L'art de souder le fer au marteau arrivait déjà, au commencement du XIIe

siècle, à une grande perfection. Les exemples abondent, et nous n'avons

que l'embarras du choix. Quand il s'agit seulement de souder à une

branche principale des rameaux secondaires, la besogne n'est pas

très-difficile pour un forgeron habile; mais si l'on prétend réunir des

rinceaux à un centre, composer des sortes d'entrelacs, le travail exige

une grande pratique et une main aussi leste qu'habile. Ces fausses

pentures, par exemple, provenant de la porte de l'église de

Neuvy-Saint-Sépulcre (fig. 4) présentent un travail de forge d'une

difficulté réelle. Pour obtenir les soudures A et B, surtout celles A,

l'ouvrier, s'il n'est très-adroit, risque fort de brûler son fer, car il

lui faut remettre la pièce au feu plusieurs fois, et cela sur un seul

point. Il commence par forger et souder une pièce C à laquelle il soude

les huit branches l'une après l'autre; or, la branche _a_ étant soudée,

s'il veut souder celle _b_, il faut que son feu et son soufflet soient

dirigés seulement sur le bout _b_, sans chauffer au rouge la pièce _a_.

Pour les soudures B, les deux branches E, G, étant forgées, on les

chauffait toutes deux en _g_, puis on les battait pour les souder

ensemble sur une doublure _h_ (voyez cette doublure ornée _h_, préparée

avant la soudure). Nous verrons tout à l'heure avec quelle adresse les

forgerons arrivèrent, à la fin du XIIe siècle, à façonner des pièces

bien autrement compliquées. Les extrémités des branches sont enroulées,

ainsi que le montre le tracé H, de manière à laisser un oeil pour passer

la tige du clou à tête carrée _p_.

Mais ces sortes de pentures étaient assez riches d'ornementation déjà,

et exigeaient un grand nombre de soudures, car tous ces bouquets

devaient être forgés à part et soudés aux tiges principales. On

employait souvent un procédé plus simple, et qui cependant permettait

une ornementation assez brillante. Ce procédé consistait à détacher

certaines parties d'une bande de fer à chaud, et à leur donner un galbe

particulier. Ainsi (fig. 5) soit une bande de fer plat A: on fendait à

chaud, le long de ses rives, des languettes de fer _a_; on courbait à

chaud cette bande de fer sur son champ, ainsi que l'indique le tracé B,

puis on galbait chacune des brindilles refendues, en volutes _a'_.

L'oeil de chacune de ces volutes était destiné à laisser passer une tige

de clou _c_ dont la tête pressait les bords du fer (voyez en _b_). On

soudait alors la branche courbe, en D, à la bande droite de la penture.

Cet exemple provient d'une porte de l'église de Blazincourt (Gironde),

et date du XIIe siècle. Les bouts E des branches courbes se terminent en

façon de têtes, ainsi que l'indique le profil F. Pour obtenir ce

renfort, le fer a été refoulé, puis fendu et façonné au marteau, avant

de courber la branche et ses volutes.

Voici en G une autre penture forgée d'après le même principe et

provenant de l'église de Saint-Saturnin, de Moulis (Gironde)[149]. On

voit en _g_ comment le forgeron a refendu et préparé la bande droite de

la penture pour obtenir les petites volutes _h_. Rien n'était plus

simple que ce genre de travail, qui n'exigeait d'autres soudures que

celles des deux branches courbes avec la tige droite. Ces volutes

étaient naturellement les attaches des clous, et évitaient les trous

dans les bandes ou branches, trous dont multiplicité affame le fer et

provoque souvent des brisures. Les portes de l'église de Saint-Martin, à

Angers, sont garnies encore de fausses pentures qui, comme travail de

forge et de soudure, sont une oeuvre assez remarquable. La figure 6

donne l'une de ces fausses pentures. Il n'est pas fort aisé de souder le

cercle milieu avec les quatre branches de la croix. Ces bandes ont été

battues à chaud l'une sur l'autre, puis découpées à l'étampe et au

burin. En A est la section faite sur _ab_, et en B le détail d'une des

feuilles extrêmes C. Quand il s'agit de souder ainsi deux pièces de fer

croisées ou rapportées l'une sur l'autre, on fait chauffer au rouge

cerise la pièce du dessous et au rouge blanc la pièce du dessus, puis on

martèle à petits coups d'abord, et à coups plus forts à mesure que le

fer refroidit. Si les deux pièces étaient chauffées au rouge blanc, on

risquerait, au premier coup de marteau, de ne plus rien trouver sur

l'enclume. C'était par les différents degrés de chauffage que les

forgerons pouvaient arriver à souder un grand nombre de pièces, comme

nous le verrons tout à l'heure.

