'ouest, le pic Kouh-i-Chah Timorz. Au

sud-ouest, au sud et au sud-est s'étend une large zone de collines

sablonneuses, qui rendent la vie désagréable lorsque la brise souffle.

Cela, et peut-être la rareté de l'eau, en même temps que la haute

altitude, explique la grande salubrité de la ville; mais ce sont

autant d'obstacles à son développement, car, avec si peu de terres en

culture, le pain à bon marché est presque hors de question. Même

l'approvisionnement en fruits de la capitale ne peut venir que de

Djoupar et de Mahoun.

Quand on arrive à Kirman en venant de l'est, la ville présente une

apparence assez confuse de minarets et de mosquées, entourés de ruines

presque de chaque côté; l'harmonie est un peu rétablie par les hautes

murailles des glacières, à l'ombre desquelles l'eau est gelée. Mais

d'une façon générale, comme dans toute l'Asie, les approches de la

ville sont extrêmement sordides.

Les deux forts qui dominent la ville étaient autrefois le centre de la

vie. Celui qui est connu sous le nom de Kala-Ardechir couvre la crête

et les ramifications d'un rocher, qui se dresse à 150 mètres au-dessus

de la plaine. Les murs, construits de briques séchées au soleil, de

dimensions colossales, sont encore presque entiers et reposent en

partie sur des fondations de pierre. Au-dessous, sur un éperon

occidental, se dresse un second réduit, relié autrefois par une

poterne dont on retrouve quelques traces, avec l'ouvrage principal. Un

chemin qui tourne, en longeant un cours d'eau, monte, du côté du

nord-ouest, à la crête, qui possède une triple ligne de défense assez

semblable à celle du Kalah-i-Bandar de Chiraz. On y jeta tant de

victimes assassinées, que le Vakil-ul-Mulk ordonna qu'il fût comblé.

Entre ce fort et le second, plus petit et connu sous le nom de

Kala-i-Dukhtar, ou Fort de la Vierge, s'élevaient les principaux

bâtiments, y compris le palais et la mosquée; c'est dans une partie de

ce terrain qu'on a trouvé des briques lustrées; les gens du pays, qui

viennent prendre la terre des ruines pour en faire de l'engrais, m'en

ont souvent offert, et dans le nombre il y en avait de très belles.

Le Kala-i-Dukhtar est beaucoup plus bas que l'autre fort; il borde

deux crêtes qui se coupent à angle obtus, et il est si étroit qu'on

s'en servait seulement comme d'un chemin couvert. Au contraire,

Kala-Ardechir était très bien aménagé.

Sur l'éperon sud de la roche principale, est un rocher détaché. À

partir de la moitié de sa hauteur, un escalier de cent quarante-trois

marches, qui semble relativement moderne, est taillé dans le roc. Il

domine l'ancienne ville, dont la muraille partait d'un point situé

immédiatement au-dessous. Plus au sud est le quartier désert de

Farmitan, avec ses nombreuses maisons en pisé, presque intactes.

[Illustration: Dans la partie ouest de Kirman se trouve le

Bagh-i-Zirisf, terrain de plaisance occupé par des jardins.--D'après

une photographie.]

À l'angle sud de la chaîne s'ouvre une dépression, avec une

plate-forme terminant le rocher, et surmontée d'une tombe en l'honneur

de Reza Kouli Beg. Au-dessous sont les restes d'un réservoir, que

remplissaient autrefois les eaux du Bahramjird.

Dans la plaine, parmi les ruines nombreuses, on trouve un bâtiment en

pierre, de forme octogonale, surmonté d'un dôme en parenthèse, avec un

diamètre intérieur de 12 mètres, chaque face mesurant 6 mètres. On le

connaît sous le nom de Djabalia, et c'est à peu près le seul bâtiment

en pierre de Kirman. Les Persans croient fermement que c'est là le

«Dôme des Gabrs». On a dit aussi que c'était la tombe de

Seid-Mohammed-Tabachiri, mais cela est contesté. Au sud, tout près de

la petite chaîne nue de calcaire, est un groupe de constructions en

pisé, connues sous le nom de Tandarustan, et qui sont fréquentées en

partie par des disciples de Zoroastre, en partie par des musulmans. On

y expose des offrandes de viandes, et si les _péris_ ou bonnes

divinités les mangent, le voeu qu'on forme en même temps sera

accompli. C'est peut-être la survivance corrompue de l'usage parsi de

faire des offrandes aux morts.

