[11] Cette prépondérance de l'initiative individuelle doit être surtout

observée en Amérique. En Angleterre, elle a singulièrement baissé

depuis vingt-cinq ans et l'Etat s'y montre de plus en plus envahissant.

Nous montrerons bientôt par d'autres exemples qu'un peuple ne se

soustrait pas aux conséquences de sa constitution mentale ; ou que, s'il

s'y soustrait, c'est pour de rares instants, comme le sable soulevé par

l'orage semble échapper pour un moment aux lois de l'attraction. C'est

une chimère enfantine de croire que les gouvernements et les

constitutions sont pour quelque chose dans la destinée d'un peuple.

C'est en lui-même que se trouve sa destinée, et non dans les

circonstances extérieures. Tout ce qu'on peut demander à un

gouvernement, c'est d'être l'expression des sentiments et des idées du

peuple qu'il est appelé à régir, et, par le fait seul qu'il existe, il

en est l'image. Il n'y a pas de gouvernements ni d'institutions dont on

puisse dire qu'ils sont absolument bons ou absolument mauvais. Le

gouvernement du roi de Dahomey était probablement un gouvernement

excellent pour le peuple qu'il était appelé à gouverner ; et la plus

savante constitution européenne eût été inférieure pour ce même peuple.

C'est là ce qu'ignorent malheureusement les hommes d'Etat qui se

figurent qu'un gouvernement est chose d'exportation, et que des

colonies peuvent être gouvernées avec les institutions d'une métropole.

Autant vaudrait tâcher de persuader aux poissons de vivre dans l'air,

sous prétexte que la respiration aérienne est pratiquée par tous les

animaux supérieurs.

Par le fait seul de la diversité de leur constitution mentale, des

peuples différents ne sauraient subsister longtemps sous un régime

identique. L'Irlandais et l'Anglais, le Slave et le Hongrois, l'Arabe

et le Français ne sont maintenus qu'avec les plus grandes difficultés

sous les mêmes lois et au prix de révolutions incessantes. Les grands

empires contenant des peuples divers ont toujours été condamnés à une

existence éphémère. Lorsqu'ils ont eu quelque durée comme celui des

Mogols, puis des Anglais dans l'Inde, c'est d'une part parce que les

races en présence étaient tellement nombreuses, tellement différentes

et par conséquent tellement rivales, qu'elles ne pouvaient songer à

s'unir contre l'étranger ; c'est, d'autre part, parce que ces maîtres

étrangers ont eu un instinct politique assez sûr pour respecter les

coutumes des peuples conquis et les laisser vivre sous leurs propres

lois.

On écrirait bien des livres, on referait même l'histoire tout

entière et à un point de vue très nouveau, si on voulait montrer toutes

les conséquences de la constitution psychologique des peuples. Son

étude approfondie devrait être la base de la politique et de

l'éducation. On pourrait même dire que cette étude éviterait bien des

erreurs et bien des bouleversements si les peuples pouvaient échapper

aux fatalités de leur race, si la voix de la raison n'était pas

toujours éteinte par l'impérieuse voix des morts.

CHAPITRE II

APPLICATION DES PRINCIPES PRÉCÉDENTS A L'ÉTUDE COMPARÉE DE

L'ÉVOLUTION DES ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE ET DES RÉPUBLIQUES

HISPANO-AMÉRICAINES

Le caractère anglais. - Comment l'âme américaine s'est formée. - Dureté

de la sélection créée par les conditions d'existence. - Disparition

forcée des éléments inférieurs. - Les nègres et les Chinois. - Raisons

de la prospérité des Etats-Unis et de la décadence des Républiques

hispano-américaines malgré des institutions politiques identiques. -

L'anarchie forcée des Républiques hispano-américaines comme conséquence

de l'infériorité des caractères de la race.

Les brèves considérations qui précèdent montrent que les

institutions d'un peuple sont l'expression de son âme et que, s'il lui

est aisé d'en changer la forme, il ne saurait en changer le fond. Nous

allons maintenant montrer par des exemples très précis à quel point

l'âme d'un peuple régit sa destinée et le rôle insignifiant que jouent

les institutions dans cette destinée [12].

