telle, par exemple, que les moines du mont Athos l'ont faite
depuis le XIIIe siècle et la font encore aujourd'hui. C'est
là un art tout de recettes, figé; les peintures des
manuscrits des VIIIe, IXe et Xe siècles ont un caractère plus
libre et une tout autre valeur. Nous en dirons autant des
peintures grecques recueillies par M. Paul Durand.]
[Note 66: Voyez PORTE, fig. 66, et le texte qui
accompagne cette figure.]
[Note 67: Voyez dans les oeuvres de Dioscoride de la
bibliothèque impériale de Vienne, manuscrit du VIe siècle, la
miniature représentant Juliana Anicia; les manuscrits grecs,
nos 139, 64, 70 de la bibliothèque impériale de Paris, Xe
siècle; les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Marc de
Venise; celui conservé au Louvre. Beaucoup de vignettes de
ces manuscrits se font remarquer par la grandeur et l'énergie
des compositions, par la netteté du geste et par la
physionomie tout individuelle de certains personnages. Dans
son _Histoire des arts au moyen âge_, M. Labarte a reproduit
fidèlement quelques-unes de ces vignettes. Dans le même
ouvrage on peut voir des copies d'ivoire du Ve au XIe
siècle byzantin, obtenues par la photographie, qui forment,
par leur caractère hiératique, un contraste frappant avec ces
peintures.]
[Note 68: Voyez HÔTEL DE VILLE, fig. 1, 2 et 3.]
[Note 69: Cette tête, comme toutes les sculptures de cet
édifice, était peinte. On voit encore la trace des prunelles
d'un ton gris bleu.]
[Note 70: Autant que possible ces dessins sont faits sur
des moulages que nous possédons, ou sur des photographies.]
[Note 71: Les deux statues de Notre-Dame de Corbeil
étaient peintes. On voit encore sur la tête de la femme la
coloration des sourcils et des prunelles. Mais nous devons
revenir sur cette question de la peinture de la statuaire.]
[Note 72: Voyez Aug. Thierry, _Lettres sur l'histoire de
France_, VIe «Quippe omnes fere sunt fabri lignarii, et ex
hac arte mercedem capientes, semetipsos alunt.» Socratis.
_Hist._ Éccl. lib. VII, cap. XXX, apud _Script. rer. Gallic.
et Franc._, t. I, p. 604.]
[Note 73: Un magnifique sarcophage de marbre du XIIe
siècle.]
[Note 74: Le cloître.]
[Note 75: Nous parlons ici du tympan de la porte
Sainte-Anne (porte de droite, de la façade occidentale)
lequel date de 1140 environ.]
[Note 76: Voyez PORTE, fig. 68.]
[Note 77: Nous n'exagérons pas. Possédant des moulages de
quelques-unes des têtes provenant de cette porte, il nous est
arrivé de les montrer à des sculpteurs, dans notre cabinet.
Frappés de la beauté des types et de l'exécution, ceux-ci
nous demandaient d'où provenaient ces _chefs-d'oeuvre_. Si
nous avions l'imprudence de leur avouer que cela était moulé
sur une porte de Notre-Dame de Paris, immédiatement
l'admiration tombait dans la glace. Mais si, mieux avisés,
nous disions que ces moulages venaient de quelque monument
d'Italie--or au commencement du XIIIe siècle la sculpture
italienne était assez barbare--c'était une recrudescence
d'enthousiasme. Le dogmatisme académique, non seulement ne
permet pas d'admirer ces oeuvres françaises, mais il
considère comme une assez méchante action de les regarder.
Tout au moins ce serait une bien mauvaise note.]
[Note 78: _Phédon_, trad. de V. Cousin, édit. de 1822.
Bossange, tome I, page 243.]
[Note 79: Les planches jointes à cet article ont toutes
été dessinées soit sur des estampages, à la chambre claire,
soit d'après des photographies, soit sur les originaux, de
même à l'aide de la chambre claire. Nous faisons cette
observation, parce que, de bonne foi d'ailleurs, quelques
personnes ont prétendu que nous donnions à la statuaire du
moyen âge un caractère de beauté qu'elle ne possède pas. Nous
ne saurions accepter cette critique flatteuse. Mais
serait-elle vraie qu'elle prouverait que l'étude de cette
sculpture peut conduire ceux qui s'y livrent à faire mieux
tout en conservant son style et son caractère; donc cette
étude ne serait pas une mauvaise chose.]
