L'arcature externe, qui, dans la rose de 1220, forme un clavage trapu,

s'est dégagée, mais elle existe; les colonnettes-rayons subsistent et

sont étrésillonnées avec plus d'adresse; l'oeil s'est amoindri; enfin

les écoinçons inférieurs ont été percés, pour ajouter une surface de

plus à cette page colossale de vitraux. Si la composition de ce réseau

est d'un agréable aspect, le savoir du constructeur est fait pour nous

donner à réfléchir. Car dans ce grand châssis de pierre, les effets des

pressions sont calculés avec une adresse rare. D'abord, en jetant les

yeux sur l'appareil indiqué dans notre figure, on verra que toute la

partie supérieure du grand cintre, compris le clavage de l'arcature

externe G, ne charge pas le réseau, qui ne pèse sur lui-même qu'à partir

des coupes H. Que ces charges sont reportées sur les rayons principaux

K, lesquels sont étrésillonnés dans tous les sens; que l'appareil est

tracé de manière à éviter les brisures en cas d'un mouvement. Que les

coupes étant toujours normales aux courbes, les pressions s'exercent

dans le sens des résistances. Que les écoinçons ajourés B, qui

supportent une pression considérable, sont combinés en vue de résister

de la façon la plus efficace à cette pression. Que les armatures de fer

destinées à maintenir les panneaux de verre, pris en feuillure, dans

l'épaisseur du réseau, ajoutent encore au système général

d'étrésillonnement[28].

Quand l'ingénieur Polonceau imagina le système de cercles de fer pour

résister à des pressions entre le tablier et les arcs d'un pont, il ne

faisait, à tout prendre, qu'appliquer un principe qui avait été employé

six siècles avant lui. On vanta, et avec raison, le système nouveau ou

plutôt renouvelé, mais personne ne songea à tourner les yeux vers la

cathédrale de Paris et bien d'autres édifices du XIIIe siècle, dans

lesquels on avait si souvent et si heureusement employé les cercles

comme moyen de résistance opposé à des pressions. Dans les deux roses du

transsept de Notre-Dame de Paris, il n'était pas possible de trouver un

moyen plus efficace pour résister à la pression qui s'exerce sur le côté

curviligne de ces triangles que le cercle de pierre B, étrésillonné

lui-même puissamment par les petits triangles curvilignes R. Les

crochets-étrésillons S complètent le système des résistances. N'oublions

pas que cette énorme claire-voie circulaire ne pose pas sur un mur

plein, mais sur une galerie ajourée elle-même, d'une extrême

délicatesse; que pour ne pas écraser les colonnettes et prismes de cette

galerie, il fallait que la rose exerçât sur ces frêles points d'appui

une pression également répartie; car si les points d'appui verticaux de

cette galerie ont une résistance considérable ensemble, ils n'en ont

qu'une assez faible pris isolément. Le problème consistait donc à faire

de la rose une armature homogène, n'appuyant pas plus sur un point que

sur un autre. Les écoinçons ajourés, avec leur grand cercle B, leurs

triangles curvilignes R et leurs crochets S, répartissent les pesanteurs

sur l'assise inférieure T, de telle sorte que tous les points de cette

assise se trouvent également chargés. D'ailleurs les deux parois

ajourées X, Y, de la galerie, formant chevalement, décomposent les

pressions au moyen de l'arcature C, qui forme une suite d'étrésillons

remplaçant des croix de Saint-André en charpente. La preuve que le moyen

adopté est bon, c'est que, malgré les restaurations maladroites du

dernier siècle, malgré l'écartement des contre-forts, aucune des

pilettes de cette galerie n'était brisée. L'arcature C elle-même avait

très-peu souffert[29]. Pour diviser les pressions, pour arriver à faire

de ce châssis de pierre une surface homogène, le maître de l'oeuvre,

Jean de Chelles, avait d'abord ses douze rayons rectilignes principaux

étrésillonnés à moitié de leur longueur par les arcs _l_,

contre-étrésillonnés eux-mêmes par les douze rayons secondaires _m_. À

ce point, le réseau s'épanouit, se divise, répartit ses charges par une

suite de courbes et de contre-courbes sur vingt-quatre rayons

aboutissant au cercle principal, qui est doublé. Un de ces rayons porte

sur l'axe de la galerie; les dix autres, à droite et à gauche de l'axe,

ont leurs pressions décomposées par les écoinçons armés de leurs cercles

et de leurs triangles curvilignes. Ces charges sont si bien divisées,

décomposées, que des membres entiers de cette rose pourraient être

enlevés sans que l'ensemble en souffrît. C'était donc un raisonnement

juste qui avait conduit à adopter ces réseaux avec courbes et

contre-courbes. Dans les roses primitives, comme celles de Braisne ou de

la façade occidentale de la cathédrale de Paris, si un rayon, un membre

venait à manquer, toute l'économie du système était compromise; tandis

qu'ici les chances de conservation étaient multiples, et, en effet,

beaucoup de ces roses, qui ont six siècles d'existence, qui ont subi des

déformations notables ou des mutilations, sont cependant restées

entières, comme un large treillis de bois pouvant impunément être

déchiré partiellement sans tomber en morceaux.

