[Note 65: Il ne faut pas prendre ici la peinture grecque

telle, par exemple, que les moines du mont Athos l'ont faite

depuis le XIIIe siècle et la font encore aujourd'hui. C'est

là un art tout de recettes, figé; les peintures des

manuscrits des VIIIe, IXe et Xe siècles ont un caractère plus

libre et une tout autre valeur. Nous en dirons autant des

peintures grecques recueillies par M. Paul Durand.]

[Note 66: Voyez PORTE, fig. 66, et le texte qui

accompagne cette figure.]

[Note 67: Voyez dans les oeuvres de Dioscoride de la

bibliothèque impériale de Vienne, manuscrit du VIe siècle, la

miniature représentant Juliana Anicia; les manuscrits grecs,

nos 139, 64, 70 de la bibliothèque impériale de Paris, Xe

siècle; les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Marc de

Venise; celui conservé au Louvre. Beaucoup de vignettes de

ces manuscrits se font remarquer par la grandeur et l'énergie

des compositions, par la netteté du geste et par la

physionomie tout individuelle de certains personnages. Dans

son _Histoire des arts au moyen âge_, M. Labarte a reproduit

fidèlement quelques-unes de ces vignettes. Dans le même

ouvrage on peut voir des copies d'ivoire du Ve au XIe

siècle byzantin, obtenues par la photographie, qui forment,

par leur caractère hiératique, un contraste frappant avec ces

peintures.]

[Note 68: Voyez HÔTEL DE VILLE, fig. 1, 2 et 3.]

[Note 69: Cette tête, comme toutes les sculptures de cet

édifice, était peinte. On voit encore la trace des prunelles

d'un ton gris bleu.]

[Note 70: Autant que possible ces dessins sont faits sur

des moulages que nous possédons, ou sur des photographies.]

[Note 71: Les deux statues de Notre-Dame de Corbeil

étaient peintes. On voit encore sur la tête de la femme la

coloration des sourcils et des prunelles. Mais nous devons

revenir sur cette question de la peinture de la statuaire.]

[Note 72: Voyez Aug. Thierry, _Lettres sur l'histoire de

France_, VIe «Quippe omnes fere sunt fabri lignarii, et ex

hac arte mercedem capientes, semetipsos alunt.» Socratis.

_Hist._ Éccl. lib. VII, cap. XXX, apud _Script. rer. Gallic.

et Franc._, t. I, p. 604.]

[Note 73: Un magnifique sarcophage de marbre du XIIe

siècle.]

[Note 74: Le cloître.]

[Note 75: Nous parlons ici du tympan de la porte

Sainte-Anne (porte de droite, de la façade occidentale)

lequel date de 1140 environ.]

[Note 76: Voyez PORTE, fig. 68.]

[Note 77: Nous n'exagérons pas. Possédant des moulages de

quelques-unes des têtes provenant de cette porte, il nous est

arrivé de les montrer à des sculpteurs, dans notre cabinet.

Frappés de la beauté des types et de l'exécution, ceux-ci

nous demandaient d'où provenaient ces _chefs-d'oeuvre_. Si

nous avions l'imprudence de leur avouer que cela était moulé

sur une porte de Notre-Dame de Paris, immédiatement

l'admiration tombait dans la glace. Mais si, mieux avisés,

nous disions que ces moulages venaient de quelque monument

d'Italie--or au commencement du XIIIe siècle la sculpture

italienne était assez barbare--c'était une recrudescence

d'enthousiasme. Le dogmatisme académique, non seulement ne

permet pas d'admirer ces oeuvres françaises, mais il

considère comme une assez méchante action de les regarder.

Tout au moins ce serait une bien mauvaise note.]

[Note 78: _Phédon_, trad. de V. Cousin, édit. de 1822.

Bossange, tome I, page 243.]

[Note 79: Les planches jointes à cet article ont toutes

été dessinées soit sur des estampages, à la chambre claire,

soit d'après des photographies, soit sur les originaux, de

même à l'aide de la chambre claire. Nous faisons cette

observation, parce que, de bonne foi d'ailleurs, quelques

personnes ont prétendu que nous donnions à la statuaire du

moyen âge un caractère de beauté qu'elle ne possède pas. Nous

ne saurions accepter cette critique flatteuse. Mais

serait-elle vraie qu'elle prouverait que l'étude de cette

sculpture peut conduire ceux qui s'y livrent à faire mieux

tout en conservant son style et son caractère; donc cette

étude ne serait pas une mauvaise chose.]

