On donne aussi, dans certaines provinces, le nom de sommiers à des

poutres ou poitraux qui, posés sur des piliers, sont destinés à porter

des pans de bois de façades de maisons (voy. BOUTIQUE, MAISON, PAN DE

BOIS). Dans l'Île-de-France, les grosses pierres, sortes de chapiteaux

posés sur les piles d'angles ou sur la tête des jambes étrières recevant

les bouts des poitraux et les poteaux corniers des pans de bois, étaient

également appelés sommiers.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Note 279: De l'église de Montréal (Yonne), fin du XIIe

siècle. En A, est tracée la section du sommier au niveau _a_,

avec la position de la colonne et la pénétration des

demi-cylindres au-dessus du tailloir.]

[Note 280: Voyez DONJON, fig. 35.]

[Note 281: Voyez DONJON, fig. 39.]

[Note 282: Voyez CONSTRUCTION, fig. 84. La construction

de cette chapelle remonte à la fin de la première moitié du

XIIIe siècle.]

[Note 283: Même date.]

[Note 284: Voyez ARCATURE.]

[Note 285: Partie construite de 1240 à 1250.]

[Note 286: Partie de 1240 à 1245.]

[Note 287: La partie antérieure de la gargouille de

pierre, brisée, a été remplacée au XVe siècle par une grosse

tête de plomb assez grotesque. Les autres parties de ce

sommier magistral (celui de gauche) ont peu souffert.]

[Note 288: Voyez CONSTRUCTION, fig. 49 et 49 _bis_.]

[Note 289: Voyez à l'article CHEMINÉE, fig. 2, 3, 6 et 7,

quelques-uns de ces sommiers les plus simples.]

* * * * *

SOUBASSEMENT, s. m. Ordonnance inférieure d'un édifice ou d'une portion

d'édifice. Le soubassement diffère du socle en ce qu'il se compose de

plusieurs assises, qu'il prend une certaine importance en hauteur, en

saillie, en richesse, tandis que le socle n'est qu'une simple assise

formant un empattement peu prononcé. Un pilier, une colonne, peuvent

reposer sur un socle, qui alors est isolé comme ce pilier ou cette

colonne. Le caractère du soubassement, outre son importance, est d'être

continu. Le bahut qui reçoit les piliers d'un cloître, par exemple, est

un véritable soubassement. Un bâtiment dont le rez-de-chaussée est élevé

de 2 ou 3 mètres au-dessus du sol extérieur, repose sur un soubassement.

Ce soubassement peut alors être percé de baies donnant du jour dans une

crypte ou cave.

La plupart des églises romanes possèdent des cryptes en partie prises

aux dépens du sol, partie au-dessus du pavé extérieur; ces

demi-sous-sols forment un soubassement sur lequel s'élève le monument.

Les architectes du moyen âge ayant pour habitude, dès l'époque la plus

ancienne, de soumettre la proportion de l'ordonnance extérieure à celle

de l'ordonnance intérieure, il en résultait que si une abside, par

exemple, devait s'élever sur une crypte à demi enterrée, l'ordonnance

architectonique de cette abside ne commençait qu'au-dessus de cette

crypte; dès lors il fallait que la partie de celle-ci, vue

extérieurement, formât un soubassement distinct de l'ordonnance

architectonique, qui ne commençait qu'au niveau du sol du choeur. Ce

principe, adopté dans les plus beaux monuments de l'antiquité,

fournissait des motifs dont les maîtres du moyen âge ont su tirer parti.

C'est dans l'Est, le long des bords du Rhin, que l'on trouve encore

aujourd'hui les dispositions les plus grandioses de soubassements

d'absides. L'école rhénane, en s'inspirant jusqu'au XIIe siècle du style

byzantin, en avait adopté, plus qu'aucune autre, les grands partis, la

largeur et l'aspect monumental.

En fait de soubassements du commencement du XIIe siècle, nous n'en

connaissons pas qui aient un plus beau caractère que celui de l'abside

orientale de la cathédrale de Spire.

Nous en donnons, fig. 1, le profil, et fig. 2, la vue perspective[290].