Il y a autre chose, dans ces compositions, que le capricieux

dévergondage d'une imagination encore un peu barbare; il y a une

profonde expérience, un calcul judicieux, un savoir étendu et une bien

rare intelligence de l'application des nécessités de la structure à

l'effet décoratif.

Nous donnons ici le cube de pierre employé dans ce réseau, à partir du

niveau de la galerie à jour.

L'oeil cube 0m,94

Les colonnettes intérieures cubent 2m,12

Les découpures au-dessus cubent 2m,26

Les colonnettes extérieures cubent 1m,84

Les petites colonnettes intermédiaires cubent 0m,44

Les grandes découpures au-dessus cubent 5m,42

Les petits redents cubent 2m,86

Les morceaux d'arcatures sommiers cubent 4m,41

Les redents intermédiaires cubent 1m,47

Les grands morceaux d'arcatures cubent 11m,28

Les morceaux d'entourage cubent 18m,00

Les écoinçons cubent 3m,40

______

Total 54m,44

La surface de cette rose ayant 143m,00, le cube de pierre par mètre

superficiel est de 0m,38; cube très-supérieur à celui de la rose occidentale.

Il nous faut maintenant examiner les sections des différents membres de

cette rose (fig. 8). Le profil dont l'axe est en A est la section sur

_ab_ (voy. la fig. 7), sur les membres principaux de la rose. Le profil

dont l'axe est en B est la section sur les membres secondaires _c_, _d_.

Le profil dont l'axe est en C est la section sur les membres tertiaires,

qui sont les redents. La section totale EF, comprenant les deux gros

boudins principaux _a_, A, est faite sur _ot_, le profil se simplifiant

à l'extrados comme il est marqué en G. Enfin le profil _ee ee'_ est la

section sur _fg_ (de l'ensemble), c'est-à-dire la section sur le grand

cercle de l'écoinçon. La circonférence de la rose est donc formée des

deux gros boudins principaux _a_, A, et en dedans du grand cercle de

l'écoinçon qui subit une forte pression, il y a un supplément de force

_fe'_; le boudin C du membre composant le redent étant reculé en _c_ et

relié au gros boudin par le biseau _hh_. À l'intérieur, le profil est

simplifié comme le marque notre tracé en I. Ici les armatures de fer et

vitraux ne sont plus posés contre le parement intérieur du réseau de

pierre, mais pris en feuillure en V, de façon à mieux calfeutrer les

panneaux et à empêcher les eaux pluviales de pénétrer à l'intérieur. En

L, sont tracés les chapiteaux et bases des rayons principaux dont les

gros boudins forment colonnettes; la saillie des bases étant portée par

un congé M sur la face, afin que le lit inférieur de cette base puisse

tomber au nu du boudin _ik_.

Dans les deux roses nord et sud du transsept de Notre-Dame de Paris, les

deux écoinçons supérieurs sont aveugles, le formeret de la voûte

joignant la partie supérieure de la circonférence de la rose. Si le

cercle est compris dans un carré, dans une sorte de cadre enclavé entre

les contre-forts latéraux, la partie ajourée, le châssis vitré, se

termine par le cintre de la rose elle-même. Cependant, dès 1240, des

maîtres avaient jugé à propos d'ajourer non-seulement les écoinçons

intérieurs mais aussi les écoinçons supérieurs des roses. Ce fut à cette

époque que l'on construisit la chapelle du château de Saint-Germain en

Laye[30]. Cet édifice, dont la structure est des plus remarquables,

tient autant aux écoles champenoise et bourguignonne qu'à celle de

l'Île-de-France. L'architecte ne pouvait manquer d'appliquer ce système

de fenestrage à la rose. Cette chapelle, depuis les travaux entrepris

dans le château sous Louis XIV, était complétement engagée sous un

enduit de plâtre. La restauration de cet édifice ayant été confiée à

l'un de nos plus habiles architectes, M. Millet, celui-ci reconnut bien

vite l'importance de la sainte Chapelle de Saint-Germain en Laye; il

s'empressa de la débarrasser des malencontreux embellissements qu'on lui

avait fait subir, il retrouva l'arcature inférieure en rétablissant

l'ancien sol, et fit tomber le plâtrage qui masquait la rose. Or, cette

rose, une des plus belles que nous connaissions, est inscrite dans un

carré complétement ajouré. Son ensemble, tracé en A (fig. 9), se compose

de douze rayons principaux, les quatre écoinçons étant à jour et vitrés.

