Ainsi est tracée la rose occidentale de la sainte Chapelle du palais.

Six rayons rectilignes la divisent en six grands segments, qui sont

remplis par deux courbes principales étrésillonnées par un réseau de

courbes secondaires. Les charges ou pressions se répartissent dès lors

sur l'ensemble de l'arcature. Mais il ne faut pas croire, comme

plusieurs affectent de le dire, que ces courbes sont _capricieusement_

agencées, elles dérivent d'un tracé géométrique très-rigoureux. Le rayon

de l'oeil _ab_ ayant été tracé, la portion du grand rayon _bc_ restant a

été divisée en trois parties égales. La ligne _ae_ est le diamètre d'un

hexagone, sur les côtés duquel ont été posés les centres _f_ des

portions de cercle _bg_. Sur le côté _ff'_ de l'hexagone a été posé le

centre _h_ de la portion de cercle _gi_; du point _h_ il a été tirée une

ligne parallèle au grand rayon _a_B; prenant le tiers de la portion de

circonférence _c_B, on a obtenu le point _j_. De ce point _j_ on a tiré

une ligne tangente à la courbe _gi_, qui donne l'axe sur lequel doivent

se rencontrer les courbes du réseau secondaire du grand lobe. Sur la

ligne A C parallèle au grand rayon _a_B, on a cherché le centre K de

l'arc de cercle _lj_, la ligne _l_K, étant parallèle au côté de

l'hexagone. Du point K on a tiré une ligne perpendiculaire à l'axe _j_D;

sur cette ligne a été cherché en _n_ le centre de l'arc de cercle _il_.

Sur cette même ligne E_m_, à une égale distance de l'axe D_j_, en _o_, a

été posé le centre de l'arc _mj_; sur cette même ligne, en _p_, a été

cherché le centre de l'arc _mq_; sur le prolongement de cette même

ligne, en _r_, a été cherché le centre de l'arc _m_B. Ainsi ont été

tracés les principales courbes du compartiment. Un triangle équilatéral

divisé par l'axe D_j_ a donné les centres des lobes secondaires, comme

d'autres triangles équilatéraux, dans le grand lobe supérieur, ont donné

les centres des lobes secondaires de cette partie. Les côtés de ces

triangles équilatéraux ont donné les positions des pointes des redents

destinés à consolider le réseau. Notre figure fait assez comprendre la

position de ces centres sur les côtés des triangles équilatéraux, pour

qu'il ne soit pas nécessaire de fournir des explications plus

détaillées. Le profil G donne la section des membres principaux et celle

H des membres secondaires. Le tracé L, à une plus grande échelle, fait

voir comment ces membres secondaires pénètrent dans les membres

principaux. On observera que l'oeil est renforcé extérieurement par un

cercle et un redenté saillants qui lui donnent plus d'épaisseur, et par

conséquent plus de résistance, toutes les charges aboutissant à ce

cercle central. L'appareil indiqué sur notre figure fait voir comment

les morceaux de pierre sont coupés en raison des pressions qu'ils ont à

subir. Tous ces joints sont d'ailleurs coulés en plomb, comme dans

toutes les roses de quelque importance, à dater du XIIIe siècle; le

plomb formant lui-même goujon: tandis que dans les roses à rayons des

XIIIe et XIVe siècles, les constructeurs ont placé des goujons de fer

dans les lits, ce qui fait parfois éclater les pierres, par suite de

l'oxydation. La rose de la sainte Chapelle du palais a été taillée dans

de la pierre dure de Vernon, et n'avait subi que des altérations

partielles, par suite d'un écartement des deux tourelles formant

contre-forts[34].

Il n'était pas possible de pousser plus loin la légèreté dans ces

combinaisons de réseaux de pierre destinés à maintenir des vitraux. La

science du tracé, la précision de l'exécution, le calcul des pressions

et des résistances, avaient atteint leurs dernières limites, et les

roses que l'on fit encore au commencement du XVIe siècle sont loin de

remplir au même degré ces conditions.

