s'est dégagée, mais elle existe; les colonnettes-rayons subsistent et
sont étrésillonnées avec plus d'adresse; l'oeil s'est amoindri; enfin
les écoinçons inférieurs ont été percés, pour ajouter une surface de
plus à cette page colossale de vitraux. Si la composition de ce réseau
est d'un agréable aspect, le savoir du constructeur est fait pour nous
donner à réfléchir. Car dans ce grand châssis de pierre, les effets des
pressions sont calculés avec une adresse rare. D'abord, en jetant les
yeux sur l'appareil indiqué dans notre figure, on verra que toute la
partie supérieure du grand cintre, compris le clavage de l'arcature
externe G, ne charge pas le réseau, qui ne pèse sur lui-même qu'à partir
des coupes H. Que ces charges sont reportées sur les rayons principaux
K, lesquels sont étrésillonnés dans tous les sens; que l'appareil est
tracé de manière à éviter les brisures en cas d'un mouvement. Que les
coupes étant toujours normales aux courbes, les pressions s'exercent
dans le sens des résistances. Que les écoinçons ajourés B, qui
supportent une pression considérable, sont combinés en vue de résister
de la façon la plus efficace à cette pression. Que les armatures de fer
destinées à maintenir les panneaux de verre, pris en feuillure, dans
l'épaisseur du réseau, ajoutent encore au système général
d'étrésillonnement[28].
Quand l'ingénieur Polonceau imagina le système de cercles de fer pour
résister à des pressions entre le tablier et les arcs d'un pont, il ne
faisait, à tout prendre, qu'appliquer un principe qui avait été employé
six siècles avant lui. On vanta, et avec raison, le système nouveau ou
plutôt renouvelé, mais personne ne songea à tourner les yeux vers la
cathédrale de Paris et bien d'autres édifices du XIIIe siècle, dans
lesquels on avait si souvent et si heureusement employé les cercles
comme moyen de résistance opposé à des pressions. Dans les deux roses du
transsept de Notre-Dame de Paris, il n'était pas possible de trouver un
moyen plus efficace pour résister à la pression qui s'exerce sur le côté
curviligne de ces triangles que le cercle de pierre B, étrésillonné
lui-même puissamment par les petits triangles curvilignes R. Les
crochets-étrésillons S complètent le système des résistances. N'oublions
pas que cette énorme claire-voie circulaire ne pose pas sur un mur
plein, mais sur une galerie ajourée elle-même, d'une extrême
délicatesse; que pour ne pas écraser les colonnettes et prismes de cette
galerie, il fallait que la rose exerçât sur ces frêles points d'appui
une pression également répartie; car si les points d'appui verticaux de
cette galerie ont une résistance considérable ensemble, ils n'en ont
qu'une assez faible pris isolément. Le problème consistait donc à faire
de la rose une armature homogène, n'appuyant pas plus sur un point que
sur un autre. Les écoinçons ajourés, avec leur grand cercle B, leurs
triangles curvilignes R et leurs crochets S, répartissent les pesanteurs
sur l'assise inférieure T, de telle sorte que tous les points de cette
assise se trouvent également chargés. D'ailleurs les deux parois
ajourées X, Y, de la galerie, formant chevalement, décomposent les
pressions au moyen de l'arcature C, qui forme une suite d'étrésillons
remplaçant des croix de Saint-André en charpente. La preuve que le moyen
adopté est bon, c'est que, malgré les restaurations maladroites du
dernier siècle, malgré l'écartement des contre-forts, aucune des
pilettes de cette galerie n'était brisée. L'arcature C elle-même avait
très-peu souffert[29]. Pour diviser les pressions, pour arriver à faire
de ce châssis de pierre une surface homogène, le maître de l'oeuvre,
Jean de Chelles, avait d'abord ses douze rayons rectilignes principaux
étrésillonnés à moitié de leur longueur par les arcs _l_,
contre-étrésillonnés eux-mêmes par les douze rayons secondaires _m_. À
ce point, le réseau s'épanouit, se divise, répartit ses charges par une
suite de courbes et de contre-courbes sur vingt-quatre rayons
aboutissant au cercle principal, qui est doublé. Un de ces rayons porte
sur l'axe de la galerie; les dix autres, à droite et à gauche de l'axe,
ont leurs pressions décomposées par les écoinçons armés de leurs cercles
et de leurs triangles curvilignes. Ces charges sont si bien divisées,
décomposées, que des membres entiers de cette rose pourraient être
enlevés sans que l'ensemble en souffrît. C'était donc un raisonnement
juste qui avait conduit à adopter ces réseaux avec courbes et
contre-courbes. Dans les roses primitives, comme celles de Braisne ou de
la façade occidentale de la cathédrale de Paris, si un rayon, un membre
venait à manquer, toute l'économie du système était compromise; tandis
qu'ici les chances de conservation étaient multiples, et, en effet,
beaucoup de ces roses, qui ont six siècles d'existence, qui ont subi des
déformations notables ou des mutilations, sont cependant restées
entières, comme un large treillis de bois pouvant impunément être
déchiré partiellement sans tomber en morceaux.