[Note 80: Sur un édifice récent, qu'il est inutile de

citer, nous avons compté vingt-deux têtes de la Vénus de

Milo, autant que de statues. Sur l'observation que nous

faisions à un sculpteur de cet abus d'un chef-d'oeuvre, il

nous fut répondu: «Ces statues étaient si mal payées!» Soit,

mais alors qu'on ne vienne pas mettre en avant les intérêts

de l'art.]

[Note 81: Il y a déjà plus de dix ans, notre belle

statuaire des XIIe et XIIIe siècles a été moulée pour être

envoyée en Angleterre, et former des musées comparatifs du

plus grand intérêt, à tous les points de vue. À la même

époque nous avons offert d'envoyer, _sans frais de moulages_,

des épreuves de ces modèles pour en former à Paris un musée

de statuaire comparée. Il n'a pas été répondu à cette offre.]

[Note 82: Nous ne nous servons pas du mot naïf qui nous

semble appliqué fort mal à propos lorsqu'il s'agit des arts

dits primitifs. Sculpter un lion comme les Égyptiens, en

supprimant quantité de détails, mais en rendant d'autant

mieux l'allure imposante de cet animal, cela n'est point de

la naïveté; tout au contraire, c'est le résultat d'un art

très-réfléchi et très-sûr de ce qu'il fait...]

[Note 83: Apocalypse de saint Jean, chap. VI, v. 8.]

[Note 84: Voyez MAISON, figure 11.]

[Note 85: Voyez le _Recueil de photographies d'après les

monuments de l'église abbatiale de Saint-Denis_, publié par

M. Fichot.]

[Note 86: Voyez la _Monographie de la cathédrale de

Chartres_, publiée par Lassus, sous les auspices du Ministre

de l'Instruction publique.]

[Note 87: Ce fait de vandalisme toléré par la police des

villes n'empêche pas ces mêmes villes de posséder des

Sociétés archéologiques qui lisent force mémoires, qui

prêchent volontiers contre les restaurations qu'elles ne

dirigent point à leur gré. Ne feraient-elles pas bien aussi

d'obtenir de leurs édiles une police un peu plus attentive à

l'endroit de ces mutilations perpétuelles de monuments

uniques et de grande valeur? Des deux siècles, au point de

vue de l'art, quel est le barbare? Est-ce celui qui a su

inspirer ces sculptures et qui possédait, dans de petites

capitales de province, des artistes capables de les exécuter,

ou celui qui laisse détruire ces ouvrages par quelques

polissons désoeuvrés?]

[Note 88: L'_Architecture du Ve au XVIIe siècle et les

arts qui en dépendent_, t. I, Porche sept. de l'égl. cath. de

Chartres et les détails.]

[Note 89: _Alt-Christliche baudenkmale von

Constantinopel_. Berlin, 1854.]

[Note 90: Paris, Noblet et Baudry, 1865.]

[Note 91: _Arch. romane du midi de la France_, par H.

Revoil, architecte. Paris, Morel, 1864.]

[Note 92: Voyez CHAPITEAU, fig. 18.]

[Note 93: Voyez PORTE, fig. 51.]

[Note 94: IV _Évang. lat. Sax._ Bib. Cotton. Nero D. IV,

p. 57. Brit. Museum, XIIe s.]

[Note 95: Voyez l'ouvrage de M. W. Salzemberg.

_Alt-Christliche baudenkmale von Constantinopel..._, Berlin,

1854.]

[Note 96: Il faut dire que l'école de statuaire du Poitou

est supérieure à celle de la Saintonge, mais ces deux écoles

ne diffèrent entre elles que par la qualité de l'exécution,

les artistes poitevins étant très-supérieurs aux artistes

saintongeois. Quant au style, il est le même dans ces deux

provinces.]

[Note 97: Il est clair que nous entendons ici l'art _dit_

arabe, mais qui, de fait, est en grande partie dû aux

artistes de l'époque des Sassanides.]

[Note 98: Les monuments gallo-romains étaient

très-abondants en Auvergne, notamment au Puy en Vélay.]

[Note 99: Du cloître de la cathédrale du Puy en Vélay;

partie du XIIe siècle.]