C'est dans les provinces de l'Île-de-France et de la Champagne que les

roses ont le plus d'étendue et sont combinées avec le plus de savoir et

de goût. Cependant on ne saurait passer sous silence les belles roses de

la cathédrale de Chartres, qui datent de la première moitié du XIIIe

siècle, et qui sont si remarquables par leur style et leur

exécution[35]. Celle de la façade occidentale, notamment, est un

véritable chef-d'oeuvre, qui avait attiré l'attention de Villard de

Honnecourt, puisqu'il le donne dans son album; mais cette rose a été

gravée dans plusieurs recueils avec assez de soin et d'exactitude pour

que nous ne croyions pas nécessaire de la reproduire ici. Elle se

recommande par une structure singulièrement robuste et des combinaisons

d'appareil d'une énergie rare. Mais la pierre employée (calcaire de

Berchère) ne permettait pas ces délicatesses de tracés, ces fines

découpures des roses de l'Île-de-France et de Champagne.

Une école du moyen âge fort remarquable, celle de Bourgogne, semble

n'avoir admis le principe des roses qu'avec défiance. Dans cette

province, les roses sont petites et n'apparaissent que tardivement.

Cependant la Bourgogne possède des matériaux qui se prêtent parfaitement

à ce genre de claires-voies. On voit apparaître les premières roses dans

la petite église de Montréal (Yonne), qui date des dernières années du

XIIe siècle. Celle qui s'ouvre à l'abside est remarquable par la naïveté

de sa structure. Nous en donnons le quart (fig. 13). Elle se compose de

trois zones de petites dalles découpées, de 0m,13 d'épaisseur, formant

trois rangées de demi-cercles ajourés et chanfreinés entre les coupes.

Pour faire saisir la taille de ces morceaux de pierre, nous présentons

en A l'un de ceux de la zone intermédiaire, et en B l'un de ceux de la

zone intérieure. Ces dalles sont simplement posées sur mortier et

forment trois rangées de claveaux évidés. À l'intérieur, les chanfreins

sont continus, comme il est indiqué en _a_, pour mieux dégager les

panneaux de vitraux pris en feuillure. La rose occidentale de la même

église se compose d'une suite de rayons formés par de très-jolies

colonnettes et terminés par une arcature ajourée. Signalons aussi les

roses de la cathédrale de Langres, qui, comme style, appartiennent à la

Bourgogne et qui datent de la même époque (fin du XIIe siècle). Ces

roses consistent simplement en de grands redents ajourés, clavés entre

eux, et réunis au centre par un cercle de fer (fig. 14). Ces roses sont

d'une très-petite dimension, et ne peuvent être mises en parallèle avec

nos grandes roses de l'Île-de-France datant de la même époque, comme

celles de Braisne, des cathédrales de Paris, de Laon, de Soissons, etc.

On peut classer parmi les roses des oeils de 1 à 2 mètres de vide, qui

s'ouvrent dans des gâbles de pignons et sous les murs-tympans de

quelques édifices de la France méridionale.

Le mur de l'abside carrée de la curieuse église de Royat (Puy-de-Dôme)

est percé d'une jolie rose du XIIIe siècle, à six lobes, sans réseau

intérieur. Cette rose, dont nous donnons (fig. 15) la face extérieure en

A et la coupe en B, se compose de cinq rangs de claveaux assez

gauchement appareillés. Mais l'art dû à l'école laïque du Nord ne put

jamais être admis dans les provinces méridionales autrement que comme

une importation. On subissait l'influence de cet art, on en acceptait

parfois les formes, sans en comprendre la valeur au point de vue de la

structure.

Deux de ces oeils provenant de la cathédrale de Paris, tracés en C et en

D, font ressortir au contraire l'importance de la structure dans la

composition de ces à-jour d'une petite surface. La rose C est percée

dans le gâble du pignon occidental, et est destinée à éclairer la

charpente. Celles D sont ouvertes dans l'étage inférieur du beffroi des

tours. Ici le dessin coïncide avec l'appareil, et donne une suite

d'encorbellements très-judicieusement combinés pour ouvrir un jour dans

un parement, sans avoir recours à des arcs.