En se dirigeant à l'ouest, on approche du Bagh-i-Zirisf, le terrain de

plaisance de Kirman. Il consiste en un certain nombre de jardins, et

couvre une superficie d'environ 250 hectares. Au delà, on atteint de

nouveau les anciennes murailles de la ville, et, en les longeant, on

arrive au quartier zoroastrien moderne. Plus loin, au nord, est leur

ancien faubourg, détruit par les Afghans, et dont la principale ruine

est connue sous le nom de Khana Farang, ou «Maison Européenne».

Immédiatement en dehors des murs est le champ de courses, qui a

environ 800 mètres de longueur.

La ville actuelle de Kirman est entourée d'une muraille en bon état,

qui est percée de six portes, dont l'une, connue sous le nom de

_Sultani_, est censée avoir été l'oeuvre de Chah-Rouk. La forme est

irrégulière, son diamètre étant exactement d'un mille anglais (1 609

mètres) de l'est à l'ouest, et un peu plus du nord au sud. Elle est

divisée en cinq quartiers, portant les noms de Chahr, Khodja-Khizr,

Koutbabad, Meidan-i-Kala, Chah-Actil. On peut y ajouter les trois

quartiers extra-muraux de Gabri, Mahouni, You-Mouidi.

Touchant aux murs de l'ouest est l'Arche ou Fort, où réside le

gouverneur général. On y trouve aussi le bureau du Télégraphe, les

casernes et l'Arsenal. Ces bâtiments sont, pour la plupart, de

construction moderne; ils sont beaux et en bon état. Un grand jardin

entoure les appartements particuliers de Son Excellence.

Les mosquées ne sont pas sans intérêt. La plus ancienne est la

Masdjid-i-Malik. Elle fut fondée par le Seldjoucide Malik-Touran-Chah,

qui régna de 1084 à 1096. L'historien Mohamed Ibrahim, qui vivait au

XVIe siècle, dit qu'il la vit debout, mais en ruines. Depuis lors,

elle a été reconstruite; elle couvre un vaste espace, mais on ne peut

dire qu'elle soit belle.

On peut encore mentionner, parmi les quatre-vingt-dix mosquées de

Kirman, la Masdjid Djami, ou Masdjid Mouzaffar, construite en 1349, et

la Masdjid-i-Pa-Minas, construite en 1390. Parmi les six _madarsi_

(pluriel de _médressé_) la plus belle est celle qui fut fondée par le

Zahis-u-Dola. Il y a encore dans la ville cinquante bains et huit

caravansérails.

Jusqu'en 1896, année où il fut détruit par un tremblement de terre, le

plus notable des édifices de Kirman était le Kouba Sabz, ou Dôme Vert.

C'était la tombe de la dynastie des Kara Khites, et elle faisait

partie de la médressé de Turkabad. La Kouba était un curieux bâtiment

cylindrique, d'à peu près 16 mètres de haut, avec des mosaïques d'un

bleu verdâtre, le dallage intérieur montrant des vestiges d'une riche

dorure.

Non loin est une pierre, sculptée d'une façon exquise, avec des

versets du Coran en caractères koufiques et _nachk_, insérés dans la

muraille d'un bâtiment carré et recouvert d'un dôme, orné dans le même

style que la Kouba Sabz. Une voûte au-dessous montre évidemment que

c'était une tombe; mais la seule information que je pus obtenir à ce

sujet à Kirman, c'est qu'elle est connue sous le nom de Khodja-Atabeg,

ou Sang-i-Atabeg.

Kirman, que, dans la phraséologie orientale, on nomme _Das-ul-Aman_,

ou «demeure de la Paix», peut avoir, avec ses faubourgs, une

population d'un peu moins de 50 000 habitants. Au point de vue

religieux, elle est ainsi répartie entre les diverses sectes:

Musulmans chiites, 37 000; Musulmans sunnites, 70; Babis Behai, 3 000;

Babis Ezeli, 60; Cheikhis, 6 000; Soufis, 1 200; Juifs, 70;

Zoroastriens ou Parsis, 1 700; Hindous, 20.