[Note 100: Fragments romans replacés aux portes nord et

sud, lors de la reconstruction de la cathédrale au XIIIe

siècle.]

[Note 101: Chapiteaux de l'abside dont la construction

remonte aux premières années du XIIe siècle. Nous devons ces

dessins à M. Boeswilwald qui a bien voulu nous communiquer

les études très-détaillées faites par lui sur cet intéressant

monument.]

[Note 102: Voyez FLORE.]

[Note 103: Voyez, à ce sujet, les deux excellents

articles de notre ami si justement regretté, M. Félix de

Verneilh, dans les _Annales archéologiques_, t. XXIII, p. 4

et 115.]

[Note 104: Voyez les _Extraits des historiens arabes

relatifs aux guerres des croisades_, par M. Reinaud, 1829.]

[Note 105: Des colonnes monostyles des collatéraux de

l'abside.]

[Note 106: _Annales archéologiques_, t. XXIII, p. 128.]

[Note 107: Il faut observer ici comment les sculptures

étaient faites en chantier dès cette époque, c'est-à-dire

avant la pose. Notre figure donne deux assises de l'ornement

montant. On voit parfaitement que le raccord entre les deux

portions d'ornement, au lit de la pierre, ne se fait pas

exactement, ce qui n'est possible qu'à la condition de

ravaler et de sculpter sur le tas.]

[Note 108: Voyez figure 44.]

[Note 109: Le rinceau qui fait pendant à celui-ci imite

les bourgeons de la fougère au moment où ils se développent.]

[Note 110: L'un des chapiteaux des piles cylindriques du

choeur.]

[Note 111: Il n'existe pas une seule représentation

d'animal dans les chapiteaux de Notre-Dame de Paris, bien

qu'à cette époque (seconde moitié du XIIe siècle), on en

sculptât encore dans beaucoup d'autres édifices.]

[Note 112: Nous devons les dessins de ces fragments à

l'obligeance de M. Sauvageol.]

[Note 113: Chapiteaux du triforium.]

[Note 114: Ce n'est pas la première fois que nous

signalons l'activité des constructeurs du moyen âge. La nef

et une grande partie de la façade de Notre-Dame de Paris

furent élevées en dix ans au plus; la nef de la cathédrale

d'Amiens et le pignon de la façade, d'où proviennent les

fragments ci-dessus, étaient achevés en six ou sept ans. Le

château de Coucy, si important, fut construit en peu

d'années. De ce qu'un grand nombre de ces constructions ont

été interrompues pendant des demi-siècles, faute de

ressources, ou par suite de malheurs publics, puis reprises,

puis interrompues, puis continuées, on en conclut qu'elles

s'élevaient très-lentement. C'est une erreur: toutes fois que

l'on construisait, pendant le moyen âge, on construisait

très-vite.]

[Note 115: On n'avait pas inventé alors l'_art

industriel_, dénomination qui démontre combien nous avons

perdu le vrai sens de l'art.]

[Note 116: Remarquons encore ici que, dans nos musées de

Paris ou de province, dans nos écoles, il n'y a pas un seul

moulage de cette statuaire pouvant servir à l'enseignement;

et c'est nous qui sommes les gens exclusifs!]

[Note 117: Porte de droite, dont la partie inférieure

date de 1250 à 1260.]

[Note 118: Il est entendu qu'en parlant du XVe siècle,

nous ne nous occupons que de la véritable école française, en

laissant de côté les magots flamands, sur lesquels

habituellement on juge notre art.]

[Note 119: Ce tombeau date de 1320 environ.]

[Note 120: On détruisit un grand nombre de monuments de

bronze vers la fin du règne de Louis XIV. Ce fut à cette

époque que toutes les tombes de métal et les décorations du

choeur de Notre-Dame de Paris furent fondues, afin d'aider à

l'arrangement du nouveau choeur.]

[Note 121: Voyez l'article TOMBEAU, dans lequel nous

présentons quelques-uns de ces monuments.]

[Note 122: Voyez la _Monographie de Saint-Yved de

Braisne_, par M. Stanislas Prioux.]

[Note 123: La collection Gaignères d'Oxford, bibliothèque

Bodléienne, conserve un dessin colorié de ce tombeau.]

[Note 124: Voyez, pour ces objets de bronze destinés à la

décoration intérieure, le _Dictionnaire du mobilier_.]

