[Note 23: Voyez le _Dictionnaire du mobilier français_,

l'art. TABERNACLE.]

* * * * *

ROSACE, s. f. En sculpture d'ornement, s'entend comme groupe de

feuillages formant une composition symétrique inscrite dans un cercle,

un _trèfle_, un _quatrefeuille_. Les architectes du moyen âge ont fait

emploi des rosaces pour décorer des soffites de corniches, pendant la

période romane; des gâbles, des nus de fausses arcatures ou fausses

baies, pendant la période gothique; des tympans. Ces sortes d'ornements

sont souvent d'un beau caractère et d'une excellente exécution,

particulièrement pendant la première période gothique. Un exemple

suffira ici pour faire saisir l'ornement que l'on nomme rosace. Celle-ci

(fig. 1), inscrite dans un trilobe, provient de l'arcature de la

chapelle de la Vierge, bâtie au chevet de la cathédrale de Sées, et date

de 1230 environ. L'architecture normande est, entre toutes les écoles de

France, la plus prodigue de rosaces. On en voit de fort belles sur les

tympans du triforium du choeur de la cathédrale du Mans. Nous aurons

l'occasion de présenter des exemples de ce genre d'ornementation

sculptée à l'article SCULPTURE D'ORNEMENT.

[Illustration: Fig. 1.]

* * * * *

ROSE, s. f. C'est le nom que l'on donne aux baies circulaires qui

s'ouvrent sur les parois des églises du moyen âge. L'_oculus_ de la

primitive basilique chrétienne, percé dans le pignon élevé au-dessus de

l'entrée, paraît être l'origine de la rose du moyen âge. Mais jusque

vers la fin du XIIe siècle, la rose n'est qu'une ouverture d'un faible

diamètre, dépourvue de châssis de pierre: c'est une baie circulaire.

L'architecture romane française du Nord et du Midi n'emploie que

rarement ce genre de fenêtre, qui n'a guère alors plus de 50 centimètres

à 1 mètre de diamètre. Mais à dater de la seconde moitié du XIIe siècle,

lorsque l'école laïque se développe, les roses apparaissent, et prennent

des dimensions de plus en plus considérables, jusque vers le milieu du

XIIIe siècle. Alors, surtout, dans l'Île-de-France et les provinces

voisines, telles que la Champagne et la Picardie, les roses s'ouvrent

sous les voûtes, dans toute la largeur des nefs. En Normandie et en

Bourgogne, au contraire, les roses n'apparaissent que tard, c'est-à-dire

vers la fin du XIIIe siècle.

La baie circulaire appartient à toutes les époques de l'architecture,

depuis le Bas-Empire. Mais de l'_oculus_ roman, non vitré souvent[24], à

la rose occidentale de la cathédrale de Paris, il y a un progrès.

Comment ce progrès s'est-il accompli? Pourquoi la figure circulaire

a-t-elle été adoptée? Telles sont les questions posées tout d'abord et

auxquelles il faut répondre. Nous devons distinguer, entre les roses,

celles qui s'ouvrent dans les murs pignons de celles qui n'ont qu'une

importance secondaire.

On comprend, par exemple, que dans une grande nef comme celle de la

cathédrale de Paris (voy. CATHÉDRALE, fig. 2 et 4), si l'on voulait

ouvrir des baies au-dessus de la galerie du triforium pour alléger la

construction et fournir de la lumière sous les combles de cette galerie,

il eût été fort disgracieux de donner à ces ouvertures la forme d'une

fenêtre. Une rose, au contraire, allégissait la construction en

étrésillonnant les piles, et donnait à ces baies une apparence

particulière qui les distinguait entre les claires-voies vitrées.

Pour ces roses secondaires, la pensée d'étrésillonner les maçonneries

tout en les allégissant, avait dû, en maintes circonstances, imposer la

figure circulaire. C'est ainsi, par exemple, qu'à la base des tours de

la cathédrale de Laon, l'architecte a pratiqué des ouvertures

circulaires de préférence à des baies avec pieds-droits, pour donner

plus de solidité à l'ouvrage.

