Le sanglier que les Indiens nomment _babui-damon_ (cochon d'herbes)
est presque semblable au porc domestique des Philippines. Le mâle
seulement en diffère par deux énormes glandes garnies de soies longues
et dures, placées des deux côtés du cou, près des os maxillaires.
Il habite les lieux les plus sombres et les plus fourrés des forêts, où
il trouve abondamment, pour sa nourriture, des fruits et des racines,
ainsi que de gros bulimes, espèce de limaçon dont il est très-friand.
On le chasse avec des chiens, des filets, et avec la lance. On lui
fait, avec cette arme, une chasse particulière aux Philippines,
et assez singulière pour mériter une description.
A l'époque des pluies, les sangliers qui habitent les grands bois
situés sur le sommet des montagnes souffrent du froid. Pour s'en
garantir, ils coupent avec leurs dents une énorme quantité d'herbes
et de jeunes plantes. Ils en font un immense tas, et se blottissent
dessous quelquefois au nombre de douze. Les chasseurs sont armés de
lances préparées pour cette chasse, dont le fer tient faiblement par
sa douille à la hampe, et qui cependant y est attaché par un bout
de corde; de façon que le fer se détachant de la hampe y reste fixé,
et forme une espèce de crochet qui s'embarrasse dans les broussailles
et arrête l'animal dans sa fuite.
Ces dispositions faites, les chasseurs parcourent la forêt, et
lorsqu'ils aperçoivent un de ces grands tas d'herbes, ils s'en
approchent avec précaution. S'ils voient se dégager au-dessus de ce
monticule une vapeur comme celle que produit notre haleine par un temps
froid, c'est pour eux l'indication certaine que des sangliers y sont
couchés. Alors, à un signal convenu, ils envoient tous leurs lances
comme des javelots, dans la direction où ils croient devoir atteindre
leurs proies. Les sangliers s'enfuient précipitamment. Ceux qui ont
été blessés emportent la lance; mais au moindre mouvement la hampe
se détache du fer, s'accroche dans les broussailles, arrête l'animal,
et les chasseurs achèvent de le tuer avec une autre lance.
Comme le sanglier d'Europe, le mâle est armé de deux fortes
défenses. Sa chasse doit toujours se faire avec précaution; car,
ainsi qu'on l'a vu, il ne ménage pas le chasseur lorsqu'il tombe en
son pouvoir.
Sa chair est d'un goût exquis, délicat, préférable à celle de toute
espèce d'animaux sauvages.