XIVe siècle[153]. En A, est figurée la penture, ou plutôt le morceau de
fer battu avant le découpage. Ce morceau de fer avait alors la forme
donnée par la moitié _abcde_. Bien corroyé au marteau, également aplani,
découpé au burin sur ses bords, on a tracé sur sa face externe les
linéaments indiqués sur notre dessin. Alors la pièce _iklm_ a été coupée
et enlevée. Mettant au feu la partie A_d_, on l'a tordue de champ, ainsi
que le fait voir le côté achevé B; remettant au feu la palette D, on a
écarté chacune des branches de façon à obtenir les ouvertures d'angles
_g_. Les trois branches ont elles-mêmes été recoupées au burin et
façonnées au marteau, comme le montrent les folioles _h_. Le travail a
encore aminci le fer en l'étendant, et l'on a pu terminer la partie sans
la remettre au feu. Les bouts des folioles sont légèrement recourbés en
dedans, de manière à appuyer sur le bois et à éviter des aspérités qui
écorcheraient les vêtements des personnes passant le long du vantail. Il
a été procédé de même pour la branche E, et pour le bouquet F. Outre les
clous, dont les trous sont marqués sur notre figure, une bride G
maintenait le collet de la penture contre le montant du vantail. En H,
est tracé le profil de la penture, et en I, le détail de la bride avec
ses bouts fourchés propres à être rivés en dedans du montant.
À propos de cette bride, nous signalerons ici certaines pentures
composées d'une simple bande, et qui ne sont pas clouées sur les
vantaux, mais maintenues seulement au moyen de brides rivées. En L, est
un exemple de ces sortes de pentures employées parfois lorsque les
portes ne se composent que de frises clouées sur des traverses. En M, le
profil de la penture L montre les brides enfoncées, et dont les bouts
pointus doivent être rabattus sur la traverse P, de manière à la bien
serrer. Alors ces brides O ont exactement, de _p_ en _s_, la largeur de
la traverse.
Ces modifications dans les procédés de fabrication de ces pièces de
serrurerie fine devaient conduire peu à peu à l'emploi du fer battu
rapporté après coup sur le corps principal de la penture. Cependant
l'Allemagne nous précéda dans cette voie de l'emploi du fer battu et
repoussé comme moyen décoratif de la serrurerie fine. Déjà, vers la fin
du XIVe siècle, on voit dans des ouvrages de serrurerie allemande,
notamment à Augsbourg, à Nuremberg, à Munich, des fers battus employés
comme ornements, et que nous appellerions aujourd'hui de la tôle
repoussée, tandis qu'en France, ce mode ne paraît guère adopté avant le
commencement du XVe siècle pour des ouvrages de quelque importance.
La figure 17 expliquera l'emploi de ce procédé mixte[154]. La bande de
la penture est une simple barre de fer plat de 0m,09 de largeur sur
0mm,009 d'épaisseur au plus.
Sur cette bande a été rapporté un ornement de fer battu découpé et
repoussé; puis sur l'ornement, une baguette de fer forgé étampé en façon
de torsade, avec oeils renflés pour recevoir les clous, et tête d'animal
à l'extrémité. L'ornement de tôle est, en outre, percé de trous pour
recevoir des clous, soit passant à travers la bande, soit enfoncés
directement dans les frises du vantail. En A, est présentée la section
(au double) de la bande, avec le mouvement de l'ornement, la baguette de
recouvrement et les têtes de clous. En B, le profil de l'extrémité de la
penture, avec la tête d'animal terminant la baguette. Ce mode permettait
d'obtenir une ornementation très-riche à peu de frais; et sans avoir
recours aux soudures. Cependant, parfois, ces fers battus, d'une
épaisseur d'un millimètre environ, sont soudés sur une âme, à chaud, et
sans interposition d'une matière plus fusible que le fer. Il faut dire
que ces sortes de ferrures n'étaient guère posées directement sur le
bois; mais sur une toile, ou une peau, ou un feutre marouflé sur le
vantail. D'ailleurs il en était de même pour la plupart des pentures, et
l'on trouve encore les traces de ces marouflages. Les pentures de
l'église d'Ébreuil, que nous avons données au commencement de cet
article, sont, ainsi qu'il a été dit, posées sur une peau soigneusement
appliquée sur le vantail et peinte en rouge.