Les fausses pentures de Saint-Martin, à Angers, datent du XIIe siècle,

et présentent, pour l'époque, cette particularité curieuse des

évidements ménagés dans les bandes et découpés après la soudure des

pièces. Le battage des deux fers superposés, du cercle et des deux

branches de la croix, donnait après l'opération la forme D,--cette forme

D étant la réunion E,--car la double épaisseur du fer, sous le marteau,

s'était étendue en remplissant les angles. Ces angles étaient élégis au

burin, sans le secours de la lime, qui n'était pas employée à cette

époque. Il était plus rationnel de donner cependant plus d'épaisseur ou

de largeur aux parties soudées, et de profiter ainsi du procédé pour

contribuer à l'ornementation. C'est dans cet esprit que sont fabriquées

les jolies pentures du XIIe siècle attachées à la porte méridionale de

l'ancienne cathédrale de Schlestadt, et dont nous donnons le dessin

figure 7. Le collet A est soudé aux deux branches C au moyen d'un

renfort, ainsi qu'on le voit sur le profil en B. La tige elle-même

possède un renfort D sous lequel est soudée l'embase G de la bande

principale, cette embase étant élargie pour faciliter l'opération de

soudure. Le renfort D a été élégi au burin après le martelage. Les

branches extrêmes E sont soudées sur l'extrémité F, également élargie,

de la bande droite. Ainsi le fer refoulé latéralement par le martelage à

chaud a été utilisé dans l'ornementation. En H, est tracée à une plus

grande échelle la tête du boulon passant à travers le renfort du collet;

cette tête de boulon possède deux rondelles étampées. En I, est tracée

la section de la bande faite sur _ab_. On remarquera les coups de burin

donnés sur les soudures et formant gravure. Ces coups de burin frappés

au moment où le fer se refroidit et n'est plus que rouge sombre,

raffermissent encore les soudures et dissimulent les inégalités

produites par le martelage sur une surface plane. On voit également des

coups de burin en _g_, aux extrémités des soudures longitudinales des

branches.

Les exemples que nous avons donnés ne montrent que des pentures forgées

simples, c'est-à-dire composées d'une simple épaisseur de fer plus ou

moins travaillé. Mais les serruriers, lorsqu'ils façonnaient des

pentures d'une grande dimension, étaient obligés de donner à la bande

principale une très-forte épaisseur près du collet, ce qui rendait les

soudures des branches difficiles et les pentures très-lourdes; ou de

renforcer ces bandes par des doublures, des nerfs, qui, sans augmenter

beaucoup leur poids, ajoutaient singulièrement à leur force. Ces

doublures, ces nerfs, n'étaient soudés au corps principal que de

distance en distance, au moyen d'embrasses, de telle sorte que ces

bandes superposées conservaient une grande élasticité et une roideur

extraordinaire.

En effet, si sur une bande de fer d'un centimètre d'épaisseur (fig. 8),

nous soudons une doublure seulement au moyen des deux embrasses A et B,

en laissant d'ailleurs ces deux fers libres, ainsi que le montre la

section C, nous obtenons une tige plus roide et moins sujette à être

brisée que si la doublure était réunie à la bande dans toute sa

longueur. Si même (fig. 9) nous formons la bande principale au moyen de

plusieurs tiges juxtaposées et soudées seulement par des embrasses, nous

obtiendrons également une résistance plus grande et nous aurons moins à

craindre les brisures. En supposant donc la bande principale D formée de

trois tiges E, F, G (voyez la section H) soudées par les embrasses I, K,

cette bande aura autant de roide qu'une barre pleine, sera moins sujette

à se briser et sera plus légère.

