Nos sculpteurs du moyen âge prennent donc résolûment leur parti de faire

des figures vêtues; ils leur donnent les mouvements, les gestes

familiers aux gens habitués à porter tel ou tel habit. Aussi les

vêtements de leurs statues ont-ils l'air de tenir à leur corps et ne

paraissent point empruntés au costumier. Les nombreuses statues des

tombeaux déposés à Saint-Denis, des XIIIe et XIVe siècles, parmi

lesquelles nous citerons celles de Louis et de Philippe, fils et frère

de saint Louis, celles de Philippe le Hardi, d'un comte d'Évreux, de

Charles V et de Jeanne de Bourbon, provenant du portail des Célestins;

les statues du tympan intérieur de la façade occidentale de la

cathédrale de Reims, celles du portail des Libraires à la cathédrale de

Rouen, bien que déjà empreintes de la manière affectée qui fait

regretter le grand style du XIIIe siècle, sont des oeuvres supérieures

comme caractère, comme beauté d'ajustement et comme exécution. Dans la

statuaire du tour du choeur de la cathédrale de Paris, on trouve

également quantité de très-bonnes figures, petite nature, qui datent du

commencement du XIVe siècle. Les calamités qui affligèrent le royaume de

France pendant tout le milieu de ce siècle ne permirent guère de

s'occuper d'art et cependant les écoles ne laissaient point perdre leur

enseignement, puisque nous les voyons reprendre un nouvel éclat vers la

fin du règne de Charles V. Ce prince, réellement amateur des arts, les

encourageant par le choix plutôt que par la quantité, fit élever d'assez

importantes constructions dont la sculpture,--autant qu'on en peut juger

par ce qui nous reste,--est fort bonne. Ce fut sous le règne de ce

prince que l'on éleva, au côté nord de la tour septentrionale du portail

de la cathédrale d'Amiens, un gros contre-fort très-orné et très-pesant,

destiné à arrêter les mouvements d'oscillation qui se produisaient dans

cette tour lorsqu'on sonnait les grosses cloches. Sur les parois de ce

contre-fort sont posées sept statues colossales religieuses et

historiques, d'un beau travail. Ces statues représentent: la sainte

Vierge, saint Jean-Baptiste, Charles V; le Dauphin, depuis Charles VI;

Louis d'Orléans; le cardinal de la Grange, évêque d'Amiens, surintendant

des finances, et Bureau de la Rivière, chambellan du roi[132]. En

examinant ces statues de la fin du XIVe siècle, comme toutes celles de

cette époque, il est facile de voir que l'artiste tenait avant tout

(puisqu'il habillait ses figures) à ce que le vêtement fût bien porté.

Or, pour bien porter un vêtement long, par exemple, il est nécessaire de

donner au corps certaines inflexions qui seraient ridicules chez un

personnage se promenant tout nu. Il faut marcher des hanches, tenir les

jambes ouvertes et faire en sorte, par les mouvements du torse, que la

draperie colle sur certaines parties, flotte sur d'autres. Faire, pour

une statue vêtue, un bon mannequin en raison du vêtement, n'est point

chose aisée. Nos statuaires du XIVe siècle avaient du moins ce mérite.

Ainsi la statue du cardinal de la Grange, que nous citions tout à

l'heure, est parfaitement entendue comme mouvement du nu pour faire

valoir le vêtement. Cependant ce mouvement serait choquant pour un

personnage nu. Nous en donnons (fig. 77) le tracé. La jambe droite porte

plutôt que la jambe gauche; celle-ci cependant étaye le torse, qui se

porte en arrière pour faire saillir la hanche droite. L'épaule gauche

s'affaisse, contrairement aux règles de la pondération, pour un

personnage qui n'aurait pas à se préoccuper du port d'un vêtement. Voici

(fig. 78) une copie de cette statue du cardinal de la Grange, qui fait

assez voir que le mouvement indiqué ci-dessus est donné en vue d'obtenir

ce beau jet de draperies du côté droit. Le personnage, suivant la mode

du temps, s'étaye sur sa jambe gauche en écartant cette jambe, ramenant

un peu le genou en dedans et en ne s'appuyant que sur la partie interne

du talon. Le geste, l'agencement et le style des draperies, le caractère

de la tête, sont d'un artiste distingué. La statue de Bureau de la

Rivière est, outre l'intérêt qu'elle présente, une oeuvre de statuaire

non moins remarquable. Ces statues ont deux mètres et demi de hauteur.