L'architecte a voulu prendre le plus de lumière possible, car les piles

d'angles qui portent les voûtes (voy. le plan partiel B) font saillie

sur le diamètre de la rose; le formeret portant sur les colonnettes _a_

laisse entre lui et la rose l'espace _b_, et le linteau qui réunit la

pile à l'angle de la chapelle est biaisé, ainsi que l'indique la ligne

ponctuée _c_, afin de dégager cette rose.

Pour indiquer plus clairement le tracé de la rose de la sainte Chapelle

de Saint-Germain en Laye, nous n'en donnons qu'un des quatre angles,

avec un de ses écoinçons ajourés, à l'échelle de 0m,02 pour mètre. On

remarquera qu'ici encore, conformément aux dispositions des premières

roses, les colonnettes sont dirigées, les chapiteaux vers le centre. Les

douze rayons principaux, étrésillonnés par les cercles intermédiaires D,

offrent une résistance considérable. À leur tour, ces cercles

intermédiaires sont étrésillonnés par les arcatures F et par des

colonnettes intermédiaires. Quatre de ces colonnettes secondaires sont

parfaitement butées par les grands cercles G des écoinçons, les huit

autres butent contre le châssis. Quant aux rayons principaux E, quatre

butent suivant les deux axes, et les huit autres sont maintenus par les

trèfles H qui, à leur tour, étrésillonnent les grands cercles

d'écoinçons G. L'appareil de ce réseau de pierre est excellent, simple

et résistant. En L, nous donnons la section du réseau principal; en M,

celle des redents. L'extérieur de la rose étant en V, on remarquera que

le profil intérieur est plus plat que le profil extérieur, afin de

masquer aussi peu que possible les panneaux de vitraux par la saillie

des moulures à l'intérieur, et de produire à l'extérieur des effets

d'ombres et de lumières plus vifs. Ici, les vitraux et les armatures de

fer sont en feuillure et non plus attachés contre le parement intérieur.

Nous avons encore dans cette rose un exemple de la solidité de ces

délicats treillis de pierre lorsqu'ils sont bien combinés; car, malgré

des plâtrages, des trous percés après coup, des mutilations nombreuses,

la rose Saint-Germain en Laye tient; et lorsqu'il s'agira de la

démasquer, beaucoup de ces morceaux pourront être utilisés.