Voici un exemple (fig. 18) qui fera comprendre en quoi consiste ce
procédé d'application de plaques de fer battu, découpées et soudées sur
une assiette de fer forgé. Soit A une bande de fer forgé. Deux lames de
fer battu de 0m,002 d'épaisseur environ, _a_, _b_, et découpées suivant
le tracé B (moitié d'exécution), composent une redenture à deux plans;
ces lames, après avoir été rendues solidaires par des rivets, sont
appliquées sur la bande de fer forgé, celle-ci étant rougie au feu. Au
même moment, deux bandes de fer _c_, _c_, chauffées au rouge blanc, sont
adaptées le long des rives des lames de fer découpé, puis frappées à
l'étampe, qui, les soudant, leur donne une ornementation en torsade ou
en demi-rond. Ces deux languettes, se soudant à la bande de fer,
maintiennent les lames de fer découpées. Des trous sont alors percés au
milieu des à-jour pour permettre de clouer la penture sur le vantail.
Souvent des ornements de fer repoussé _d_, en façon de rondelles,
contribuent à décorer la tête des clous.
En D, l'oeil de la penture est figuré, celui-ci étant double et le
scellement portant de même un oeil. Un boulon passe à travers ces oeils,
et forme une sorte de paumelle qui remplace le système de gonds indiqué
dans les précédents exemples.
On ne renonçait pas absolument, pendant le XVe siècle, aux fers soudés
et étampés dans la fabrication des pentures, car il existe encore bon
nombre de ces ouvrages qui, sans atteindre la perfection et l'importance
de ceux des XIIe et XIIIe siècles, fournissent des objets de serrurerie
fort recommandables.
Si cette penture (fig. 19), dessinée à Thann (Haut-Rhin), est dépourvue
de ces embrasses et de ces nerfs rapportés sur les soudures des ouvrages
du XIIIe siècle; si elle est en grande partie obtenue par les moyens de
découpage à chaud indiqués figure 16, ses fleurons d'extrémités sont
soudés cependant aux tigettes, puis étampés et burinés après l'étampage.
Sa composition, d'ailleurs est gracieuse, et bien entendue pour
maintenir ensemble et sur une grande surface les frises du vantail. Le
burinage et le découpage, vers le milieu du XVe siècle, prenaient, dans
les ouvrages de serrurerie, une importance d'autant plus grande, que le
martelage à chaud était plus négligé. Ce qui tend à dire que les outils
se perfectionnant, la main de l'ouvrier perdait de son habileté.
L'oeuvre de Mathurin Jousse fait assez connaître, cependant, qu'au
commencement du XVIIe siècle encore, les maîtres serruriers avaient
conservé les traditions de l'art du forgeron; et les renseignements que
donne cet auteur sur les diverses natures de fer, sur la manière de
traiter ce métal au feu et sur l'enclume, sont le résumé d'observations
très-justes et d'une connaissance exacte de la pratique.
Ce qui mérite de fixer l'attention en dehors de la forme plus ou moins
bonne donnée aux ouvrages de serrurerie du moyen âge, c'est le soin avec
lequel tout est prévu pour que ces pièces aient exactement les
dispositions qui leur conviennent. Quand l'architecte monte les
pieds-droits d'une porte, il prévoit la place des scellements des gonds,
et si même la porte est d'une grande dimension, ces gonds sont posés
entre des assises, en bâtissant; quand il donne le dessin des vantaux,
c'est encore en prévoyant exactement la position de toutes les ferrures,
qui ne sont jamais dissimulées. Quand les ferrures sont prêtes à poser,
il n'y a plus d'entailles à faire dans le bois ou dans la pierre, et
chaque objet prend la place qui lui a été assignée dès le commencement
de l'exécution. Ainsi, par exemple, pour des portes intérieures qui
doivent battre exactement dans les feuillures, afin que la saillie de la
penture ne vienne pas empêcher l'application immédiate du vantail contre
le pied droit, le collet de la penture est souvent détourné.
