poutres ou poitraux qui, posés sur des piliers, sont destinés à porter
des pans de bois de façades de maisons (voy. BOUTIQUE, MAISON, PAN DE
BOIS). Dans l'Île-de-France, les grosses pierres, sortes de chapiteaux
posés sur les piles d'angles ou sur la tête des jambes étrières recevant
les bouts des poitraux et les poteaux corniers des pans de bois, étaient
également appelés sommiers.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Note 279: De l'église de Montréal (Yonne), fin du XIIe
siècle. En A, est tracée la section du sommier au niveau _a_,
avec la position de la colonne et la pénétration des
demi-cylindres au-dessus du tailloir.]
[Note 280: Voyez DONJON, fig. 35.]
[Note 281: Voyez DONJON, fig. 39.]
[Note 282: Voyez CONSTRUCTION, fig. 84. La construction
de cette chapelle remonte à la fin de la première moitié du
XIIIe siècle.]
[Note 283: Même date.]
[Note 284: Voyez ARCATURE.]
[Note 285: Partie construite de 1240 à 1250.]
[Note 286: Partie de 1240 à 1245.]
[Note 287: La partie antérieure de la gargouille de
pierre, brisée, a été remplacée au XVe siècle par une grosse
tête de plomb assez grotesque. Les autres parties de ce
sommier magistral (celui de gauche) ont peu souffert.]
[Note 288: Voyez CONSTRUCTION, fig. 49 et 49 _bis_.]
[Note 289: Voyez à l'article CHEMINÉE, fig. 2, 3, 6 et 7,
quelques-uns de ces sommiers les plus simples.]
* * * * *
SOUBASSEMENT, s. m. Ordonnance inférieure d'un édifice ou d'une portion
d'édifice. Le soubassement diffère du socle en ce qu'il se compose de
plusieurs assises, qu'il prend une certaine importance en hauteur, en
saillie, en richesse, tandis que le socle n'est qu'une simple assise
formant un empattement peu prononcé. Un pilier, une colonne, peuvent
reposer sur un socle, qui alors est isolé comme ce pilier ou cette
colonne. Le caractère du soubassement, outre son importance, est d'être
continu. Le bahut qui reçoit les piliers d'un cloître, par exemple, est
un véritable soubassement. Un bâtiment dont le rez-de-chaussée est élevé
de 2 ou 3 mètres au-dessus du sol extérieur, repose sur un soubassement.
Ce soubassement peut alors être percé de baies donnant du jour dans une
crypte ou cave.
La plupart des églises romanes possèdent des cryptes en partie prises
aux dépens du sol, partie au-dessus du pavé extérieur; ces
demi-sous-sols forment un soubassement sur lequel s'élève le monument.
Les architectes du moyen âge ayant pour habitude, dès l'époque la plus
ancienne, de soumettre la proportion de l'ordonnance extérieure à celle
de l'ordonnance intérieure, il en résultait que si une abside, par
exemple, devait s'élever sur une crypte à demi enterrée, l'ordonnance
architectonique de cette abside ne commençait qu'au-dessus de cette
crypte; dès lors il fallait que la partie de celle-ci, vue
extérieurement, formât un soubassement distinct de l'ordonnance
architectonique, qui ne commençait qu'au niveau du sol du choeur. Ce
principe, adopté dans les plus beaux monuments de l'antiquité,
fournissait des motifs dont les maîtres du moyen âge ont su tirer parti.
C'est dans l'Est, le long des bords du Rhin, que l'on trouve encore
aujourd'hui les dispositions les plus grandioses de soubassements
d'absides. L'école rhénane, en s'inspirant jusqu'au XIIe siècle du style
byzantin, en avait adopté, plus qu'aucune autre, les grands partis, la
largeur et l'aspect monumental.
En fait de soubassements du commencement du XIIe siècle, nous n'en
connaissons pas qui aient un plus beau caractère que celui de l'abside
orientale de la cathédrale de Spire.
Nous en donnons, fig. 1, le profil, et fig. 2, la vue perspective[290].
On voit, dans ces deux figures, comment sont percées les fenêtres de la
crypte qui règne sous cette abside; comment les colonnes engagées qui
servent de contre-forts au mur circulaire s'empattent sur cette ceinture
de profils successifs. Il y a là évidemment une réminiscence des
meilleures constructions romano-byzantines.