Charles V laissait dans sa famille un goût éclairé pour les arts, et, à

dater de ce règne, nous voyons les princes du sang royal se mettre à la

tête d'un nouveau mouvement d'art dont ni les historiens ni les

archéologues de notre temps ne semblent pas avoir tenu assez compte. En

effet, le second fils de Charles V, Louis d'Orléans, assassiné dans la

nuit du 23 au 24 novembre 1407, par le duc de Bourgogne, était un prince

aimant les arts avec la passion d'un connaisseur émérite. Pendant la

démence de son frère Charles VI, jusqu'au jour de sa mort, c'est-à-dire

de 1392 à 1407, il gouvernait à peu près seul, avec la reine Isabeau de

Bavière, les affaires du royaume. Ce fut pendant cette période que Louis

d'Orléans acheta Coucy, et y fit faire d'immenses travaux, qu'il bâtit

Pierrefonds, la Ferté-Milon, Vées; qu'il répara les châteaux de Béthisy,

de Mont-Épilloy, de Crespy, toutes forteresses importantes destinées à

faire du Valois un territoire inattaquable. Il est à croire que les

finances du royaume entrèrent pour une large part dans ces acquisitions

et ces travaux; mais ce qui nous importe seulement ici, c'est le goût

particulier qui présida à toutes ces grandes constructions. Au point de

vue de l'architecture, elles sont largement conçues et traitées, ne

participant en aucune manière de la maigreur et de la recherche que l'on

peut reprocher au style de cette époque. D'ailleurs toutes empreintes du

même style, elles semblent élevées sous la direction d'un seul maître

des oeuvres. Les profils sont d'une beauté exceptionnelle pour le temps,

et la sculpture d'une largeur, d'une distinction qui ont lieu de

surprendre au milieu des mièvreries de la fin du XIVe siècle. La

statuaire qui reste encore à Pierrefonds, au château de la Ferté-Milon,

a toute l'ampleur de notre meilleure renaissance, et si les habits des

personnages n'appartenaient pas à 1400, on pourrait croire que cette

statuaire date du règne de François Ier. Encore en trouve-t-on fort peu,

à cette époque, qui ait cette largeur de style et ce faire monumental.

Des fragments de la statuaire du château de Pierrefonds, le Charlemagne,

le roi Artus[133], l'archange saint Michel de la tour de l'est, la

Vierge du grand bas-relief de la façade, sont des oeuvres de maîtres

consommés dans la pratique de leur art, et tout remplis d'un beau

sentiment. Jamais peut-être on n'a si bien vêtu la statuaire en faisant

sentir le nu sans affectation, et en donnant aux vêtements leur aspect

réel, aisé, sans recherche dans l'imitation des détails. Des statues

tombales du commencement du XVe siècle sont d'une largeur de style dont

la renaissance s'éloigne trop souvent. Il nous suffit de citer la statue

d'Isabeau de Bavière, à Saint-Denis; celle d'un évêque, d'albâtre gris,

du musée de Toulouse; celles des princes de la maison de Bourbon, dans

l'église abbatiale de Souvigny; de nombreux fragments déposés aux musées

de Dijon, de Rouen, d'Orléans, de Bourges.