(Fig. 20.) Dans ce cas, la dernière frise de la porte A a été rapportée
après coup et maintenue avec les autres frises par des prisonniers, et
sur le collet de la penture par un dernier clou B, rivé en dehors, au
lieu d'être, comme les autres, rivé en dedans. Cette disposition existe
déjà dès le XIIe siècle. Aussi le vantail peut-il exactement battre dans
sa feuillure, sans qu'il soit nécessaire d'entailler le tableau pour
loger la saillie du collet de la penture.
Il n'est pas de détail insignifiant, quand il s'agit de faire concorder
les divers corps d'états à cette oeuvre commune qu'on appelle
l'architecture. Les belles époques de l'art sont celles où le maître de
l'oeuvre sait prévoir, dès l'origine de la structure, toutes les
parties, sait leur assigner une place sans avoir à retoucher ce qui est
fait. Si le dernier objet à placer dans un édifice en construction prend
exactement, à l'heure dite, la position qu'il doit occuper, le
constructeur est un maître. Il ne saurait se donner cette qualité, si
son oeuvre ne s'élève qu'à l'aide de tâtonnements de changements
perpétuels, de repentirs; s'il lui faut, pour poser ses derniers
ouvrages, tels que la menuiserie et la serrurerie fine, recouper par ici
ou recharger par là. Tous ces tâtonnements sont bons sur le papier, non
sur le monument.
En laissant apparente toute la serrurerie fine, les maîtres du moyen âge
étaient bien forcés de lui donner sa vraie place comme sa véritable
forme. De plus, il leur était aisé de reconnaître si l'ouvrage était
bien fait. Quand nous entaillons aujourd'hui des équerres, des pentures,
des attaches de paumelles, des bandes, dans la menuiserie, et que tout
cela est recouvert de trois couches de peinture, il est assez malaisé de
reconnaître si ces fers ont l'épaisseur voulue, si les vis sont bien
posées, et si elles ne sont point enfoncées comme des clous à coup de
marteau. L'architecte, en mentant sans cesse à la forme, à la
destination vraie, est la première dupe de son propre mensonge. Il est
arrivé à si bien dissimuler toute chose, qu'on le trompe aisément sur la
quantité ou la qualité, ou qu'on se dispense de mettre en place ce qu'il
cherche si bien, lui-même, à cacher aux yeux.
Mais retournons à nos forgerons. S'ils ont façonné les pentures avec un
soin particulier, ils n'ont pas moins attaché d'importance à la parfaite
exécution des gonds qui les suspendent. Ces gonds sont forgés avec le
meilleur fer, bien centrés, et presque toujours légèrement coniques.
Nous avons dit que pour les grandes portes battant en feuillure, les
gonds sont posés en même temps que les assises des pieds-droits, dans un
lit, afin d'être bien assurés du scellement. Pour les portes de moindre
importance, qui doivent se développer entièrement dans des intérieurs,
la feuillure étant près du parement (fig. 21), en A, le mamelon du gond
doit être assez isolé pour permettre le développement total du vantail;
de plus, il n'est guère possible de le sceller diagonalement dans
l'angle A, parce qu'on risquerait de faire éclater la pierre du
parement. Souvent alors ces gonds sont disposés ainsi que le montre
notre figure. Le mamelon est muni d'une queue B avec scellement
inférieur en _b_, qui forme ainsi comme une sorte de console, dont le
dévers est arrêté par le piton _c_ passant dans le mamelon, sous l'oeil
de la penture. En D, est tracée la face de la penture sur la traverse
haute _t_ de la porte. En E, est tracée la coupe de cette traverse et
des frises avec leurs couvre-joints. Par ce moyen, le poids de la porte
ne risquait pas de faire fléchir l'embase du gond ou d'arracher son
scellement. Quand il s'agit de développer un vantail de volet ou de
porte sur un parement éloigné de la feuillure, comme dans l'exemple fig.
22, en A, le mamelon du gond devant être placé en _a_, au milieu de la
distance _bc_, il est clair que, non-seulement le collet de la penture
doit être détourné en équerre, mais que l'embase du gond doit être
très-allongée; alors le scellement en _d_ ne saurait avoir aucune
puissance. Le mamelon _m_ est donc forgé à l'extrémité de la console C,
qui porte son scellement _e_; puis un piton _p_ entre dans la partie
inférieure du mamelon, est scellé en _s_, et sert de rondelle à l 'oeil
de la penture _g_: de cette façon le vantail V se développe en V', sans
fatiguer l'embase allongée du mamelon et sans risquer de la desceller.