[12] L'illustre sociologiste anglais Herbert Spencer avait laissé de

côté dans ses grands ouvrages l'influence du caractère des peuples sur

leurs destinées, et ses belles synthèses théoriques l'avaient d'abord

conduit à des conclusions fort optimistes. S'étant décidé en

vieillissant à tenir compte du rôle fondamental du caractère, il a dû

modifier entièrement ses conclusions premières et est arrivé finalement

à leur en substituer de fort pessimistes. Nous en trouvons l'expression

dans un discours récemment publié sur Tyndall et reproduit dans la

_Revue des Revues_. En voici quelques extraits :

... « Ma foi dans les institutions libres, si forte à l'origine, s'est

vue dans ces dernières années considérablement diminuée... Nous

reculons vers le régime de la main de fer représenté par le despotisme

bureaucratique d'une organisation socialiste, puis par le despotisme

militaire qui lui succédera si toutefois ce dernier ne nous est pas

brusquement apporté par quelque krach social. »

Ces exemples, je les prendrai dans un pays où vivent côte à côte,

dans des conditions de milieu peu différentes, deux races européennes

également civilisées et intelligentes, et ne différant que par leur

caractère : je veux parler de l'Amérique. Elle est formée par deux

continents distincts, réunis par un isthme. La superficie de chacun de

ces continents est à peu près égale, leur sol très comparable. L'un

d'eux a été conquis et peuplé par la race anglaise, l'autre par la race

espagnole. Ces deux races vivent sous des constitutions républicaines

semblables, puisque les républiques du sud de l'Amérique ont toutes

copié les leurs sur celles des Etats-Unis. Il n'y a donc en présence,

pour expliquer les destinées différentes de ces peuples, que des

différences de races. Voyons ce que ces différences ont produit.

Résumons d'abord en quelques mots les caractères de la race

anglo-saxonne, qui a peuplé les Etats-Unis. Il n'en est peut-être pas

dans le monde qui soit plus homogène, et dont la constitution mentale

soit plus facile à définir dans ses grandes lignes.

Les dominantes de cette constitution mentale sont, au point de vue

du caractère : une somme de volonté que bien peu de peuples, sauf les

Romains peut-être, ont possédée, une énergie indomptable, une

initiative très grande, un empire absolu sur soi, un sentiment de

l'indépendance poussé jusqu'à l'insociabilité excessive, une activité

puissante, des sentiments religieux très vifs, une moralité très fixe,

une idée de devoir très nette.

Au point de vue intellectuel, on ne peut donner de caractéristiques

spéciales, c'est-à-dire indiquer des éléments particuliers qu'on ne

puisse retrouver chez les autres nations civilisées. Il n'y a guère à

noter qu'un jugement sûr qui permet de saisir le côté pratique et

positif des choses et de ne pas s'égarer dans des recherches

chimériques : un goût très vif pour les faits et médiocre pour les

idées générales, une certaine étroitesse d'esprit, qui empêche de voir

les côtés faibles des croyances religieuses, et met, par conséquence,

ces croyances à l'abri de la discussion.

A ces caractéristiques générales, il faut joindre cet optimisme

complet de l'homme dont la voie est bien tracée dans la vie, et qui ne

suppose même pas qu'il puisse en choisir de meilleure. Il sait toujours

ce que lui demandent sa patrie, sa famille et ses dieux. Cet optimisme

est poussé au point de faire considérer comme extrêmement méprisable

tout ce qui est étranger. Le mépris de l'étranger et de ses usages

dépasse certainement, en Angleterre, celui que professaient jadis les

Romains et les Barbares à l'époque de leur grandeur. Il est tel qu'à

l'égard de l'étranger toute règle morale disparaît. Il n'est pas un

homme d'Etat anglais qui ne considère comme parfaitement légitime, dans

sa conduite à l'égard des autres peuples, des actes qui provoqueraient

la plus profonde et la plus unanime indignation s'ils étaient pratiqués

à l'égard de ses compatriotes. Ce dédain de l'étranger est sans doute,

au point de vue philosophique, un sentiment d'ordre très inférieur ;

mais, au point de vue de la prospérité d'un peuple, il est d'une

utilité extrême. Comme le fait justement remarquer le général anglais

Wolseley, il est un de ceux qui font la force de l'Angleterre. On a dit

avec raison, à propos de leur refus, très judicieux d'ailleurs, de

laisser établir sous la Manche un tunnel qui faciliterait les rapports

avec le continent, que les Anglais prenaient autant de peine que les

Chinois pour empêcher toute influence étrangère de pénétrer chez eux.