On voit, dans ces deux figures, comment sont percées les fenêtres de la

crypte qui règne sous cette abside; comment les colonnes engagées qui

servent de contre-forts au mur circulaire s'empattent sur cette ceinture

de profils successifs. Il y a là évidemment une réminiscence des

meilleures constructions romano-byzantines.

Plus tard quelques-unes de nos cathédrales du XIIIe siècle, bien

qu'elles ne possèdent pas de cryptes, reposent toutes les saillies

formées par les contre-forts des chapelles absidales sur un grand

soubassement circulaire composé d'une succession d'assises en retraite

les unes sur les autres. Telles sont plantées les absides des

cathédrales d'Amiens et de Beauvais, et le soubassement massif de cette

dernière s'élevait de plus de 2 mètres au-dessus de l'ancien pavé

extérieur. À Amiens, ce même soubassement circulaire n'a guère qu'un

mètre au-dessus de l'ancien sol du cloître. À Chartres, le choeur de la

cathédrale du XIIIe siècle ayant été bâti sur une crypte romane, un beau

soubassement revêt celle-ci; c'est sur ses assises de couronnement en

retraite que sont plantées les chapelles.

Les soubassements des portails d'église sont souvent ornés de bancs

moulurés, d'arcatures, de tapisseries en plat relief, de sujets dans des

médaillons, etc. Les architectes des XIIe et XIIIe siècles

particulièrement se plaisaient à décorer avec grand soin ces parties de

l'architecture placées près de l'oeil. Pour s'en convaincre, il suffit

d'examiner les soubassements des portails des cathédrales de Chartres,

de Rouen, de Sens (XIIe siècle); ceux des cathédrales de Paris,

d'Amiens, de Noyon, de Reims, d'Auxerre (XIIIe siècle); de Rouen (de la

Calende et des Libraires), de Lyon (XIVe siècle). Quelle que soit

d'ailleurs la richesse des décorations adoptées, celles-ci sont toujours

soumises à un beau parti général, franc, largement profilé,

admirablement mis en proportion, disposé pour faire valoir les parties

supérieures et les porter. La richesse de ces soubassements n'est jamais

obtenue au détriment de la force, et leurs profils ont une ampleur,

souvent une énergie que l'on trouve rarement dans l'architecture antique

romaine, mais qui se rapprochent singulièrement des tracés grecs. C'est

à dater du commencement du XIIIe siècle que se distinguent les

compositions des soubassements de portails. Au XIIe siècle, les exemples

que nous citions tout à l'heure ont plutôt le caractère de grands socles

ornés que de véritables soubassements formant une ordonnance spéciale:

comme, par exemple, la belle arcature des ébrasements de la porte de la

Vierge sur la face occidentale de la cathédrale de Paris[291]; ou encore

la tapisserie inférieure de la porte centrale de Notre-Dame de Noyon

(fig. 3); celle des trois portails de la cathédrale d'Amiens, si

amplement composée.

Il est des exemples de soubassements du commencement du XIIIe siècle,

ornés d'arcatures, qui sont encore d'un très-beau caractère. Outre celui

provenant de la porte de la Vierge à Notre-Dame de Paris (façade

occidentale), nous citerons le soubassement de l'ébrasement de la porte

principale de la cathédrale de Sées[292]; le soubassement du portail

nord de la cathédrale de Troyes, dont la composition et l'exécution sont

du meilleur style[293].

Les portails de Notre-Dame de Reims et le portail nord de la cathédrale

de Metz présentent des soubassements d'une composition peu ordinaire.

Ces soubassements sont décorés de draperies en bas-relief. Ceux de

Notre-Dame de Reims sont bien connus; il n'est pas nécessaire de les

présenter ici, d'autant qu'ils ont été fort altérés par des

restaurations successives. Mais le soubassement du portail nord de la

cathédrale de Metz est bien conservé, un peu postérieur, il est vrai, à

ceux de Reims, et mieux entendu (fig. 4).

Sur un parement composé d'un socle et de trois assises nues, une tenture

semble attachée à une tringle, et au-dessus d'elle se développe une

brillante litre à quadrillé perlé, avec animaux fantastiques dans les

intervalles des galons. Ce soubassement se termine par un beau profil

orné d'un rang de feuilles dans la gorge.

