Leurs grilles de clôture sont, par exemple, composées par panneaux qui

viennent s'embrever dans des montants rendus rigides au moyen de

renforts et d'arcs-boutants très-habilement agencés. Les barres

verticales destinées à porter sont tordues et quelquefois même composées

de deux ou trois brins. Si un fer à section carrée porte une charge, il

ploiera nécessairement, non suivant la diagonale du carré, mais suivant

une des faces. Faisant donc pivoter la diagonale du carré sur son

centre, on donne à une barre, dans toute sa longueur et sur tous les

points, la résistance que présente cette diagonale. C'est pourquoi on

trouve si souvent dans la serrurerie du moyen âge des fers carrés,

tordus, dont les angles de la section carrée forment des spirales. Ainsi

(fig. 48), une barre à section carrée A, posée debout et soumise à une

charge, ploiera suivant l'une de ses quatre faces; mais si, au moyen de

la torsion, la diagonale parcourt tous les points du cercle inscrivant

le carré (voyez en B), la barre résistera à la charge non plus suivant

la résistance d'un côté du carré, mais suivant celle de la diagonale:

or, celle-ci étant plus longue que l'une des faces, la résistance sera

plus considérable. À longueurs égales, la barre tordue B sera plus

lourde d'ailleurs et contiendra plus de matière que la barre simple A,

puisque les angles du carré sont obligés de parcourir une spirale. À

l'oeil, cependant, la barre tordue sera plus légère que la barre simple,

à cause des surfaces concaves que produisent nécessairement les faces du

carré pivotant sur son axe.

Par les mêmes motifs, les serruriers du moyen âge composaient-ils

souvent des supports verticaux de fer, au moyen de deux ou même de trois

fers ronds tordus en façon de torsade; ainsi augmentaient-ils les moyens

de résistance sans augmenter sensiblement le poids des fers. Ces sortes

d'ouvrages demandant du soin, de l'adresse et un peu de réflexion, il

s'est trouvé qu'un jour--les corps de métiers ayant perdu la force qui

maintenait chez eux la main-d'oeuvre à un niveau élevé--quelques

architectes ont trouvé préférable--plutôt que de chercher sans cesse des

formes raisonnées et nouvelles--d'admettre un certain goût prétendu

classique, une sorte de formulaire applicable à toute oeuvre et à toute

matière (ce qui simplifiait singulièrement leur travail), ont déclaré

que toutes ces recherches, résultat de l'expérience, de l'étude et d'une

fabrication perfectionnée, n'étaient qu'un produit du caprice ou de

l'ignorance. Il n'est pas besoin de dire que cette façon d'apprécier

toute une face de l'art de l'architecture et les industries qui s'y

rattachent, devait être fort prisée par la classe nombreuse des gens qui

ne veulent pas se donner trop de peine. Aussi la serrurerie du moyen âge

fut-elle fort mal vue pendant ces derniers siècles, et l'on trouva de

bon goût de reproduire en fer (comme on peut le voir à la grille de la

cour du Mai à Paris) des _ordres_ avec leurs chapiteaux, leurs

entablements, leurs stylobates, etc.; le tout fabriqué en dépit de la

matière et des moyens qu'elle impose à ceux qui en connaissent les

qualités et prétendent les utiliser.

Il y a, dans les assemblages de la serrurerie du moyen âge, un sujet

inépuisable d'enseignement. Par des motifs faciles à saisir, on préfère

aujourd'hui ne point appliquer le raisonnement aux choses qui touchent à

l'art de l'architecture; ce sont du moins les principes que professent

beaucoup d'artistes. Il est certain qu'à leurs yeux, ces artisans du

moyen âge, en raisonnant ainsi ce qu'ils faisaient, en prenant toujours

la structure comme motif de décoration, étaient dans la mauvaise voie.