Il est clair que cet art français de 1390 à 1410 était loin de la

maigreur, de la pauvreté que lui reprochent ceux qui vont chercher des

exemples de la dernière statuaire gothique en Belgique ou sur les bords

du Rhin. L'ornementation de Pierrefonds est en l'apport avec cette bonne

statuaire; elle est ample, monumentale, admirablement composée et d'une

exécution sobre et excellente. Les statues des pieuses qui décorent les

tours existantes du château de la Ferté-Milon présentent les mêmes

qualités. C'est un art complet, qui n'est plus l'art du XIIIe siècle,

qui n'est plus la décadence de cet art, tombant dans la recherche, mais

qui possède son caractère propre. C'est une véritable renaissance, mais

une renaissance française, sans influence italienne. Les Valois, ces

princes d'Orléans, Louis, Charles, et enfin celui qui devint Louis XII,

avaient pris évidemment la tête des arts en France, s'en étaient faits

les protecteurs éclairés, et, sous leur patronage, s'élevaient des

édifices qui devançaient, suivant une direction plus vraie, le mouvement

du XVIe siècle. Témoin l'ancien hôtel de ville d'Orléans, aujourd'hui le

musée, bâti en 1442, et auquel on assignerait une date beaucoup plus

récente[134]. Cet édifice, dont la façade est due au maître Viart,

présente une ornementation charmante, originale, qui n'a plus rien de

l'ornementation gothique, mais qui est mieux entendue et surtout d'une

composition plus large que celle admise sous François Ier, alors que les

arts d'Italie avaient exercé une influence sur nos artistes. Pour en

revenir au château de Pierrefonds, qui nous paraît être le point de

départ d'une réforme malheureusement interrompue par les guerres et plus

tard par l'introduction de l'élément italien, son ornementation prend un

caractère particulier. On ne trouve plus là de ces sculptures d'une

échelle qui ne tient pas compte de l'architecture. Au contraire,

l'échelle de cette ornementation est en rapport parfait avec la

destination et la place, claire, facile à saisir, et s'inspirant de la

flore sans se soumettre à une imitation absolue. Les beaux rinceaux de

feuillages, par exemple, qui entourent les grandes niches des preux,

posées à 25 mètres du sol, et qui sont destinées à être vues de fort

loin, ont toute l'ampleur que comporte la place. Leur modelé accentué

produit un effet très-riche, sans confusion, défaut si commun dans

l'ornementation du XVIe siècle. Il y avait donc, dès le commencement du

XVe siècle, à côté de la vieille école gothique qui se mourait, un noyau

d'artistes préparant une renaissance dans toutes les branches de

l'architecture. Malgré les malheurs des temps, cette école se

maintenait, et la pratique de l'art, loin de s'abaisser, atteignait au

milieu du XVe siècle un haut degré de perfection. L'ornementation des

parties de la sainte Chapelle qui datent de Charles VII, ainsi que celle

des édifices du temps de Louis XI, est parfois large et bien composée,

préférable sous ce rapport à la sculpture de la fin du XIVe siècle, qui

pèche par la maigreur et le défaut d'échelle; toujours cette

ornementation est exécutée avec une habileté surprenante. À voir les

choses sans prévention, c'est bien plutôt cette école française du XVe

siècle qui forme nos artistes de la renaissance que les relations avec

l'Italie, comme nous l'expliquons ailleurs[135].

Les écoles laïques qui, dès la fin du XIIe siècle, s'emparèrent de la

culture des arts, étaient parties d'un bon principe: solidarité entre

les oeuvres concourant à un ensemble monumental, et étude réfléchie de

la nature. Si ces écoles subirent à certains moments les influences de

la mode, ces écarts ne les détournaient pas de cette étude constante.

C'était dans leur propre fonds qu'elles puisaient, non dans l'imitation

d'arts étrangers à leur essence. Elles ne se faisaient ni grecques, ni

romaines, ni byzantines, ni allemandes; elles suivaient leur voie, elles

vivaient dans leur temps, et leur temps les comprenait. C'était là une

force, la force qui avait soutenu l'art grec. Si prévenu que l'on soit

contre la sculpture du moyen âge, on ne saurait méconnaître son

originalité; cette qualité suffit à lui donner un rang élevé dans

l'histoire des arts. À vrai dire, tout art qui manque d'originalité, qui

ne vit que d'emprunts, ces emprunts fussent-ils faits aux meilleures

sources, ne peut espérer conserver une place dans le cours des siècles;

il est bientôt effacé, et va remplir ces limbes où demeurent dans

l'oubli toutes les oeuvres qui n'ont possédé qu'une vie factice.