Les Babis, disciples de Mirza-Ali-Mohammed, de Chiraz, exécuté en

1848, font, en secret, beaucoup de prosélytes. Ils ont des principes

élevés: ils veulent des relations amicales entre tous les hommes,

l'abolition des guerres religieuses, l'étude des sciences utiles, etc.

L'expansion des doctrines du Bab pourrait aider puissamment à la

régénération de la Perse. Les Babis se sont divisés en Ezeli ou Behai,

selon qu'ils suivent les doctrines de Mirza-Yahya, _Sub-i-Ezel_,

successeur désigné par le Bab lui-même, ou celles de Mirza-Husein-Ali,

_Beha-Ulla_, son frère aîné, qui se déclara chef de la secte en 1866.

[Illustration: Les environs de Kirman comptent quelques maisons de thé

(page 318).--D'après une photographie.]

La secte des Cheikhis a, quoiqu'on ait soutenu le contraire, des vues

identiques à celle des Babis. Elle a été fondée par Cheikh-Ahmad,

d'Ahsa ou Lahsa, dans les îles Bahreïn, qui naquit aux environs de

1750. La secte compte environ 7 000 adeptes dans la province de Kirman

et 50 000 en Perse. Son chef actuel est Hadji-Mohammed-Khan, un homme

d'apparences distinguées, de manières charmantes, possédant une

connaissance du monde extérieur qui rend sa société très agréable, et

entièrement dégagé de tout fanatisme.

Les Juifs de Kirman sont dans une condition misérable; ce sont de

petits commerçants, d'une rapacité absurde, assimilant l'extorsion au

profit. C'est un rameau d'une colonie plus nombreuse, établie à Yezd,

et qui doit être venue de Bagdad.

Les Zoroastriens, intéressants par la survivance d'un très ancien

culte, le sont aussi par la pureté de leur sang. Ce sont des Iraniens

authentiques, sans ce mélange de sang arabe, mongol et turc, que des

invasions successives ont apporté en Perse. Ils forment une race plus

belle et plus saine que leurs coreligionnaires musulmans; leurs

coreligionnaires de Bombay offrent un exemple de la détérioration

physique que produit sûrement le climat de l'Inde.

Au point de vue industriel, Kirman était, jusqu'à une date toute

récente, spécialement célèbre pour ses châles, mais actuellement elle

l'emporte par les tapis. Ces produits sans rivaux de ses métiers sont

tissés en soie et laine, et leur finesse, leurs couleurs brillantes,

en font incontestablement les plus remarquables que le monde ait vus;

tout autre paraît commun à côté d'eux. Les modèles sont très anciens,

et évidemment antérieurs au mahométisme; des figures humaines y sont

fréquemment représentées, mais ce sont surtout les fleurs stylisées

qui en constituent le dessin; et le mélange de leurs couleurs est

admirable.

[Illustration: Une «tour de la mort» ou les zoroastriens exposent les

cadavres.--D'après une photographie.]

À Kirman même, on compte environ un millier de métiers. Chaque tapis

est exécuté par un maître tisseur et deux ou trois petits garçons,

travaillant d'après une formule qui est récitée et qui contient

beaucoup de mots archaïques; on dit que ces formules ont été

transmises oralement de père en fils pendant de longs siècles. On

n'emploie ni femmes, ni filles à ce travail. Les couleurs d'aniline,

qui ont presque ruiné l'industrie des tapis des nomades, sont

soigneusement évitées.

Le châle est tissé de poil de chèvre ou de laine. Comme pour les

tapis, les modèles sont appris par coeur; le travail est beaucoup plus

fin et ne peut être exécuté que par des enfants.

D'autres industries, de moindre importance, sont la fabrication de

feutres, d'_abas_ (la robe de dessus, d'origine arabe, que portent les

Persans), les objets en bronze, etc.

Mon séjour à Kirman a toujours été fort agréable; dans aucune partie

du monde, nous n'aurions pu être traités avec plus de considération,

et à mon avis les injures lancées contre les Persans par des Européens

qui n'avaient jamais appris leur langue sont tout à fait imméritées.

Les Persans sont, en général, extrêmement courtois et spirituels, et

leur esprit de repartie est proverbial. Français par leur politesse et

leur amour des compliments, ils sont tout à fait Anglais en ce qu'ils

considèrent comme le meilleur emploi de leur argent d'acheter de la

nourriture et des vêtements.