En terminant cet article, il faut citer les belles roses du milieu du

XIIIe siècle, de l'église abbatiale de Saint-Denis; celle de la chapelle

de Saint-Germer, qui reproduisait très-probablement la rose primitive de

la sainte Chapelle du palais à Paris; celle du croisillon sud de la

cathédrale de Sées, habilement restaurée par M. Ruprick Robert. Parmi

les roses de la fin du XIIIe siècle et du commencement du XIVe, celles

du transsept de la cathédrale de Clermont, qui sont ajourées, compris

les écoinçons hauts et bas, comme la rose de la sainte Chapelle de

Saint-Germain en Laye[36]; celles du transsept de la cathédrale de

Rouen, charmantes de style et d'exécution.

L'école normande toutefois, comme l'école anglaise, fut très-avare de

roses. Dans l'architecture de ces contrées, les grandes fenêtres

remplacent habituellement les roses ouvertes dans les murs-pignons des

transsepts. On ne voit pas que l'architecture gothique rhénane ait

adopté les grandes roses. À la cathédrale de Metz, par exemple, ce sont

d'immenses fenestrages qui éclairent le transsept. Les roses

appartiennent donc aux écoles laïques de l'Île-de-France et de la

Champagne, et encore voyons-nous que, dans cette dernière province, les

roses sont inscrites sous les formerets des grandes voûtes, et peuvent

ainsi être considérées comme de véritables fenêtres.

[Illustration: Fig. 1.]

[Illustration: Fig. 2.]

[Illustration: Fig. 3.]

[Illustration: Fig. 4.]

[Illustration: Fig. 5.]

[Illustration: Fig. 6.]

[Illustration: Fig. 7.]

[Illustration: Fig. 8.]

[Illustration: Fig. 9.]

[Illustration: Fig. 10.]

[Illustration: Fig. 11.]

[Illustration: Fig. 12.]

[Illustration: Fig. 13.]

[Illustration: Fig. 14.]

[Illustration: Fig. 15.]

[Note 24: Voyez FENÊTRE, fig. 1, 2, 3 et 6.]

[Note 25: Lors de la restauration, afin d'éviter les

effets de l'oxydation du fer sur la pierre et de ne pas

charger ce réseau de pierre, les panneaux des vitraux ont été

posés sur une armature intérieure de fer indépendante. Ainsi

n'existe-t-il plus aucune chance de destruction pour cette

belle composition.]

[Note 26: La construction de cet édifice dut être

commencée par Agnès de Braisne, femme de Robert de Dreux, en

1180. (Voyez la _Monogr. de St-Yved de Braisne_, par M.

Stanislas Prioux, 1859.)]

[Note 27: Voyez CATHÉDRALE.]

[Note 28: Cette rose sud du transsept de Notre-Dame de

Paris, par suite d'un mouvement prononcé d'écartement qui

s'était produit dès les fondations, dans les deux

contre-forts du pignon (le sol sur ce point étant

compressible), avait subi de telles déformations, sans que

toutefois ces déformations eussent causé une catastrophe, que

le cardinal de Noailles, au commencement du dernier siècle,

entreprit de faire reconstruire à neuf ce réseau de pierre.

Mais les coupes furent si mal combinées et les matériaux

d'une si médiocre qualité, que l'ouvrage menaçait ruine en

ces derniers temps; on avait d'ailleurs refait les écoinçons

inférieurs pleins, croyant probablement que cette

modification donnerait plus de solidité à l'ouvrage, ce qui

était une grande erreur, puisque ces écoinçons reposent

eux-mêmes sur une claire-voie que l'on chargeait ainsi d'un

poids inutile. Il fallut donc, il y a quelques années,

refaire cette rose. Heureusement, des fragments anciens

existaient encore, les panneaux des vitraux primitifs avaient

été replacés ainsi que les armatures de fer. Il fut donc

facile de reconstituer la rose dans sa forme première (cette

forme avait été quelque peu modifiée, notamment dans la coupe

des profils). Un puissant chaînage fut posé en L et en M,

pour éviter tout écartement; les contre-forts furent

consolidés. La rose du nord n'avait pas été refaite, bien

qu'elle se fût déformée par suite d'un écartement des

contre-forts; il a suffi, pour la restaurer, de la déposer,

et de refaire les morceaux brisés sous la charge par suite de

cet écartement. Mais ce qui fait ressortir la résistance de

ces grands châssis de pierre, lorsqu'ils sont bien combinés,

c'est qu'ils demeurent entiers pendant des siècles, malgré

les accidents tels que ceux que nous signalons.]