Mais ces vides circulaires, du moment qu'ils atteignirent un diamètre de

3 à 4 mètres, étaient bien tristes, surtout s'ils n'étaient point

vitrés, comme à Notre-Dame de Paris, au-dessus du triforium. Les

architectes pensèrent donc à les garnir de découpures de pierre plus ou

moins riches. Si ces roses étaient destinées à être vitrées, ces

découpures de pierre maintenaient les vitraux, comme le ferait un

châssis de bois ou de fer et pouvaient résister à la pression du vent.

Nous ne pourrions dire aujourd'hui si les pignons du transsept de la

cathédrale de Paris, bâtis sous Maurice de Sully, étaient ou devaient

être percés de roses. Cela est probable toutefois; nous pensons même que

l'une de ces roses a existé du côté sud, car dans les maçonneries

refaites au XIIIe siècle de ce côté, nous avons trouvé des fragments

employés dans les blocages, et qui ne pouvaient avoir appartenu qu'à une

rose d'un grand diamètre. En supposant que cette rose eût existé, elle

daterait de 1180 environ, et serait une des plus anciennes connues, dans

des dimensions jusqu'alors inusitées. En effet, les roses qui datent de

cette époque ne dépassent guère 5 ou 6 mètres de diamètre.

À défaut de grandes roses munies de châssis de pierre, antérieures à

1190, nous en trouvons de petites, percées dans le choeur de Notre-Dame

de Paris, pour éclairer le triforium, et qui datent de 1165 à 1170,

puisqu'en cette année 1170, l'abbé du Mont-Saint-Michel en mer raconte

qu'il vit ce choeur voûté. Ces roses avaient été supprimées déjà, vers

1230, lorsqu'on voulut agrandir les fenêtres hautes du choeur et qui

s'ouvraient, comme nous venons de le dire, sous les combles de la

galerie du premier étage.

Il existe trois modèles différents de châssis de pierre qui garnissent

ces roses dans le choeur. Nous donnons l'un d'eux (fig. 1); le vide

circulaire a 2m,85 de diamètre, et le châssis de pierre, d'une

composition très-singulière, ne se compose que de huit morceaux qui sont

posés comme les rayons d'une roue embrevés d'un centimètre ou deux dans

l'intrados des claveaux formant le cercle. Si ces roses étaient vitrées,

comme le sont celles éclairant le triforium, les panneaux de verre

étaient simplement maintenus par des pitons scellés sur la face

intérieure des pierres composant le châssis. Mais nous reviendrons tout

à l'heure sur cette disposition. La rose que nous traçons ici, étant une

de celles qui s'ouvraient sous le comble de la galerie, n'était point

munie de vitraux, et sa face ornée se présentait vers l'intérieur. Cette

ornementation consiste en des pointes de diamant en creux et en saillie,

ces dernières recoupées en petites feuilles, et en des boutons, ainsi

que l'indiquent le détail B et la section C. On remarquera que les

jambettes A sont diminuées latéralement et terminées, vers l'oeil

intérieur, par deux corbelets latéraux, formant chapiteau, pour

présenter un étrésillonnement plus solide. En effet, ce qui mérite

particulièrement d'être observé dans cette composition d'un châssis de

pierre, c'est le système d'étrésillonnement bien entendu pour éviter

toute brisure et pour maintenir les clavaux du cercle comme les rais

d'une roue maintiennent les jantes.

Ce principe a évidemment commandé la composition des châssis de pierre

des premières grandes roses dans l'architecture de l'Île-de-France, et

il faut reconnaître qu'il est excellent. Une des plus anciennes parmi

les grandes roses, est certainement celle qui s'ouvre sur la façade

occidentale de l'église Notre-Dame de Mantes, église qui fut bâtie en

même temps que la cathédrale de Paris, peut-être par le même architecte,

et qui reproduit ses dispositions générales, son mode de structure et

quelques-uns de ses détails.

Mais nous devons d'abord dire quel était le motif qui avait fait adopter

ces grandes baies circulaires. Lorsque l'école laïque inaugura son

système d'architecture pendant la seconde moitié du XIIe siècle, elle

s'était principalement préoccupée de la structure des voûtes. Elle avait

admis que la voûte en arcs d'ogives reportant toutes ses charges sur les

sommiers, et par conséquent sur les piles, les murs devenaient inutiles.