L'éducation de la jeunesse a été, jusqu'ici, honteusement négligée;

mais on peut remarquer aujourd'hui un mécontentement de bon augure,

grâce auquel on pourra plus tard apprendre aux enfants autre chose que

quelques chapitres du Coran, qui, étant écrits en arabe, leur sont

incompréhensibles. Aujourd'hui la position d'un maître d'école est

aussi mauvaise que dans l'Angleterre du XVIIe siècle, et sa paie égale

celle d'un domestique. Il n'est donc pas étonnant d'en voir qui

enseignent encore que Londres est le nom d'un pays dont l'une des

villes est l'océan Atlantique.

En juin, les nuits commencèrent à devenir chaudes, et ma soeur

souffrit beaucoup des attaques des moustiques. Nous nous décidâmes

donc à un changement de résidence. On nous avait recommandé beaucoup

de régions fraîches. Comme je désirais particulièrement retrouver la

route de Marco Polo, nous résolûmes de nous rendre d'abord à

Kouh-i-Hazar, ou «montagne de la Tulipe», puis de visiter Sardou, où

j'étais sûr que le grand Vénitien avait passé.

En quatre étapes, nous étions au village de Hazar, et nous campions au

coeur des montagnes, à 3 300 mètres d'élévation. Je fis là des chasses

superbes; la montagne avait été réservée pour le gouverneur général,

et l'on n'y avait pas chassé depuis plusieurs années.

Un jour, nous fîmes, avec ma soeur, l'ascension du grand pic de

Kouh-i-Chah-Koutb-ou-Din-Haides, ou la «Montagne du Saint», «l'Étoile

Polaire de la Foi». C'est le second en altitude des sommets de la

Perse du Sud-Est; il atteint 4 180 mètres. Au sommet se trouve une

châsse, avec une collection de monnaies, dont l'une, avec l'effigie de

la reine Victoria, datant de 1837.

Le ciel était tout à fait clair, le panorama magnifique. Au nord, nous

voyions la chaîne carrée au pied de laquelle est Kirman; à l'est, le

gigantesque Kouh-i-Hazar, qui dépasse 4 000 mètres. C'est une montagne

superbe; elle est visible de plus de 100 milles sur la route du

Baloutchistan, et elle a dû réjouir les yeux de plus d'un Kermani. Au

sud, se trouvent Sardou, et la succession de grandes chaînes, qui,

sous différents noms, soutiennent le plateau de l'Iran. Presque dans

chaque direction de l'horizon, nous avions devant nous un pays

réellement inexploré; les routes principales apparaissent seules sur

les cartes, et de chaque côté, à quelques milles de distance, il y a

des régions entièrement inconnues.

De là, nous nous rendîmes sur le plateau de Sardou. À Rahbour, nous

visitâmes le gouverneur, et nous vîmes chez lui un vieillard, de la

tribu des Mehni, qui s'attribuait l'âge de cent vingt-cinq ans. Son

visage était de la couleur de la cire, ses cheveux semblaient des fils

d'argent.

En quittant Rahbour, nous gardâmes approximativement la direction de

l'Est, traversant différentes branches du Halil-Roud, dont l'une était

plus profonde que nous ne l'aurions souhaité. La nuit, nous fîmes

halte près d'un jardin, autour duquel campaient une cinquantaine de

familles. C'était le mois de Moharram, et, pendant des heures, nous

dûmes entendre la funèbre mélopée de la Passion. Elle finit cependant,

et, à notre grande satisfaction, la chose tourna à la comédie,

rappelant les pièces de Ladakh, où la même transformation se produit.

C'est la seule fois que j'aie pu voir en Perse autre chose que la plus

sincère dévotion; mais les nomades sont généralement considérés comme

moins stricts que les sédentaires dans leurs observances religieuses.

L'étape suivante nous fit traverser le district fertile de Herza, dont

les arbres nombreux contrastent agréablement avec l'ordinaire nudité

des campagnes. Franchissant un col de 2 700 mètres, nous arrivâmes

graduellement, par des champs ondulés de froment, à Dar-i-Mazar,

capitale du Sardou. On y voit un sanctuaire bien entretenu en

l'honneur de Sultan-Seiid-Ahmad-Saghis, descendant de l'imam Mousa. Le

pays environnant est la propriété du sanctuaire, et des paysans

appelés _cheiks_ sont à peu près les seuls habitants permanents du

district, les nomades, au nombre de quatre cent six familles, ne

passant dans ces régions que les quelques mois d'été. Autour du

sanctuaire, on voit une douzaine de boutiques, et une station de bains

y a été récemment établie. Quelques Kermani y étaient venus jouir d'un

climat admirablement frais.