La variété des décorations adoptées pour les soubassements est infinie,

jusqu'au moment où les lignes verticales des piliers supérieurs viennent

les pénétrer et les relier aux ordonnances qu'ils supportent. De fait,

alors ils disparaissent comme disparaissent d'ailleurs les membres

horizontaux de l'architecture, les arasements, pour laisser dominer les

lignes verticales. Il y avait là une recherche d'unité absolue que nous

expliquons dans l'article TRACÉ.

Naturellement, quand le niveau des voûtes des caves, dans les édifices

civils, était placé au-dessus du sol extérieur, les hôtels ou maisons

possédaient un soubassement, c'est-à-dire une ordonnance inférieure qui

portait l'ordonnance du rez-de-chaussée. Ces soubassements étaient

souvent riches en profils, en soupiraux bien percés et bien appareillés,

en semis de pièces d'armoiries, fleurs de lis, coquilles, roses,

croisettes, chiffres ou devises[294].

Ces soubassements sont toujours bien profilés et d'une heureuse

proportion. Ils ne présentent pas de moulures saillantes, qui sont

facilement brisées et dont les angles risquent de blesser les allants et

venants. Les ornements qui les décorent sont plats, et n'enlèvent pas à

ces membres inférieurs l'apparence de force qu'ils doivent conserver.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Note 290: Ce soubassement est bâti de grès rouge.]

[Note 291: Voyez ARCATURE, fig. 22; PORTE, fig. 68.]

[Note 292: Voyez ARCATURE, fig. 19.]

[Note 293: Ce soubassement a été malheureusement fort

maltraité à la fin du dernier siècle.]

[Note 294: Voyez l'ancien hôtel de ville d'Orléans

(milieu du XVe siècle), dans l'ouvrage de MM. Verdier et

Cattois, _Architecture civile et domestique_, tome II.]

* * * * *

STALLE, s. f. (_chaire_, _fourme_, _forme_). Nous n'avons à nous occuper

ici que des stalles de choeur ou de salles capitulaires, c'est-à-dire de

ces rangées de siéges qui, placés dans le choeur des églises ou dans les

salles d'assemblées, sont destinés aux membres du clergé, aux religieux

d'un monastère, à un chapitre, ou même à des laïques réunis en conseil.

Dans les plus anciennes églises occidentales, dans les cathédrales et

les grandes abbayes, l'évêque, l'abbé, étaient assis au fond du choeur,

derrière l'autel. Autour d'eux prenaient place, sur des bancs disposés

en hémicycle, les membres du chapitre ou de la congrégation. La

_cathedra_, le siége épiscopal, dominait les bancs de pierre, de marbre

ou de bois qui garnissaient le fond de l'abside. Cette disposition,

encore conservée dans quelques-unes des églises d'Italie les plus

anciennes, a complétement disparu en France, où l'on ne trouve plus

trace, dans nos édifices religieux, de la _cathedra_ et des siéges qui

l'accompagnaient. Depuis le XIIIe siècle, dans les cathédrales, les

siéges du clergé ont été placés en avant du sanctuaire, des deux côtés

de l'espace qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de choeur, et qui

occupe habituellement la partie de l'église comprise entre le transsept

et les marches du sanctuaire montant à l'autel.

Le choeur, ainsi garni de stalles sur les côtés et le devant, a été

enveloppé de clôtures plus ou moins riches et fermé sur le transsept par

un jubé percé d'une ou de trois portes[295].

Dans les églises abbatiales, le choeur était, le plus souvent, à dater

de la même époque, placé à l'extrémité de la nef et dans le transsept;

toute la portion orientale étant réservée au sanctuaire établi sur les

cryptes renfermant les corps-saints.

Il y a tout lieu de croire que les stalles de bois remontent, en France,

à une époque reculée. La rigueur du climat ne permettait guère

l'établissement de bancs ou de stalles de pierre ou de marbre, ainsi que

cela était pratiqué dans les églises latines d'Italie et de Sicile.

D'ailleurs l'habitude de travailler le bois dans les Gaules, et

l'abondance de cette matière sur le sol français, ont dû faire admettre

de très-bonne heure les stalles de bois. Cependant nous n'en possédons

pas qui soient antérieures au XIIIe siècle; celles qui nous restent de

cette époque accusent toutefois des formes arrêtées qui ne peuvent être

que la conséquence d'une longue tradition. Depuis lors la disposition

des stalles n'a pas changé. On n'a rien su trouver de mieux ou d'un

usage plus commode.