Les forgerons adoptent ces méthodes dès la fin du XIIIe siècle, et nous

en avons un exemple bien remarquable dans la fabrication des belles

pentures des deux portes latérales de la façade occidentale de

Notre-Dame de Paris, qui datent de cette époque. Ces pentures sont

forgées, en grande partie, au moyen de faisceaux de tiges, tant pour les

bandes que pour les branches, faisceaux quelquefois soudés dans toute

leur longueur, quelquefois sur certains points, mais toujours solidement

réunis au moyen d'embrasses riches, renforcées par des appendices qui

ajoutent à la solidité de l'oeuvre aussi bien qu'à son ornementation.

Inutile de répéter ici les opinions singulières qui ont été émises sur

la fabrication de ces pentures, pendant le dernier siècle et de nos

jours encore. Les uns ont prétendu qu'elles étaient fondues, d'autres

qu'elles étaient en partie évidées à la lime, plusieurs qu'elles étaient

composées de brindilles de fonte soudées par un procédé inconnu. Disons

tout de suite que les serruriers forgerons ne se sont jamais mépris sur

le mode de fabrication de ces ferrures; mais dans les questions de cette

nature, on préfère souvent écrire des pages entières dans son cabinet à

consulter le premier praticien venu.

Réaumur, cependant, avait indiqué le véritable mode employé pour forger

les pentures de Notre-Dame de Paris... «Quoi qu'on en dise», écrit-il

dans la note insérée dans l'_Encyclopédie_, «le corps des pentures et

les ornements sont de _fer forgé_ et faits, comme on les ferait

aujourd'hui, de divers morceaux soudés tantôt les uns sur les autres,

tantôt les uns au bout des autres; ce qu'il y a de mieux n'est pas même

la façon dont ils l'ont été, les endroits où il y a eu des pièces

rapportées sont assez visibles à qui l'examine avec attention: on n'a

pas pris assez de soin de les réparer, quoique cela fût aisé à faire.»

En effet, les soudures se voient sur bien des points et n'ont pas été

réparées au burin ou à la lime, elles n'en sont pas moins

très-habilement faites; mais peut-être Réaumur a-t-il voulu parler de

certaines pièces rapportées au XVe siècle pour réparer des dommages, et

simplement clouées à côté des fragments anciens?... «Quoi qu'il en

soit», ajoute-t-il, «ces pentures sont certainement un ouvrage qui a

demandé un temps très-considérable et qui a été difficile à exécuter. Il

n'est pas aisé de concevoir comment on a pu souder ensemble toutes les

pièces dont elles sont composées: il y a cependant apparence que toutes

celles d'une penture l'ont été avant qu'elle ait été appliquée sur la

porte, car on aurait brûlé le bois en chauffant les deux pièces qui

devaient être réunies.» (Il faut avouer que cette dernière observation

ne manque pas de naïveté.) «...On n'a pas mis non plus une pareille

masse à une forge ordinaire; il paraît nécessaire que dans cette

circonstance la forge vint chercher l'ouvrage... On s'est apparemment

servi de soufflets portatifs, comme on s'en sert encore aujourd'hui en

divers cas; on a eu soin de rapporter (souder) des cordons, des liens,

des fleurons, etc., dans tous les endroits où de petites tiges et des

branches menues se réunissaient à une tige ou branche plus considérable.

«Les pièces rapportées (soudées par dessus) cachent les endroits où les

autres ont été soudées (bout à bout): c'est ce qu'on peut observer en

plusieurs endroits où les cordons ou fleurons ont été emportés; ces

cordons et fleurons avaient sans doute été rapportés et réparés après

avoir été soudés...» Bien que cette appréciation de l'oeuvre de

ferronnerie qui nous occupe ici soit assez exacte, cependant Réaumur

n'avait point évidemment consulté un forgeron. Ces pièces qu'il indique

comme rapportées sont soudées, et n'ont pas été étampées après la

soudure, mais avant; leurs embrasses ont été retouchées parfois au

burin, mais à chaud.

Du reste, examinons ces pentures en laissant de côté ces appréciations

plus ou moins rapprochées de la vérité; comme nous en avons fait

fabriquer d'absolument pareilles[150], nous pouvons en parler avec une

connaissance exacte des moyens employés ou à employer.