Économes de la matière, ils arrivaient au but par les moyens les plus

vrais. Loin de cacher ces moyens, ils les montraient, s'en faisaient

honneur. En effet, quand un moyen est simple, pratique, il n'y a pas

lieu de le cacher; si ce n'est, au contraire, qu'un expédient étranger à

la nature de la matière mise en oeuvre, qui ne présente pas de garanties

sérieuses de solidité, qui exige l'emploi de ressources hors de

proportion avec le résultat, on ne saurait trop le dissimuler, et c'est

ce qu'on fait habituellement dans notre serrurerie fine de bâtiment.

Nous disions tout à l'heure que les serruriers du moyen âge, lorsqu'ils

avaient à fabriquer des grilles d'une certaine étendue, procédaient par

une suite de panneaux s'embrevant dans des montants. Nous ne savons si

ces artisans avaient observé et calculé les effets de la dilatation du

fer; il n'en est pas moins certain que par l'emploi de cette méthode on

évitait les inconvénients qui résultent de la mise en place de grandes

parties de grilles solidaires. Alors celles-ci, s'allongeant par la

chaleur ou se retraitant par le froid, causent des mouvements

incessants, dont le moindre danger est de briser les scellements, de

faire gauchir les montants, d'empêcher les battements des parties

ouvrantes de fonctionner, de fatiguer les assemblages. On croit parer à

ces inconvénients au moyen de tenons et de goupilles ou de boulons

_gais_, c'est-à-dire posés en laissant du jeu. Mais cela ne peut se

faire qu'aux dépens de la solidité de l'ouvrage. Au contraire, le

système de grilles posées par panneaux laissait aux fers la facilité de

se dilater, tout en conservant à l'ensemble une solidité égale, quelle

que fût la température.

Les montants principaux des grilles se composaient donc généralement

d'une âme avec deux jouées formant feuillures, dans lesquelles

s'embrevaient les panneaux. Il fallait, dès lors, que ces montants

fussent bien maintenus dans leur plan vertical dans les deux sens, au

moyen d'arcs-boutants ou de contre-fiches scellées. Ces accessoires

nécessaires fournissaient, comme toujours, un motif de décoration.

Voici (fig. 49) un de ces motifs de montants, avec feuillures propres à

recevoir des panneaux de grille et avec arcs-boutants. En A, est tracée

la section du montant sur _a b_. L'âme _c_ se compose de deux fers d'un

pouce sur six lignes, laissant entre eux un intervalle de quatre lignes.

Deux jouées _d_ sont rivées à ces âmes. Le profil B fait voir que les

jouées possèdent deux renforts _e_, formant larmiers et munis de talons

en contre-bas, servant de butée aux deux arcs-boutants D. À partir du

niveau _g_, ces arcs-boutants se divisent chacun en deux branches (voyez

la face F en _h_), de sorte que ces deux arcs-boutants ont quatre

scellements propres à empêcher le dévers du montant, soit dans le plan

de la grille, soit perpendiculairement à ce plan. En _k_ et _l_, les

arcs-boutants et les jouées sont percés de trous barlongs dans lesquels

passent les doubles clefs chevauchées (détaillées en G), percées

elles-mêmes à leurs extrémités antérieures et postérieures pour recevoir

les clavettes H, au moyen desquelles tout le système est fortement

serré. Ces clavettes enfoncées, leur extrémité _m_ est recourbée au

marteau[176].