Si, à la cathédrale de Paris, les fenêtres hautes primitives ne

remplissent pas exactement tout l'espace laissé sous les formerets des

voûtes, s'il y a quelque peu d'hésitation dans la structure de ces

baies, et si l'on voit encore des restes de tympans, ces restes sont

tellement réduits, que l'on comprend comment ils devaient bientôt

disparaître et comment les formerets eux-mêmes allaient devenir les

archivoltes des fenêtres. Si l'on vidait ainsi, par suite d'un

raisonnement très-juste, tous les tympans sous les formerets, si l'on

supprimait les murs latéralement, il était logique de les supprimer sous

les grands formerets des façades donnant la projection des

arcs-doubleaux. Mais ces arcs-doubleaux étaient en tiers-points, étaient

des arcs brisés. Les architectes prirent alors le parti de ne point

faire du formeret de face la projection des arcs-doubleaux. Pour ces

formerets ils adoptèrent le plein cintre: ainsi ils obtenaient un

demi-cercle au lieu d'un arc brisé, ce qui d'ailleurs ne pouvait les

gêner pour la structure des voûtes; et, complétant ce demi-cercle, ils

ouvrirent un grand jour circulaire prenant toute la largeur de la voûte,

donnant à l'extérieur sa projection. Il ne s'agissait plus alors que de

remplir ce grand vide circulaire par un châssis de pierre permettant de

poser des vitraux. C'est ce jour circulaire que Villard de Honnecourt

appelle une _reonde verrière_.

Bien que les arcs-doubleaux des grandes voûtes des cathédrales de Paris

et de Laon, de l'église de Mantes, de celle abbatiale de Braisne, soient

en tiers-point, les formerets de ces voûtes joignant les murs pignons

sont plein cintre, afin de pouvoir inscrire une rose circulaire sous ces

formerets, qui deviennent de grands arcs de décharge.

Voici l'histoire des transformations des grandes roses tracée en

quelques lignes (fig. 2).

D'abord, ainsi que nous venons de le dire (exemple A), la projection de

la voûte intérieure se traduit par un plein cintre, quoique les

arcs-doubleaux de cette voûte soient des tiers-points. Vers le milieu du

XIIIe siècle cependant, il semble que dans la Champagne, province où

l'on poussait les conséquences de l'architecture laïque à outrance, on

voulut éviter ce mélange du plein cintre et de l'arc brisé, ou plutôt ce

qu'il y avait d'illogique à donner extérieurement un plein cintre comme

projection d'une voûte en tiers-point. L'architecte de la cathédrale de

Reims inscrit les grandes roses sous un arc en tiers-point, ainsi que le

montre l'exemple B; et comme pour mieux faire sentir la projection des

arcs-doubleaux de la voûte, l'espace _a_ est ajouré. La _reonde_

verrière n'est plus alors qu'une immense fenêtre ouverte sous le grand

formeret. Ce n'est plus la rose de l'Île-de-France. Dans cette dernière

province, berceau de l'école laïque du XIIIe siècle, la rose, jusqu'à la

fin du XIIIe siècle, reste la _reonde_ verrière, c'est-à-dire qu'elle

demeure circonscrite par un formeret plein cintre. Telles sont les roses

des pignons du transsept de la cathédrale de Paris, qui datent de 1257.

Mais, à cette époque, ce cercle de la rose s'inscrit dans un carré,

comme le montre l'exemple C. Les écoinçons _b_ sont aveugles et les

écoinçons inférieurs _c_ ajourés au-dessus d'une claire-voie dont nous

parlerons tout à l'heure. À la même époque on va plus loin: on isole le

formeret de la voûte, qui devient un dernier arc-doubleau. On laisse

entre ce dernier arc et la rose un espace, et l'on met à jour

non-seulement la _reonde_ verrière, mais les écoinçons _b_ supérieurs.

Telle est construite la rose de la sainte Chapelle du château de

Saint-Germain en Laye que nous décrirons en détail.

Reprenons l'ordre chronologique, et examinons les premières grandes

roses qui nous sont restées.