[Note 80: Sur un édifice récent, qu'il est inutile de
citer, nous avons compté vingt-deux têtes de la Vénus de
Milo, autant que de statues. Sur l'observation que nous
faisions à un sculpteur de cet abus d'un chef-d'oeuvre, il
nous fut répondu: «Ces statues étaient si mal payées!» Soit,
mais alors qu'on ne vienne pas mettre en avant les intérêts
de l'art.]
[Note 81: Il y a déjà plus de dix ans, notre belle
statuaire des XIIe et XIIIe siècles a été moulée pour être
envoyée en Angleterre, et former des musées comparatifs du
plus grand intérêt, à tous les points de vue. À la même
époque nous avons offert d'envoyer, _sans frais de moulages_,
des épreuves de ces modèles pour en former à Paris un musée
de statuaire comparée. Il n'a pas été répondu à cette offre.]
[Note 82: Nous ne nous servons pas du mot naïf qui nous
semble appliqué fort mal à propos lorsqu'il s'agit des arts
dits primitifs. Sculpter un lion comme les Égyptiens, en
supprimant quantité de détails, mais en rendant d'autant
mieux l'allure imposante de cet animal, cela n'est point de
la naïveté; tout au contraire, c'est le résultat d'un art
très-réfléchi et très-sûr de ce qu'il fait...]
[Note 83: Apocalypse de saint Jean, chap. VI, v. 8.]
[Note 84: Voyez MAISON, figure 11.]
[Note 85: Voyez le _Recueil de photographies d'après les
monuments de l'église abbatiale de Saint-Denis_, publié par
M. Fichot.]
[Note 86: Voyez la _Monographie de la cathédrale de
Chartres_, publiée par Lassus, sous les auspices du Ministre
de l'Instruction publique.]
[Note 87: Ce fait de vandalisme toléré par la police des
villes n'empêche pas ces mêmes villes de posséder des
Sociétés archéologiques qui lisent force mémoires, qui
prêchent volontiers contre les restaurations qu'elles ne
dirigent point à leur gré. Ne feraient-elles pas bien aussi
d'obtenir de leurs édiles une police un peu plus attentive à
l'endroit de ces mutilations perpétuelles de monuments
uniques et de grande valeur? Des deux siècles, au point de
vue de l'art, quel est le barbare? Est-ce celui qui a su
inspirer ces sculptures et qui possédait, dans de petites
capitales de province, des artistes capables de les exécuter,
ou celui qui laisse détruire ces ouvrages par quelques
polissons désoeuvrés?]
[Note 88: L'_Architecture du Ve au XVIIe siècle et les
arts qui en dépendent_, t. I, Porche sept. de l'égl. cath. de
Chartres et les détails.]
[Note 89: _Alt-Christliche baudenkmale von
Constantinopel_. Berlin, 1854.]
[Note 90: Paris, Noblet et Baudry, 1865.]
[Note 91: _Arch. romane du midi de la France_, par H.
Revoil, architecte. Paris, Morel, 1864.]
[Note 92: Voyez CHAPITEAU, fig. 18.]
[Note 93: Voyez PORTE, fig. 51.]
[Note 94: IV _Évang. lat. Sax._ Bib. Cotton. Nero D. IV,
p. 57. Brit. Museum, XIIe s.]
[Note 95: Voyez l'ouvrage de M. W. Salzemberg.
_Alt-Christliche baudenkmale von Constantinopel..._, Berlin,
1854.]
[Note 96: Il faut dire que l'école de statuaire du Poitou
est supérieure à celle de la Saintonge, mais ces deux écoles
ne diffèrent entre elles que par la qualité de l'exécution,
les artistes poitevins étant très-supérieurs aux artistes
saintongeois. Quant au style, il est le même dans ces deux
provinces.]
[Note 97: Il est clair que nous entendons ici l'art _dit_
arabe, mais qui, de fait, est en grande partie dû aux
artistes de l'époque des Sassanides.]
[Note 98: Les monuments gallo-romains étaient
très-abondants en Auvergne, notamment au Puy en Vélay.]
[Note 99: Du cloître de la cathédrale du Puy en Vélay;
partie du XIIe siècle.]