Plus tard quelques-unes de nos cathédrales du XIIIe siècle, bien
qu'elles ne possèdent pas de cryptes, reposent toutes les saillies
formées par les contre-forts des chapelles absidales sur un grand
soubassement circulaire composé d'une succession d'assises en retraite
les unes sur les autres. Telles sont plantées les absides des
cathédrales d'Amiens et de Beauvais, et le soubassement massif de cette
dernière s'élevait de plus de 2 mètres au-dessus de l'ancien pavé
extérieur. À Amiens, ce même soubassement circulaire n'a guère qu'un
mètre au-dessus de l'ancien sol du cloître. À Chartres, le choeur de la
cathédrale du XIIIe siècle ayant été bâti sur une crypte romane, un beau
soubassement revêt celle-ci; c'est sur ses assises de couronnement en
retraite que sont plantées les chapelles.
Les soubassements des portails d'église sont souvent ornés de bancs
moulurés, d'arcatures, de tapisseries en plat relief, de sujets dans des
médaillons, etc. Les architectes des XIIe et XIIIe siècles
particulièrement se plaisaient à décorer avec grand soin ces parties de
l'architecture placées près de l'oeil. Pour s'en convaincre, il suffit
d'examiner les soubassements des portails des cathédrales de Chartres,
de Rouen, de Sens (XIIe siècle); ceux des cathédrales de Paris,
d'Amiens, de Noyon, de Reims, d'Auxerre (XIIIe siècle); de Rouen (de la
Calende et des Libraires), de Lyon (XIVe siècle). Quelle que soit
d'ailleurs la richesse des décorations adoptées, celles-ci sont toujours
soumises à un beau parti général, franc, largement profilé,
admirablement mis en proportion, disposé pour faire valoir les parties
supérieures et les porter. La richesse de ces soubassements n'est jamais
obtenue au détriment de la force, et leurs profils ont une ampleur,
souvent une énergie que l'on trouve rarement dans l'architecture antique
romaine, mais qui se rapprochent singulièrement des tracés grecs. C'est
à dater du commencement du XIIIe siècle que se distinguent les
compositions des soubassements de portails. Au XIIe siècle, les exemples
que nous citions tout à l'heure ont plutôt le caractère de grands socles
ornés que de véritables soubassements formant une ordonnance spéciale:
comme, par exemple, la belle arcature des ébrasements de la porte de la
Vierge sur la face occidentale de la cathédrale de Paris[291]; ou encore
la tapisserie inférieure de la porte centrale de Notre-Dame de Noyon
(fig. 3); celle des trois portails de la cathédrale d'Amiens, si
amplement composée.
Il est des exemples de soubassements du commencement du XIIIe siècle,
ornés d'arcatures, qui sont encore d'un très-beau caractère. Outre celui
provenant de la porte de la Vierge à Notre-Dame de Paris (façade
occidentale), nous citerons le soubassement de l'ébrasement de la porte
principale de la cathédrale de Sées[292]; le soubassement du portail
nord de la cathédrale de Troyes, dont la composition et l'exécution sont
du meilleur style[293].
Les portails de Notre-Dame de Reims et le portail nord de la cathédrale
de Metz présentent des soubassements d'une composition peu ordinaire.
Ces soubassements sont décorés de draperies en bas-relief. Ceux de
Notre-Dame de Reims sont bien connus; il n'est pas nécessaire de les
présenter ici, d'autant qu'ils ont été fort altérés par des
restaurations successives. Mais le soubassement du portail nord de la
cathédrale de Metz est bien conservé, un peu postérieur, il est vrai, à
ceux de Reims, et mieux entendu (fig. 4).
Sur un parement composé d'un socle et de trois assises nues, une tenture
semble attachée à une tringle, et au-dessus d'elle se développe une
brillante litre à quadrillé perlé, avec animaux fantastiques dans les
intervalles des galons. Ce soubassement se termine par un beau profil
orné d'un rang de feuilles dans la gorge.