Les armatures de puits présentent encore d'assez nombreux exemples de

belle serrurerie d'assemblages. Si la margelle du puits était adossée à

un mur, la poulie était suspendue à une potence scellée dans ce mur. On

peut voir encore une de ces potences à poulie attachée au mur d'une

maison du XVe siècle sise en face de la cathédrale de Moulins (fig. 50,

en A). Les fers formant équerre et quart de cercle ont 0m,034 + 0m,041

(15 lignes + 18 lignes). Ces fers sont chanfreinés au marteau sur leurs

arêtes (voyez la section _b_ faite sur _c d_), et ces chanfreins

s'arrêtent au droit des assemblages. Les redents et l'ornement du sommet

sont rivés sur les bandes principales. Pour rendre solidaires les trois

redents du triangle, deux cercles _g_ moisent leurs extrémités au moyen

de rivets. Le redent supérieur _h_ a son extrémité recourbée en boucle

pour passer le rivet qui maintient les rosaces doubles de tôle _l_. À

l'extrémité de la bande horizontale, est un renfort K, qui reçoit une

tringlette verticale, sur l'extrémité coudée de laquelle est rivé un

petit toit de tôle _m_ (_a_ en plan), destiné à couvrir la corde de la

poulie au point où elle se trouve en contact avec le fer. Cette poulie

tourne au moyen d'une tête de boulon qui passe dans sa bielle[177]. On

observera que les redents et même l'ornement du sommet ne sont pas une

simple décoration, mais ajoutent à la résistance du triangle de fer en

étrésillonnant ses côtés, et en formant au-dessus de la bande

horizontale comme une fermette. Aussi le serrurier a-t-il pu n'employer

que des fers d'un faible échantillon relativement à la longueur de la

potence et au poids qu'elle doit soutenir; or, cette potence fonctionne

depuis plus de quatre cents ans.

En B, est figurée une seconde potence, composée d'après un autre

système, mais présentant au moins autant de rigidité que la première.

Les fers des côtés du triangle donnent la section _p_, et ceux de

l'intérieur la section _q_. Dans le grain d'orge ménagé le long de ces

fers, entrent les ornements de tôle qui roidissent tout le système. Les

fers du triangle et de l'intérieur sont assemblés à tenons avec

clavettes, ainsi que le montre le détail _s_. Cette potence pivote dans

deux pitons scellés à la muraille[178].

Nous ne saurions trop insister sur ce point: dans les ouvrages de

serrurerie du moyen âge, on ne cherche pas à dissimuler les assemblages.

Les fers, au droit de ces assemblages, restent francs ou prennent plus

de force, comme nous l'avons montré dans l'exemple figure 45. On se

garde bien de diminuer leur résistance là où ils fatiguent.

Outre les grilles disposées par panneaux s'embrevant entre des montants,

on faisait aussi des grilles par compartiments assemblés, et cela par

des moyens simples et solides. Cette grille (fig. 51) fournit un exemple

de ces sortes de combinaisons[179]. C'est un ouvrage du XVe siècle. Il

se compose de montants A scellés dans le pavé. Entre ces montants,

renforcés en B, sont serrées des traverses C, lesquelles portent un

petit tenon à chaque extrémité. La partie supérieure des montants se

termine par un fort goujon rivé sur la barre d'appui D. Des cercles

inscrivant des quatre-lobes sont inscrits entre les montants, la

traverse et la barre d'appui. Des demi-cercles remplissent la partie

inférieure. En _a_, _b_ et _c_, sont tracées les sections de la traverse

C, des cercles et des quatre-lobes; en _d_, est figurée l'extrémité des

lobes. Des goujons rivés _e_ réunissent toutes ces pièces dont les

sections hexagonales se prêtent à une juxtaposition parfaite. Cet

ensemble présente beaucoup de solidité, est facile à assembler, et

n'exige de soudures qu'à l'extrémité des lobes et pour fermer les

cercles. Les montants n'ont que 0m,024 de largeur sur 0m,042

d'épaisseur.

Les armatures de puits posées au-dessus des margelles présentaient aussi

des combinaisons d'assemblages de serrurerie intéressantes à étudier.

Dans les cours des châteaux, des monastères, au milieu des carrefours,

on voyait de ces belles ferronneries portant les poulies des puits.

Malheureusement, presque tous ces ouvrages ont été détruits, et si l'on

en voit encore en place, c'est qu'ils ont été oubliés. À Sens, à Troyes,

à Semur, à Beaune, dans la cour de l'Hôtel-Dieu à Dijon, quelques débris

de ces armatures existent aujourd'hui et datent des XVe et XVIe siècles.

