La destruction de ce monument, si intéressant comme plan et dispositions

architectoniques, est fort regrettable. Nous devons encore nous trouver

heureux d'en avoir conservé l'étage, inférieur, et d'en pouvoir ainsi

constater la date précise, le système de structure, et d'en tracer le

plan. Son aspect extérieur, conservé par la gravure dans l'ouvrage de D.

Planchet, ne manquait ni de grandeur, ni d'originalité. Il y avait là

(fig. 5), des réminiscences de monuments antiques, et bien certainement

du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Les deux énormes cylindres contenant les

escaliers montant aux galeries supérieures, allégés extérieurement par

des niches, étaient évidemment un souvenir de quelque construction

romaine. Du temps de D. Planchet, c'est-à-dire en 1739, cet édifice des

premières années du XIe siècle était encore intact; seuls les

couronnements des deux tours d'escaliers avaient été refaits au XIIe

siècle, puis réparés à une époque plus récente. Dans notre figure, ces

couronnements sont restaurés.

L'analogie entre cet édifice et le Saint-Sépulcre de Jérusalem ne

saurait être douteuse. Le jour central, les collatéraux, jusqu'à ces

deux absidioles du premier étage, placées de chaque côté de la chapelle

extrême, accusent la volonté d'imiter le monument de la ville sainte,

vers laquelle, pendant tout le cours du XIe siècle, se rendaient de

nombreux pèlerins. Mais ce monument n'est pas le seul, en France, qui

ait été élevé avec la préoccupation d'imiter le Saint-Sépulcre.

Il existe dans le département de l'Indre (arrondissement de la Châtre)

une église qui a conservé le nom de son type original: c'est l'église de

Neuvy-Saint-Sépulcre. Cet édifice fut fondé «en 1045, par Geoffroy,

vicomte de Bourges, dans les possessions d'un seigneur de Déols, Eudes,

lequel avait fait un pèlerinage en terre sainte. Les chroniques qui

mentionnent cette fondation ont remarqué que l'église fut construite en

_imitation_ du Saint-Sépulcre de Jérusalem: _Fundata est ad formam S.

Sepulchri Ierosolimitani[146].»

L'église de Neuvy-Saint-Sépulcre est de forme circulaire, avec

collatéral et étage supérieur. Voici, figure 6, le rez-de-chaussée. La

construction, très-grossière d'ailleurs, de cette rotonde, vient se

souder gauchement avec une église plus ancienne, modifiée et presque

entièrement reconstruite vers 1170. Dans les murs _a_, _b_, des latéraux

de la nef, on retrouve les traces des arcs de cette église primitive à

l'extrémité de laquelle le vicomte Geoffroy fit élever la copie du

Saint-Sépulcre. L'entrée de l'édifice est en A. On monte à la galerie du

premier étage par l'escalier à vis B. Cette galerie laisse un vide au

centre de la rotonde, et date d'une époque postérieure aux premières

croisades (1120) environ. Il est difficile de savoir comment le

fondateur de la rotonde de Neuvy entendait terminer son monument, et il

faut reconnaître même que l'architecte qui, plus tard, éleva le premier

étage, ne sut trop comment fermer ce vaisseau circulaire. Le collatéral

du rez-de-chaussée est voûté et le mur extérieur très-épais,

non-seulement dans la hauteur de ce rez-de-chaussée, mais encore au

premier étage. Au contraire, le mur cylindrique qui porte sur les

colonnes du premier étage est mince. Cette structure rappelle celle de

la rotonde de Saint-Bénigne. Tout porterait donc à croire que

l'architecte de l'église de Neuvy-Saint-Sépulcre avait eu l'intention de

maintenir ce cylindre central au moyen d'un demi-berceau annulaire

reposant sur le gros mur circulaire extérieur. La coupe de cet édifice,

faite sur la ligne _cd_ (fig. 7), expliquera cette disposition. Le tracé

ponctué indique le projet primitif, tel qu'il nous paraît avoir été

conçu. En A, est la voûte en demi-berceau, dont l'épaisseur du mur

extérieur aurait motivé la construction; en B, le cône tronqué élevé en

charpente ou même en maçonnerie sur le cylindre intérieur, conformément

à la disposition adoptée pour la couverture du Saint-Sépulcre de

Jérusalem. Dans ce cas, un jour central était réservé en C, à ciel

ouvert. Quoi qu'il en soit, ce projet ne fut jamais achevé, soit par

faute de ressources, soit par la difficulté d'élever un cône ou une

voûte sur le mince tambour percé de fenêtres qui surmonte les colonnes

de la galerie du premier étage.