L'école de l'Île-de-France ne fit que rendre plus légères les sections

des compartiments des roses, sans modifier d'une manière notable le

système de leur composition. Mais il faut signaler les roses appartenant

à une autre école, et qui diffèrent sensiblement de celles appartenant à

l'école de l'Île-de-France. Les exemples que nous venons de présenter

font voir que, dans la construction de ces claires-voies, les

architectes employaient autant que possible de grands morceaux de

pierre, d'épaisses dalles découpées et des rayons étrésillonnants. Ces

ensembles formaient ainsi une armature rigide, n'offrant aucune

élasticité. Ce système s'accordait parfaitement avec la nature des

matériaux donnés à cette province. Mais en Champagne, on ne possédait

pas ce beau cliquart du bassin de Paris; les matériaux calcaires dont on

disposait, étaient d'une résistance relativement moindre, et ne

pouvaient s'extraire en larges et longs morceaux. Il fallait bâtir par

assises ou par claveaux. Ces pierres ne pouvaient s'employer en délit

comme le liais ou le cliquart. Aussi les architectes de la cathédrale de

Reims adoptèrent-ils d'autres méthodes. Ils construisirent les réseaux

des roses comme les meneaux des fenêtres, par superposition de claveaux

et embrèvement des compartiments dans des cercles épais, clavés comme

des arcs de voûtes. Telles sont faites les deux roses nord et sud du

transsept de cette cathédrale, qui datent de 1230 environ. La rose n'est

plus fermée par un formeret plein cintre, comme à Paris, mais s'inscrit

dans un arc brisé, projection des arcs-doubleaux de la grande voûte; si

bien qu'au-dessus du cercle propre de la rose, il reste un écoinçon vide

(voy. fig. 2, le tracé B). La rose de la façade occidentale de cette

cathédrale, élevée plus tard, c'est-à-dire vers 1250, est construite

d'après la même donnée. Le cercle principal est un épais cintre composé

de claveaux, dans lequel s'embrèvent les compartiments. Ces roses étant

parfaitement gravées, avec tous leurs détails, dans l'ouvrage publié par

M. Gailhabaud[31], il nous paraît inutile de les reproduire ici. Les

cercles principaux des roses du transsept n'ont pas moins de 1m,60

d'épaisseur, et constituent de véritables arcs construits par claveaux.

Quant aux compartiments intérieurs, formant les châssis vitrés, ils

n'ont que 0m,24 d'épaisseur, non compris la saillie des bases et

chapiteaux des colonnettes. Les panneaux des vitraux sont attachés au

parement intérieur du réseau, comme à la rose de la façade occidentale

de Notre-Dame de Paris.

La rose occidentale de la cathédrale de Reims se rapproche davantage du

système de l'Île-de-France, mais le grand cercle clavé n'en existe pas

moins, et a 2m,18 d'épaisseur, ce qui en fait un membre d'architecture

d'une grande force. Pour le réseau, son épaisseur est de 0m,82. Ses

panneaux de vitraux sont pris en feuillure. Mais nous avons fait

ressortir ailleurs (voy. CATHÉDRALE) la puissance extraordinaire des

moyens employés par les architectes de Notre-Dame de Reims. Aussi bien

ces grandes claires-voies, déjà si légères à Paris, au commencement du

XIIIe siècle, sont à Notre-Dame de Reims des constructions

inébranlables, épaisses et reposant non plus sur des sections de 0m,06 à

0m,10 superficiels, mais de 0m,20 à 0m,25. Cependant, dès les dernières

années du XIIIe siècle, ces architectes champenois avaient atteint et

même dépassé la limite de la légèreté donnée aux réseaux des

claires-voies dans l'Île-de-France. C'est qu'alors ces architectes

avaient su trouver des matériaux très-fins et résistants, tels, par

exemple, que le liais de Tonnerre, et que, profitant des qualités

particulières à ces pierres calcaires, ils donnaient aux compartiments

de leurs fenêtres, aux meneaux et aux réseaux des sections, une ténuité

qui ne fut jamais dépassée. Dans l'article CONSTRUCTION, on peut se

rendre compte de la légèreté extraordinaire des membres des

claires-voies champenoises, en examinant les figures relatives à

l'église Saint-Urbain de Troyes, bâtie à la fin du XIIIe siècle. Mais à

Reims même, il existait une église dont nous parlons fréquemment,

Saint-Nicaise, bâtie par l'architecte Libergier, et dont l'ordonnance,

la structure et les détails étaient d'une valeur tout à fait

exceptionnelle. De cette église, démolie au commencement de ce siècle,

il ne nous reste que la dalle tumulaire de son architecte, aujourd'hui

déposée dans la cathédrale; quelques fragments de pavages et

d'ornements, des plans, un petit nombre de dessins et une admirable

gravure. Au-dessus d'un porche très-remarquablement dessiné[32], au

centre de la façade occidentale, s'ouvrait une rose d'une composition

toute champenoise, en ce qu'elle formait plutôt un immense fenestrage

qu'une rose proprement dite, inscrit sous le formeret de la voûte de la

nef.

Nous présentons (fig. 10) cette composition. L'arc A est le formeret ou

plutôt un premier arc-doubleau de la grande voûte. Le cercle qui inscrit

le réseau est indépendant de cet arc et ne s'y rattache que par les cinq

sommiers B. Le réseau est, conformément à la donnée rémoise, indépendant

du cercle, ainsi que le fait voir la coupe en C. Pour maintenir ce

cercle, ont été posés les cercles-étrésillons D, E, F. On observera que

dans le tracé du réseau, l'arcature externe est étrésillonnée par une

suite de jambettes G, qui ne tendent plus toutes au centre, comme les

rayons des roses de la première moitié du XIIIe siècle, mais qui ont une

résistance oblique, et par cela même empêchent une déformation qui s'est

produite parfois. En effet, il arrivait, pour des roses d'un grand

diamètre et dont les membres avaient une faible section, que la

déformation se produisait, ainsi que l'indique la figure 11. Si une

partie de la circonférence de ces roses subissait une pression trop

forte, par suite d'un tassement ou d'un écartement, l'oeil pivotait sur

son centre et les rayons, au lieu de tendre à ce centre, faisaient tous

un mouvement de rotation à leur pied[33].