D'anciennes gravures nous donnent aussi l'apparence de ces ferrures de

puits, mais n'en reproduisent pas les assemblages; nous sommes réduit

donc à citer un assez petit nombre d'exemples. Le premier que nous

donnons n'existe plus et ne nous est connu que par un dessin de

Garneray[180]. Cet ouvrage de ferronnerie paraît dater de la fin du XIVe

siècle, et se trouvait placé dans les dépendances du château de

Marcoussis. Le second se voit encore à Troyes, et le troisième dans la

cour de l'Hôtel-Dieu de Beaune; ces deux derniers appartiennent au XVe

siècle.

La figure 52 reproduit l'armature du puits de Marcoussis. Cette armature

se composait de trois tiges de fer carré, avec arcs-boutants à la base

pour arrêter le hiement, c'est-à-dire le mouvement pivotant qu'eussent

pu éprouver ces trois barres. Celles-ci sont d'ailleurs un peu inclinées

vers le centre. Un cercle de fer battu les réunit à leur sommet, et

reçoit, en outre, des liens en redents qui donnent du roide à tout

l'ouvrage et maintiennent les trois pieds-droits dans leur plan. Du

cercle partent, au-dessus des barres, trois volutes pincées au niveau

_a_ par des moises. Au milieu de ces trois volutes passe le poinçon _b_,

auquel est suspendue la poulie. Le cercle, les moises des volutes et le

poinçon étaient ornés de tôles découpées et rivées.

L'armature du puits de Troyes n'est pas d'une forme aussi gracieuse que

celle du puits de Marcoussis, mais sa composition et ses assemblages

méritent d'être signalés. La margelle A (fig. 53) est ovale à

l'intérieur, octogone irrégulière extérieurement. Trois montants sont

scellés sur cette margelle même, de façon à présenter en plan un

triangle à côtés illégaux, disposition qui permet à trois personnes de

puiser de l'eau en même temps. Deux personnes peuvent se placer en _a_

et _b_, et la troisième en _c_. Trois poulies sont suspendues à

l'armature au moyen d'une sorte de guirlande B attachée au poinçon, puis

à deux barres horizontales passant par les oeils _d_, projetées en _d'_

sur le plan A. Les trois tiges formant pavillon D suspendent le poinçon,

comme dans l'exemple précédent, et sont maintenues au sommet des trois

montants au moyen d'une sorte d'embrèvement et d'un fort boulon à

clavette G. Les montants se composent de deux tiges rondes de 0m,02 de

diamètre chacune, tordues en manière de torsade; une bague E les décore

vers le milieu. À la base, au scellement, sur la margelle, ces montants

sont accompagnés chacun de deux oeils (voyez le détail F) recevant les

boucles auxquelles on attachait le crochet de la corde, lorsqu'elle

était veuve des seaux, car chaque personne qui venait puiser, apportait

ses vases.

L'armature du puits de l'Hôtel-Dieu de Beaune est parfaitement

conservée. Elle se compose de trois montants, d'un cercle de fer battu

qui les réunit, et d'un pavillon à trois branches droites, le tout

décoré de tôles découpées. Cette armature est gravée dans l'ouvrage de

MM. Verdier et Cattais[181], et il ne nous paraît pas nécessaire de la

reproduire ici.

Dans la serrurerie, la simplicité des assemblages contribue beaucoup à

la solidité. Si l'on tourmente trop le fer, soit à la forge, soit avec

le burin, on le rend cassant, on lui enlève une partie de sa force. Il

importe donc de combiner les assemblages de ferronnerie en laissant au

fer son nerf. C'est au droit des assemblages que les armatures de

ferronnerie doivent présenter la plus grande résistance; il n'y a donc

pas à compliquer les façons sur ces points et à diminuer les forces.