Tous les caractères qui viennent d'être énumérés se retrouvent dans

les diverses couches sociales ; on ne pourrait découvrir aucun élément

de la civilisation anglaise sur lequel ils n'aient marqué leur solide

empreinte. L'étranger qui visite l'Angleterre, ne fût-ce que pendant

quelques jours, en est immédiatement frappé. Il constatera le besoin de

la vie indépendante dans le cottage du plus modeste employé, habitation

étroite, sans doute, mais à l'abri de toute contrainte et isolée de

tout voisinage ; dans les gares les plus fréquentées, où le public

circule à toute heure sans être parqué comme un troupeau de moutons

dociles derrière une barrière que garde un employé, comme s'il fallait

assurer par la force la sécurité de gens incapables de trouver en

eux-mêmes la somme d'attention nécessaire pour ne pas se faire écraser.

Il retrouvera l'énergie de la race, aussi bien dans le dur travail de

l'ouvrier que dans celui du collégien qui, abandonné à lui-même dès le

jeune âge, apprend à se conduire tout seul, sachant déjà que dans la

vie personne que lui-même ne s'occupera de sa destinée ; chez les

professeurs, qui font un cas médiocre de l'instruction et un cas très

grand du caractère, qu'ils considèrent comme une des plus grandes

forces motrices du monde [13]. En pénétrant dans la vie publique du

citoyen, il verra que ce n'est pas à l'Etat, mais à l'initiative

individuelle qu'on fait toujours appel, qu'il s'agisse de réparer la

fontaine d'un village, de construire un port de mer ou de créer un

chemin de fer. En poursuivant son enquête, il reconnaîtra bientôt que

ce peuple, malgré des défauts qui en font pour l'étranger le plus

insupportable des peuples, est le seul vraiment libre, parce que c'est

le seul qui, ayant appris à se gouverner lui-même, a pu ne laisser à

son gouvernement qu'un minimum d'action. Si l'on parcourt son histoire,

on voit que c'est celui qui sut le premier s'affranchir de toute

domination, aussi bien de celle de l'Église que de celle des rois. Dès

le XVe siècle, le légiste Fortescue opposait « la loi romaine, héritage

des peuples latins, à la loi anglaise ; l'une, oeuvre de princes absolus

et toute portée à sacrifier l'individu ; l'autre, oeuvre de la volonté

commune et toute prête à protéger la personne ».

[13] Chargé par la reine d'Angleterre de fixer les conditions d'un prix

annuel décerné par elle au collège Wellington, le prince Albert décida

qu'il serait accordé, non à l'élève le plus instruit, mais à celui dont

le caractère serait jugé le plus élevé. Chez une nation latine le prix

eût été certainement accordé à l'élève qui eût le mieux récité ce qu'il

avait appris dans ses livres. Tout notre enseignement, y compris ce que

nous qualifions d'enseignement supérieur, consiste à faire réciter à la

jeunesse des leçons. Elle en conserve si bien ensuite l'habitude

qu'elle continue à les réciter pendant le reste de son existence.

En quelque lieu du globe qu'un peuple semblable émigre, il deviendra

immédiatement prépondérant et fondera de puissants empires. Si la race

envahie par lui est, comme les Peaux-Rouges de l'Amérique, par exemple,

suffisamment faible et insuffisamment utilisable elle sera

méthodiquement exterminée. Si la race envahie est, comme les

populations de l'Inde, trop nombreuse pour être détruite et peut

fournir d'ailleurs un travail productif, elle sera simplement réduite à

un vasselage très dur et obligée de travailler à peu près exclusivement

pour ses maîtres.