[Note 29: Les pilettes principales _h_ n'ont que 0m,20

sur 0m,36 de section en moyenne; les pilettes intermédiaires

_i_ n'ont que 0m,10 sur 0m,15. Elles sont taillées dans du

cliquart de la butte Saint-Jacques. Lorsqu'on les frappe, ces

pilettes résonnent comme du métal.]

[Note 30: Voyez CHAPELLE, fig. 4, 5 et 6.]

[Note 31: _L'architecture du_ Ve _au_ XVIe _siècle, et

les arts qui en dépendent_. Gide édit., t. I.]

[Note 32: Voyez PORCHE.]

[Note 33: La section des réseaux ayant beaucoup de champ

(voyez celle du réseau de la rose sud de Notre-Dame de

Paris), et peu de largeur, pour laisser plus de place aux

vitraux, il est évident que si une pression s'exerçait sur un

point du grand cercle, les rayons, ne pouvant rentrer en

eux-mêmes, trouvant une résistance sur leur champ, poussaient

l'oeil dans le sens le plus faible de leur section et le

faisaient pivoter.]

[Note 34: Voyez la _Monographie de la sainte Chapelle du

palais_, par V. Caillat, 1857.]

[Note 35: Voyez la _Monographie de la cathédrale de

Chartres_, publiée par Lassus, sous les auspices du Ministère

de l'instruction publique.]

[Note 36: À la cathédrale de Clermont, les roses ajourées

en carré sont ouvertes sous un formeret donnant une courbe

très-plate, ce qui produit un assez mauvais effet. Mais ce

n'est pas à Clermont qu'il faut aller étudier l'art du

XIIIe.]

* * * * *

S

SACRAIRE, s. m. Petite pièce voûtée, située près du choeur des églises,

où l'on renfermait les vases sacrés. Dans un grand nombre d'églises, la

sacristie servait de sacraire; c'était dans la sacristie que l'on

déposait les vases sacrés. Cependant on signale de véritables sacraires

annexés à des choeurs d'églises du moyen âge. L'ancienne cathédrale de

Carcassonne possède deux sacraires à droite et à gauche du sanctuaire

(voy. CATHÉDRALE, fig. 49), qui sont voûtés très-bas et munis d'armoires

à doubles vantaux. Ces sacraires datent du XIVe siècle. Nous en trouvons

également dans la cathédrale de Châlons-sur-Marne, qui datent du XIIe

siècle. Ces réduits n'ont pas d'issues sur l'extérieur, et s'ouvrent sur

l'église par des portes étroites et bien ferrées. Dans certaines églises

conventuelles, le sacraire, c'est-à-dire le dépôt des vases sacrés,

consistait en un édicule en pierre ou en bois placé près de l'autel.

Cette disposition était observée autrefois dans l'église abbatiale de

Cluny, dans celle de Saint-Denis, en France (voy. CHOEUR, fig. 2).

* * * * *

SACRISTIE, s. f. Salle située près du choeur des églises, servant à la

préparation des cérémonies du culte, permettant au clergé de revêtir les

habits de choeur, de renfermer les ornements, les vases sacrés dans des

armoires disposées à cet effet. Pendant le moyen âge, les églises

étaient toujours entourées de dépendances importantes. Autour des

églises conventuelles s'élevaient les bâtiments de la communauté; sur

l'un des flancs des églises cathédrales, les bâtiments épiscopaux; dans

le voisinage des paroisses, la cure et quelquefois des hospices. Ces

annexes aux églises, permettaient d'établir à rez-de-chaussée, et de

plain-pied avec le choeur, des salles plus ou moins nombreuses et

vastes, qui étaient affectées au service religieux. Cela explique

comment beaucoup de nos églises, dont les bâtiments annexes ont été

démolis, sont dépourvues de sacristies anciennes.