La variété des décorations adoptées pour les soubassements est infinie,
jusqu'au moment où les lignes verticales des piliers supérieurs viennent
les pénétrer et les relier aux ordonnances qu'ils supportent. De fait,
alors ils disparaissent comme disparaissent d'ailleurs les membres
horizontaux de l'architecture, les arasements, pour laisser dominer les
lignes verticales. Il y avait là une recherche d'unité absolue que nous
expliquons dans l'article TRACÉ.
Naturellement, quand le niveau des voûtes des caves, dans les édifices
civils, était placé au-dessus du sol extérieur, les hôtels ou maisons
possédaient un soubassement, c'est-à-dire une ordonnance inférieure qui
portait l'ordonnance du rez-de-chaussée. Ces soubassements étaient
souvent riches en profils, en soupiraux bien percés et bien appareillés,
en semis de pièces d'armoiries, fleurs de lis, coquilles, roses,
croisettes, chiffres ou devises[294].
Ces soubassements sont toujours bien profilés et d'une heureuse
proportion. Ils ne présentent pas de moulures saillantes, qui sont
facilement brisées et dont les angles risquent de blesser les allants et
venants. Les ornements qui les décorent sont plats, et n'enlèvent pas à
ces membres inférieurs l'apparence de force qu'ils doivent conserver.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Note 290: Ce soubassement est bâti de grès rouge.]
[Note 291: Voyez ARCATURE, fig. 22; PORTE, fig. 68.]
[Note 292: Voyez ARCATURE, fig. 19.]
[Note 293: Ce soubassement a été malheureusement fort
maltraité à la fin du dernier siècle.]
[Note 294: Voyez l'ancien hôtel de ville d'Orléans
(milieu du XVe siècle), dans l'ouvrage de MM. Verdier et
Cattois, _Architecture civile et domestique_, tome II.]
* * * * *
STALLE, s. f. (_chaire_, _fourme_, _forme_). Nous n'avons à nous occuper
ici que des stalles de choeur ou de salles capitulaires, c'est-à-dire de
ces rangées de siéges qui, placés dans le choeur des églises ou dans les
salles d'assemblées, sont destinés aux membres du clergé, aux religieux
d'un monastère, à un chapitre, ou même à des laïques réunis en conseil.
Dans les plus anciennes églises occidentales, dans les cathédrales et
les grandes abbayes, l'évêque, l'abbé, étaient assis au fond du choeur,
derrière l'autel. Autour d'eux prenaient place, sur des bancs disposés
en hémicycle, les membres du chapitre ou de la congrégation. La
_cathedra_, le siége épiscopal, dominait les bancs de pierre, de marbre
ou de bois qui garnissaient le fond de l'abside. Cette disposition,
encore conservée dans quelques-unes des églises d'Italie les plus
anciennes, a complétement disparu en France, où l'on ne trouve plus
trace, dans nos édifices religieux, de la _cathedra_ et des siéges qui
l'accompagnaient. Depuis le XIIIe siècle, dans les cathédrales, les
siéges du clergé ont été placés en avant du sanctuaire, des deux côtés
de l'espace qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de choeur, et qui
occupe habituellement la partie de l'église comprise entre le transsept
et les marches du sanctuaire montant à l'autel.
Le choeur, ainsi garni de stalles sur les côtés et le devant, a été
enveloppé de clôtures plus ou moins riches et fermé sur le transsept par
un jubé percé d'une ou de trois portes[295].
Dans les églises abbatiales, le choeur était, le plus souvent, à dater
de la même époque, placé à l'extrémité de la nef et dans le transsept;
toute la portion orientale étant réservée au sanctuaire établi sur les
cryptes renfermant les corps-saints.
Il y a tout lieu de croire que les stalles de bois remontent, en France,
à une époque reculée. La rigueur du climat ne permettait guère
l'établissement de bancs ou de stalles de pierre ou de marbre, ainsi que
cela était pratiqué dans les églises latines d'Italie et de Sicile.
D'ailleurs l'habitude de travailler le bois dans les Gaules, et
l'abondance de cette matière sur le sol français, ont dû faire admettre
de très-bonne heure les stalles de bois. Cependant nous n'en possédons
pas qui soient antérieures au XIIIe siècle; celles qui nous restent de
cette époque accusent toutefois des formes arrêtées qui ne peuvent être
que la conséquence d'une longue tradition. Depuis lors la disposition
des stalles n'a pas changé. On n'a rien su trouver de mieux ou d'un
usage plus commode.
