4. Le sanglier (_babui-damon_).

Le sanglier que les Indiens nomment _babui-damon_ (cochon d'herbes)

est presque semblable au porc domestique des Philippines. Le mâle

seulement en diffère par deux énormes glandes garnies de soies longues

et dures, placées des deux côtés du cou, près des os maxillaires.

Il habite les lieux les plus sombres et les plus fourrés des forêts, où

il trouve abondamment, pour sa nourriture, des fruits et des racines,

ainsi que de gros bulimes, espèce de limaçon dont il est très-friand.

On le chasse avec des chiens, des filets, et avec la lance. On lui

fait, avec cette arme, une chasse particulière aux Philippines,

et assez singulière pour mériter une description.

A l'époque des pluies, les sangliers qui habitent les grands bois

situés sur le sommet des montagnes souffrent du froid. Pour s'en

garantir, ils coupent avec leurs dents une énorme quantité d'herbes

et de jeunes plantes. Ils en font un immense tas, et se blottissent

dessous quelquefois au nombre de douze. Les chasseurs sont armés de

lances préparées pour cette chasse, dont le fer tient faiblement par

sa douille à la hampe, et qui cependant y est attaché par un bout

de corde; de façon que le fer se détachant de la hampe y reste fixé,

et forme une espèce de crochet qui s'embarrasse dans les broussailles

et arrête l'animal dans sa fuite.

Ces dispositions faites, les chasseurs parcourent la forêt, et

lorsqu'ils aperçoivent un de ces grands tas d'herbes, ils s'en

approchent avec précaution. S'ils voient se dégager au-dessus de ce

monticule une vapeur comme celle que produit notre haleine par un temps

froid, c'est pour eux l'indication certaine que des sangliers y sont

couchés. Alors, à un signal convenu, ils envoient tous leurs lances

comme des javelots, dans la direction où ils croient devoir atteindre

leurs proies. Les sangliers s'enfuient précipitamment. Ceux qui ont

été blessés emportent la lance; mais au moindre mouvement la hampe

se détache du fer, s'accroche dans les broussailles, arrête l'animal,

et les chasseurs achèvent de le tuer avec une autre lance.

Comme le sanglier d'Europe, le mâle est armé de deux fortes

défenses. Sa chasse doit toujours se faire avec précaution; car,

ainsi qu'on l'a vu, il ne ménage pas le chasseur lorsqu'il tombe en

son pouvoir.

Sa chair est d'un goût exquis, délicat, préférable à celle de toute

espèce d'animaux sauvages.

Aventures d'un Gentilhomme Breton aux îles Philippines · 第 36 / 73 题