Nous l'avons dit tout à l'heure, une des plus anciennes est celle qui

s'ouvre sur la face occidentale de l'église de Mantes. La structure de

cette rose remonte aux dernières années du XIIe siècle, c'est dire

qu'elle est contemporaine, ou peu s'en faut, de la petite rose du

triforium de Notre-Dame de Paris que nous avons donnée figure 1.

Encore une observation avant de nous occuper de la rose occidentale de

Mantes. La division principale des châssis de pierre qui garnissent ces

roses procède, sauf de rares exceptions, du dodécagone, c'est-à-dire que

les compartiments principaux de l'armature de pierre forment douze coins

et douze rayons, ainsi que l'indiquent les exemples A et C (fig. 2).

Dans les roses primitives, les vides se trouvent sur les axes, comme

dans l'exemple A, tandis que dans les roses composées depuis le milieu

du XIIIe siècle, ce sont les rayons qui, le plus habituellement, sont

posés sur les axes, comme dans l'exemple C.

Voici donc (fig. 3) le tracé de la rose occidentale de Notre-Dame de

Mantes. C'est encore le système de rayons étrésillonnants qui domine

ici. Les colonnettes de l'ordre extérieur sont tournées la base vers la

circonférence. Ces colonnettes reçoivent des arcs qui à leur sommet

portent l'ordre intérieur des colonnettes, dont les chapiteaux sont de

même tournés vers l'oeil central. Cet oeil, qui subit une grande

pression, est plus épais que les rayons, ce qui est bien raisonné.

L'armature de fer du vitrail n'est point engagée en feuillure à

mi-épaisseur de pierre, mais est scellée intérieurement, comme l'indique

la section A, et des pitons scellés aussi dans la pierre maintiennent

les panneaux contre celle-ci. C'est encore suivant ce système que la

rose de la façade occidentale de Notre-Dame de Paris est combinée. Cette

rose est postérieure à celle de Notre-Dame de Mantes: elle date de 1220

environ; sa composition est déjà plus savante en présentant des

compartiments mieux entendus et d'un aspect plus gracieux. Le problème

consistait à disposer les compartiments de pierre de manière à laisser,

pour les panneaux des vitraux, des espaces à peu près égaux. On voit que

dans la rose de Mantes les vides joignant la circonférence sont,

relativement aux vides intérieurs, démesurément larges. On avait suppléé

à l'étendue des vides extérieurs par l'armature de fer; mais les

panneaux maintenus par les grands cercles de fer B avaient une surface

trop considérable, relativement aux panneaux C, et nécessitaient

l'adjonction de nombreuses tringlettes ou barres secondaires, qui ne

présentaient pas une résistance suffisante à l'effort des vents. De

plus, le poids des châssis de pierre se reportait tout entier sur les

deux colonnettes inférieures, ce qui présentait un danger, car la

solidité de la rose était fort compromise. La composition de la rose de

Mantes, très-hardie déjà pour un vide de 8 mètres de diamètre, devenait

d'une exécution impossible si ce diamètre était augmenté. Or, le

diamètre du vide de la rose occidentale de Notre-Dame de Paris est de

9m,60. L'architecte prétendit donner à son réseau de pierre à la fois

plus de solidité et plus de légèreté. En conséquence (fig. 4), il divisa

le cercle en vingt-quatre parties pour la zone extérieure, en douze

parties pour la zone intérieure. Il retourna les colonnettes,

c'est-à-dire qu'il plaça leurs bases vers le centre et leurs chapiteaux

vers la circonférence. Il posa sur les chapiteaux des colonnettes de la

zone extérieure une arcature robuste, plus épaisse que les colonnettes,

et qui à elle seule formait déjà un clavage complet, pouvant se

maintenir comme les claveaux d'un arc par leur coupe. Dès lors il

diminuait le diamètre du réseau de plus d'un mètre. Entre les deux zones

de colonnettes, il posa une seconde arcature robuste qui formait un

second cercle clavé; puis l'oeil renforcé également clavé. Les

colonnettes n'étaient plus que des étrésillons rendant ces trois cercles

solidaires. Elles n'avaient à subir qu'une assez faible pression, aussi

les fit-il très-légères. Il est difficile, le problème d'un grand

châssis circulaire de pierre étant posé, de le résoudre d'une manière

plus heureuse et plus savante.