[Note 125: Il en est de cette singulière prétention comme

de beaucoup d'autres du même temps. On répète partout, par

exemple, que la brouette a été inventée sous Louis XIV; or,

il est vingt manuscrits du XIIIe et du XIVe siècle dont les

vignettes présentent des brouettes beaucoup moins grossières

que celles de XVIIe siècle. Le haquet est, dit-on encore,

inventé par Pascal; l'invention ne lui ferait pas grand

honneur, mais elle ne lui appartient pas. On voit des haquets

figurés dès le XIVe siècle.]

[Note 126: Voyez PIGNON, fig. 8 et 9.]

[Note 127: Ces statues mesurent 2m,15 (voy. PIGNON, fig.

9).]

[Note 128: Cette figure est placée à la droite du

Christ.]

[Note 129: Voyez SALLE, fig. 1 et 2.]

[Note 130: «Ci commence li force des trais de portraiture

si con li ars de iométrie les ensaigne por legierement

ovrer...» Ici commence la méthode du tracé pour dessiner la

figure ainsi que l'enseigne l'art de la géométrie pour

facilement travailler. (Voyez l'_Album de Villard de

Honnecourt, publié en fac-simile_, par J. B. Lassus et

Darcel, pl. 34, 35, 36 et 37.)]

[Note 131: Voyez la planche 36 de l'_Album de Villard de

Honnecourt_.]

[Note 132: Voyez la Notice de M. Goze, correspondant du

Comité des arts et monuments, sur ces statues remarquables.]

[Note 133: Deux des neuf preux qui donnaient leurs noms

aux tours du château. Ces statues ont 2m,30 de haut. Ces

preux portent les habits de guerre des dernières années du

XIVe siècle, rendus avec une remarquable souplesse.]

[Note 134: Voyez l'_Architecture domestique_ de MM.

Verdier et Cattois, t. II, p. 60.]

[Note 135: Voyez ARCHITECTURE.]

* * * * *

SÉPULCRE (SAINT-), s. m. Depuis Constantin le Grand, le Saint-Sépulcre

de Jérusalem est peut-être le monument dont la célébrité a été la plus

durable et la plus manifeste. Cependant l'édifice bâti par l'empereur de

326 à 335 ne ressemblait guère à celui que l'on voit aujourd'hui, ni

même au temple que visitèrent les premiers pèlerins occidentaux. Du

monument de Constantin il ne reste guère que les murs inférieurs de

l'abside, au centre de laquelle la grotte où fut enseveli le Sauveur

avait été réservée et dégagée de la colline rocheuse. Ce premier temple

comprenait, outre un vaste hémicycle garni d'un portique intérieur, une

basilique avec narthex et vestibule ou propylées. Ces constructions

furent entièrement bouleversées en 614 par Chosroès II, roi des Perses;

elles renfermaient ce qu'on appelle les lieux saints. Peu après,

Modeste, supérieur du couvent de Théodose, entreprit, avec l'aide du

patriarche d'Alexandrie, Jean l'Aumônier, de réparer le dommage; mais ce

religieux ne put que recouvrir partiellement chacun des locaux sacrés

par des édifices séparés. Alors l'abside ou l'hémicycle de Constantin

fut complété, et devint une sorte de rotonde[136]. Des travaux

importants furent encore entrepris pendant le XIe siècle et achevés en

1048 par des architectes grecs. Les premiers croisés ajoutèrent à ces

constructions, vers 1130, une nef composée de deux travées et une abside

en regard de l'ancien hémicycle de Constantin. Un narthex compléta cette

restauration, et sous le parvis qui précède ce narthex, on répara en

partie la chapelle bâtie au VIIe siècle, qui recouvre la citerne où fut

trouvé, par sainte Hélène, le bois de la croix; citerne autrefois

comprise dans l'enceinte du monument constantinien.

M. le professeur R. Willis de Cambridge, dans un savant ouvrage sur les

constructions successives du Saint-Sépulcre, rend un compte très-clair

et très-détaillé des modifications et adjonctions qui ont produit

l'église actuelle[137]. Après cette oeuvre du consciencieux archéologue,

après la notice de M. le comte de Vogüé, il n'est plus possible de

prendre les constructions du transsept, bâti par les croisés, pour

celles qu'ordonna Marie, mère de Hakem, et qui furent achevées en 1048.