Cependant quelques cathédrales ont conservé leurs sacristies, parce

qu'elles dépendaient du monument lui-même. C'est ainsi que la cathédrale

de Rouen possède encore sa sacristie de la fin du XIIe siècle, accolée

au flanc sud du choeur; que des deux côtés du transsept de la cathédrale

de Laon on voit deux belles sacristies du commencement du XIIIe siècle;

que la cathédrale de Tours possède une vaste sacristie du XIIIe siècle;

que celle de Chartres, au côté nord du choeur, conserve une belle

sacristie du XIVe siècle (voyez CATHÉDRALE). Toutefois ces dépendances

sont aujourd'hui rarement suffisantes pour les besoins du clergé, les

évêchés ou bâtiments monastiques ayant été démolis ou affectés à

d'autres usages. Ces sacristies donnaient souvent sur un cloître, comme

à la cathédrale d'Amiens.

Une des plus anciennes sacristies dont nous ayons conservé les

dispositions, est celle de la cathédrale de Paris, qui réunissait

l'église au palais épiscopal. Il nous reste de ces salles de

très-curieux dessins déposés aux archives de l'empire[37], dessins que

nous reproduisons ici (fig. 1). Cette sacristie de Notre-Dame de Paris

se composait d'un bâtiment à deux étages, l'un au-dessous du sol de

l'église, l'autre à 5 mètres environ au-dessus.

Les constructions indiquées sur le plan A en noir dataient du temps de

Maurice de Sully, c'est-à-dire de la fin du XIIe siècle; celles teintées

en gris étaient postérieures. En B, est le bas côté sud du choeur de la

cathédrale; en C, le degré de six marches descendant à la sacristie

basse, et en D, l'escalier montant à la sacristie haute, qui servait

aussi de trésor. Il est vraisemblable que du temps de Maurice de Sully,

la sacristie basse comme la salle haute comprenaient tout le bâtiment.

Mais lorsqu'au commencement du XVIe siècle, l'évêque Étienne de Poncher

fit doubler la grande salle G par une galerie E, le passage F entre la

sacristie et l'évêché se trouvant masqué, on établit, un passage H aux

dépens de la salle basse. L'officialité de l'évêque étant établie au

rez-de-chaussée de la grande salle G, la tour I servait de geôle. La

coupe P, faite sur l'axe longitudinal de la sacristie, indique la

disposition des salles affectées au service religieux. En démolissant la

sacristie bâtie par Soufflot dans le dernier siècle, nous avons retrouvé

les fenêtres en tiers-point K, percées à travers les contre-forts de

l'église. Du palier C, on descendait encore à deux petits vestiaires

voûtés sous les chapelles qui, au XIIIe siècle, furent bâties entre ces

contre-forts.

Ces annexes contemporaines de l'évêque Maurice de Sully, constructeur du

choeur de l'église Notre-Dame de Paris, font connaître que les services

des sacristies, autrefois, n'avaient pas l'importance qu'ils ont acquis

de nos jours. Ces services se composaient d'une ou de deux salles de

médiocre étendue. Il est vrai qu'autour de ces églises cathédrales, il

existait des bâtiments occupés par les chanoines, qui arrivaient tout

habillés au choeur par les cloîtres. Les sacristies des cathédrales de

Troyes, de Langres, d'Amiens, de Tours, de Chartres, de Noyon, du Mans,

de Bayeux, de Coutances, de Clermont, de Narbonne, de Limoges, qui

existent encore, n'ont pas même l'étendue de celles anciennes de la

cathédrales de Paris. Ce sont des salles voûtées qui prennent une ou

deux travées, et qui se confondent pour ainsi dire dans l'ordonnance du

grand monument. À l'extérieur, elles affectent cependant des

dispositions plus fermées que les chapelles; leurs fenêtres grillées

sont plus étroites et se rapprochent du style adopté pour les édifices

civils. Souvent, comme à Notre-Dame de Paris, elles possèdent un premier

étage qui servait de trésor, d'archives, de bibliothèque, c'est-à-dire

de dépôt pour les livres du choeur.