Les accidents qui résultaient de ce mouvement n'ont pas besoin d'être

signalés; ils compromettaient la solidité de tout l'ouvrage, en

déterminant des épaufrures et en enlevant au réseau tout son roide. Ce

n'était pas, certes, dans les roses robustes de la cathédrale de Reims

que de pareils effets pouvaient se produire. Mais Libergier avait

probablement observé ce mouvement de déformation par rotation dans des

roses de l'Île-de-France plus délicates que celles de Notre-Dame de

Reims; voulant atteindre et même dépasser cette délicatesse dans la

structure de la rose occidentale de Saint-Nicaise, il adopta un système

qui devait éviter ces dangers. À l'aide des étrésillons en décharge de

cette rose (fig. 10), il prévint le mouvement de rotation de l'oeil. Ce

fut là un progrès que l'on ne cessa de poursuivre dans la composition

des roses des XIVe et XVe siècles. Celles-ci, combinées dès lors d'après

ce principe, furent beaucoup moins sujettes à se déformer.

Le système de la rose champenoise, composée d'un cercle puissant, clavé,

embrevant les compartiments intérieurs formés de pierre en délit, avait

cet avantage de présenter une certaine élasticité et de permettre

d'éviter les charges partielles sur ces compartiments. Mais aussi ces

architectes champenois de la fin du XIIIe siècle étaient des

constructeurs très-expérimentés et très-habiles; et si, malheureusement,

l'église de Saint-Nicaise de Reims n'est plus là pour le démontrer, nous

possédons encore celle de Saint-Urbain de Troyes, qui est certainement

la plus merveilleuse application du système de structure gothique.

Le XIVe siècle ne se montra pas aussi ingénieux dans toutes les

provinces, mais cependant quelques maîtres tentaient de prévenir la

rotation des rayons des roses.

À Amiens, par exemple, le pignon nord du transsept de la cathédrale

était, vers 1325, percé d'une grande rose dont les compartiments,

engendrés par un pentagone, ne tendent plus au centre du cercle, mais

aux angles de ce pentagone formant oeil: c'était un moyen d'éviter le

pivotement des rayons; mais cette rose n'est pas d'une heureuse

composition. La fin du XIVe siècle et le commencement du XVe n'élevèrent

qu'un très-petit nombre d'édifices religieux en France; les guerres, les

malheurs de cette époque, donnaient d'autres soucis. Ce ne fut qu'à

dater de la fin du règne de Charles VII que les architectes se remirent

à l'oeuvre. En ce qui concerne les roses, le système de Libergier paraît

alors avoir définitivement prévalu, et la rose occidentale de la sainte

Chapelle du palais, à Paris, reconstruite au XVe siècle, est évidemment

une arrière-petite-fille de celle de Saint-Nicaise de Reims. Nous

donnons (fig. 12) le douzième de cette rose, à l'échelle de 0m,03 pour

mètre.

Lorsqu'on jette les yeux sur ces réseaux de pierre, composés presque

exclusivement de lignes courbes, il semble, au premier abord, que ces

mailles qui présentent un enchevêtrement des plus gracieux aux uns, une

conception maladive aux autres, suivant les goûts ou les opinions, ne

sont déterminées que par le caprice. Il n'en est rien cependant. Que

l'on ait pour l'architecture de cette époque, ou une admiration, ou un

blâme de parti pris, il faut avoir affaire à la géométrie, pour se

rendre compte de ces compositions; or, la géométrie ne peut passer pour

une science de _fantaisistes_.

Dans la rose de Saint-Nicaise, non-seulement les rayons sont

rectilignes, mais aussi les jambettes, qui font l'office d'étrésillons

obliques; mais en supposant un effort, une pression sur un point de la

circonférence, ces étrésillons auraient eu besoin eux-mêmes d'être

étrésillonnés pour résister à cette pression. En observant, par exemple,

la contexture des plantes, on remarque que les réseaux qui forment les

feuilles, la pulpe de certains fruits, présentent un système cellulaire

très-résistant, si l'on tient compte de la ténuité des filaments et de

la mollesse de ces organes. C'est un principe analogue qui dirige les

maîtres dans le tracé des roses du XVe siècle. Ils conservent quelques

rayons, et remplissent les coins laissés entre eux par une véritable

arcature cellulaire, assez semblable à celle des organes des végétaux.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 5 / 47 段