Naturellement, la première opération consiste à dessiner un carton de la

penture qu'on prétend faire forger, grandeur d'exécution; carton qui

sert de patron pour forger et étamper d'abord toutes les brindilles et

tiges développées; après quoi on soude les brindilles ensemble, suivant

le dessin, pour en former les bouquets; puis on soude ces bouquets ou

groupes de feuilles aux tiges, puis on soude les tiges à la bande

principale, puis on donne aux tiges la courbe voulue. Autant pour

masquer que pour consolider les soudures, on rapporte à chaud, et l'on

soude par conséquent, d'autres feuilles ou des embrasses, bagues,

embases et ornements sur le plat de ces soudures premières.

Nous ne pourrions donner, dans cet ouvrage, l'ensemble des pentures de

Notre-Dame de Paris; d'ailleurs ces ensembles ont été publiés en entier

dans la _Statistique monumentale de Paris_ d'après de très-bons dessins

de M. Boeswilwald, et en partie dans l'ouvrage de M. Gailhabaud. Ce

n'est pas là ce qui importe pour nous, mais bien les détails de la

fabrication. C'est donc sur ce point que nous insisterons.

Les bandes de ces pentures n'ont pas moins de 0m,16 à 0m,18 de largeur

au collet, sur une épaisseur de 0m,02 environ, et elles sont composées,

comme nous l'avons dit ci-dessus, de plusieurs bandes réunies et soudées

de distance en distance au moyen d'embrasses qui ajoutent une grande

force à l'ouvrage et qui recouvrent les soudures des branches

recourbées. Pour faciliter l'intelligence du travail de forge, nous

procéderons du simple au composé.

Le carton tracé, dont nous donnons (fig. 10) un fragment, un bouquet,

terminaison d'un enroulement, le forgeron a commencé par forger

séparément chacune des brindilles: celle A, par exemple, ainsi que

l'indique le détail _a_, celle B, ainsi que l'indique le détail _b_;

celle C, ainsi que l'indique le détail _c_, etc. Il a eu soin de laisser

à la queue de chacune de ces brindilles un talon de fer _t_ qui a permis

de chauffer au rouge blanc ces renforts et de les souder par le

martelage. Il a donc obtenu à la base du bouquet, les brindilles étant

soudées, une surface plate dont il a coupé les bords au burin, quand le

fer était encore rouge. La queue de ce bouquet a été remise au feu,

ainsi que l'extrémité D de la branche, puis le bouquet a été soudé à la

branche. Pour masquer cette surface battue DG, une première brindille

avec feuille E a été soudée, ainsi qu'on le voit en E'; puis par-dessus,

l'embrasse H, portant les feuilles K, a été soudée à son tour. Cette

embrasse, mise au feu, n'était qu'un talon de fer épais; c'est au moyen

d'une étampe que le forgeron lui a donné sa forme régulière et l'a

soudée. Puis au burin il a nettoyé les bords et les bavures sur la

branche. Il faut dire que ces dernières pièces avaient dû être chauffées

au rouge blanc, tandis que le plat DG, destiné à les recevoir, n'était

chauffé qu'au rouge. Le dessous offrait ainsi une consistance assez

grande pour ne pas être déformé par le martelage sur la queue de la

foliole E, et par les coups violents donnés sur l'embrasse par le

marteau sur l'étampe.

Mais peut-être quelques-uns de nos lecteurs ne savent pas ce que nous

entendons par _étampe_. C'est une matrice de fer trempé, un coin auquel

on a donné en creux la forme de l'objet à étamper. Ainsi, toutes les

folioles, les boutons de ce bouquet, ont été obtenus au moyen d'étampes.

Le forgeron a façonné au marteau la tigette L, par exemple, à

l'extrémité de laquelle il a laissé une masse de fer un peu aplatie.

Cette masse, mise au feu, a été apposée sur l'étampe ayant la forme _b_,

en creux, puis elle a été fortement frappée d'un ou plusieurs coups de

marteau, suivant la saillie des reliefs à obtenir ou l'étendue de

l'ornement. Le fer ainsi s'est trouvé moulé, et les bords de l'ornement

ont été enlevés facilement. L'habileté du forgeron consiste à faire

chauffer le fer à étamper au degré convenable. Trop chaud, il s'échappe

sous le coup du marteau, et celui-ci, rencontrant la matrice, peut la

briser; pas assez chaud, on frapperait vainement sur le fer pour obtenir

un bon moulage, et alors la brindille est à recommencer, car le fer,

déjà aplati, remis au feu et soumis une seconde fois au coup du marteau,

ne pourrait pas remplir les creux de la matrice et ne donnerait qu'une

épreuve indécise.