Les stalles de bois se composent d'un dossier ou dorsal assez élevé et
terminé à sa partie supérieure par une saillie en forme de dais;
d'accoudoirs; d'une tablette servant de siége, tournant sur charnières
ou pivots et sous laquelle est fixée une console appelée _miséricorde_
ou _patience_, qui permet à l'assistant aux offices de s'asseoir, tout
en paraissant être debout. Devant chaque stalle est un prie-Dieu qui
sert de dossier au rang des stalles basses dépourvues de dais. En effet,
dans les choeurs des cathédrales et des abbayes, les stalles ou formes
sont habituellement sur deux rangs: stalles hautes pour les chanoines ou
les religieux, stalles basses pour les membres inférieurs du clergé ou
de la congrégation[296]. Le sol des stalles supérieures est élevé de
deux ou trois marches au-dessus du pavé du choeur, tandis que les
stalles basses portent sur le sol ou sur une seule marche. Les personnes
assises dans les stalles hautes dépassent donc de beaucoup celles
placées dans les stalles basses, et peuvent ainsi voir le sanctuaire.
Des coupures ménagées entre les stalles basses, appelées _entrées_,
permettent d'arriver facilement aux stalles supérieures. Les artistes du
moyen âge ont déployé un grand luxe d'ornementation dans la composition
des stalles. Habiles à façonner le bois, ils nous ont laissé quelques
spécimens très-remarquables de ces oeuvres de menuiserie, malgré les
destructions systématiques qu'elles eurent à subir pendant les deux
derniers siècles. Cependant les églises les plus riches furent celles,
malheureusement, qui virent disparaître leur ancien mobilier. Ceux qui
nous sont restés sont des débris sauvés par hasard, ou appartenaient à
des églises pauvres. Le clergé d'outre-Rhin, plus conservateur que le
nôtre, a laissé subsister un grand nombre de ces belles boiseries, mais
qui ne sont pas antérieures à la fin du XIIIe siècle, sauf de très-rares
exceptions[297].
Parmi les plus anciennes stalles françaises, il faut citer celles de la
chapelle de Notre-Dame de la Roche (Seine-et-Oise), de beaux fragments
dans la cathédrale de Poitiers et dans l'église de Saulieu. Ces
boiseries datent du milieu du XIIIe siècle, et elles nous donnent une
idée, celles de Notre-Dame de la Roche notamment, qui sont entières, de
ce que devaient être les stalles de nos cathédrales de Chartres, de
Bourges, de Paris, de Reims, des églises abbatiales de Saint-Denis, de
Saint-Rémi de Reims.
Examinons donc d'abord ces stalles de la chapelle de Notre-Dame de la
Roche, fort bien gravées par M. Sauvageot[298]. Ces stalles sont à deux
rangs, stalles hautes et stalles basses. Les stalles hautes ne possèdent
qu'un dorsal, sans dais, mais avec jouées au-dessus de chaque accoudoir,
comme pour séparer entièrement les religieux. D'axe en axe, les
accoudoirs ont 0m,64. Cette mesure varie peu et ne dépasse pas 0m,70.
La figure 1 donne en A le plan d'une portion de ces deux rangs de
stalles. Les stalles basses posent directement sur le sol du choeur; les
stalles hautes, sur un parquet _p_, relevé de deux marches. Les stalles
étant peu nombreuses, il n'y a d'entrées, pour les hautes formes, qu'aux
extrémités en _e_. Là des jouées plus importantes et décorées terminent
les rangs de siéges. La coupe C explique la disposition des siéges avec
leurs tablettes à charnières et leurs _patiences_. On remarquera que les
accoudoirs sont légèrement inclinés pour offrir une assiette moins
glissante aux bras des religieux, lorsqu'ils sont debout et appuyés
seulement sur les patiences et sur ces accoudoirs. Les madriers _a_
servent de prie-Dieu aux personnes qui occupent les stalles supérieures,
lorsqu'elles s'agenouillent sur le parquet. Les assistants moins dignes,
qui occupaient les stalles basses, s'agenouillaient sur les dalles du
choeur. Ces boiseries sont bien profilées, et la décoration,
très-simple, est d'un goût charmant. Pour plus de détails, on peut
recourir à la monographie de la chapelle de Notre-Dame de la Roche[299],
qui présente une étude complète de ces stalles.
