Il n'eut pas de peine à rattraper Élisabeth Nikolaïevna, qui
n'était encore qu'à quelques mètres de la maison. Alexis
Égorovitch, en frac et sans chapeau, la suivait à un pas de
distance. Il avait pris une attitude respectueuse et suppliait
instamment la jeune fille d'attendre la voiture; le vieillard
était fort ému, il pleurait presque.
-- Va-t-en, ton maître demande du thé, il n'y a personne pour le
servir, dit Pierre Stépanovitch au domestique, et, après l'avoir
ainsi renvoyé, il prit sans façon le bras d'Élisabeth Nikolaïevna.
Celle-ci le laissa faire, mais elle ne semblait pas en possession
de toute sa raison, la présence d'esprit ne lui était pas encore
revenue.
-- D'abord, vous ne devez pas aller de ce côté, commença Pierre
Stépanovitch, -- c'est par ici qu'il faut prendre, au lieu de
passer devant le jardin. Secondement, il est impossible, en tout
cas, que vous fassiez la route à pied, il y a trois verstes d'ici
chez vous, et vous êtes à peine vêtue. Si vous attendiez une
minute? Mon cheval est à l'écurie, je vais le faire atteler tout
de suite, vous monterez dans mon drojki, et je vous ramènerai chez
vous sans que personne vous voie.
-- Que vous êtes bon... dit avec sentiment Lisa.
-- Laissez donc; à ma place tout homme humain en ferait autant...
Lisa regarda son interlocuteur, et ses traits prirent une
expression d'étonnement.
-- Ah! mon Dieu, je pensais que ce vieillard était toujours là!
-- Écoutez, je suis bien aise que vous preniez la chose de cette
façon, parce qu'il n'y a là qu'un préjugé stupide; puisqu'il en
est ainsi, ne vaut-il pas mieux que j'ordonne tout de suite à ce
vieillard de préparer la voiture? C'est l'affaire de dix minutes,
nous rebrousserions chemin et nous attendrions devant le perron,
hein?
-- Je veux auparavant... où sont ces gens qu'on a tués?
-- Allons, voilà encore une fantaisie! C'est ce que je
craignais... Non, trêve de fadaises; vous n'avez pas besoin
d'aller voir cela.
-- Je sais où ils sont, je connais cette maison.
-- Eh bien, qu'importe que vous la connaissiez? Voyez donc, il
pleut, il fait du brouillard (voilà, pourtant, j'ai assumé un
devoir sacré!)... Écoutez, Élisabeth Nikolaïevna, de deux choses
l'une: ou vous acceptez une place dans mon drojki, alors attendez
et ne bougez pas d'ici, car si nous faisons encore vingt pas,
Maurice Nikolaïévitch ne manquera pas de nous apercevoir...
-- Maurice Nikolaïévitch! Où? Où?
-- Eh bien, si vous voulez l'aller retrouver, soit, je vous
accompagnerai encore un moment et je vous montrerai où il est,
mais ensuite je vous tirerai ma révérence; je ne tiens pas du tout
à m'approcher de lui pour le quart d'heure.
-- Il m'attend, Dieu! s'écria Lisa; elle s'arrêta soudain, et une
vive rougeur colora son visage.
-- Mais qu'est-ce que cela fait, du moment que c'est un homme sans
préjugés? Vous savez, Élisabeth Nikolaïevna, tout cela n'est pas
mon affaire, je suis tout à fait désintéressé dans la question, et
vous le savez vous-même; mais en somme je vous porte de
l'intérêt... Si nous nous sommes trompés sur le compte de notre
«navire», s'il se trouve n'être qu'une vieille barque pourrie,
bonne à démolir...
-- Ah! parfait! cria Lisa.
-- Parfait, dit-elle, et elle pleure. Il faut ici de la virilité.
Il faut ne le céder en rien à un homme. Dans notre siècle, quand
une femme... fi, diable (Pierre Stépanovitch avait peine à se
débarrasser de sa pituite)! Mais surtout il ne faut rien
regretter: l'affaire peut encore s'arranger admirablement. Maurice
Nikolaïévitch est un homme... en un mot, c'est un homme sensible,
quoique peu communicatif, ce qui, du reste, est bon aussi, bien
entendu à condition qu'il soit sans préjugés...
-- À merveille, à merveille! répéta la jeune fille avec un rire
nerveux.
-- Allons, diable... Élisabeth Nikolaïevna, reprit Pierre
Stépanovitch d'un ton piqué, -- moi, ce que je vous en dis, c'est
uniquement dans votre intérêt... Qu'est-ce que cela peut me faire,
à moi?... Je vous ai rendu service hier, j'ai déféré à votre
désir, et aujourd'hui... Eh bien, tenez, d'ici l'on aperçoit
Maurice Nikolaïévitch, le voilà, là-bas, il ne vous voit pas. Vous
savez, Élisabeth Nikolaïevna, avez-vous lu _Pauline Sax?_
-- Qu'est-ce que c'est?
-- C'est une nouvelle; je l'ai lue quand j'étais étudiant... Le
héros est un certain Sax, un riche employé qui surprend sa femme
en flagrant délit d'adultère à la campagne... Allons, diable, il
faut cracher là-dessus. Vous verrez qu'avant de vous avoir ramenée
chez vous, Maurice Nikolaïévitch vous aura déjà adressé une
demande en mariage. Il ne vous voit pas encore.