Il y a autre chose, dans ces compositions, que le capricieux
dévergondage d'une imagination encore un peu barbare; il y a une
profonde expérience, un calcul judicieux, un savoir étendu et une bien
rare intelligence de l'application des nécessités de la structure à
l'effet décoratif.
Nous donnons ici le cube de pierre employé dans ce réseau, à partir du
niveau de la galerie à jour.
L'oeil cube 0m,94
Les colonnettes intérieures cubent 2m,12
Les découpures au-dessus cubent 2m,26
Les colonnettes extérieures cubent 1m,84
Les petites colonnettes intermédiaires cubent 0m,44
Les grandes découpures au-dessus cubent 5m,42
Les petits redents cubent 2m,86
Les morceaux d'arcatures sommiers cubent 4m,41
Les redents intermédiaires cubent 1m,47
Les grands morceaux d'arcatures cubent 11m,28
Les morceaux d'entourage cubent 18m,00
Les écoinçons cubent 3m,40
______
Total 54m,44
La surface de cette rose ayant 143m,00, le cube de pierre par mètre
superficiel est de 0m,38; cube très-supérieur à celui de la rose occidentale.
Il nous faut maintenant examiner les sections des différents membres de
cette rose (fig. 8). Le profil dont l'axe est en A est la section sur
_ab_ (voy. la fig. 7), sur les membres principaux de la rose. Le profil
dont l'axe est en B est la section sur les membres secondaires _c_, _d_.
Le profil dont l'axe est en C est la section sur les membres tertiaires,
qui sont les redents. La section totale EF, comprenant les deux gros
boudins principaux _a_, A, est faite sur _ot_, le profil se simplifiant
à l'extrados comme il est marqué en G. Enfin le profil _ee ee'_ est la
section sur _fg_ (de l'ensemble), c'est-à-dire la section sur le grand
cercle de l'écoinçon. La circonférence de la rose est donc formée des
deux gros boudins principaux _a_, A, et en dedans du grand cercle de
l'écoinçon qui subit une forte pression, il y a un supplément de force
_fe'_; le boudin C du membre composant le redent étant reculé en _c_ et
relié au gros boudin par le biseau _hh_. À l'intérieur, le profil est
simplifié comme le marque notre tracé en I. Ici les armatures de fer et
vitraux ne sont plus posés contre le parement intérieur du réseau de
pierre, mais pris en feuillure en V, de façon à mieux calfeutrer les
panneaux et à empêcher les eaux pluviales de pénétrer à l'intérieur. En
L, sont tracés les chapiteaux et bases des rayons principaux dont les
gros boudins forment colonnettes; la saillie des bases étant portée par
un congé M sur la face, afin que le lit inférieur de cette base puisse
tomber au nu du boudin _ik_.
Dans les deux roses nord et sud du transsept de Notre-Dame de Paris, les
deux écoinçons supérieurs sont aveugles, le formeret de la voûte
joignant la partie supérieure de la circonférence de la rose. Si le
cercle est compris dans un carré, dans une sorte de cadre enclavé entre
les contre-forts latéraux, la partie ajourée, le châssis vitré, se
termine par le cintre de la rose elle-même. Cependant, dès 1240, des
maîtres avaient jugé à propos d'ajourer non-seulement les écoinçons
intérieurs mais aussi les écoinçons supérieurs des roses. Ce fut à cette
époque que l'on construisit la chapelle du château de Saint-Germain en
Laye[30]. Cet édifice, dont la structure est des plus remarquables,
tient autant aux écoles champenoise et bourguignonne qu'à celle de
l'Île-de-France. L'architecte ne pouvait manquer d'appliquer ce système
de fenestrage à la rose. Cette chapelle, depuis les travaux entrepris
dans le château sous Louis XIV, était complétement engagée sous un
enduit de plâtre. La restauration de cet édifice ayant été confiée à
l'un de nos plus habiles architectes, M. Millet, celui-ci reconnut bien
vite l'importance de la sainte Chapelle de Saint-Germain en Laye; il
s'empressa de la débarrasser des malencontreux embellissements qu'on lui
avait fait subir, il retrouva l'arcature inférieure en rétablissant
l'ancien sol, et fit tomber le plâtrage qui masquait la rose. Or, cette
rose, une des plus belles que nous connaissions, est inscrite dans un
carré complétement ajouré. Son ensemble, tracé en A (fig. 9), se compose
de douze rayons principaux, les quatre écoinçons étant à jour et vitrés.