Mais c'est surtout dans un pays neuf, comme l'Amérique, qu'il faut

suivre les étonnants progrès dus à la constitution mentale de la race

anglaise. Transportée dans des régions sans culture à peine habitées

par quelques sauvages, et n'ayant à compter que sur elle-même, on voit

ce qu'elle est devenue. Il lui a fallu un siècle à peine pour se placer

au premier rang des grandes puissances du monde, et aujourd'hui il n'en

est guère qui pourrait lutter contre elle. Je recommande la lecture des

livres de MM. Rousier et Paul Bourget sur les Etats-Unis aux personnes

désireuses de se rendre compte de la somme énorme d'initiative et

d'énergie individuelle dépensée par les citoyens de la grande

République. L'aptitude des hommes à se gouverner eux-mêmes, à

s'associer pour fonder de grandes entreprises, créer des villes, des

écoles, des ports, des chemins de fer, etc., est portée à un tel

maximum, et l'action de l'Etat réduite à un tel minimum, qu'on pourrait

presque dire qu'il n'existe pas de pouvoirs publics. En dehors de la

police et de la représentation diplomatique, on ne voit pas même à quoi

ils pourraient servir.

On ne peut prospérer d'ailleurs aux Etats-Unis qu'à la condition de

posséder les qualités de caractère que je viens de décrire, et c'est

pourquoi les immigrations étrangères ne sauraient modifier l'esprit

général de la race. Les conditions d'existence sont telles que

quiconque ne possède pas ces qualités est condamné à promptement

disparaître. Dans cette atmosphère saturée d'indépendance et d'énergie,

l'Anglo-Saxon seul peut vivre. L'Italien y meurt de faim, l'Irlandais

et le nègre y végètent dans les emplois les plus subalternes.

La grande République est assurément la terre de la liberté ; ce n'est

sûrement pas celle de l'égalité ni de la fraternité, ces deux chimères

latines que les lois du progrès ne sauraient connaître. Dans aucune

contrée du globe, la sélection naturelle n'a fait plus rudement sentir

son bras de fer. Elle s'y montre impitoyable ; mais c'est justement

parce qu'elle ne connaît pas la pitié que la race qu'elle a contribué à

former conserve sa puissance et son énergie. Il n'y a point de place

pour les faibles, les médiocres, les incapables sur le sol des

Etats-Unis. Par le fait seul qu'ils sont inférieurs, individus isolés

ou races entières sont destinés à périr. Les Peaux-Rouges, devenus

inutiles, ont été exterminés à coup de fusil ou condamnés à mourir de

faim. Les ouvriers chinois, dont le travail constitue une concurrence

gênante, vont bientôt subir un sort analogue. La loi qui a décrété leur

totale expulsion n'a pu être appliquée à cause des frais énormes que

son exécution eût coûtés [14]. Elle sera promptement remplacée sans

doute par une destruction méthodique commencée déjà dans plusieurs

districts miniers. D'autres lois ont été récemment votées pour

interdire l'entrée du territoire américain aux émigrants pauvres.

Quant aux nègres, qui servirent de prétexte à la guerre de Sécession

- guerre entre ceux qui possédaient des esclaves et ceux qui, ne

pouvant pas en posséder, ne voulaient pas permettre à d'autres d'en

avoir - ils sont à peu près tolérés, parce qu'ils restent confinés

dans des fonctions subalternes dont aucun citoyen américain ne

voudrait. Théoriquement, ils ont tous les droits ; pratiquement, ils

sont traités comme des animaux à demi utiles dont on se débarrasse

dès qu'ils deviennent dangereux. Les procédés sommaires de la loi de

Lynch sont universellement reconnus comme suffisants pour eux. Au

premier délit gênant, fusillés ou pendus. La statistique, qui ne

connaît qu'une partie de ces exécutions, en a enregistré plus de mille

pendant les sept dernières années.

[14] Le 53e congrès n'a ajourné l'exécution de la loi Geary (_Chinese

exclusion act_) que parce qu'on a constaté que pour rapatrier 100,000

Chinois, il faudrait dépenser 30 millions de francs, alors que la somme

inscrite au budget pour l'expulsion des ouvriers chinois n'était que de

100,000 francs.