On concevra qu'il est plus aisé de façonner, de souder un bouquet de ce

genre, que de réunir des branches qui déjà sont chargées de bouquets, de

brindilles et de folioles contre-soudées sur ces branches. Le forgeron

des pentures de Notre-Dame de Paris a commencé par façonner à part

chacune des brindilles entrant dans la composition générale; il a groupé

ces brindilles en bouquets, il a soudé ces bouquets aux branches

secondaires; puis il a soudé ces branches secondaires ainsi chargées,

sinon contournées suivant leur galbe définitif, aux branches

principales, puis celles-ci à la bande principale, qui est le corps de

la penture, comme le tronc est le corps de l'arbre. Ces dernières

opérations sont de beaucoup les plus difficiles, tant à cause de la

précision qu'elles exigent pour donner à ces branches la longueur

convenable en les soudant, que par le poids de ces pièces qu'il faut

manier rapidement, et par le degré de chaleur qu'il convient de donner à

chaque partie à souder.

Voici (fig. 11) un autre fragment des pentures de la porte

Sainte-Anne[151], qui présente la réunion des deux branches secondaires,

celles A et B, et des brindilles _a,b,c,d_, à une branche principale C.

Comme la branche D est la continuation de la branche principale C, ces

trois branches A,B,D, ont été d'abord soudées ensemble en E, avec un

prolongement EG finissant en ciseau. Sur ce plat de la soudure E a été

soudé d'abord le groupe de feuilles H, puis la grosse branche C terminée

par l'embase K et sa foliole, mais cette foliole a été étampée, ainsi

que l'embase K, sur le fer de dessous E chauffé au rouge; la branche C

elle-même a été soudée sur le prolongement EG et étampée en nervures, à

chaud, après le premier martelage. Sur le corps des branches, quand on

superpose des folioles, ainsi que le montrent les détails M, le point de

soudure de ces folioles donne un renfort que le forgeron dispose à

l'étampe en rosette, comme on le voit en O, ou en façon d'embase, comme

on le voit en P. La difficulté est aussi d'obtenir, dans ces réunions de

branches, des courbes qui se suivent régulièrement sans jarreter. Pour

cela, l'ouvrier a tracé son carton sur une pierre ou une plaque de

plâtre, et il rapporte, après chaque soudure, sa penture sur ce patron,

pour être bien certain qu'il conserve exactement les courbes, les

longueurs, les distances de chacune des parties.

Si nous décrivons maintenant les procédés employés pour la façon de la

bande ou du corps principal de la penture, nous aurons rendu compte,

autant qu'il est nécessaire de le faire, de la fabrication des grandes

pentures de Notre-Dame de Paris. Cette dernière pièce est la plus

difficile à forger, surtout auprès du collet. La bande n'est pas faite

d'une seule pièce de fer, mais d'un très-grand nombre de pièces soudées

côte à côte et bout à bout.

Si nous prenons l'une de ces pentures, celle basse, au vantail de la

porte Sainte-Anne que chacun peut examiner de très-près, nous verrons

que cette penture se compose de cinq pièces principales (fig. 12): 1º le

collet A; 2º le premier membre B; 3º le second membre C; 4º le troisième

membre D; 5º le bouquet E. Chacun de ces membres a été assemblé

séparément avec ses branches principales, ses branches secondaires, ses

brindilles. De plus, la bande ou le corps de la penture se compose, pour

le collet, de quatre barres; pour le premier membre, de trois barres;

pour le second membre, de même; et pour le quatrième membre, de trois

barres aussi, mais plus minces. Ces barres, parallèles et jointives, ne

sont soudées entre elles qu'à leurs extrémités, en _a, b, c_, _d_, etc.

Ces soudures se terminaient en palettes quelque peu amincies aux

extrémités, en façon de ciseau. Lorsqu'il a fallu réunir ces cinq

parties en une seule, les extrémités _g, h_, préparées, ont été

chauffées et soudées, puis la soudure renforcée par une embrassure

soudée. Les extrémités _e, d_, de même, et ainsi de suite jusqu'au

collet.