Les stalles de bois se composent d'un dossier ou dorsal assez élevé et

terminé à sa partie supérieure par une saillie en forme de dais;

d'accoudoirs; d'une tablette servant de siége, tournant sur charnières

ou pivots et sous laquelle est fixée une console appelée _miséricorde_

ou _patience_, qui permet à l'assistant aux offices de s'asseoir, tout

en paraissant être debout. Devant chaque stalle est un prie-Dieu qui

sert de dossier au rang des stalles basses dépourvues de dais. En effet,

dans les choeurs des cathédrales et des abbayes, les stalles ou formes

sont habituellement sur deux rangs: stalles hautes pour les chanoines ou

les religieux, stalles basses pour les membres inférieurs du clergé ou

de la congrégation[296]. Le sol des stalles supérieures est élevé de

deux ou trois marches au-dessus du pavé du choeur, tandis que les

stalles basses portent sur le sol ou sur une seule marche. Les personnes

assises dans les stalles hautes dépassent donc de beaucoup celles

placées dans les stalles basses, et peuvent ainsi voir le sanctuaire.

Des coupures ménagées entre les stalles basses, appelées _entrées_,

permettent d'arriver facilement aux stalles supérieures. Les artistes du

moyen âge ont déployé un grand luxe d'ornementation dans la composition

des stalles. Habiles à façonner le bois, ils nous ont laissé quelques

spécimens très-remarquables de ces oeuvres de menuiserie, malgré les

destructions systématiques qu'elles eurent à subir pendant les deux

derniers siècles. Cependant les églises les plus riches furent celles,

malheureusement, qui virent disparaître leur ancien mobilier. Ceux qui

nous sont restés sont des débris sauvés par hasard, ou appartenaient à

des églises pauvres. Le clergé d'outre-Rhin, plus conservateur que le

nôtre, a laissé subsister un grand nombre de ces belles boiseries, mais

qui ne sont pas antérieures à la fin du XIIIe siècle, sauf de très-rares

exceptions[297].

Parmi les plus anciennes stalles françaises, il faut citer celles de la

chapelle de Notre-Dame de la Roche (Seine-et-Oise), de beaux fragments

dans la cathédrale de Poitiers et dans l'église de Saulieu. Ces

boiseries datent du milieu du XIIIe siècle, et elles nous donnent une

idée, celles de Notre-Dame de la Roche notamment, qui sont entières, de

ce que devaient être les stalles de nos cathédrales de Chartres, de

Bourges, de Paris, de Reims, des églises abbatiales de Saint-Denis, de

Saint-Rémi de Reims.

Examinons donc d'abord ces stalles de la chapelle de Notre-Dame de la

Roche, fort bien gravées par M. Sauvageot[298]. Ces stalles sont à deux

rangs, stalles hautes et stalles basses. Les stalles hautes ne possèdent

qu'un dorsal, sans dais, mais avec jouées au-dessus de chaque accoudoir,

comme pour séparer entièrement les religieux. D'axe en axe, les

accoudoirs ont 0m,64. Cette mesure varie peu et ne dépasse pas 0m,70.

La figure 1 donne en A le plan d'une portion de ces deux rangs de

stalles. Les stalles basses posent directement sur le sol du choeur; les

stalles hautes, sur un parquet _p_, relevé de deux marches. Les stalles

étant peu nombreuses, il n'y a d'entrées, pour les hautes formes, qu'aux

extrémités en _e_. Là des jouées plus importantes et décorées terminent

les rangs de siéges. La coupe C explique la disposition des siéges avec

leurs tablettes à charnières et leurs _patiences_. On remarquera que les

accoudoirs sont légèrement inclinés pour offrir une assiette moins

glissante aux bras des religieux, lorsqu'ils sont debout et appuyés

seulement sur les patiences et sur ces accoudoirs. Les madriers _a_

servent de prie-Dieu aux personnes qui occupent les stalles supérieures,

lorsqu'elles s'agenouillent sur le parquet. Les assistants moins dignes,

qui occupaient les stalles basses, s'agenouillaient sur les dalles du

choeur. Ces boiseries sont bien profilées, et la décoration,

très-simple, est d'un goût charmant. Pour plus de détails, on peut

recourir à la monographie de la chapelle de Notre-Dame de la Roche[299],

qui présente une étude complète de ces stalles.