Dans cette composition, l'armature de fer nécessaire pour maintenir les

panneaux des vitraux n'avait plus qu'une importance nulle au point de

vue de la solidité du système. Cette armature était scellée avec grand

soin au plomb, ainsi que les pitons; car dans cette rose, comme dans

celle de Mantes, le vitrail était accolé à la face intérieure et non en

feuillure; de telle sorte que le réseau portait toute son épaisseur à

l'extérieur[25].

La meilleure preuve que la composition de la rose occidentale de

Notre-Dame de Paris est parfaitement entendue, c'est que ce réseau

n'avait subi que des dégradations très-peu importantes. Trois

colonnettes avaient été fêlées par le gonflement des scellements de

l'armature, et deux morceaux d'arcatures étaient altérés par des brides

de fer posées pour maintenir le buffet d'orgues. Cependant, le grand

châssis était resté dans son plan vertical, malgré le poids des vitraux,

l'effort du vent et ces attaches de fer que l'on avait scellées pendant

le dernier siècle, contre des parties d'arcatures, lorsqu'on monta les

grandes orgues. En A, est tracé la coupe de cette rose. Des détails sont

nécessaires pour faire apprécier la valeur de cette structure. Nous

donnons en A (fig. 5) la coupe sur l'oeil, renforcé par le profil _a_,

comme on renforce le moyeu d'une roue de carrosse. En B, la section

d'une des colonnettes intérieures, dont le diamètre a 0m,14 avec le

profil _b_ de la base. En C, un des chapiteaux des colonnettes

extérieures, avec la base _c_ et son renfort. En D, la section de

l'arcature extérieure et la section du segment de cercle externe qui les

réunit. L'épaisseur de cette arcature externe et interne n'a pas plus de

0m,23, et celle des colonnettes, y compris le renfort, dans lequel sont

scellés les pitons, 0m,18. Il n'est pas de rose du moyen âge dont le

réseau présente de plus faibles sections relativement au diamètre du

vide, et il n'en est pas qui ait mieux résisté à l'action du temps. Si

nous revenons à la figure 4, nous observerons qu'en effet, l'appareil

est à la fois très-simple et très-habile; les pressions s'exercent sur

les morceaux de pierre, de façon à éviter toute chance de brisure. Les

colonnettes-étrésillons, renforcées à leurs extrémités par la saillie

des bases et des chapiteaux, donnent beaucoup de roide à tout le système

et s'appuient bien sur les sommiers et les têtes d'arcatures. L'oeil,

plus épais que tout le reste du réseau, offre un point central

résistant. Ce réseau est entièrement taillé dans du cliquart d'une

qualité supérieure; les profils, les moindres détails ont conservé toute

leur pureté. La sculpture des fleurons, ainsi que celle des chapiteaux,

est admirablement traitée. Autrefois ce réseau était peint et doré. On

voit encore, sur les fûts des colonnettes, la trace d'étoiles d'or qui

les couvraient sur un fond d'azur. Quand on examine en détail cette

charmante composition, qu'on se rend compte du savoir et de la finesse

d'observation qui ont présidé à son exécution, deux choses surprennent:

c'est le développement si rapide de cet art qui, à peine sorti du roman,

était si sûr de ses moyens et de l'effet qu'il voulait produire; c'est

encore de prétendre nous donner à croire que ce sont là les expressions

pénibles d'un art maladif, étrange, soumis aux capricieux dévergondages

d'une imagination encore un peu barbare, sans liens avec les hardiesses

de l'esprit moderne. En vérité, dans une époque comme la nôtre, où des

architectes ne parviennent pas toujours à maintenir des murs en pleine

pierre dans leur plan vertical, on pourrait se montrer plus modestes et

plus soucieux de s'enquérir des méthodes de ces maîtres, qui savaient

combiner un énorme châssis de pierre de façon à le soustraire aux

chances de destruction pendant six ou sept cents ans. Mais comment

prouver la clarté du soleil à ceux qui, non contents d'avoir un bandeau

sur les yeux, ne souffrent pas volontiers que chacun puisse chercher la

lumière?