Nous campâmes plus loin près du col de Sarbizan, où se trouvent les

ruines d'un caravansérail, bâti par le septième sultan seldjoucide,

Malik-Mohammed. La chasse était fort belle, et nous serions volontiers

restés un mois en cet endroit. Mais le _Sahib-Divan_ venait d'être

renvoyé, le _Farman-Fara_ était de nouveau investi de ses fonctions,

et il nous fallut rentrer à Kirman avant l'arrivée de Son Altesse.

Un peu avant Noël 1895, deux Allemands, qui avaient parié de faire le

tour du monde en gagnant leur vie, arrivèrent à Kirman. Ç'aurait été

un grand discrédit pour notre colonie que des Européens demandant

l'aumône; je me crus donc obligé de venir en aide, de toutes façons, à

ces voyageurs. Mais je ne puis dire que j'aie été fâché d'apprendre

qu'ils avaient finalement échoué dans leur entreprise: de pareils

excentriques, au moins en Orient, ne font que du mal. Les

renseignements qu'ils rapportent ne peuvent être que sans valeur,

sinon dangereux. En outre, il n'y a pas un Oriental qui ne sente

s'amoindrir l'idée qu'il se faisait des Européens, lorsqu'il en voit

qui voyagent sans domestiques, et couchent dans le premier trou venu.

(_À suivre._) _Adapté de l'anglais par_ H. JACOTTET.

[Illustration: Le fort dit Kala-i-Dukhtar ou Fort de la Vierge, aux

portes de Kirman (page 320).--D'après une photographie.]

Droits de traduction et de reproduction réservés.

TOME XI, NOUVELLE SÉRIE.--28e LIV. Nº 28.--15 Juillet 1905.

[Illustration: Le «Farman Farma».--D'après une photographie.]

À TRAVERS LA PERSE ORIENTALE[2]

[Note 2: _Suite. Voyez pages_ 301 et 313.]

Par le MAJOR PERCY MOLESWORTH SYKES,

_Consul général de S. M. Britannique au Khorassan._

III. -- En Baloutchistan. -- Le Makran: la côte du golfe

Arabique. -- Histoire et Géographie du Makran. -- Le Sarhad.

Dans son premier voyage de 1893, le major Sykes partit de Kirman

pour se rendre à Bouchir, sur le golfe Persique. De là, longeant

les côtes du golfe, il arriva à Karatchi. Il repartit de ce poste

pour son second voyage, que nous avons maintenant à raconter. Il

était accompagné du major Brazier Creagh, du service médical de

l'armée, de sultan Soukhrou, officier de la 3º de cavalerie du

Pendjab, de deux _sowars_ du corps des guides, et de deux

domestiques hindous.--Nous lui rendons la parole:

[Illustration: Indigènes du bourg d'Aptar, Baloutchistan (page

335).--D'après une photographie.]

Partis de Karatchi, notre première étape fut Gwadour, possession du

sultan de Mascate, où se réfugient de nombreux esclaves persans. Le

lendemain, par un beau temps calme, notre vapeur entra dans la baie de

Chahbar, qui est la plus sûre et la plus accessible de la côte. Elle

est abritée de la mousson du sud-ouest par la terre d'Oman, du côté de

laquelle s'allonge le promontoire de Ras-Koulab, tandis qu'au

sud-ouest un long écueil forme un brise-lames naturel. Mais, avec une

entrée large de 12 kilomètres et une profondeur d'une vingtaine de

kilomètres, l'ancrage n'est que relativement sûr.

Le débarquement ne s'opéra pas sans quelque difficulté, au moyen d'une

barque ou _baggala_ indigène. Quand nous fûmes débarqués, nous

transportâmes tous nos _impedimenta_ au prochain bureau de télégraphe.

Le Tour du Monde; À travers la Perse Orientale Journal des voyages et des voyageurs; 2e Sem. 1905 · 第 3 / 11 段