Quoique très-mutilées, les stalles de l'église de Saint-Andoche de

Saulieu nous laissent voir encore des fragments intéressants. Elles sont

de cinquante ans environ postérieures à celles de Notre-Dame de la

Roche; elles datent par conséquent de la fin du XIIIe siècle. On voit en

A (fig. 2) l'une des jouées terminales des stalles hautes, et en B, des

stalles basses. Un dais composé d'un simple plafond rampant couvrait le

dorsal D des stalles hautes, lequel présente de larges panneaux

au-dessus de chaque siége, encadrés entre des montants avec arcature et

ornements sculptés dans les écoinçons. Quelques parties de ces

sculptures sur bois sont très-bien traitées. En C, est tracée une

variante de retroussis _c_. Les montants, jouées et bâtis sont pris dans

du bois de chêne de trois pouces et demi (0m,095). En E (fig. 3), nous

donnons l'une des séparations des stalles, avec le profil _e_ de la

moulure du quart de cercle et le joli arrangement des pieds _f_. La

tablette du siége est figurée abaissée. En G, est donnée une des

patiences, et en H, une variante des amortissements qui, du quart de

cercle, conduisent aux supports des accoudoirs. Ces amortissements

servent de pomme pour appuyer les mains lorsqu'on veut se relever; il en

existe aussi bien aux stalles basses qu'aux stalles hautes.

C'est à dater de la fin du XIIIe siècle que les dais des stalles hautes

prennent de l'importance. Composés d'abord d'un madrier formant soffite

inclinée, comme dans l'exemple précédent, peu à peu ce plafond devient

plus saillant, est porté sur des corbeaux, s'arrondit en voussure, puis

se dispose, à la fin du XVe siècle, en autant de petites voûtes qu'il y

a de siéges. Ces dais sont alors enrichis d'armoiries, de clefs, de

nervures. Des arcatures suspendues se projettent au droit de la plus

forte saillie des siéges. Les jouées se couvrent de sculptures ajourées.

Nous n'avons plus, en France, d'exemples existants assez complets des

stalles de l'époque de transition entre les XIIIe et XVe siècles, il

nous faut recourir à celles qui existent encore sur le Rhin et en

Allemagne. Les belles stalles de Saint-Géréon, à Cologne, datent du

commencement du XIVe siècle[300], et présentent déjà des jouées

très-richement décorées de figures ronde bosse. Les stalles

d'Anellau[301], qui appartiennent également au XIVe siècle, sont

très-complètes, et possèdent un dais saillant, ou soffite rampante,

porté sur les jouées et sur des consoles placées de deux en deux siéges.

Voici, fig. 4, une perspective de ces stalles, qui ne comprennent qu'un

seul rang avec dossier et prie-Dieu. Cette boiserie, d'un travail

grossier dans ses détails, est d'ailleurs bien composée, et présente un

type assez pur des dernières stalles à dais en plafond avant les

voussures ou les voûtains[302].

Les exemples de stalles des XVe et XVIe siècles sont assez fréquents

encore en France. Nous citerons celles de l'église de Flavigny

(Côte-d'Or), dont les dais sont en forme de voussure; de l'ancienne

abbaye de Saint-Claude (Jura), aujourd'hui cathédrale, qui remontent au

XVe siècle. Ces dernières sont datées et signées; elles ont été faites

par Jehan de Viéry, en 1455. Exécutées grossièrement, elles sont

cependant assez bien composées. Mutilées à plusieurs reprises, des

statuettes, certaines parties manquent aux jouées.

Voici, fig. 5, la face et le profil des formes hautes. Les grands

panneaux du dorsal sont décorés de figures bas-reliefs représentant des

prophètes, des sibylles. Des figurines ronde bosse surmontent les

colonnettes à section octogone qui séparent ces panneaux. D'autres

statuettes sont posées sur les fleurons espacés de la petite galerie

ajourée supérieure. Les dais se composent d'une succession de petits

voûtains en berceau perpendiculaires au dorsal.