Nous avons déjà présenté dans cet article, et dans l'article GRILLE, un

certain nombre d'ouvrages assemblés qui constatent l'attention des

serruriers du moyen âge à laisser aux fers la plus grande résistance

possible aux points d'attache, de liaison; à éviter les affaiblissements

causés par les trous de boulons, ou par les passages d'une barre dans

une autre. En effet, les trous sont habituellement renflés, les fers

croisés sont coudés et non affamés; les rivures mêmes sont faites dans

les parties larges et là où le fer est pur. La lime et nos moyens

mécaniques, avec lesquels on arrive à couper le fer comme on coupe du

bois, ont fait introduire dans la ferronnerie un système d'assemblages

qui se rapproche beaucoup trop de celui de la menuiserie. Cela produit

peut-être des ouvrages d'une apparence plus nette, mais la solidité y

perd, et notre serrurerie se disloque facilement ou se brise au droit

des assemblages. La question est toujours une question de forge, et si

les assemblages que l'on fait aujourd'hui dans la serrurerie sont trop

souvent défectueux, c'est qu'on préfère recourir à la mécanique plutôt

que de façonner le fer au marteau et à bras d'homme.

Il serait trop long de donner dans cet article tous les assemblages

adoptés par les serruriers du moyen âge. Nous nous contentons d'en

présenter quelques-uns. Voici (fig. 54) des assemblages à trous renflés.

Les châssis de grille assemblés à tenons et goupilles ne présentent

aucune solidité; il est facile d'ailleurs de faire sortir les tenons de

leurs mortaises, en faisant sauter la goupille à l'aide d'un poinçon.

L'exemple A présente l'angle d'une grille de fenêtre en saillie sur le

nu du mur, ce que l'on nommait un _cabaust_[182]. La barre d'angle passe

dans un trou renflé posé diagonalement en _a_, les traverses

horizontales _b_ étant forgées d'un seul morceau avec leurs retours.

L'exemple B donne un fragment de rampe; tous les fers passent les uns

dans les autres et ont dû être posés ainsi. Les barres d'extrémités _c_,

et celles intermédiaires de deux en deux _c'_, ont été façonnées avec le

trou renflé _d_, à travers lequel les tigettes _e_ ont été passées et

rivées. Les barres _f_ ont été coulées dans la barre d'appui _g_; après

quoi, les trous renflés _h_ ont été façonnés entre chacune de ces barres

_f_. Alors on a passé les extrémités des barres _c c'_ par les trous

_h_; ainsi les barres _f_ ont été prendre leur place entre les

brindilles _e_. On a passé les barres _c_ et _f_ par les trous renflés

de la traverse basse _i_; on a rivé les extrémités des barres _c_, _c'_,

sur les rondelles _k_, rapportées sur la barre d'appui; puis, pour

terminer, on a posé les bagues, qui sont simplement enroulées et non

soudées. Le retour _m_, avec son oeil renflé _n_, forme poignée à chaque

extrémité de la rampe, et fait l'office d'une équerre, en arrêtant le

roulement des barres verticales. Impossible de désassembler une pareille

grille, à moins d'arracher les scellements _o_ et de couper les rivets.

Le figuré C présente encore une grille saillante, un _cabaust_. En _p_,

sont les scellements dans le mur. Le mentonnet _q_, formant corbeau, est

lui-même scellé et sert de repos au talon _r_. Les assemblages à trous

renflés de cette grille sont trop simples pour avoir besoin

d'explications. En D, est une équerre de grille ouvrante, avec sa

fourchette détaillée en _t_[183]. On voit encore à Troyes une belle

grille saillante de fenêtre ou de boutique, datant de la fin du XVe

siècle; nous croyons nécessaire d'en donner quelques parties.