[Note 100: Fragments romans replacés aux portes nord et
sud, lors de la reconstruction de la cathédrale au XIIIe
siècle.]
[Note 101: Chapiteaux de l'abside dont la construction
remonte aux premières années du XIIe siècle. Nous devons ces
dessins à M. Boeswilwald qui a bien voulu nous communiquer
les études très-détaillées faites par lui sur cet intéressant
monument.]
[Note 102: Voyez FLORE.]
[Note 103: Voyez, à ce sujet, les deux excellents
articles de notre ami si justement regretté, M. Félix de
Verneilh, dans les _Annales archéologiques_, t. XXIII, p. 4
et 115.]
[Note 104: Voyez les _Extraits des historiens arabes
relatifs aux guerres des croisades_, par M. Reinaud, 1829.]
[Note 105: Des colonnes monostyles des collatéraux de
l'abside.]
[Note 106: _Annales archéologiques_, t. XXIII, p. 128.]
[Note 107: Il faut observer ici comment les sculptures
étaient faites en chantier dès cette époque, c'est-à-dire
avant la pose. Notre figure donne deux assises de l'ornement
montant. On voit parfaitement que le raccord entre les deux
portions d'ornement, au lit de la pierre, ne se fait pas
exactement, ce qui n'est possible qu'à la condition de
ravaler et de sculpter sur le tas.]
[Note 108: Voyez figure 44.]
[Note 109: Le rinceau qui fait pendant à celui-ci imite
les bourgeons de la fougère au moment où ils se développent.]
[Note 110: L'un des chapiteaux des piles cylindriques du
choeur.]
[Note 111: Il n'existe pas une seule représentation
d'animal dans les chapiteaux de Notre-Dame de Paris, bien
qu'à cette époque (seconde moitié du XIIe siècle), on en
sculptât encore dans beaucoup d'autres édifices.]
[Note 112: Nous devons les dessins de ces fragments à
l'obligeance de M. Sauvageol.]
[Note 113: Chapiteaux du triforium.]
[Note 114: Ce n'est pas la première fois que nous
signalons l'activité des constructeurs du moyen âge. La nef
et une grande partie de la façade de Notre-Dame de Paris
furent élevées en dix ans au plus; la nef de la cathédrale
d'Amiens et le pignon de la façade, d'où proviennent les
fragments ci-dessus, étaient achevés en six ou sept ans. Le
château de Coucy, si important, fut construit en peu
d'années. De ce qu'un grand nombre de ces constructions ont
été interrompues pendant des demi-siècles, faute de
ressources, ou par suite de malheurs publics, puis reprises,
puis interrompues, puis continuées, on en conclut qu'elles
s'élevaient très-lentement. C'est une erreur: toutes fois que
l'on construisait, pendant le moyen âge, on construisait
très-vite.]
[Note 115: On n'avait pas inventé alors l'_art
industriel_, dénomination qui démontre combien nous avons
perdu le vrai sens de l'art.]
[Note 116: Remarquons encore ici que, dans nos musées de
Paris ou de province, dans nos écoles, il n'y a pas un seul
moulage de cette statuaire pouvant servir à l'enseignement;
et c'est nous qui sommes les gens exclusifs!]
[Note 117: Porte de droite, dont la partie inférieure
date de 1250 à 1260.]
[Note 118: Il est entendu qu'en parlant du XVe siècle,
nous ne nous occupons que de la véritable école française, en
laissant de côté les magots flamands, sur lesquels
habituellement on juge notre art.]
[Note 119: Ce tombeau date de 1320 environ.]
[Note 120: On détruisit un grand nombre de monuments de
bronze vers la fin du règne de Louis XIV. Ce fut à cette
époque que toutes les tombes de métal et les décorations du
choeur de Notre-Dame de Paris furent fondues, afin d'aider à
l'arrangement du nouveau choeur.]
[Note 121: Voyez l'article TOMBEAU, dans lequel nous
présentons quelques-uns de ces monuments.]
[Note 122: Voyez la _Monographie de Saint-Yved de
Braisne_, par M. Stanislas Prioux.]
[Note 123: La collection Gaignères d'Oxford, bibliothèque
Bodléienne, conserve un dessin colorié de ce tombeau.]
[Note 124: Voyez, pour ces objets de bronze destinés à la
décoration intérieure, le _Dictionnaire du mobilier_.]