Ces exemples suffiront pour faire voir comment, dans ces ouvrages de
détail, l'architecte du moyen âge apporte le soin, le raisonnement,
l'attention, la logique qui président aux ensembles. Si le besoin, si la
vérité, exigent l'emploi de dispositions qui attirent le regard et qui
prennent de l'importance, on ne cherche pas à dissimuler ces
dispositions, mais à les décorer, en leur donnant l'apparence qui
signale le mieux leur raison d'être. C'est ainsi que l'art s'introduit
dans tout, qu'une architecture se forme, parce qu'elle affirme sans
cesse les principes vrais et sincères qui la dirigent.
Nous nous occuperons des fermetures des huis et des autres pièces de
serrurerie qui sont fixées sur les vantaux des portes, soit pour les
maintenir fermées, soit pour les tirer à soi.
[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Note 148: _De la fidelle ouverture de l'art de
serrurier_, par Mathurin Jousse, 1627.]
[Note 149: Ces dessins nous ont été fournis, grandeur
d'exécution, par M. Durand fils, architecte à Bordeaux.]
[Note 150: Par l'habile serrurier M. Boulanger.]
[Note 151: Cette porte est celle de droite, sur la façade
occidentale de Notre-Dame de Paris.]
[Note 152: Voyez GRILLE. Voyez aussi la _Serrurerie du
moyen âge_, par M. Raymond Bordeaux. Oxford, Parker, 1858.]
[Note 153: Provenant de l'abbaye de Poissy. Cette penture
était encore, en 1847, entre les mains d'un habitant de
Poissy, et faisait partie de sa collection.]
[Note 154: D'un fragment de pentures (commencement du XVe
siècle) d'une maison à Gallardon.]
* * * * *
Frémures (_loquets_, _poignées_, _serrures à bosse_, _targettes_,
_verrous_, _vertevelles_). Les plus anciennes serrures que nous
connaissions ne datent guère que du XIIe siècle: ce sont des serrures
dites _à bosse_, c'est-à-dire dont la boîte, relevée au marteau, avec
bords en biseau, est posée sur un _pallâtre_[155], et dont le
_pêle_[156] ou la _gâchette_ est en dehors du pallâtre, de telle sorte
que la bosse est à l'extérieur du vantail et le pêle à l'intérieur.
L'entrée alors est percée dans le pallâtre, au-dessus du pêle.
La figure 23 présente une de ces serrures[157]. Le pêle A glisse entre
deux filets rivés sur l'entrée et est maintenu par deux embrasses B
également rivées. La gâche G reçoit le bout de ce pêle, lorsqu'on ferme
la porte. Une poignée mobile P sert à tirer la porte, lorsque le pêle
est sorti de la gâche G. Le petit bouton C sert à tirer le pêle, ou à le
pousser, lorsque l'on a tourné la clef pour lever le cramponnet. La
boîte ou bosse est entaillée dans le vantail V. Des filets sont rivés
sur le pallâtre pour le renforcer et aussi pour guider la clef, si l'on
veut ouvrir la porte dans l'obscurité. Bien entendu, tout ceci est posé
à l'intérieur. Si la porte est épaisse, la boîte est noyée dans cette
épaisseur et ne se voit point extérieurement. Si le vantail est mince,
le fond de cette boîte est apparent à l'extérieur. Ces sortes de
serrures n'ont généralement qu'une seule entrée. La figure 24 présente
le mécanisme très-simple de ces serrures. La boîte est circonscrite par
les lettres _abcd_. Le pêle intérieur _p_ tient au pêle extérieur P' par
deux forts rivets qui glissent dans une coulisse percée à travers le
pallâtre, quand on veut ouvrir ou fermer la gâchette au moyen du bouton
dont nous avons parlé tout à l'heure. Si l'on veut que le pêle ne puisse
plus glisser, un tour de clef fait descendre le cramponnet _c_, ainsi
que l'indique la figure, et arrête ce pêle. Si l'on veut que la gâchette
P' puisse demeurer mobile comme un verrou, un tour de clef de _e_ en _f_
appuie sur le ressort _r_, et dégage le cramponnet, qui, étant relevé,
permet le jeu du pêle intérieur. Rien n'est plus simple que ce
mécanisme, encore employé aujourd'hui. Ces serrures à gâchette sont les
plus ordinaires, et ne changent guère de forme jusqu'au XVe siècle.