Le moyen âge a très-fréquemment coloré la statuaire et l'ornementation

sculptée. C'est encore un point de rapport entre ces arts et ceux de

l'antiquité grecque. La statuaire du XIIe siècle est peinte d'une

manière conventionnelle. On retrouve, sur les figures de la porte de

l'église abbatiale de Vézelay dont nous avons entretenu nos lecteurs, un

ton généralement blanc jaunâtre; tous les détails, les traits du visage,

les plis des vêtements, leurs bordures, sont redessinés de traits noirs

très-fins et très-adroitement tracés afin d'accuser la forme. Le même

procédé est employé à Autun, à Moissac. Derrière les figures, les fonds

sont peints en brun rouge ou en jaune d'ocre, parfois avec un semis

léger d'ornements blancs. Cette méthode ne pouvait manquer de produire

un grand effet. Rarement, dans la première moitié du XIIe siècle,

trouve-t-on des statues colorées de divers tons. Quant aux ornements,

ils étaient toujours peints de tons clairs, blancs, jaunes, rouges, vert

pâle, sur des fonds sombres. C'est vers 1140 que la coloration s'empare

de la statuaire, que cette statuaire soit placée à l'extérieur ou à

l'intérieur. Les deux statues de Notre-Dame de Corbeil, dont nous avons

parlé au commencement de cet article, étaient peintes de tons clairs,

mais variés, les bijoux rehaussés d'or. Les statues du portail

occidental de Chartres étaient peintes de la même manière. Quelquefois

même des gaufrures de pâte de chaux étaient appliquées sur les

vêtements, ainsi qu'on peut le constater encore au portail de la

cathédrale d'Angers. Ces gaufrures étaient peintes et dorées, et

figuraient des étoffes brochées ou des passementeries. Les nus de la

statuaire, à cette époque, sont très-peu colorés, presque blancs et

redessinés par des traits brun-rouge.

Il va sans dire que la statuaire des monuments funéraires était peinte

avec soin, et c'est sur ces ouvrages d'art que l'on peut encore

aujourd'hui examiner les moyens de coloration employés. Nous avons vu les

statues des Plantagenets, à Fontevrault, entièrement couvertes de leur

ancienne peinture avant le transport de ces figures au musée de

Versailles.

Le XIIIe siècle ne fit que continuer cette tradition. La statuaire et

l'ornementation des portails de Notre-Dame de Paris, des cathédrales de

Senlis, d'Amiens, de Reims, des porches latéraux de Notre-Dame de

Chartres, étaient peintes et dorées. Et de même que la sculpture, la

coloration penchait vers le naturalisme. Toutefois cette peinture ne

consistait pas seulement en des tons posés à plat sur les vêtements et

les nus: l'art intervenait. Dans les plis enfoncés, dans les parties qui

sont opposées à la lumière, ou qui pouvaient accrocher des reflets trop

brillants, on reconnaît l'apposition de glacis obscurs. Des redessinés

vigoureux en noir ou en brun donnent du relief au modelé, de la vie aux

nus. Ainsi dans les fonds des plis de robes bleu clair, le peintre a

posé un glacis roux; d'autres fois a-t-on fait valoir des tons jaune

pur, dans la lumière, par des glacis froids obtenus par du noir. Des

artistes qui ont fait les admirables vitraux des XIIe et XIIIe siècles,

avaient une connaissance trop parfaite de l'harmonie des couleurs pour

ne pas appliquer cette connaissance à la coloration de la sculpture. Et,

à vrai dire, cela n'est point aussi facile qu'on le pourrait croire tout

d'abord. Les tentatives en ce genre que l'on a faites de notre temps

prouvent que la difficulté en pareil cas est grande, au contraire, quand

on veut conserver à la sculpture sa gravité, son modelé, et que l'on

prétend obtenir autre chose que des poupées habillées. L'harmonie des

tons entre pour beaucoup dans cette peinture d'objets en relief, et

cette harmonie n'est pas la même que celle adoptée pour les peintures à

plat. Ainsi, par exemple, dans les peintures à plat, les artistes du

moyen âge mettent rarement l'un à côté de l'autre deux tons de couleurs

différentes, mais de même valeur; c'est une ressource dont ils n'usent

qu'avec parcimonie. Dans la sculpture, au contraire, à dater du XIIIe

siècle, ces artistes cherchent des tons de valeurs pareilles, se fiant

d'ailleurs au modelé du relief pour empêcher qu'ils ne gênent le regard.