Ce sont là, sans doute, les côtés sombres du tableau. Il est assez

brillant pour les supporter. S'il fallait définir d'un mot la

différence entre l'Europe continentale et les Etats-Unis, on pourrait

dire que la première représente le maximum de ce que peut donner la

réglementation officielle remplaçant l'initiative individuelle ; les

seconds le maximum de ce que peut donner l'initiative individuelle

entièrement dégagée de toute réglementation officielle. Ces

différences

fondamentales sont exclusivement des conséquences du caractère. Ce

n'est pas sur le sol de la rude République que le socialisme européen a

chance de s'implanter. Dernière expression de la tyrannie de l'Etat, il

ne saurait prospérer que chez des races vieillies, soumises depuis des

siècles à un régime qui leur a ôté toute capacité de se gouverner

elles-mêmes [15].

[15] L'Amérique que je viens de décrire est celle d'hier et

d'aujourd'hui, mais ce ne sera sans doute pas celle de demain. Nous

verrons dans un prochain chapitre que par suite de l'invasion récente

d'un nombre immense d'éléments inférieurs non assimilables, elle est

menacée d'une guerre civile gigantesque et d'une séparation en plusieurs

Etats indépendants toujours en lutte comme ceux de l'Europe.

Nous venons de voir ce qu'a produit dans une partie de l'Amérique

une race possédant une certaine constitution mentale, où dominent la

persévérance, l'énergie et la volonté. Il nous reste à montrer ce

qu'est devenu un pays presque semblable, dans les mains d'une autre

race, fort intelligente pourtant, mais ne possédant aucune des qualités

de caractère dont je viens de constater les effets.

L'Amérique du Sud est, au point de vue de ses productions

naturelles, une des plus riches contrées du globe. Deux fois grande

comme l'Europe et dix fois moins peuplée, la terre n'y manque pas et

est, pour ainsi dire, à la disposition de tous. Sa population

dominante, d'origine espagnole, est divisée en nombreuses républiques :

Argentine, Brésilienne, Chilienne, Péruvienne, etc. Toutes ont adopté

la constitution politique des Etats-Unis, et vivent par conséquent sous

des lois identiques. Eh bien, par ce fait seul que la race est

différente et manque des qualités fondamentales que possède celle qui

peuple les Etats-Unis, toutes ces républiques, sans une seule

exception, sont perpétuellement en proie à la plus sanglante anarchie,

et, malgré les richesses étonnantes de leur sol, sombrent les unes

après les autres dans les dilapidations de toute sorte, la faillite et

le despotisme.

Il faut parcourir le remarquable et impartial ouvrage de Th. Child,

sur les républiques hispano-américaines, pour apprécier la profondeur

de leur décadence. Les causes en sont tout entières dans la

constitution mentale d'une race n'ayant ni énergie, ni volonté, ni

moralité. L'absence de moralité, surtout, dépasse tout ce que nous

connaissons de pire en Europe. Citant une des villes les plus

importantes, Buenos-Ayres, l'auteur la déclare inhabitable pour

quiconque a quelque délicatesse de conscience et quelque moralité. A

propos de l'une des moins dégradées de ces républiques, la république

Argentine, le même écrivain ajoute : « Que l'on examine cette

république au point de vue commercial, on reste confondu par

l'immoralité qui s'affiche partout. »

Quant aux institutions, nul exemple ne montre mieux à quel point

elles sont filles de la race, et l'impossibilité de les transporter

d'un peuple à un autre. Il était fort intéressant de savoir ce que

deviendraient les institutions si libérales des Etats-Unis transportées

chez une race inférieure. « Ces pays, nous dit en parlant des diverses

républiques hispano-américaines M. Child, sont sous la férule de

présidents qui exercent une autocratie non moins absolue que le czar de

toutes les Russies ; plus absolue même, en ce qu'ils sont à l'abri de

toutes les importunités et de l'influence de la censure européenne. Le

personnel administratif est uniquement composé de leurs créatures... ;

les citoyens votent comme bon leur semble, mais il n'est tenu aucun

compte de leurs suffrages. La République Argentine n'est une république

que de nom ; en réalité, c'est une oligarchie de gens qui font de la

politique un commerce. »

Un seul pays, le Brésil, avait un peu échappé à cette profonde

décadence, grâce à un régime monarchique qui mettait le pouvoir à

l'abri des compétitions. Trop libéral pour des races sans énergie et

sans volonté, il a fini par succomber. Du même coup le pays est tombé

en pleine anarchie ; et, en peu d'années, les gens au pouvoir ont

tellement dilapidé le Trésor, que les impôts ont dû être augmentés de

plus de 60 p. 100.