L'église de Neuvy-Saint-Sépulcre était en grande vénération pendant les

XIe, XIIe et XIIIe siècles, car, en 1257, «le cardinal Eudes de

Châteauroux, évêque de Tusculum, envoya de Viterbe, au chapitre de

Neuvy, un fragment du tombeau de Jésus-Christ et quelques gouttes de son

sang. On plaça ces reliques au centre de la rotonde, dans une sorte de

grotte, à l'imitation du tombeau du Sauveur à Jérusalem. Cette grotte

existait encore en 1806, époque à laquelle un curé de Neuvy la détruisit

parce qu'elle masquait l'autel au fond de la nef.

La coupe (fig. 7) donne une idée complète de ce curieux monument. Il est

facile, en l'examinant, de reconnaître que la construction du XIe siècle

s'arrête au niveau D. Tous les arcs de l'étage inférieur sont plein

cintre, tandis que ceux de l'étage supérieur sont en tiers-point.

En E, à l'extérieur, est une arcature d'un travail assez délicat, et

toute la construction, à partir du niveau D, est beaucoup mieux traitée.

Des corbeaux ménagés en F étaient destinés peut-être à recevoir les

cintres en charpente propres à maçonner la voûte en demi-berceau A, ou à

poser les liens d'une couverture de charpente, en supposant que le

projet des voûtes supérieures de la galerie ait été abandonné au XIIe

siècle. Il y a quelques années, une toiture informe recouvrait cette

rotonde et menaçait ruine. Voulant conserver ce précieux monument, la

Commission des monuments historiques décida qu'une charpente en

terrasse, couverte de plomb, serait posée sur la galerie, et qu'une

voûte de poterie, également recouverte de plomb, couronnerait le

cylindre intérieur, ainsi que l'indique notre figure.

La grotte qui avait été placée au centre de la rotonde n'était pas le

seul exemple de cette réminiscence du Saint-Sépulcre qui existât en

Occident. On voit encore aujourd'hui, dans la salle capitulaire du

cloître dépendant de la cathédrale de Constance, un édicule qui

autrefois était placé dans cette cathédrale même, et qui était destiné à

rappeler le saint sépulcre placé au centre de la rotonde de Jérusalem.

Cet édicule, de forme circulaire, est décoré d'arcatures à jour avec

colonnettes. À l'extérieur, au pourtour, sont posées, contre les

pieds-droits, des statues demi-nature d'un bon travail, représentant

l'annonciation, la naissance du Christ, l'adoration des bergers et des

mages; au-dessus, les douze apôtres. À l'intérieur (car on peut pénétrer

dans cette rotonde, qui a 2 mètres de diamètre), sont d'autres statues

représentant un ange; les trois saintes femmes venant visiter le tombeau

du Christ, tenant des cassolettes dans leurs mains; deux groupes de

soldats endormis, et un homme habillé en docteur, ayant devant lui une

table sur laquelle sont posés des vases; il remue quelque chose dans

l'un d'eux. Près de ce personnage est une femme qui le montre du doigt à

deux autres femmes tenant des vases fermés. Ce curieux monument est de

style italien, et date du XIIIe siècle.

Les rotondes que nous venons de décrire ne sont pas les seules qui, du

XIe au XIIe siècle, aient été construites en France, à l'imitation de

celle du Saint-Sépulcre. Il faut citer encore la rotonde de Lanleff

(Côtes-du-Nord), dans laquelle on a voulu voir longtemps un _temple

païen_. Ce monument, détruit en partie, consiste en un cercle de piliers

intérieurs au nombre de douze. Ces piliers, à section

parallélogrammatique, sont flanqués chacun de quatre colonnes engagées

portant des archivoltes et des arcs-doubleaux. Un mur circulaire avec

trois absides[147], comme au Saint-Sépulcre, entoure ces douze piliers,

et reçoit les retombées des voûtes d'arêtes couvrant le collatéral sur

douze colonnes engagées. D'autres colonnes intermédiaires, d'un diamètre

plus faible, divisent le mur circulaire en travées percées chacune d'une

très-petite fenêtre. La porte est ouverte au nord-ouest, tandis que

l'abside centrale est orientée à l'est. Cet édifice, du travail le plus

grossier, paraît remonter au XIe siècle.