Quoique très-mutilées, les stalles de l'église de Saint-Andoche de
Saulieu nous laissent voir encore des fragments intéressants. Elles sont
de cinquante ans environ postérieures à celles de Notre-Dame de la
Roche; elles datent par conséquent de la fin du XIIIe siècle. On voit en
A (fig. 2) l'une des jouées terminales des stalles hautes, et en B, des
stalles basses. Un dais composé d'un simple plafond rampant couvrait le
dorsal D des stalles hautes, lequel présente de larges panneaux
au-dessus de chaque siége, encadrés entre des montants avec arcature et
ornements sculptés dans les écoinçons. Quelques parties de ces
sculptures sur bois sont très-bien traitées. En C, est tracée une
variante de retroussis _c_. Les montants, jouées et bâtis sont pris dans
du bois de chêne de trois pouces et demi (0m,095). En E (fig. 3), nous
donnons l'une des séparations des stalles, avec le profil _e_ de la
moulure du quart de cercle et le joli arrangement des pieds _f_. La
tablette du siége est figurée abaissée. En G, est donnée une des
patiences, et en H, une variante des amortissements qui, du quart de
cercle, conduisent aux supports des accoudoirs. Ces amortissements
servent de pomme pour appuyer les mains lorsqu'on veut se relever; il en
existe aussi bien aux stalles basses qu'aux stalles hautes.
C'est à dater de la fin du XIIIe siècle que les dais des stalles hautes
prennent de l'importance. Composés d'abord d'un madrier formant soffite
inclinée, comme dans l'exemple précédent, peu à peu ce plafond devient
plus saillant, est porté sur des corbeaux, s'arrondit en voussure, puis
se dispose, à la fin du XVe siècle, en autant de petites voûtes qu'il y
a de siéges. Ces dais sont alors enrichis d'armoiries, de clefs, de
nervures. Des arcatures suspendues se projettent au droit de la plus
forte saillie des siéges. Les jouées se couvrent de sculptures ajourées.
Nous n'avons plus, en France, d'exemples existants assez complets des
stalles de l'époque de transition entre les XIIIe et XVe siècles, il
nous faut recourir à celles qui existent encore sur le Rhin et en
Allemagne. Les belles stalles de Saint-Géréon, à Cologne, datent du
commencement du XIVe siècle[300], et présentent déjà des jouées
très-richement décorées de figures ronde bosse. Les stalles
d'Anellau[301], qui appartiennent également au XIVe siècle, sont
très-complètes, et possèdent un dais saillant, ou soffite rampante,
porté sur les jouées et sur des consoles placées de deux en deux siéges.
Voici, fig. 4, une perspective de ces stalles, qui ne comprennent qu'un
seul rang avec dossier et prie-Dieu. Cette boiserie, d'un travail
grossier dans ses détails, est d'ailleurs bien composée, et présente un
type assez pur des dernières stalles à dais en plafond avant les
voussures ou les voûtains[302].
Les exemples de stalles des XVe et XVIe siècles sont assez fréquents
encore en France. Nous citerons celles de l'église de Flavigny
(Côte-d'Or), dont les dais sont en forme de voussure; de l'ancienne
abbaye de Saint-Claude (Jura), aujourd'hui cathédrale, qui remontent au
XVe siècle. Ces dernières sont datées et signées; elles ont été faites
par Jehan de Viéry, en 1455. Exécutées grossièrement, elles sont
cependant assez bien composées. Mutilées à plusieurs reprises, des
statuettes, certaines parties manquent aux jouées.
Voici, fig. 5, la face et le profil des formes hautes. Les grands
panneaux du dorsal sont décorés de figures bas-reliefs représentant des
prophètes, des sibylles. Des figurines ronde bosse surmontent les
colonnettes à section octogone qui séparent ces panneaux. D'autres
statuettes sont posées sur les fleurons espacés de la petite galerie
ajourée supérieure. Les dais se composent d'une succession de petits
voûtains en berceau perpendiculaires au dorsal.