La figure 6 montre l'une des jouées des formes hautes et basses, avec

l'entrée entre elles deux[303]. Les bas-reliefs se détachent sur des

fonds pleins ou ajourés; des statuettes décorent richement, trop

richement même, ces jouées. En B, est tracé le profil des stalles

basses. Malgré la profusion des détails, dans cette figure comme dans la

précédente, le principe de la structure de bois est toujours apparent.

Mais dans leurs compositions les plus riches, jamais les artistes du

moyen âge n'ont failli à ce principe, qu'il s'agisse de la maçonnerie,

de la charpente, de la serrurerie ou de la menuiserie. On ne saurait

trop étudier les assemblages de ces grands ouvrages de menuiserie du XVe

siècle et du commencement du XVIe, alors que les traditions gothiques

n'étaient pas encore perdues. Sous une apparence très-compliquée, la

structure est toujours simple et conçue en raison de la qualité de la

matière. Les stalles du choeur de la cathédrale d'Amiens, par exemple,

qui sont chargées d'une quantité prodigieuse de détails, présentent une

structure de bois très-bien combinée et très-simple. Ces stalles sont

aujourd'hui au nombre de cent seize[304]; elles furent commencées en

1508 et achevées en 1522 par deux maîtres menuisiers, Alexandre Huet et

Arnoult Boullin, sous la direction de Jean Turpin, et par le _tailleur

d'ymages_ Antoine Avernier. La dépense totale s'éleva à 11 230 livres 5

sols[305].

Le bois de chêne employé est d'une excellente qualité, et ne laisse voir

sur aucun point la trace de piqûres de vers. Les formes hautes des

extrémités sont couronnées de clochetons très-élevés, ajourés, couverts

de détails délicats, de figurines, taillés avec une précision et une

souplesse de ciseau remarquables. Tous les détails qui couvrent les

montants, les traverses, les écharpes, les dais, les accoudoirs, les

entrées et les jouées sont merveilleux de délicatesse, et fournissent

des renseignements nombreux sur les vêtements et le mobilier de cette

époque. Les dais, très-saillants, sont en forme de petites voûtes

d'arêtes et revêtues de gâbles d'une excessive richesse. Les grands

panneaux du dorsal des stalles hautes étaient autrefois couverts de

fleurs de lis en relief qui ont été grattées à deux reprises, en 1792 et

en 1831, si bien qu'on n'en distingue plus que quelques traces.

Nous donnons, fig. 7, en A, une portion du plan de ces stalles, et en B

une coupe, qui font assez voir la largeur de cet ensemble de

menuiserie[306]. La figure 8 est le tracé des stalles hautes de face. En

C, est la section des montants séparatifs des panneaux, et en D,

l'élévation d'un de ces montants avec l'amorce des deux écharpes formant

accolade au-dessous des voûtains en arcs d'ogive. Indépendamment de

l'exécution merveilleuse des détails, on trouve dans cet ouvrage de

menuiserie une qualité rare, c'est une observation très-délicate de

l'échelle. La grosseur des bois qui forment la membrure est

judicieusement calculée, si bien que l'ensemble est clair et harmonieux

et se dessine facilement au milieu de ce fouillis d'ornements. Ceux-ci

ne dérangent pas les lignes principales, et se combinent sans efforts

avec la structure, qui d'ailleurs est parfaitement solide et n'a fait

aucun mouvement. Les branches d'arcs ogives des voûtains ne sont point

des portions de cercle, mais donnent deux courbes raccordées, ainsi que

le montre la coupe fig. 7, en B. Il faut citer encore les stalles de la

cathédrale d'Alby, qui datent de la même époque et qui sont complètes.

Adossées à une clôture de choeur et à un jubé de pierre du commencement

du XVIe siècle, c'est la clôture de pierre qui forme dais au-dessus des

siéges hauts. La menuiserie ne comprend, à Alby, que les formes seules;

les montants séparatifs des dorsals sont de pierre, avec parement

d'étoffe peinte entre eux. D'ailleurs, comme menuiserie, ces stalles

sont simples et ne sont guère ornementées qu'au droit des entrées.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 41 / 47 段