Pour admettre cette hypothèse, il faudrait supprimer d'un seul coup

toutes les constructions frankes du XIIe siècle, les considérer comme

non avenues. Or, outre les textes[138], les inscriptions, le caractère

roman occidental du transsept et de toute la partie antérieure de

l'église, indiquent d'une manière incontestable que l'église du

Saint-Sépulcre, depuis le transsept jusqu'à l'abside antérieure, fut

élevée par les croisés.

Cette dernière construction rappelle d'une manière frappante

l'architecture et jusqu'aux détails du narthex de l'église de Vézelay,

bâti en même temps. Même système de piliers, de voûtes sans arcs ogives.

Quant à la rotonde, partie la plus importante des constructions achevées

en 1048, soit sur les soubassements de l'abside de Constantin, soit en

dehors de cette abside, elle était couverte par une charpente de cèdre,

qui formait un cône tronqué, laissant passer l'air et la lumière par le

sommet. Cette couverture, décrite par Arculphe, par Guillaume de Tyr,

gravée dans l'ouvrage du R. P. Bernardino Amico[139], restaurée par MM.

Willis et de Vogüé, présentait une disposition peu ordinaire[140]. Le

sire de Caumont, dans son _Voyaige d'oultre-mer_[141], en 1418,

s'exprime ainsi à propos de l'église du Saint-Sépulcre: «Elle est,

dit-il, bien grande et belle, et est fette d'une guize moult estrange;

et il y a ung beau clouchier et hault de pierre, mis il n'y a nulle

campane, car les Sarrazins ne le veullent...» Ce clocher faisait partie

des constructions dues aux croisés; ses étages inférieurs existent

encore.

L'abside de la basilique de Constantin ayant été orientée vers l'ouest,

la rotonde du Saint-Sépulcre se trouvait ainsi, par rapport à l'église

des croisés, située du côté opposé à l'autel. Les croisés élevèrent donc

une abside en regard, à l'est, ce qui ne les empêcha pas de conserver de

ce côté une entrée et un vestibule, conformément à la tradition antique;

du côté du midi, sur le transsept, ils ouvrirent en outre deux belles

portes. Toutes ces constructions existent encore. Les dispositions

antérieures aux adjonctions faites par les croisés eurent une influence

sur un certain nombre de monuments religieux en Occident. Mais, pour

faire comprendre la nature de cette influence, il est nécessaire de

présenter un plan de l'église du Saint-Sépulcre tel qu'il existait au

moment de l'arrivée des croisés. Nous empruntons ce plan aux ouvrages de

MM. Willis et de Vogüé.

On voit, en examinant ce plan (fig. 1), de A en B, les traces de

l'abside constantinienne, seuls restes de cette construction primitive.

Il faut savoir que ce mur absidal est pris aux dépens du rocher, le

terrain ayant été déblayé pour faire ressortir le bloc de pierre

renfermant le tombeau de Jésus-Christ, en E. Après la destruction de la

basilique de Constantin, sous Chosroès II, Modeste s'était contenté de

circonscrire l'édifice, en fermant toute la partie antérieure de G en H,

de manière à composer une rotonde. Les chapelles I, K, L, M, furent

ajoutées plus tard. Sur le Golgotha, en O, avait été élevée une nouvelle

chapelle, puis en P une petite basilique à côté de la piscine S, où le

bois de la croix avait été trouvé. La partie R était un des restes de la

basilique de Constantin. Enfin, ces constructions, dévastées de nouveau

par Hakem, furent restaurées en 1048. Les croisés réunirent tous ces

bâtiments détachés, et les englobèrent, pour ainsi dire, dans l'église

qu'ils élevèrent vers 1130.

La rotonde du Saint-Sépulcre, dont nous venons de tracer le plan,

donnait, en coupe longitudinale, la figure 2. Un cône tronqué en

charpente, ainsi que nous l'avons dit plus haut, avec ciel ouvert, et un

collatéral voûté à deux étages, composaient cet édifice.