[Note 125: Il en est de cette singulière prétention comme
de beaucoup d'autres du même temps. On répète partout, par
exemple, que la brouette a été inventée sous Louis XIV; or,
il est vingt manuscrits du XIIIe et du XIVe siècle dont les
vignettes présentent des brouettes beaucoup moins grossières
que celles de XVIIe siècle. Le haquet est, dit-on encore,
inventé par Pascal; l'invention ne lui ferait pas grand
honneur, mais elle ne lui appartient pas. On voit des haquets
figurés dès le XIVe siècle.]
[Note 126: Voyez PIGNON, fig. 8 et 9.]
[Note 127: Ces statues mesurent 2m,15 (voy. PIGNON, fig.
9).]
[Note 128: Cette figure est placée à la droite du
Christ.]
[Note 129: Voyez SALLE, fig. 1 et 2.]
[Note 130: «Ci commence li force des trais de portraiture
si con li ars de iométrie les ensaigne por legierement
ovrer...» Ici commence la méthode du tracé pour dessiner la
figure ainsi que l'enseigne l'art de la géométrie pour
facilement travailler. (Voyez l'_Album de Villard de
Honnecourt, publié en fac-simile_, par J. B. Lassus et
Darcel, pl. 34, 35, 36 et 37.)]
[Note 131: Voyez la planche 36 de l'_Album de Villard de
Honnecourt_.]
[Note 132: Voyez la Notice de M. Goze, correspondant du
Comité des arts et monuments, sur ces statues remarquables.]
[Note 133: Deux des neuf preux qui donnaient leurs noms
aux tours du château. Ces statues ont 2m,30 de haut. Ces
preux portent les habits de guerre des dernières années du
XIVe siècle, rendus avec une remarquable souplesse.]
[Note 134: Voyez l'_Architecture domestique_ de MM.
Verdier et Cattois, t. II, p. 60.]
[Note 135: Voyez ARCHITECTURE.]
* * * * *
SÉPULCRE (SAINT-), s. m. Depuis Constantin le Grand, le Saint-Sépulcre
de Jérusalem est peut-être le monument dont la célébrité a été la plus
durable et la plus manifeste. Cependant l'édifice bâti par l'empereur de
326 à 335 ne ressemblait guère à celui que l'on voit aujourd'hui, ni
même au temple que visitèrent les premiers pèlerins occidentaux. Du
monument de Constantin il ne reste guère que les murs inférieurs de
l'abside, au centre de laquelle la grotte où fut enseveli le Sauveur
avait été réservée et dégagée de la colline rocheuse. Ce premier temple
comprenait, outre un vaste hémicycle garni d'un portique intérieur, une
basilique avec narthex et vestibule ou propylées. Ces constructions
furent entièrement bouleversées en 614 par Chosroès II, roi des Perses;
elles renfermaient ce qu'on appelle les lieux saints. Peu après,
Modeste, supérieur du couvent de Théodose, entreprit, avec l'aide du
patriarche d'Alexandrie, Jean l'Aumônier, de réparer le dommage; mais ce
religieux ne put que recouvrir partiellement chacun des locaux sacrés
par des édifices séparés. Alors l'abside ou l'hémicycle de Constantin
fut complété, et devint une sorte de rotonde[136]. Des travaux
importants furent encore entrepris pendant le XIe siècle et achevés en
1048 par des architectes grecs. Les premiers croisés ajoutèrent à ces
constructions, vers 1130, une nef composée de deux travées et une abside
en regard de l'ancien hémicycle de Constantin. Un narthex compléta cette
restauration, et sous le parvis qui précède ce narthex, on répara en
partie la chapelle bâtie au VIIe siècle, qui recouvre la citerne où fut
trouvé, par sainte Hélène, le bois de la croix; citerne autrefois
comprise dans l'enceinte du monument constantinien.
M. le professeur R. Willis de Cambridge, dans un savant ouvrage sur les
constructions successives du Saint-Sépulcre, rend un compte très-clair
et très-détaillé des modifications et adjonctions qui ont produit
l'église actuelle[137]. Après cette oeuvre du consciencieux archéologue,
après la notice de M. le comte de Vogüé, il n'est plus possible de
prendre les constructions du transsept, bâti par les croisés, pour
celles qu'ordonna Marie, mère de Hakem, et qui furent achevées en 1048.