L'architecte a voulu prendre le plus de lumière possible, car les piles
d'angles qui portent les voûtes (voy. le plan partiel B) font saillie
sur le diamètre de la rose; le formeret portant sur les colonnettes _a_
laisse entre lui et la rose l'espace _b_, et le linteau qui réunit la
pile à l'angle de la chapelle est biaisé, ainsi que l'indique la ligne
ponctuée _c_, afin de dégager cette rose.
Pour indiquer plus clairement le tracé de la rose de la sainte Chapelle
de Saint-Germain en Laye, nous n'en donnons qu'un des quatre angles,
avec un de ses écoinçons ajourés, à l'échelle de 0m,02 pour mètre. On
remarquera qu'ici encore, conformément aux dispositions des premières
roses, les colonnettes sont dirigées, les chapiteaux vers le centre. Les
douze rayons principaux, étrésillonnés par les cercles intermédiaires D,
offrent une résistance considérable. À leur tour, ces cercles
intermédiaires sont étrésillonnés par les arcatures F et par des
colonnettes intermédiaires. Quatre de ces colonnettes secondaires sont
parfaitement butées par les grands cercles G des écoinçons, les huit
autres butent contre le châssis. Quant aux rayons principaux E, quatre
butent suivant les deux axes, et les huit autres sont maintenus par les
trèfles H qui, à leur tour, étrésillonnent les grands cercles
d'écoinçons G. L'appareil de ce réseau de pierre est excellent, simple
et résistant. En L, nous donnons la section du réseau principal; en M,
celle des redents. L'extérieur de la rose étant en V, on remarquera que
le profil intérieur est plus plat que le profil extérieur, afin de
masquer aussi peu que possible les panneaux de vitraux par la saillie
des moulures à l'intérieur, et de produire à l'extérieur des effets
d'ombres et de lumières plus vifs. Ici, les vitraux et les armatures de
fer sont en feuillure et non plus attachés contre le parement intérieur.
Nous avons encore dans cette rose un exemple de la solidité de ces
délicats treillis de pierre lorsqu'ils sont bien combinés; car, malgré
des plâtrages, des trous percés après coup, des mutilations nombreuses,
la rose Saint-Germain en Laye tient; et lorsqu'il s'agira de la
démasquer, beaucoup de ces morceaux pourront être utilisés.
L'école de l'Île-de-France ne fit que rendre plus légères les sections
des compartiments des roses, sans modifier d'une manière notable le
système de leur composition. Mais il faut signaler les roses appartenant
à une autre école, et qui diffèrent sensiblement de celles appartenant à
l'école de l'Île-de-France. Les exemples que nous venons de présenter
font voir que, dans la construction de ces claires-voies, les
architectes employaient autant que possible de grands morceaux de
pierre, d'épaisses dalles découpées et des rayons étrésillonnants. Ces
ensembles formaient ainsi une armature rigide, n'offrant aucune
élasticité. Ce système s'accordait parfaitement avec la nature des
matériaux donnés à cette province. Mais en Champagne, on ne possédait
pas ce beau cliquart du bassin de Paris; les matériaux calcaires dont on
disposait, étaient d'une résistance relativement moindre, et ne
pouvaient s'extraire en larges et longs morceaux. Il fallait bâtir par
assises ou par claveaux. Ces pierres ne pouvaient s'employer en délit
comme le liais ou le cliquart. Aussi les architectes de la cathédrale de
Reims adoptèrent-ils d'autres méthodes. Ils construisirent les réseaux
des roses comme les meneaux des fenêtres, par superposition de claveaux
et embrèvement des compartiments dans des cercles épais, clavés comme
des arcs de voûtes. Telles sont faites les deux roses nord et sud du
transsept de cette cathédrale, qui datent de 1230 environ. La rose n'est
plus fermée par un formeret plein cintre, comme à Paris, mais s'inscrit
dans un arc brisé, projection des arcs-doubleaux de la grande voûte; si
bien qu'au-dessus du cercle propre de la rose, il reste un écoinçon vide
(voy. fig. 2, le tracé B). La rose de la façade occidentale de cette
cathédrale, élevée plus tard, c'est-à-dire vers 1250, est construite
d'après la même donnée. Le cercle principal est un épais cintre composé
de claveaux, dans lequel s'embrèvent les compartiments. Ces roses étant
parfaitement gravées, avec tous leurs détails, dans l'ouvrage publié par
M. Gailhabaud[31], il nous paraît inutile de les reproduire ici. Les
cercles principaux des roses du transsept n'ont pas moins de 1m,60
d'épaisseur, et constituent de véritables arcs construits par claveaux.