Par rapport au sol de la colline, le rez-de-chaussée forme réellement

une sorte de crypte au milieu de laquelle on a réservé la portion du

rocher contenant le tombeau de Jésus-Christ, en dérasant le sol autour

et en laissant ce bloc de pierre comme on laisse un témoin dans une

fouille. Ainsi les pèlerins pouvaient-ils circuler autour de la grotte

vénérée dans le collatéral de la vaste rotonde. Ce parti architectonique

inspira nos artistes occidentaux; car dès les premières années du XIe

siècle, l'abbé Guillaume fit en grande partie reconstruire l'église de

Saint-Bénigne de Dijon, et devant le tombeau du saint il éleva une vaste

rotonde dont nous avons donné le plan à l'article CRYPTE (fig. 5). À

Saint-Bénigne de Dijon, le sépulcre du saint, le _martyrium_, n'est

point placé au centre de la rotonde, mais dans une crypte y attenant. La

rotonde était uniquement réservée aux pèlerins; peut-être au centre y

avait-il une tribune d'où l'on pouvait prêcher, ou un édicule rappelant

le Saint-Sépulcre. Il n'en est pas moins évident que le plan de cet

édifice ne fut qu'une imitation de celui du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Afin de pouvoir réunir un grand nombre de pèlerins sur ce point, l'abbé

Guillaume fit élever deux étages de galeries au-dessus de l'étage

inférieur planté à 2 mètres environ au-dessous de l'ancien sol

extérieur[142]. La rotonde, au premier étage, se joignait de plain-pied

au sanctuaire de l'église abbatiale, et formait derrière elle, à

l'orient, une immense chapelle absidale, terminée elle-même par une

chapelle barlongue dépendant des constructions du VIe siècle, et

flanquée de deux tours cylindriques massives qui contenaient les

escaliers montant aux galeries supérieures.

Une coupe de ce monument (fig. 3) en fera comprendre les dispositions

curieuses. Le double bas côté inférieur était exactement répété au

premier étage; mais au second étage le rang intérieur de colonnes

subsistait seul, et une voûte en demi-berceau annulaire couvrait ce

second étage. Une calotte percée d'un oeil fermait le cylindre central.

Cette calotte était-elle de l'époque de la construction primitive, ou

fut-elle ajoutée après l'incendie de 1137? Le cylindre central était-il

couvert, comme le Saint-Sépulcre, par un cône tronqué? Cette dernière

hypothèse paraît probable, vu la légèreté des constructions centrales.

Quant aux voûtes latérales en berceau annulaire, elles étaient

certainement de l'époque primitive, car elles maintenaient seules le

quillage central, qui, sans cette ceinture de pressions, n'eût pu rester

debout[143]. Si l'ensemble de cet édifice est beau, les détails en sont

exécutés de la manière la plus barbare. En A, est l'abside de l'église

rebâtie par l'abbé Guillaume en même temps que la rotonde, et en B est

le _martyrium_, le tombeau de saint Bénigne, auquel on arrivait par un

escalier descendant du choeur de l'église placé au niveau C. Les

colonnades de la rotonde, vues à travers les arcades de l'abside,

devaient produire un effet peu ordinaire, et, malgré la grossièreté de

l'exécution, cet ensemble est une des belles conceptions du moyen âge.

Pour rendre intelligible cet effet du premier étage de la rotonde, vu à

travers la colonnade formant l'abside, nous traçons, figure 4, le plan

de ce premier étage. Comme dans l'étage inférieur, les deux absidioles

C, C, étaient les noyaux conservés des constructions de l'église

primitive, datant du VIe siècle, et dont l'abside principale se

développait en DD[144]. L'abbé Guillaume avait donc démoli ce rond-point

de l'axe, cette _tribune_ de la basilique du VIe siècle, pour y

substituer la rotonde, en raison de l'affluence des pèlerins. Le

_martyrium_, le lieu où reposait le corps de saint Bénigne, n'avait pas

pour cela changé de place; il était au-dessous du point G, et alors au

centre de l'abside nouvelle, tandis que dans l'église du VIe siècle il

se trouvait disposé dans une _confession_ en avant de l'autel. On

remarquera, en E, deux autres absidioles avec autels placés sous les

vocables de saint Jean l'évangéliste et de saint Matthieu[145]. Au fond

de la rotonde, une chapelle dépendant du monastère du VIe siècle avait

été conservée par l'abbé Guillaume; elle était dédiée à Notre-Dame.

Surélevée pour coïncider avec les niveaux des galeries de la rotonde,

elle formait des salles annexes à chaque étage de ces galeries.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 25 / 47 段