La rose occidentale de la cathédrale de Paris, comme nous le disions

tout à l'heure, ne le cède à aucune autre, même d'une époque plus

récente, comme volume de matière mise en oeuvre, comparativement à la

surface vitrée, d'autant que les évidements sont peu considérables.

Il est d'un certain intérêt de connaître le cube de pierre employé dans

ce réseau, en comptant chaque morceau inscrit dans le plus petit

parallèlipipède, suivant la méthode de tout temps.

L'arcature extérieure cube 4m,1184

Les grandes colonnettes de la zone externe cubent 1m,188

Les petites 1m,08

L'arcature interne cube 2m,2176

Les colonnettes de la zone intérieure cubent 0m,828

L'oeil 1m,05

________

Total 10m,4820

La surface de la rose étant de 71m,56, le cube de pierre par mètre de

surface n'est que de 0m,146.

Nous verrons que cette légèreté réelle ne fut pas atteinte, même à

l'époque où l'architecture cherchait à paraître singulièrement délicate.

Peu avant la construction de la façade occidentale de la cathédrale de

Paris, on élevait l'église abbatiale de Braisne, une des plus belles

églises du Soissonnais[26]. Cette église, détruite en partie

aujourd'hui, conserve son transsept et son choeur. Dans les pignons de

ce transsept s'ouvrent des roses d'un style excellent, d'une structure

remarquable, parfaitement conservées. Nous traçons (fig. 6) une de ces

roses. Ici, conformément à la donnée admise à la fin du XIIe siècle, les

colonnettes-rayons sont posées les bases vers la circonférence; mais

déjà une arcature externe réunit tout le système, comme à Notre-Dame de

Paris. L'appareil, d'une grande simplicité, présente toutes les

garanties de durée, mais cette rose est loin d'avoir la légèreté de

celle de la cathédrale de Paris. D'ailleurs le système de vitrage est le

même.

La rose de la façade de Notre-Dame de Paris fut taillée vers 1220, comme

nous le disions plus haut. Quarante ans plus tard environ (en 1257), on

élevait les deux pignons sud et nord du transsept de cette église, pour

allonger ce transsept de quelques mètres[27]. Or, ces deux pignons sont

percés de roses énormes qui n'ont pas moins de 12m,90 de diamètre, et

qui s'ouvrent sur des galeries ajourées. Ces roses sont construites

d'après le système indiqué dans notre figure 2, en C; c'est-à-dire que

les écoinçons inférieurs compris dans le carré inscrivant le cercle sont

ajourés comme le cercle lui-même, tandis que les écoinçons supérieurs

sont aveugles, étant masqués par la voûte. Voici (fig. 7) le tracé

extérieur de l'une de ces deux roses, celle du sud. Les écoinçons A sont

aveugles, tandis que ceux B sont ajourés; ce qui était naturel, puisque

ce treillis de pierre repose sur l'arcature ajourée C, et qu'ainsi la

surface comprise entre le bas de cette arcature et le niveau D ne forme

qu'une immense fenêtre d'une hauteur de 18m,50 sur 13 mètres de largeur.

Sous la rose, la galerie double (voy. la coupe E), vitrée en V, est

placée comme un chevalement sous le grand réseau de pierre, de façon à

laisser deux passages P, P', l'un extérieur, l'autre intérieur.

L'épaisseur de cette claire-voie n'est que de 0m,47. Le formeret de la

voûte enveloppe exactement le demi-cercle supérieur de la rose, et forme

conséquemment un arc plein cintre.

Notre dessin fait voir les modifications profondes qui, en quelques

années, s'étaient introduites dans la composition de ces parties de la

grande architecture laïque du XIIe siècle. On ne saurait reprocher à cet

art l'immobilité, car il est difficile de se transformer d'une manière

plus complète, tout en demeurant fidèle aux premiers principes admis. Le

réseau se complique, se subdivise, et le système que nous trouvons déjà

entier dans la rose occidentale de Notre-Dame de Paris s'est étendu.

Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 8 - (Q suite - R - S) · 第 4 / 47 段