À Rieux-Minervois, près de Carcassonne (Aude), est un monument

circulaire avec cercle de colonnes intérieures et absidioles, dont la

construction remonte à la fin du XIe siècle: c'est encore là évidemment

une imitation du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Les édifices circulaires,

connus sous le nom de chapelles des templiers, telles que celles qui

existent sur quelques points de la France, à Metz, à Laon notamment,

sont des réminiscences du Saint-Sépulcre. Mais l'ordre des Templiers,

spécialement affecté à la défense et à la conservation des lieux saints,

élevait dans chaque commanderie une chapelle qui devait être la

représentation de la rotonde de Jérusalem. Le Temple, à Paris, possédait

sa chapelle circulaire (voy. TEMPLE).

* * * * *

SERRURERIE, s. f. Les Romains étaient experts dans l'art de la

serrurerie, si l'on en juge par quelques fragments qui nous sont restés.

Ils employaient le fer dans les bâtisses, non point comme nous le

faisons aujourd'hui, mais comme agrafes, crampons, goujons,

chevillettes, boulons à clavettes, queues-de-carpe, équerres, étriers,

etc. Dans les Gaules, dès l'époque romaine, certaines provinces étaient

célèbres par leurs produits en fer ouvré, notamment les provinces du

Nord et de l'Est, le Berry, le Dauphiné. Comme toutes les grandes

industries, celle de la fabrication des ouvrages de fer dut souffrir des

invasions pendant les Ve et VIe siècles, bien que la plupart des

nouveaux conquérants ne fussent point étrangers au façonnage des métaux;

mais ces nouveaux venus n'employaient guère ces matières que pour des

ustensiles, des armes, des chariots. Quant à l'art de la construction,

il était tombé si bas, qu'à peine songeait-on à y employer le fer

autrement que pour ferrer grossièrement des huis et façonner des

grilles. Les établissements monastiques reprirent en main cette

industrie perdue; ils se mirent à exploiter des mines abandonnées, à

établir des fourneaux, des forges, et bientôt ils purent atteindre une

perfection relative, ou tout au moins remettre en circulation une

quantité considérable de fers façonnés au marteau. Peu à peu l'art de la

serrurerie, pour lequel certains peuples de la Gaule avaient une

aptitude particulière, reprit une grande importance, et dès le

commencement du XIIe siècle l'industrie des fers forgés était poussée

assez loin. Les moyens de fabrication étaient faibles cependant: on ne

possédait ni cylindres, ni laminoirs, ni filières; on ignorait la

puissance de ce moteur, la vapeur, qui permet d'ouvrer le fer en grandes

pièces. Un martinet mû par un cours d'eau composait tout le matériel

d'une usine. Le fer, obtenu en lopins forgés d'un poids médiocre, était

donné aux forgerons qui, à force de bras, convertissaient ces lopins en

barres, en fer battu, en pièces plus ou moins menues. Alors la lime

n'était point inventée, les cisailles n'existaient pas ou ne pouvaient

avoir qu'une force minime. Cette pénurie de moyens était une condition

pour que la fabrication au marteau atteignît une certaine perfection.