La figure 6 montre l'une des jouées des formes hautes et basses, avec
l'entrée entre elles deux[303]. Les bas-reliefs se détachent sur des
fonds pleins ou ajourés; des statuettes décorent richement, trop
richement même, ces jouées. En B, est tracé le profil des stalles
basses. Malgré la profusion des détails, dans cette figure comme dans la
précédente, le principe de la structure de bois est toujours apparent.
Mais dans leurs compositions les plus riches, jamais les artistes du
moyen âge n'ont failli à ce principe, qu'il s'agisse de la maçonnerie,
de la charpente, de la serrurerie ou de la menuiserie. On ne saurait
trop étudier les assemblages de ces grands ouvrages de menuiserie du XVe
siècle et du commencement du XVIe, alors que les traditions gothiques
n'étaient pas encore perdues. Sous une apparence très-compliquée, la
structure est toujours simple et conçue en raison de la qualité de la
matière. Les stalles du choeur de la cathédrale d'Amiens, par exemple,
qui sont chargées d'une quantité prodigieuse de détails, présentent une
structure de bois très-bien combinée et très-simple. Ces stalles sont
aujourd'hui au nombre de cent seize[304]; elles furent commencées en
1508 et achevées en 1522 par deux maîtres menuisiers, Alexandre Huet et
Arnoult Boullin, sous la direction de Jean Turpin, et par le _tailleur
d'ymages_ Antoine Avernier. La dépense totale s'éleva à 11 230 livres 5
sols[305].
Le bois de chêne employé est d'une excellente qualité, et ne laisse voir
sur aucun point la trace de piqûres de vers. Les formes hautes des
extrémités sont couronnées de clochetons très-élevés, ajourés, couverts
de détails délicats, de figurines, taillés avec une précision et une
souplesse de ciseau remarquables. Tous les détails qui couvrent les
montants, les traverses, les écharpes, les dais, les accoudoirs, les
entrées et les jouées sont merveilleux de délicatesse, et fournissent
des renseignements nombreux sur les vêtements et le mobilier de cette
époque. Les dais, très-saillants, sont en forme de petites voûtes
d'arêtes et revêtues de gâbles d'une excessive richesse. Les grands
panneaux du dorsal des stalles hautes étaient autrefois couverts de
fleurs de lis en relief qui ont été grattées à deux reprises, en 1792 et
en 1831, si bien qu'on n'en distingue plus que quelques traces.
Nous donnons, fig. 7, en A, une portion du plan de ces stalles, et en B
une coupe, qui font assez voir la largeur de cet ensemble de
menuiserie[306]. La figure 8 est le tracé des stalles hautes de face. En
C, est la section des montants séparatifs des panneaux, et en D,
l'élévation d'un de ces montants avec l'amorce des deux écharpes formant
accolade au-dessous des voûtains en arcs d'ogive. Indépendamment de
l'exécution merveilleuse des détails, on trouve dans cet ouvrage de
menuiserie une qualité rare, c'est une observation très-délicate de
l'échelle. La grosseur des bois qui forment la membrure est
judicieusement calculée, si bien que l'ensemble est clair et harmonieux
et se dessine facilement au milieu de ce fouillis d'ornements. Ceux-ci
ne dérangent pas les lignes principales, et se combinent sans efforts
avec la structure, qui d'ailleurs est parfaitement solide et n'a fait
aucun mouvement. Les branches d'arcs ogives des voûtains ne sont point
des portions de cercle, mais donnent deux courbes raccordées, ainsi que
le montre la coupe fig. 7, en B. Il faut citer encore les stalles de la
cathédrale d'Alby, qui datent de la même époque et qui sont complètes.
Adossées à une clôture de choeur et à un jubé de pierre du commencement
du XVIe siècle, c'est la clôture de pierre qui forme dais au-dessus des
siéges hauts. La menuiserie ne comprend, à Alby, que les formes seules;
les montants séparatifs des dorsals sont de pierre, avec parement
d'étoffe peinte entre eux. D'ailleurs, comme menuiserie, ces stalles
sont simples et ne sont guère ornementées qu'au droit des entrées.