Pour admettre cette hypothèse, il faudrait supprimer d'un seul coup
toutes les constructions frankes du XIIe siècle, les considérer comme
non avenues. Or, outre les textes[138], les inscriptions, le caractère
roman occidental du transsept et de toute la partie antérieure de
l'église, indiquent d'une manière incontestable que l'église du
Saint-Sépulcre, depuis le transsept jusqu'à l'abside antérieure, fut
élevée par les croisés.
Cette dernière construction rappelle d'une manière frappante
l'architecture et jusqu'aux détails du narthex de l'église de Vézelay,
bâti en même temps. Même système de piliers, de voûtes sans arcs ogives.
Quant à la rotonde, partie la plus importante des constructions achevées
en 1048, soit sur les soubassements de l'abside de Constantin, soit en
dehors de cette abside, elle était couverte par une charpente de cèdre,
qui formait un cône tronqué, laissant passer l'air et la lumière par le
sommet. Cette couverture, décrite par Arculphe, par Guillaume de Tyr,
gravée dans l'ouvrage du R. P. Bernardino Amico[139], restaurée par MM.
Willis et de Vogüé, présentait une disposition peu ordinaire[140]. Le
sire de Caumont, dans son _Voyaige d'oultre-mer_[141], en 1418,
s'exprime ainsi à propos de l'église du Saint-Sépulcre: «Elle est,
dit-il, bien grande et belle, et est fette d'une guize moult estrange;
et il y a ung beau clouchier et hault de pierre, mis il n'y a nulle
campane, car les Sarrazins ne le veullent...» Ce clocher faisait partie
des constructions dues aux croisés; ses étages inférieurs existent
encore.
L'abside de la basilique de Constantin ayant été orientée vers l'ouest,
la rotonde du Saint-Sépulcre se trouvait ainsi, par rapport à l'église
des croisés, située du côté opposé à l'autel. Les croisés élevèrent donc
une abside en regard, à l'est, ce qui ne les empêcha pas de conserver de
ce côté une entrée et un vestibule, conformément à la tradition antique;
du côté du midi, sur le transsept, ils ouvrirent en outre deux belles
portes. Toutes ces constructions existent encore. Les dispositions
antérieures aux adjonctions faites par les croisés eurent une influence
sur un certain nombre de monuments religieux en Occident. Mais, pour
faire comprendre la nature de cette influence, il est nécessaire de
présenter un plan de l'église du Saint-Sépulcre tel qu'il existait au
moment de l'arrivée des croisés. Nous empruntons ce plan aux ouvrages de
MM. Willis et de Vogüé.
On voit, en examinant ce plan (fig. 1), de A en B, les traces de
l'abside constantinienne, seuls restes de cette construction primitive.
Il faut savoir que ce mur absidal est pris aux dépens du rocher, le
terrain ayant été déblayé pour faire ressortir le bloc de pierre
renfermant le tombeau de Jésus-Christ, en E. Après la destruction de la
basilique de Constantin, sous Chosroès II, Modeste s'était contenté de
circonscrire l'édifice, en fermant toute la partie antérieure de G en H,
de manière à composer une rotonde. Les chapelles I, K, L, M, furent
ajoutées plus tard. Sur le Golgotha, en O, avait été élevée une nouvelle
chapelle, puis en P une petite basilique à côté de la piscine S, où le
bois de la croix avait été trouvé. La partie R était un des restes de la
basilique de Constantin. Enfin, ces constructions, dévastées de nouveau
par Hakem, furent restaurées en 1048. Les croisés réunirent tous ces
bâtiments détachés, et les englobèrent, pour ainsi dire, dans l'église
qu'ils élevèrent vers 1130.
La rotonde du Saint-Sépulcre, dont nous venons de tracer le plan,
donnait, en coupe longitudinale, la figure 2. Un cône tronqué en
charpente, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avec ciel ouvert, et un
collatéral voûté à deux étages, composaient cet édifice.