Les forgerons du moyen âge avaient en outre acquis une grande habileté

lorsqu'il s'agissait d'obtenir des soudures à chaud, que nous ne faisons

que bien difficilement aujourd'hui. Il est vrai que les premiers

procédés pour réduire le fer en barres étaient si nombreux, qu'ils

donnaient au métal une qualité que ne sauraient atteindre nos moyens

modernes. Nos fers passent de l'état de lopins de fonte à peine corroyée

au martinet, à l'état de barres par le laminage au cylindre, sans

opération intermédiaire, tandis qu'autrefois le fer n'arrivait que peu à

peu, et par un corroyage répété, de l'état de lopin à celui de barreau

ou de plaque. Ce fer, sans cesse battu, acquérait une ténacité et en

même temps une souplesse qu'il ne saurait avoir par les moyens employés

aujourd'hui; plus serré par le battage, plus concret, plus ductile,

moins criblé de parties de fonte, il ne se brûlait pas si facilement au

feu, et se soudait plus aisément au rouge blanc, sans pour cela devenir

cassant. Mais ces qualités du fer corroyé à bras d'homme reconnues, il

n'en faut pas moins signaler l'adresse rare avec laquelle les forgerons

du moyen âge savaient souder les pièces compliquées qui demandaient un

grand nombre de passages au feu, sans les brûler. Ils employaient

d'ailleurs le charbon de bois, soit pour obtenir la fonte, soit pour

convertir les gueuses en lopins et en fer battu: le charbon de bois

laisse au fer des qualités de souplesse et de ductilité que lui retire

en partie la houille. Il en est de la fabrication du fer appliquée aux

travaux d'art comme de beaucoup d'autres; ce que l'on gagne du côté de

l'industrie, de la rapidité, de la puissance et de l'économie des

moyens, on le perd du côté de l'art. En perfectionnant les procédés

mécaniques, l'homme néglige peu à peu cet outil supérieur à tout autre

qu'on appelle la main. Cependant on éprouvait des difficultés

insurmontables lorsqu'il s'agissait de façonner de grandes pièces de

forge à l'aide des bras, et la grande serrurerie de bâtiment ne commence

à naître qu'au moment où les puissances de la mécanique purent être

sérieusement employées. Ainsi, le mettait-on en oeuvre dans les

édifices, soit pour des chaînages, soit pour des armatures, que des

pièces de forge dont le poids n'excédait pas 200 kilogrammes, dont la

plus grande longueur ne dépassait pas quatre mètres, et encore les

pièces de cette force sont-elles fort rares avant le XVIIIe siècle. Nous

avons fait voir ailleurs comment les chaînages étaient combinés pendant

les XIIe, XIIIe, XIVe et XVe siècles (voyez CHAÎNAGE) dans les grandes

constructions. Ils consistaient en une suite de crampons agrafés les uns

aux autres ou scellés dans la pierre. Pour les charpentes de fer, il

n'en était pas question, bien entendu; et même dans les charpentes de

bois, le fer n'était pas employé (voyez CHARPENTE). À dater du XIIIe

siècle, le fer, cependant, remplit un rôle très-important dans les

constructions comme tirants, crampons, armatures de baies, mais toujours

en petites parties. Les noeuds, les renflements des crampons, des

_traits de Jupiter_, les oeils et leurs goujons souvent répétés,

formaient, dans les maçonneries, des poches de fer volumineuses qui, en

s'oxydant, faisaient éclater les pierres et causaient de graves

désordres. On tentait bien d'éviter le danger de l'oxydation par des

scellements en plomb, mais ce moyen était insuffisant, et bon nombre de

monuments doivent en partie leur état de ruine à ces masses de fer

enfermées entre les assises et cramponnées dans leurs lits. La grande

serrurerie restait, par l'insuffisance des moyens mécaniques, à l'état

barbare, tandis que la serrurerie fine s'élevait au contraire à la

hauteur d'un art très-parfait dans sa forme et dans ses moyens

d'exécution. Dans un même édifice dont la grosse serrurerie accuse les

procédés de fabrication les plus naïfs, vous trouvez, comme à Notre-Dame

de Paris, des pentures de portes dont la merveilleuse exécution est un

sujet d'étonnement pour les gens du métier. Pour ces forgerons des XIIe

et XIIIe siècles, le fer semblait être une matière molle et facile à

souder comme l'est la cire ou le plomb, et c'est à grand'peine si

quelques très-rares ouvriers de nos jours parviennent à façonner des

pièces de cette nature, qui alors étaient fort communes.

Dans les règlements d'Étienne Boileau, il n'est pas question du corps

d'état des serruriers façonnant la grosse serrurerie de bâtiment, mais

seulement des _greifiers_, faiseurs de fermetures de portes (pentures),

des _grossiers_ (taillandiers) et des serruriers, fabricants de

serrures. Ces ouvriers pouvaient prendre autant d'apprentis qu'il leur

plaisait, et avaient permission de travailler de nuit, les serruriers

exceptés, à cause de la perfection qu'exigeait ce genre d'ouvrage.