Alors le pallâtre qui sert d'entrée, et sur lequel glisse la gâchette
visible à l'extérieur, est parfois décoré d'ornements de fer battu et
finement découpés. Entre ces ornements de fer battu et le pallâtre, est
apposé un morceau de drap rouge maintenu par les rivets qui retiennent
les découpures.
Il existe encore beaucoup de serrures de ce genre, et nous en donnons
(fig. 25) un exemple provenant d'une des grilles de la crypte de
Saint-Sernin de Toulouse[158]. Ici la gâchette est enfermée dans une
gaine ou coque (voy. la coupe en _ab_). En A, est le bouton en forme de
coquille, qui permet de faire mouvoir le verrou, lorsque le tour de clef
est donné. On aperçoit les petits rivets qui servent à fixer les
feuilles de fer battu sur la plaque du fond _d_. Le morceau de drap
interposé est donc visible entre les découpures. Les bords du pallâtre
sont, comme dans les exemples précédents, renforcés par une baguette en
façon de torsade. En B, est la poignée de tirage, et en C, le profil du
bouton A. Ce genre d'ornementation produit beaucoup d'effet à peu de
frais, car rien n'est plus aisé à faire, pour un ouvrier habile, que ces
feuilles de fer battu et modelé au marteau, à froid. Dans cet exemple,
pas de soudures, tout est rivé, excepté le bouton A et l'embase de la
poignée. Les petites feuilles de la poignée B elles-mêmes sont
maintenues à la boucle par des _langues-de-carpe_ latérales, qui ont été
prises dans des grains d'orge, en courbant le fer de la boucle à chaud,
avant de souder ses extrémités à l'embase. Mais, avant d'aller plus
loin, il est nécessaire de dire que ces sortes de _frémures à gâchette_
n'étaient pas les seules serrures fabriquées pendant le moyen âge. La
serrure _à bosse_, avec pêle manoeuvrant intérieurement au moyen de la
clef, comme ce que nous appelons aujourd'hui serrures à _pêne dormant_,
était déjà en usage vers le milieu du XIIe siècle. Il y avait de ces
serrures à un ou deux tours; elles étaient de celles qu'on appelle
_treffières_, c'est-à-dire ne pouvant s'ouvrir que par un côté, ou
quelquefois _bénardes_, c'est-à-dire ayant deux entrées. La serrure que
nous donnons ici (fig. 26), et que nous avons trouvée encore attachée à
la porte d'une maison d'Angers datant de la fin du XIIIe siècle, est à
deux entrées. La porte, battant en feuillure, sans bâti dormant, et
cette feuillure étant large et profonde (0m,05, voyez en _a_); pour que
la main ne soit point gênée par le tableau lorsqu'on tourne la clef, la
boîte de la serrure est éloignée de la rive de la porte (voyez la
section horizontale A), et le pêle glisse dans une gaine ou coque
extérieure B, avant de s'engager dans la gâche C. La serrure est posée à
l'intérieur du vantail, et, à l'extérieur, est une entrée de fer battu.
La coque du pêle D est, par conséquent, posée de même en dedans du
vantail. La boîte ou bosse, biseautée sur trois côtés, est rivée au
pallâtre E, lequel est maintenu sur le vantail par un grand nombre de
clous passant par les trous percés dans ses débords découpés. Les rivets
qui maintiennent les ressorts et leurs brides sont piqués dans le
pallâtre, mais ceux des estoquiaux sont rivés également sur la bosse de
la serrure, et se combinent avec sa décoration, consistant en des
brindilles, des filets et des gravures. Une brindille en forme de V
guide le panneton de la clef dans son entrée; une autre brindille,
soudée à sa base sur un filet inférieur en torsade, donne de la force à
la boîte et de la prise aux rivures des estoquiaux, car alors on
n'employait point de vis dans les serrures.