Analysons donc cette dernière opération, la plus difficile et la plus

pénible de toutes, à cause du poids considérable de la pièce, de

l'étendue de la soudure et de son importance, puisque de la perfection

de l'ouvrage résulte toute la force de la penture.

La figure 13 représente la soudure du collet A avec le premier membre B.

Cette soudure faite (voyez le profil P), les brindilles C et D ont été

soudées par dessus; puis l'embrassure E, qui portait déjà, avant

l'application, les cinq folioles F et ses deux tigettes G. L'embrassure

soudée sur la face et en retour, le profil H a été étampé et nettoyé au

burin; de même sur la face et sur les côtés. On voit en I la section des

quatre barres composant le collet et réunies par la soudure en K; en L,

la section des trois barres composant la bande du premier membre, et en

M la section des branches soudées préalablement à la souche de cette

bande.

Il n'est pas nécessaire d'insister, pensons-nous, sur les difficultés

que présente ce travail pour ne pas brûler le fer, et pour lui donner

rigoureusement le degré de chaleur qu'exige une bonne soudure. Il est

évident que cette triple opération de battage à chaud, que ces

superpositions de brindilles et d'embrasses, donnent au fer une grande

résistance et assurent la solidité de la soudure première (celle des

deux morceaux de bandes), en la renforçant et en la soumettant plusieurs

fois au feu et au martelage. L'ornementation est donc ici encore la

conséquence du procédé de fabrication.

Le commencement du XIIIe siècle est l'apogée de l'art du forgeron. Les

pentures de Notre-Dame, des grilles des abbayes de Saint-Denis, de

Braisne, de Westminster; des pentures des cathédrales, de Noyon, de

Sens, de Rouen, etc., qui datent de cette époque[l52], nous montrent des

exemples de forge qui ne furent pas dépassés, ni même atteints; car nous

ne pouvons considérer comme ouvrages de forge les oeuvres en fer battu

et repoussé des XVe et XVIe siècles. C'est là un procédé de fabrication

tout autre et qui sort du domaine de l'architecture. Dès la fin du XIIIe

siècle, on cherche à éviter les difficultés de soudure, à remplacer les

fers étampés à chaud par des moyens qui demandent moins de force et

moins de temps. Les forgerons reculent devant ce travail qui exigeait,

avec des bras robustes, des soins, une grande expérience et une adresse

de mains extraordinaire. On voit encore de jolies pentures dans des

monuments du XIIIe siècle, qui, d'ailleurs, ne diffèrent pas, comme

procédé de fabrication, de celles que nous venons de présenter.

Au commencement du XIVe siècle, les pentures prennent des formes

générales plus fines, plus découpées; les fers sont plats et ne

demandent plus un travail pénible.

Voici (fig. 14) une penture de cette époque, provenant de la porte nord

de l'ancienne cathédrale de Carcassonne. Le galbe en est délicat,

cherché; les soudures, peu nombreuses, sont bien faites et n'ont pas été

renforcées et recouvertes par ces embrasses habituellement employées

jusqu'au milieu du XIIIe siècle. Cette penture date de 1320 environ.

Voici encore (fig. 15) une penture très-simple, mais bien combinée, qui

provient d'une porte de l'église Saint-Jacques de Reims, et qui date du

milieu du XIVe siècle. Le vantail de la porte est à pivots P, et les

pentures ne sont, à vrai dire, que des bandes doubles qui pincent les

traverses de la porte avec les frises, ainsi que le fait voir la section

A. Extérieurement, la face de cette fausse penture n'est décorée que par

une arête saillante et des clous fort joliment forgés. En C, sont tracés

la face et le profil d'un de ces clous principaux. En D, est donnée la

section de la penture, dont les bords n'ont que 5 millimètres, et le

milieu 8 millimètres.

On en venait, pour ces sortes d'ouvrages de serrurerie fine, du fer

soudé au fer battu, découpé à l'étampe ou au burin, puis martelé à froid

ou à une température peu élevée. L'usage qui se répandit, dès le XIVe

siècle, de fabriquer des _plates_, c'est-à-dire des pièces d'armures de

fer battu et repoussé, mit ce genre de travail en vogue, et pénétra

jusque dans la serrurerie fine de bâtiment.

Pour les pentures à cette époque, elles sont plus souvent prises dans

une pièce de fer battu et découpé qu'obtenues au moyen des soudures,

comme précédemment.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 27 / 47 段