Les pentures étaient un genre de serrurerie fort prisé pendant le moyen

âge et qui exigeait un apprentissage spécial. Nous nous occuperons donc

d'abord de cette partie de la serrurerie fine de bâtiment.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Note 136: Voyez les _Églises de la terre sainte_, par le

comte Melchior de Vogüé (V. Didron, 1850). Cet ouvrage donne

du Saint-Sépulcre une excellente histoire critique.]

[Note 137: _The architectural History of the church of

the holy Sepulcre at Jerusalem_. London. Parker, 1849.]

[Note 138: Entre autres, celui de Guillaume de Tyr, qui

décrit au livre VIII, chapitre 3 de son _Histoire des

croisades_, l'église de la Résurrection telle qu'elle était

avant l'arrivée des croisés devant Jérusalem.]

[Note 139: _Trattato delle piante è imagini de sacri

edifizi di terra santa_. Firenze, 1620.]

[Note 140: Cette toiture conique tronquée subsistait

encore avant l'incendie de 1808.]

[Note 141: En 1418. Ce voyage a été publié par M. le

marquis de la Grange (Paris, Aubry, 1858).]

[Note 142: Aujourd'hui le sol de la cour de l'évêché,

dans laquelle on voit la partie inférieure de la rotonde, est

au niveau du dessus des voûtes de cet étage bas, c'est-à-dire

au niveau du sol de l'ancienne galerie du premier étage.]

[Note 143: Cette coupe est établie sur les restes de la

partie inférieure du monument et sur les gravures de D.

Planchet (_Dissertation sur l'histoire de Bourgogne_, t. I,

1739).]

[Note 144: Dans la crypte conservée aujourd'hui, on

reconnaît en effet que les maçonneries de ces absidioles

dépendent d'une structure plus ancienne, bien que des

colonnes aient été ajoutées là comme dans le reste de la

rotonde, par l'abbé Guillaume, au XIe siècle.]

[Note 145: Ces absidioles sont une réminiscence de la

disposition du Saint-Sépulcre de Jérusalem.]

[Note 146: Voyez la notice sur l'église de

Neuvy-Saint-Sépulcre dans les _Archives des monuments

historiques_.]

[Note 147: Une seule de ces absides subsiste encore.]

* * * * *

PENTURES. On désigne ainsi des bandes de fer clouées et boulonnées aux

vantaux des portes, munies d'un oeil entrant dans un gond, destinées à

suspendre ces vantaux et à permettre de les faire pivoter facilement sur

ces gonds.

Jousse[l48], dans son traité de la _serrurerie_, si précieux aujourd'hui

en ce qu'il nous retrace une partie des procédés employés par les

ouvriers du moyen âge, s'exprime ainsi à propos des pentures: «Ce sont

des barres de fer plat, qu'il faut percer tout au long, pour les

attacher contre la porte avec des clous rivez, ou bien avec un crampon

qui passe par-dessus le collet de la bande, lequel crampon passe au

travers de la porte et est rivé par l'autre costé sur le bois. Le bout

de la dite bande se replie en rond, de la grosseur du mamelon du gond,

qui est le bout qui sort dehors la pierre ou bois, où il est posé;

lequel bout du gond entre dedans le reply de la dite bande, qui sera

soudé si on veut, et arrondi en façon que le gond tourne aisément

dedans. Autres y font des bandes flamandes pour porter les dites portes.

Ces bandes sont faites de deux barres de fer soudées l'une contre

l'autre et replyées en rond comme la précédente pour faire passer et

tourner le gond. Après qu'elles sont soudées, on les ouvre et sépare

l'une de l'autre, autant que la porte a d'épaisseur, puis on les

recourbe, le plus quarrément que l'on peut pour les faire joindre et

serrer des deux costez de la porte, principallement du costé de debors:

ceste façon de bandes vaut mieux que les communes parce qu'elles

prennent les deux costez de la porte. On y en met trois pour

l'ordinaire; on y met quelquefois deux de ces bandes flamandes, ou

d'autres droictes, avec un pivot au bas qui prend souz la porte qui vaut

encore mieux, pourveu qu'il soit bien fait et mis comme il faut...» En

effet, les pentures de portes pendant le moyen âge étaient exactement

fabriquées ainsi que Jousse l'indique encore au commencement du XVIIe

siècle. Ces pièces de fer ont, au point de vue de l'art du forgeron, une

importance considérable. L'ouvrier qui peut forger une penture dans le

genre de celles que nous trouvons si fréquemment attachées aux portes

des édifices des XIIe et XIIIe siècles, atteint les dernières limites de

son art et peut façonner les pièces les plus difficiles.