Ce n'est pas seulement en politique, naturellement, que se manifeste

la décadence de la race latine qui peuple le sud de l'Amérique, mais

bien dans tous les éléments de la civilisation. Réduites à elles-mêmes,

ces malheureuses républiques retourneraient à la pure barbarie. Toute

l'industrie et tout le commerce sont dans les mains des étrangers :

Anglais, Américains et Allemands. Valparaiso est devenu une ville

anglaise ; et il ne resterait rien au Chili, si on lui ôtait ses

étrangers. C'est grâce à eux que ces contrées conservent encore ce

vernis extérieur de civilisation qui trompe encore l'Europe. La

République Argentine compte 4 millions de blancs d'origine espagnole ;

je ne sais si on en citerait un seul, en dehors des étrangers, à la

tête d'une industrie vraiment importante.

Cette effroyable décadence de la race latine, abandonnée à

elle-même, mise en présence de la prospérité de la race anglaise, dans

un pays voisin, est une des plus sombres, des plus tristes et, en même

temps, des plus instructives expériences que l'on puisse citer à

l'appui des lois psychologiques que j'ai exposées.

CHAPITRE III

COMMENT L'ALTÉRATION DE L'AME DES RACES MODIFIE L'ÉVOLUTION

HISTORIQUE DES PEUPLES

L'influence d'éléments étrangers transforme aussitôt l'âme d'une

race, et par conséquent sa civilisation. - Exemple des Romains. - La

civilisation romaine ne fut pas détruite par les invasions militaires,

mais par les invasions pacifiques des Barbares. - Les Barbares ne

songèrent jamais à détruire l'Empire. - Leurs invasions n'eurent pas le

caractère de conquêtes. - Les premiers chefs Francs se considérèrent

toujours comme des fonctionnaires au service de l'Empire romain. - Ils

respectèrent toujours la civilisation romaine et ne songèrent qu'à la

continuer. - Ce n'est qu'à partir du VIIe siècle que les chefs barbares

de la Gaule cessèrent de considérer l'empereur comme leur chef. - La

transformation complète de la civilisation romaine ne fut pas la

conséquence d'une destruction, mais de l'adoption d'une civilisation

ancienne par une race nouvelle. - Les invasions modernes aux

Etats-Unis. - Luttes civiles et séparation en Etats indépendants et

rivaux qu'elles préparent. - Les invasions des étrangers en France et

leurs conséquences.

Les exemples que nous avons cités montrent que l'histoire d'un

peuple ne dépend pas de ses institutions, mais de son caractère,

c'est-à-dire de sa race. Nous avons vu d'autre part, en étudiant la

formation des races historiques, que leur dissolution se fait par des

croisements ; et que les peuples qui ont conservé leur unité et leur

force, comme jadis les Aryens dans l'Inde, et, de nos jours, les

Anglais dans leurs diverses colonies, sont ceux qui ont toujours évité

soigneusement de se mêler à des étrangers. La présence d'étrangers,

même en petit nombre, suffit à altérer l'âme d'un peuple. Elle lui fait

perdre son aptitude à défendre les caractères de sa race, les monuments

de son histoire, les oeuvres de ses aïeux.

Cette conclusion ressort de tout ce qui précède. Si les divers

éléments d'une civilisation doivent être considérés comme la

manifestation extérieure de l'âme d'un peuple, il est évident que, dès

que l'âme de ce peuple change, sa civilisation doit également

changer.

L'histoire du passé nous en fournit d'incontestables preuves, et

l'histoire de l'avenir en fournira bien d'autres encore.

Lois psychologiques de l'évolution des peuples · 第 7 / 12 段