Ce cabaust a 2 mètres 10 centimètres de largeur, et se compose de deux

travées saillantes. Trois montants, deux d'angle et un d'axe, séparent

ces travées, composées chacune de quatre divisions de brindilles

enroulées, avec fleurons de fer battu. Deux montants en retraite,

scellés au mur par des agrafes, maintiennent tout le système. La figure

55 montre les supports inférieurs de cette grille. Les montants d'angle

A, et ceux B appuyés à la muraille, sont réunis par la console C. La

traverse basse D passe derrière le montant A, ainsi qu'on le voit en D'

et A', sur un repos _a_; et la brindille G porte un goujon qui, passant

à travers les deux trous, est rivé en dehors sur une rondelle et deux

rosettes de fer battu. Les brindilles sont réunies aux montants

intermédiaires ou entre elles par des embrasses. Des tôles gravées

garnissent les montants et traverses, tant pour couvrir les assemblages

que pour donner à l'oeil plus de corps à la grille. Les fers d'angle ont

22 millimètres (voyez en E la section d'un de ces fers, avec sa

couverture de tôle). Les rosettes F' sont maintenues aux brindilles au

moyen d'un rivet passant par l'oeil F. Chacune des brindilles est donc

d'une seule pièce et sans soudure (voyez en H).

L'arrangement des consoles C est à remarquer. Cette façon de donner de

la puissance au redent de la console, qui porte toute la charge de la

devanture de fer, par le bouton extrême et les quatre volutes, ne manque

ni d'adresse ni de grâce. C'est d'ailleurs le point de soudure des deux

montants A et B antérieur et postérieur. La décoration n'est donc, ici

encore, que la conséquence du procédé de fabrication. La serrurerie

française, jusqu'à la fin du XVIe siècle, ne se départ pas de ce

principe. Elle demeure ferronnerie, et ne cherche pas à imiter des

formes appartenant à d'autres branches de l'industrie du bâtiment; on

n'en peut dire autant de la serrurerie italienne.

Celle-ci, dès le XVe siècle, s'écarte des formes qui lui appartiennent

en propre, pour aller reproduire en miniature des ordres, des

entablements, des pilastres, des membres d'architecture antique qui sont

du ressort de la maçonnerie. C'est ainsi que l'on pensait faire un

retour vers l'antiquité; tandis que chez les Grecs, aussi bien que chez

les Romains, les objets de métal affectent les formes convenables à la

matière.

À notre tour, quand nous prétendions faire un retour vers l'antiquité en

nous appuyant sur les interprétations fausses dues aux artistes italiens

pendant la renaissance, nous ne faisions que perpétuer ces erreurs, dont

à peine aujourd'hui on cherche à revenir.

De l'autre côté du Rhin, on fabriqua de merveilleux ouvrages de

serrurerie pendant les XVe et XVIe siècles. Les grilles du tombeau de

Maximilien à Innsbruck, celles des cathédrales de Constance, de Munich,

d'Augsbourg, qui datent du XVIe siècle, sont de véritables

chefs-d'oeuvre, et mériteraient de figurer dans une publication

spéciale. Il faut reconnaître toutefois qu'il y a dans ces ouvrages de

ferronnerie une certaine exagération de formes, des recherches dont on

s'est abstenu en France pendant le moyen âge et même pendant la

renaissance. La serrurerie fine des châteaux de Gaillon, d'Écouen, dont

on conserve quelques fragments; la porte de fer forgé et repoussé de la

galerie d'Apollon au Louvre, sont des ouvrages de la plus grande valeur,

et qui nous font assez voir que l'industrie moderne, sous ce rapport,

malgré l'étendue de ses moyens, n'atteint qu'exceptionnellement à cette

perfection.

[Illustration: Fig. 23.]

[Illustration: Fig. 24.]

[Illustration: Fig. 25.]

[Illustration: Fig. 26.]

[Illustration: Fig. 27.]

[Illustration: Fig. 28.]

[Illustration: Fig. 29.]

[Illustration: Fig. 30.]

[Illustration: Fig. 31.]

[Illustration: Fig. 32.]

[Illustration: Fig. 33.]

[Illustration: Fig. 34.]

[Illustration: Fig. 35.]

[Illustration: Fig. 36.]