La figure 1 montre divers genres de pentures. En A, est la penture

simple avec son oeil en _b_, son collet en _c_, le crampon d'attache

derrière le renflement du collet en _d_. B est le géométral de la

penture en coupe sur le vantail; _d'_ est le crampon avec sa double

rivure en _e_; en _f_, le scellement du gond. La ligne _ops_ indique la

feuillure du jambage. Souvent la rive du vantail est entaillée pour

arriver à fond de feuillure, et l'oeil de la penture est détourné, ainsi

qu'on le voit en _m_, détail C. Alors l'oeil a moins de champ que le

plat de la penture, pour ne pas trop affamer le bois, conformément au

tracé perspectif G. Une rondelle _g_ est interposée entre le renfort

carré _h_ du gond et cet oeil. Les pentures flamandes à doubles bandes

sont façonnées suivant les tracés I et K. Les pentures les plus

anciennes ont, soudé à leur collet, un arc de fer qui embrasse

puissamment les frises du vantail près de la rive (voyez en L). Ce

système, adopté dès le XIe siècle, présente une difficulté de soudure,

car il faut refouler le fer de manière à en faire sortir les deux

souches des branches, afin de souder celles-ci, puis laisser une queue

suffisante pour rouler l'oeil, le souder et courber l'extrémité (voyez

en C). Ces opérations demandent du soin, pour ne pas brûler le fer et

pour que les soudures des deux branches courbes soient largement faites,

le fer ayant juste le degré de chaleur convenable. Mais ces difficultés

ne sont rien, comparées à celles qui résultent de la soudure des

branches nombreuses dont se composent souvent ces pentures et qui

sortent de la tige principale. Il ne faudrait pas croire que les

branches multipliées soudées à la bande des pentures sont de simples

ornements. Ces branches, percées de trous, permettant de multiplier les

clous, maintiennent fortement les frises de bois entre elles, forment

sur les vantaux comme une sorte de réseau de fer, et empêchent les

bandes de _donner du nez_, c'est-à-dire de fléchir sous le poids des

frises. Les forgerons trouvèrent dans cette nécessité de structure un

motif d'ornementation. Les plus anciennes pentures sont, en effet,

composées de telle façon, qu'en suspendant les vantaux sur les gonds,

elles retiennent, sur un espace assez large, les frises les plus

rapprochées du collet ou de l'oeil. Ainsi, trouve-t-on encore assez

fréquemment des pentures de la fin du XIe siècle qui affectent la forme

d'un C (fig. 2), soudé au collet, de telle sorte que les deux branches A

clouées sur les frises les maintiennent fortement de B en C. Bientôt une

bande indépendante de la penture, et appelée fausse penture, rend toutes

les frises du vantail solidaires. On voit des pentures de ce genre à

l'une des portes de la cathédrale du Puy en Velay, à Ébreuil (Allier).

Ces dernières sont fort belles, et nous en donnons (fig. 3) le dessin;

elles datent du commencement du XIIe siècle. Le collet de la penture en

forme de C passe à travers le bois et est soudé, ainsi que l'indique le

détail A. En B, est la section d'une branche sur _ab_.

La composition de l'ensemble des ferrures de la porte principale de

l'église d'Ébreuil est assez remarquable. Chaque vantail n'est suspendu

que par deux pentures; sept fausses pentures garnissent les frises et

les maintiennent entre elles. La fausse penture du milieu, plus riche

que les six autres, forme une double palmette d'un beau caractère. Ces

ferrures sont posées sur des peaux marouflées sur le bois et peintes en

rouge vif. Deux anneaux attachés à des mufles de lion de bronze

facilitent le tirage des vantaux.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 26 / 47 段