En effet, les ombres naturelles neutralisent la dissonance qui résulte

de la juxtaposition de deux tons d'égale valeur, et ces égales valeurs

donnent aux reliefs une unité, une grandeur d'aspect, que des tons de

valeurs très-dissemblables leur enlèveraient. Cette étude peut être

faite sur quelques monuments colorés qui existent encore, comme par

exemple le retable de la chapelle de Saint-Germer déposé au musée de

Cluny, des tombeaux de l'abbaye de Saint-Denis, des parties des

bas-reliefs de Notre-Dame d'Amiens (portail occidental), de Notre-Dame

de Reims (porte nord, masquée). C'est surtout dans la grande sculpture

extérieure que l'on peut constater ce système de coloration pendant la

première moitié du XIIIe siècle. Une statue est-elle revêtue d'une robe

et d'un manteau, le peintre, adoptant le bleu pour la robe et le pourpre

pour le manteau, a préparé ses deux tons de manière qu'ils présentent à

l'oeil une même valeur. Chaque couleur a une échelle chromatique de

nuances; en supposant pour chaque couleur une échelle de cinq nuances,

l'artiste, pour une même figure, adoptera, par exemple, les tons bleu et

pourpre nº 3, mais bien rarement nº 2 et nº 3. Ainsi ces colorations

laissent-elles à la sculpture sa grandeur. Plus tard, au contraire, vers

la fin du XIIIe siècle, les peintres de la sculpture cherchent les

oppositions. Ils poseront sur une même statue un ton rose et un ton bleu

foncé, vert blanchâtre et pourpre sombre. Aussi la sculpture peinte, à

dater de cette époque, perd-elle la gravité monumentale qu'elle avait

conservée pendant la première moitié du XIIIe siècle. On ne tarda pas

cependant à reconnaître les défauts de cette coloration heurtée, vive,

brillante et trop réelle, car vers la fin du XIVe siècle, tout en

conservant des tons de valeurs différentes sur une même statue, on

couvrit si bien ces tons de détails d'ornements d'or, bruns, noirs, que

ce réseau dissimulait les oppositions de couleurs et rendait de l'unité

à l'ensemble de la figure. Les colorations de la statuaire ou de la

sculpture d'ornement au XVe siècle sont plus rares à l'extérieur des

édifices. Ces peintures sont réservées pour les tombeaux, les retables,

les meubles et bas-reliefs intérieurs. Toutefois on trouve encore à

cette époque des traces de colorations extérieures: ainsi les statues

dont nous parlions tout à l'heure, qui ont été découvertes dans les

ruines du château de Pierrefonds, et qui décoraient les façades, les

tours, étaient peintes, mais de trois tons seulement: le jaune, le brun

rouge et le blanc. Presque toute la sculpture de l'hôtel de

Jacques-Coeur, à Bourges, était peinte; on distingue encore quelques

traces des tons employés.

Pendant la renaissance encore reste-t-il quelques traces de ces

traditions, malheureusement perdues définitivement depuis le XVIIe

siècle.

Il faut reconnaître que la peinture appliquée à la sculpture lui donne

une valeur singulière, mais à la condition que cette application soit

faite avec intelligence et par des artistes qui ont acquis l'expérience

des effets de la couleur sur des objets modelés, effets, comme nous le

disions plus haut, qui ne sont point ceux produits sur des surfaces

plates. Des tons très-sombres, par exemple, qui seraient lourds et

feraient tache sur une peinture murale, prennent de l'éclat sur des

reliefs. Un ton noir posé sur le vêtement d'une statue, par l'effet de

la lumière, se détacherait en clair sur un fond de niche brun rouge.

Cette sorte de peinture demande donc une étude spéciale, une suite

d'observations sur la nature même, si l'on veut obtenir des résultats

satisfaisants. Mais déclarer que la peinture appliquée sur la sculpture

détruit l'effet de celle-ci, que c'est la conséquence d'une dépravation

du goût, parce que quelques badigeonneurs ont posé du rouge ou du bleu

au hasard sur des statues et que cela est ridicule, c'est juger la

question un peu vite, d'autant que les Grecs ont de tout temps peint la

sculpture comme ils peignaient l'architecture; ils ne sauraient

cependant être considérés comme des barbares. Malgré des abus, l'art de

la période du moyen âge vers son déclin manifestait encore une grande

force vitale. La sculpture à cette époque n'est point tant à dédaigner

qu'on veut bien le dire: elle possède un sentiment de l'effet, une

expérience longuement acquise, qui lui donnent une grande importance;

elle atteint d'ailleurs une parfaite sûreté d'exécution. De cette école

sont sortis nos meilleurs artistes de la renaissance.

Pour conclure, il ne faut pas demander à l'art de la sculpture du moyen

âge des modèles à imiter, pas plus qu'il n'en faudrait demander aux arts

de la Grèce. Ce qu'il faut y chercher, ce sont les principes sur

lesquels ces arts se sont appuyés, les vérités qu'ils ont su aborder, la

manière de rendre les idées et les sentiments de leur temps. Faisons

comme ils ont fait, non ce qu'ils ont fait. Il en est de cela comme de

la poésie: celle-ci est toujours nouvelle et jeune, parce qu'elle réside

dans le coeur de l'homme; mais tout attirail poétique vieillit, même

celui de Virgile, même celui d'Homère.