[Illustration: Fig. 37.]

[Illustration: Fig. 38.]

[Illustration: Fig. 39.]

[Illustration: Fig. 40.]

[Illustration: Fig. 41.]

[Illustration: Fig. 42.]

[Illustration: Fig. 43.]

[Illustration: Fig. 45.]

[Illustration: Fig. 46.]

[Illustration: Fig. 47.]

[Illustration: Fig. 48.]

[Illustration: Fig. 49.]

[Illustration: Fig. 50.]

[Illustration: Fig. 51.]

[Illustration: Fig. 52.]

[Illustration: Fig. 53.]

[Illustration: Fig. 54.]

[Illustration: Fig. 55.]

[Note 155: Le _pallâtre_ (_pallastre_, _palâtre_) est la

plaque de fer battu ou de tôle sur laquelle sont _piquées_,

c'est-à-dire montées et rivées les pièces du mécanisme de la

serrure. _Pallâtre_ est aujourd'hui féminin, mais Jousse le

fait masculin. _Palliastrum_, qui peut être l'étymologie de

_pallastre_, et qui signifie _manteau grossier_, est neutre;

nous conserverons le genre masculin à ce mot.]

[Note 156: On dit aujourd'hui _pêne_, mais le mot _pesle_

qu'emploie Jousse nous semble devoir être maintenu dans cet

article sur l'ancienne serrurerie. _Pesle_, en effet, vient

de _pessulus_ (pièce de bois pour barrer une porte), et,

conformément à la méthode de contraction de la langue

française, devait s'écrire _pesle_, et non _pelle_, comme

l'écrit Jousse; mais _pessulus_ n'a pu faire _pêne_.]

[Note 157: De la porte de la sacristie de l'église de

Montréal (Yonne), commencement du XIIIe siècle.]

[Note 158: Cette grille et sa serrure ont été replacées

au XVIe siècle, mais appartiennent à la fabrication du milieu

du XVe siècle.]

[Note 159: Les vis sont certainement une invention

excellente pour fixer la serrurerie fine sur de la

menuiserie, et l'emploi des vis dans la quincaillerie ne date

que de la fin du XVe siècle. Mais, grâce au soin que l'on

prend aujourd'hui de cacher toutes les attaches des ferrures,

les ouvriers enfoncent les vis à coups de marteau dans des

trous faits au poinçon. Mieux vaudraient des clous. C'est

ainsi qu'un perfectionnement devient une cause de malfaçon,

quand on n'accuse pas franchement son emploi.]

[Note 160: D'une porte d'une maison à Saint-Antonin, XIVe

siècle.]

[Note 161: Cette serrure est un modèle que l'on retrouve

très-fréquemment dans les bâtiments du XVe siècle, des bords

du Rhin, de la Suisse et de la Bavière. L'entrée provient

d'une porte de la cathédrale de Prague (partie bâtie par

l'architecte français Mathieu d'Arras, XIVe siècle). Une

entrée semblable se voit à un tabernacle de la cathédrale

d'Augsbourg; une autre, à peu près pareille, à un vantail de

l'église Saint-Pierre de Strasbourg.]

[Note 162: De l'église de Saint-Pierre de Strasbourg.

Même anneau à un vantail d'armoire de la cathédrale de

Munich.]

[Note 163: L'église de Savigny-en-terre-pleine date des

dernières années du XIIe siècle. La vertevelle, figure 32,

paraît appartenir au milieu du XIIIe.]

[Note 164: Ce verrou provient d'une porte de l'église de

Semur en Brionnais, et appartient à la serrurerie du XIVe

siècle. D'ailleurs on en peut voir encore un assez grand

nombre en place, dans nos anciennes églises.]

[Note 165: Notamment ceux de la porte Narbounaise, à

Carcassonne.]

[Note 166: Débris recueillis chez un marchand de

ferrailles à Rouen.]

[Note 167: Provenant également d'un dépôt de ferrailles.]

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 31 / 47 段