Nous ne devons pas omettre ici la jolie sacristie qui flanquait la

sainte Chapelle du palais, à Paris, et qui avait été construite en même

temps. Cette sacristie avait trois étages: le rez-de-chaussée, au niveau

du sol de la chapelle basse; le premier, au niveau du sol de la chapelle

haute ou Royale; le troisième, lambrissé, qui contenait de précieuses

chartes (voyez PALAIS, fig. 2 et 3). Ce bâtiment n'était réuni à la

sainte Chapelle que par une petite galerie et paraissait ainsi isolé. Il

était orienté comme la sainte Chapelle et terminé à l'est par une abside

à cinq pans (voy. CHAPELLE, fig. 1 et 2). Ce charmant édifice, dont nous

ne possédons que des dessins et des gravures, fut démoli vers la fin du

dernier siècle, pour bâtir cette galerie qui, du côté du nord, masque si

désagréablement la sainte Chapelle. Au château de Vincennes, on voit

encore une disposition analogue bien conservée. La sainte Chapelle de ce

château est flanquée de deux sacraires et d'une sacristie, avec trésor

au-dessus (voy. CHAPELLE, fig. 8 et 9).

* * * * *

SALLE, s. f. À proprement parler, _salle_ s'entend comme espace

relativement vaste et couvert. Ainsi, pour une maison, la salle est

l'espace le plus spacieux où la famille se réunit, où l'on reçoit les

étrangers.

Pendant le moyen âge, on ne faisait pas cette distinction, toute

moderne, entre le salon et la salle à manger. Il y avait la salle, qui

était le centre, le local commun où l'on recevait, où l'on mangeait,

puis des chambres, garde-robes et réduits. Il y avait la salle basse

(rez-de-chaussée), pour les gens, les familiers; la salle haute (au

premier étage), pour le maître et les siens.

Nous avons peut-être pris certaines habitudes aux Romains, nos

conquérants, et il est à croire qu'au deuxième siècle de notre ère,

l'habitation d'un riche Gaulois ou Gallo-Romain, si l'on veut,

ressemblait fort à celle d'un Romain de Rome. Mais en pénétrant dans les

premiers temps du moyen âge, on ne trouve que peu de traces de ces

habitudes purement romaines, tandis qu'on en découvre beaucoup d'autres

qui n'ont point d'analogie avec celles-ci. Or, on nous permettra de

poser ce dilemme aux nombreux historiens passés et présents qui font

prévaloir l'influence des moeurs romaines sur les populations gauloises.

Ou cette influence n'était pas aussi considérable qu'on veut le croire,

n'avait pas pénétré dans les classes moyenne et inférieure de la nation,

ou elle a bien vite cédé aux moeurs des envahisseurs du nord-est au IVe

siècle, puisque, plus nous nous enfonçons dans les profondeurs du moyen

âge, plus nous trouvons des usages qui ne sont nullement romains. Dans

l'une ou l'autre de ces hypothèses, il faudrait reconnaître, ou que la

nation gauloise était restée fidèle à ses moeurs anti-romaines, malgré la

possession romaine, ou qu'elle s'est empressée de saisir la première

occasion qui lui permettait de reprendre des habitudes qui lui étaient

chères et qu'elle n'avait pas abandonnées volontiers. Il y a peu de

temps, il est vrai, que l'on s'est mis à étudier et à écrire l'histoire

en regardant au delà des événements politiques, lesquels n'ont pas sur

les nations l'influence qu'on leur a prêtée si longtemps. Conquérir un

peuple ou changer ses moeurs, ce sont deux opérations bien différentes,

et nous voyons que, même de nos jours, des populations nominativement

englobées dans une circonscription politique, dévoilent tout à coup des

tendances, des goûts, des aptitudes anti-pathiques à cette

classification politique.