Le lever du soleil est toujours un spectacle émouvant et neuf; et si nos

premiers parents pouvaient dire que les cavaliers célestes, les Acwins,

précédaient le char de Sâvitri à la main d'or; Homère, que l'Aurore aux

doigts de rose ouvrait les portes de l'Orient; les trouvères, que le

soleil sortait des flots ou de la plaine; ne devrions-nous pas dire:

«Dans leur révolution, nos plaines, nos montagnes, de nouveau se

présentent aux rayons du soleil.» En faisant tomber de leur sphère

surnaturelle tous les mythes poétiques des Védas, de l'antique Hellade,

n'avons-nous pas aperçu, derrière ces personnifications des forces de la

nature, des horizons bien autrement étendus, et l'épopée scientifique de

la formation de l'univers n'offre-t-elle pas à l'esprit de l'homme une

large pâture, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir les Titans

et le règne de Saturne? Soyons vrais: dans l'art, c'est à la vérité

seule qu'il faut demander la vie, l'originalité, la source intarissable

de toute beauté.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Illustration: Fig. 16.]

[Illustration: Fig. 17.]

[Illustration: Fig. 18.]

[Illustration: Fig. 19.]

[Illustration: Fig. 20.]

[Illustration: Fig. 21.]

[Illustration: Fig. 22.]

[Illustration: Fig. 23.]

[Illustration: Fig. 24.]

[Illustration: Fig. 25.]

[Illustration: Fig. 26.]

[Illustration: Fig. 27.]

[Illustration: Fig. 28.]

[Illustration: Fig. 28. bis.]

[Illustration: Fig. 28. ter.]

[Illustration: Fig. 29.]

[Illustration: Fig. 30.]

[Illustration: Fig. 33.]

[Illustration: Fig. 34.]

[Illustration: Fig. 35.]

[Illustration: Fig. 36.]

[Illustration: Fig. 37.]

[Illustration: Fig. 38.]

[Illustration: Fig. 39.]

[Illustration: Fig. 40.]

[Illustration: Fig. 41.]

[Illustration: Fig. 41. bis.]

[Illustration: Fig. 42.]

[Illustration: Fig. 43.]

[Illustration: Fig. 44.]

[Illustration: Fig. 45.]

[Illustration: Fig. 46.]

[Illustration: Fig. 47.]

[Illustration: Fig. 48.]

[Illustration: Fig. 49.]

[Illustration: Fig. 50.]

[Illustration: Fig. 51.]

[Illustration: Fig. 52.]

[Illustration: Fig. 53.]

[Illustration: Fig. 54.]

[Illustration: Fig. 55.]

[Illustration: Fig. 56.]

[Illustration: Fig. 57.]

[Illustration: Fig. 58.]

[Illustration: Fig. 59.]

[Illustration: Fig. 60.]

[Illustration: Fig. 61.]

[Illustration: Fig. 62.]

[Illustration: Fig. 63.]

[Illustration: Fig. 64.]

[Illustration: Fig. 65.]

[Illustration: Fig. 66.]

[Illustration: Fig. 67.]

[Illustration: Fig. 68.]

[Illustration: Fig. 69.]

[Illustration: Fig. 70.]

[Illustration: Fig. 71.]

[Illustration: Fig. 72.]

[Illustration: Fig. 73.]

[Illustration: Fig. 74.]

[Illustration: Fig. 75. 1.]

[Illustration: Fig. 75. 2.]

[Illustration: Fig. 75. 3.]

[Illustration: Fig. 76.]

[Illustration: Fig. 77.]

[Illustration: Fig. 78.]

[Note 61: Commencement d'un ouvrage (Diog. Laerce, II, 6;

Walken, _Diatrib. in Euripid. fragm._).]

[Note 62: Voyez ARCHITECTURE MONASTIQUE_.]

[Note 63: Voyez l'ouvrage de M. le comte Melchior de

Vogué et de M. Duthoit, sur les villes entre Alep et Antioche

(_Syrie centrale_).]

[Note 64: M. Paul Durand a calqué un grand nombre de ces

peintures qui datent des VIIIe, IXe, Xe et XIe siècles, et

qui sont du plus beau style. Il serait fort à désirer que ces

calques fussent publiés.]

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 24 / 47 段