Par rapport au sol de la colline, le rez-de-chaussée forme réellement
une sorte de crypte au milieu de laquelle on a réservé la portion du
rocher contenant le tombeau de Jésus-Christ, en dérasant le sol autour
et en laissant ce bloc de pierre comme on laisse un témoin dans une
fouille. Ainsi les pèlerins pouvaient-ils circuler autour de la grotte
vénérée dans le collatéral de la vaste rotonde. Ce parti architectonique
inspira nos artistes occidentaux; car dès les premières années du XIe
siècle, l'abbé Guillaume fit en grande partie reconstruire l'église de
Saint-Bénigne de Dijon, et devant le tombeau du saint il éleva une vaste
rotonde dont nous avons donné le plan à l'article CRYPTE (fig. 5). À
Saint-Bénigne de Dijon, le sépulcre du saint, le _martyrium_, n'est
point placé au centre de la rotonde, mais dans une crypte y attenant. La
rotonde était uniquement réservée aux pèlerins; peut-être au centre y
avait-il une tribune d'où l'on pouvait prêcher, ou un édicule rappelant
le Saint-Sépulcre. Il n'en est pas moins évident que le plan de cet
édifice ne fut qu'une imitation de celui du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
Afin de pouvoir réunir un grand nombre de pèlerins sur ce point, l'abbé
Guillaume fit élever deux étages de galeries au-dessus de l'étage
inférieur planté à 2 mètres environ au-dessous de l'ancien sol
extérieur[142]. La rotonde, au premier étage, se joignait de plain-pied
au sanctuaire de l'église abbatiale, et formait derrière elle, à
l'orient, une immense chapelle absidale, terminée elle-même par une
chapelle barlongue dépendant des constructions du VIe siècle, et
flanquée de deux tours cylindriques massives qui contenaient les
escaliers montant aux galeries supérieures.
Une coupe de ce monument (fig. 3) en fera comprendre les dispositions
curieuses. Le double bas côté inférieur était exactement répété au
premier étage; mais au second étage le rang intérieur de colonnes
subsistait seul, et une voûte en demi-berceau annulaire couvrait ce
second étage. Une calotte percée d'un oeil fermait le cylindre central.
Cette calotte était-elle de l'époque de la construction primitive, ou
fut-elle ajoutée après l'incendie de 1137? Le cylindre central était-il
couvert, comme le Saint-Sépulcre, par un cône tronqué? Cette dernière
hypothèse paraît probable, vu la légèreté des constructions centrales.
Quant aux voûtes latérales en berceau annulaire, elles étaient
certainement de l'époque primitive, car elles maintenaient seules le
quillage central, qui, sans cette ceinture de pressions, n'eût pu rester
debout[143]. Si l'ensemble de cet édifice est beau, les détails en sont
exécutés de la manière la plus barbare. En A, est l'abside de l'église
rebâtie par l'abbé Guillaume en même temps que la rotonde, et en B est
le _martyrium_, le tombeau de saint Bénigne, auquel on arrivait par un
escalier descendant du choeur de l'église placé au niveau C. Les
colonnades de la rotonde, vues à travers les arcades de l'abside,
devaient produire un effet peu ordinaire, et, malgré la grossièreté de
l'exécution, cet ensemble est une des belles conceptions du moyen âge.
Pour rendre intelligible cet effet du premier étage de la rotonde, vu à
travers la colonnade formant l'abside, nous traçons, figure 4, le plan
de ce premier étage. Comme dans l'étage inférieur, les deux absidioles
C, C, étaient les noyaux conservés des constructions de l'église
primitive, datant du VIe siècle, et dont l'abside principale se
développait en DD[144]. L'abbé Guillaume avait donc démoli ce rond-point
de l'axe, cette _tribune_ de la basilique du VIe siècle, pour y
substituer la rotonde, en raison de l'affluence des pèlerins. Le
_martyrium_, le lieu où reposait le corps de saint Bénigne, n'avait pas
pour cela changé de place; il était au-dessous du point G, et alors au
centre de l'abside nouvelle, tandis que dans l'église du VIe siècle il
se trouvait disposé dans une _confession_ en avant de l'autel. On
remarquera, en E, deux autres absidioles avec autels placés sous les
vocables de saint Jean l'évangéliste et de saint Matthieu[145]. Au fond
de la rotonde, une chapelle dépendant du monastère du VIe siècle avait
été conservée par l'abbé Guillaume; elle était dédiée à Notre-Dame.
Surélevée pour coïncider avec les niveaux des galeries de la rotonde,
elle formait des salles annexes à chaque étage de ces galeries.