Que les études archéologiques et ethnologiques aient été pour quelque

chose dans ces manifestations modernes, cela est possible, et

expliquerait même la répulsion instinctive de quelques personnages pour

ces études; mais le symptôme ne se manifesterait pas si la cause

n'existait pas. Or, dans les recherches historiques, les symptômes ou

les effets, si l'on veut, doivent être signalés avec soin, sous quelque

forme qu'ils se présentent. Donc, pour en revenir à l'objet qui nous

occupe, nous croyons que dès l'époque mérovingienne, la salle prend un

rôle très-important. Ces barbares, ces Francs venus du nord-est, qui

envahissent le sol gaulois, bâtissent des salles, ou transforment des

édifices gallo-romains de manière à posséder avant tout une salle propre

à réunir leurs leudes, et à organiser ces banquets homériques qui

duraient tant qu'il restait des vivres à consommer. Rien de semblable

dans les habitudes des Romains. La basilique romaine était un édifice

public, sorte de bourse où se traitaient toutes sortes d'affaires; lieu

de rendez-vous, tribunal où l'on rendait la justice. Mais la basilique

romaine n'avait pas le caractère individuel de la salle des

mérovingiens. Le Romain, chez lui, recevait peu de monde; sa vie se

passait sur la place publique, dans les thermes ou sous les portiques.

Ses clients, ses affranchis, l'attendaient à la porte de sa maison, sur

la voie publique. Entre la famille du Romain et ses clients, si nombreux

ou si gros personnages qu'ils fussent, il y avait toujours une barrière

infranchissable. Or, les auteurs anciens qui ont décrit les moeurs des

Gaulois nous les représentent tous comme aimant les réunions nombreuses,

les banquets, les assemblées, comme introduisant facilement dans leurs

maisons, non-seulement leurs proches, les hommes du clan, mais les

étrangers; comme se plaisant à l'hospitalité plantureuse. Les

conquérants barbares manifestent les mêmes goûts, et la nation gauloise

tout entière, loin d'être romanisée sous ce rapport, et de réagir contre

ces moeurs des nouveaux venus, les adopte, ou, ce qui paraît plus

probable, n'avait jamais cessé de les pratiquer. Si, pour un chef franc,

la salle était l'habitation tout entière, si les _villæ_ mérovingiennes

consistaient surtout en un grand bâtiment propre à recevoir une

nombreuse assemblée, entouré de quelques dépendances pour l'habitation

des serfs, des colons, pour abriter les bestiaux et contenir des

provisions, l'habitation du citadin, d'aussi loin que nous pouvons

l'entrevoir, se compose également de la salle où l'on reçoit les allants

et venants, où l'on réunit la famille, les amis, les étrangers, où l'on

mange en commun, où se traitent les affaires.

La _salle_ appartient donc bien aux races du Nord; on la retrouve

partout où elles s'établissent, en Bretagne, en Germanie, dans les

Gaules. C'est donc un des programmes les plus importants dans l'art de

l'architecture du moyen âge, un de ceux qui se modifient le moins depuis

les premiers siècles jusqu'au XVIIe; et, chose singulière, c'est un des

programmes les moins définis, probablement parce que tout le monde, du

petit au grand, savait ce qu'était la salle.

Dans son _Dictionnaire historique d'architecture_, M. Quatremère de

Quincy s'exprime ainsi à propos des _salles_: «Il ne serait point

possible aujourd'hui d'assigner dans l'architecture moderne

(c'est-à-dire depuis l'antiquité), aux _salles_ les plus remarquables,

ni forme particulière, ni caractère général susceptible de devenir

l'objet, soit d'une théorie, soit d'une pratique fondée sur quelque

usage constant...»

Si nous nous en tenions à cette phrase un peu ambiguë du célèbre

académicien, les grandes salles des palais, des châteaux, n'auraient pas

été «l'objet d'une pratique fondée sur un usage constant.» Probablement

ces vastes espaces couverts auraient été dus au hasard. C'est pourtant à

des conclusions de cette force que conduit l'esprit exclusif, fût-il

appuyé sur le savoir et une haute intelligence.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 6 / 47 段