En G, est présenté l'intérieur de la serrure; en _b_, l'entrée du
panneton avec ses fouets piqués sur le pallâtre; en _c_, les estoquiaux
qui servent à maintenir la bosse de la serrure sur le pallâtre; en _d_,
le pêle avec ses cramponnets et ses ressorts. Le pêle est supposé fermé
à un tour.
Dès le XVe siècle, on trouve déjà des serrures dites _à clenche_ ou
_loquet_. Ces serrures possèdent, outre le pêle dormant, un loquet monté
sur le pallâtre, au-dessous du pêle, et s'ouvrant au moyen d'un bouton
ou d'une bascule. Il existe encore une serrure de ce genre sur la porte
de fer qui donne entrée dans le cabinet de Jacques Coeur, dépendant de
l'hôtel de ce nom, à Bourges. Sur le pallâtre est monté un pêle dans le
genre de celui décrit ci-dessus, mais à un seul tour, et au-dessous du
pêle manoeuvre un loquet à ressort, s'ouvrant du dedans par une bascule,
mais pouvant s'ouvrir du dehors que par une clef; si bien que du dehors,
tirant la porte à soi, elle est fermée sans qu'il soit besoin de donner
un tour de clef pour pousser le pêle dans la gâche.
Il existait même des serrures qui ne se composaient que d'un loquet
pouvant, au besoin, être rendu immobile, et qui tenaient lieu de nos
serrures appelées _à tour et demi_.
Voici (fig. 27) une assez jolie serrure de ce genre, datant de la fin du
XIVe siècle, et que nous avons dessinée sur une porte d'une maison de la
ville de Lalinde (Dordogne). Le mécanisme que donne notre figure se
compose d'un loquet à fléau A monté sur un tourillon _a_. Un ressort B
maintient ce loquet dans la position horizontale; alors son extrémité
_c_ est engagée dans une gâchette retournée et montée sur le dormant ou
dans la feuillure. Si l'on veut que la porte reste fermée comme elle le
serait au moyen d'un pêle, on donne un tour de clef de _d_ en _g_, et
alors on a fait descendre le râteau _h_ de telle sorte qu'il appuie sur
la queue du loquet en _i_; dès lors ce loquet ne peut basculer. Si l'on
veut que le loquet reste mobile, on donne un tour de clef de _g_ en _d_.
Le râteau _h_ se relève en pivotant sur son axe _s_, et le fléau est
mobile, comme l'est le pêle d'une serrure _demi-tour_. Il suffit de
relever la queue _e_ du fléau pour que son extrémité _c_ échappe la
gâchette. Poussant le vantail, la serrure se ferme seule. Voici (fig.
28) la boîte de cette serrure à clenche. On voit en A la queue du fléau
qui, dépassant la boîte ou bosse de la serrure, permet de faire échapper
le pêle _a_ de la gâchette _b_ que nous avons figurée au-dessous de sa
place pour faire voir l'extrémité du fléau. La bosse de la serrure étant
posée en dedans de la pièce, il y a en dehors une bascule B' (B' en
profil), qui permet de relever la queue du fléau lorsque le tour de clef
ne l'a pas rendu immobile dans sa gâchette. En D, est tracée la platine
sur laquelle est montée la bascule B. Comme dans les exemples
précédents, les ornements qui garnissent la bosse reçoivent les rivures
des pièces intérieures et leur donnent plus de force que si elles
étaient faites simplement sur le fond de la boîte. Les bords de celle-ci
sont encore garnis de filets saillants dentelés au burin, qui lui
donnent une grande résistance.
Ces ouvrages de serrurerie ne sortent pas de l'ordinaire, et nous les
choisissons exprès parmi les exemples de fabrication commune. Nos musées
renferment encore bon nombre de serrures du XVe siècle qui sont d'une
richesse de composition et d'une perfection d'exécution bien supérieures
à ces derniers exemples. Mais nous ne devons envisager l'art de la
serrurerie qu'au point de vue de son application à l'architecture, et,
par conséquent, ne pas chercher à reproduire des oeuvres exceptionnelles
réservées pour des meubles de luxe. Il s'agit de faire ressortir les
procédés de fabrication employés par les serruriers pendant le moyen
âge, et de donner l'idée des formes qu'ils avaient su donner à la
matière employée.