Quant aux compartiments intérieurs, formant les châssis vitrés, ils
n'ont que 0m,24 d'épaisseur, non compris la saillie des bases et
chapiteaux des colonnettes. Les panneaux des vitraux sont attachés au
parement intérieur du réseau, comme à la rose de la façade occidentale
de Notre-Dame de Paris.
La rose occidentale de la cathédrale de Reims se rapproche davantage du
système de l'Île-de-France, mais le grand cercle clavé n'en existe pas
moins, et a 2m,18 d'épaisseur, ce qui en fait un membre d'architecture
d'une grande force. Pour le réseau, son épaisseur est de 0m,82. Ses
panneaux de vitraux sont pris en feuillure. Mais nous avons fait
ressortir ailleurs (voy. CATHÉDRALE) la puissance extraordinaire des
moyens employés par les architectes de Notre-Dame de Reims. Aussi bien
ces grandes claires-voies, déjà si légères à Paris, au commencement du
XIIIe siècle, sont à Notre-Dame de Reims des constructions
inébranlables, épaisses et reposant non plus sur des sections de 0m,06 à
0m,10 superficiels, mais de 0m,20 à 0m,25. Cependant, dès les dernières
années du XIIIe siècle, ces architectes champenois avaient atteint et
même dépassé la limite de la légèreté donnée aux réseaux des
claires-voies dans l'Île-de-France. C'est qu'alors ces architectes
avaient su trouver des matériaux très-fins et résistants, tels, par
exemple, que le liais de Tonnerre, et que, profitant des qualités
particulières à ces pierres calcaires, ils donnaient aux compartiments
de leurs fenêtres, aux meneaux et aux réseaux des sections, une ténuité
qui ne fut jamais dépassée. Dans l'article CONSTRUCTION, on peut se
rendre compte de la légèreté extraordinaire des membres des
claires-voies champenoises, en examinant les figures relatives à
l'église Saint-Urbain de Troyes, bâtie à la fin du XIIIe siècle. Mais à
Reims même, il existait une église dont nous parlons fréquemment,
Saint-Nicaise, bâtie par l'architecte Libergier, et dont l'ordonnance,
la structure et les détails étaient d'une valeur tout à fait
exceptionnelle. De cette église, démolie au commencement de ce siècle,
il ne nous reste que la dalle tumulaire de son architecte, aujourd'hui
déposée dans la cathédrale; quelques fragments de pavages et
d'ornements, des plans, un petit nombre de dessins et une admirable
gravure. Au-dessus d'un porche très-remarquablement dessiné[32], au
centre de la façade occidentale, s'ouvrait une rose d'une composition
toute champenoise, en ce qu'elle formait plutôt un immense fenestrage
qu'une rose proprement dite, inscrit sous le formeret de la voûte de la
nef.
Nous présentons (fig. 10) cette composition. L'arc A est le formeret ou
plutôt un premier arc-doubleau de la grande voûte. Le cercle qui inscrit
le réseau est indépendant de cet arc et ne s'y rattache que par les cinq
sommiers B. Le réseau est, conformément à la donnée rémoise, indépendant
du cercle, ainsi que le fait voir la coupe en C. Pour maintenir ce
cercle, ont été posés les cercles-étrésillons D, E, F. On observera que
dans le tracé du réseau, l'arcature externe est étrésillonnée par une
suite de jambettes G, qui ne tendent plus toutes au centre, comme les
rayons des roses de la première moitié du XIIIe siècle, mais qui ont une
résistance oblique, et par cela même empêchent une déformation qui s'est
produite parfois. En effet, il arrivait, pour des roses d'un grand
diamètre et dont les membres avaient une faible section, que la
déformation se produisait, ainsi que l'indique la figure 11. Si une
partie de la circonférence de ces roses subissait une pression trop
forte, par suite d'un tassement ou d'un écartement, l'oeil pivotait sur
son centre et les rayons, au lieu de tendre à ce centre, faisaient tous
un mouvement de rotation à leur pied[33].
Les accidents qui résultaient de ce mouvement n'ont pas besoin d'être
signalés; ils compromettaient la solidité de tout l'ouvrage, en
déterminant des épaufrures et en enlevant au réseau tout son roide. Ce
n'était pas, certes, dans les roses robustes de la cathédrale de Reims
que de pareils effets pouvaient se produire. Mais Libergier avait
probablement observé ce mouvement de déformation par rotation dans des
roses de l'Île-de-France plus délicates que celles de Notre-Dame de
Reims; voulant atteindre et même dépasser cette délicatesse dans la
structure de la rose occidentale de Saint-Nicaise, il adopta un système
qui devait éviter ces dangers. À l'aide des étrésillons en décharge de
cette rose (fig. 10), il prévint le mouvement de rotation de l'oeil. Ce
fut là un progrès que l'on ne cessa de poursuivre dans la composition
des roses des XIVe et XVe siècles. Celles-ci, combinées dès lors d'après
ce principe, furent beaucoup moins sujettes à se déformer.
Le système de la rose champenoise, composée d'un cercle puissant, clavé,
embrevant les compartiments intérieurs formés de pierre en délit, avait
cet avantage de présenter une certaine élasticité et de permettre
d'éviter les charges partielles sur ces compartiments. Mais aussi ces
architectes champenois de la fin du XIIIe siècle étaient des
constructeurs très-expérimentés et très-habiles; et si, malheureusement,
l'église de Saint-Nicaise de Reims n'est plus là pour le démontrer, nous
possédons encore celle de Saint-Urbain de Troyes, qui est certainement
la plus merveilleuse application du système de structure gothique.
Le XIVe siècle ne se montra pas aussi ingénieux dans toutes les
provinces, mais cependant quelques maîtres tentaient de prévenir la
rotation des rayons des roses.
À Amiens, par exemple, le pignon nord du transsept de la cathédrale
était, vers 1325, percé d'une grande rose dont les compartiments,
engendrés par un pentagone, ne tendent plus au centre du cercle, mais
aux angles de ce pentagone formant oeil: c'était un moyen d'éviter le
pivotement des rayons; mais cette rose n'est pas d'une heureuse
composition. La fin du XIVe siècle et le commencement du XVe n'élevèrent
qu'un très-petit nombre d'édifices religieux en France; les guerres, les
malheurs de cette époque, donnaient d'autres soucis. Ce ne fut qu'à
dater de la fin du règne de Charles VII que les architectes se remirent
à l'oeuvre. En ce qui concerne les roses, le système de Libergier paraît
alors avoir définitivement prévalu, et la rose occidentale de la sainte
Chapelle du palais, à Paris, reconstruite au XVe siècle, est évidemment
une arrière-petite-fille de celle de Saint-Nicaise de Reims. Nous
donnons (fig. 12) le douzième de cette rose, à l'échelle de 0m,03 pour
mètre.
Lorsqu'on jette les yeux sur ces réseaux de pierre, composés presque
exclusivement de lignes courbes, il semble, au premier abord, que ces
mailles qui présentent un enchevêtrement des plus gracieux aux uns, une
conception maladive aux autres, suivant les goûts ou les opinions, ne
sont déterminées que par le caprice. Il n'en est rien cependant. Que
l'on ait pour l'architecture de cette époque, ou une admiration, ou un
blâme de parti pris, il faut avoir affaire à la géométrie, pour se
rendre compte de ces compositions; or, la géométrie ne peut passer pour
une science de _fantaisistes_.
Dans la rose de Saint-Nicaise, non-seulement les rayons sont
rectilignes, mais aussi les jambettes, qui font l'office d'étrésillons
obliques; mais en supposant un effort, une pression sur un point de la
circonférence, ces étrésillons auraient eu besoin eux-mêmes d'être
étrésillonnés pour résister à cette pression. En observant, par exemple,
la contexture des plantes, on remarque que les réseaux qui forment les
feuilles, la pulpe de certains fruits, présentent un système cellulaire
très-résistant, si l'on tient compte de la ténuité des filaments et de
la mollesse de ces organes. C'est un principe analogue qui dirige les
maîtres dans le tracé des roses du XVe siècle. Ils conservent quelques
rayons, et remplissent les coins laissés entre eux par une véritable
arcature cellulaire, assez semblable à celle des organes des végétaux.