-- Ah! qu'il ne me voie point! cria tout à coup Lisa comme
affolée; -- allons-nous-en, allons-nous-en! Dans le bois, dans la
plaine!
Et elle rebroussa chemin en courant.
-- Pierre Stépanovitch s'élança à sa poursuite.
-- Élisabeth Nikolaïevna, quelle pusillanimité! Et pourquoi ne
voulez-vous pas qu'il vous voie? Au contraire, regardez-le en
face, carrément, fièrement... Si vous êtes honteuse parce que vous
avez perdu votre... virginité... c'est un préjugé si arriéré...
Mais où allez-vous donc, où allez-vous donc? Eh! comme elle
trotte! Retournons plutôt chez Stavroguine, nous monterons dans
mon drojki... Mais où allez-vous donc? Par là ce sont les champs,
allons, la voilà qui tombe!...
Il s'arrêta. Lisa volait comme un oiseau, sans savoir où elle
allait; déjà une distance de cinquante pas la séparait de Pierre
Stépanovitch, quand elle choppa contre un petit monceau de terre
et tomba. Au même instant un cri terrible retentit derrière elle.
Ce cri avait été poussé par Maurice Nikolaïévitch qui, ayant vu la
jeune fille s'enfuir à toutes jambes, puis tomber, courait après
elle à travers champs. Aussitôt Pierre Stépanovitch battit en
retraite vers la maison de Stavroguine pour monter au plus vite
dans son drojki.
Mais Maurice Nikolaïévitch fort effrayé se trouvait déjà près de
Lisa qui venait de se relever; il s'était penché sur elle et lui
avait pris la main, qu'il tenait dans les siennes. Cette rencontre
se produisant dans des conditions si invraisemblables avait
ébranlé la raison du capitaine d'artillerie, et des larmes
coulaient sur ses joues. Il voyait celle qu'il aimait d'un amour
si respectueux courir comme une folle à travers champs, à une
pareille heure, par un temps pareil, n'ayant d'autre vêtement que
sa robe, cette superbe robe de la veille, maintenant fripée et
couverte de boue... Sans proférer un mot, car il n'en aurait pas
eu la force, il ôta son manteau et le posa en tremblant sur les
épaules de Lisa. Tout à coup un cri lui échappa: il avait senti
sur sa main les lèvres de la jeune fille.
-- Lisa, je ne sais rien, mais ne me repoussez pas loin de vous!
-- Oh! oui, allons-nous-en bien vite, ne m'abandonnez pas!
Et, le prenant elle-même par le bras, elle l'entraîna à sa suite.
Puis elle baissa soudain la voix et ajouta d'un ton craintif:
-- Maurice Nikolaïévitch, jusqu'à présent je m'étais toujours
piquée de bravoure, mais ici j'ai peur de la mort. Je mourrai, je
mourrai bientôt, mais j'ai peur, j'ai peur de mourir...
Et, tout en murmurant ces paroles, elle serrait avec force le bras
de son compagnon.
-- Oh! s'il passait quelqu'un! soupira Maurice Nikolaïévitch, qui
promenait autour de lui des regards désespérés, -- si nous
pouvions rencontrer une voiture! Vous vous mouillez les pieds,
vous... perdez la raison!
-- Non, non, ce n'est rien, reprit-elle, -- là, comme cela, près
de vous j'ai moins peur, tenez-moi par la main, conduisez-moi...
Où allons-nous maintenant? À la maison? Non, je veux d'abord voir
les victimes. Ils ont, dit-on, égorgé sa femme, et il déclare que
c'est lui-même qui l'a assassinée; ce n'est pas vrai, n'est-ce
pas? ce n'est pas vrai? Je veux voir moi-même ceux qui ont été
tués... à cause de moi... c'est en songeant à eux que, cette nuit,
il a cessé de m'aimer... Je verrai et je saurai tout. Vite, vite,
je connais cette maison... il y a là un incendie... Maurice
Nikolaïévitch, mon ami, ne me pardonnez pas, je suis déshonorée!
Pourquoi me pardonner? Pourquoi pleurez-vous? Donnez-moi un
soufflet et tuez-moi ici dans la campagne comme un chien!
-- Il n'appartient à personne de vous juger maintenant, répondit
d'un ton ferme Maurice Nikolaïévitch, -- que Dieu vous pardonne!
Moins que tout autre je puis être votre juge!
Mais leur conversation serait trop étrange à rapporter. Pendant ce
temps, tous deux, la main dans la main, cheminaient d'un pas
rapide, on les aurait pris pour des aliénés. Ils marchaient dans
la direction de l'incendie. Maurice Nikolaïévitch n'avait pas
encore perdu l'espoir de rencontrer à tout le moins quelque
charrette, mais on n'apercevait personne. Une petite pluie fine ne
cessait de tomber, obscurcissant tout le paysage et noyant tous
les objets dans une même teinte plombée qui ne permettait pas de
les distinguer les uns des autres. Quoiqu'il fît jour depuis
longtemps, il semblait que l'aube n'eût point encore paru. Et,
soudain, de ce froid brouillard se détacha une figure étrange,
falote, qui marchait à la rencontre des deux jeunes gens. Quand je
me représente maintenant cette scène, je pense que je n'en aurais
pas cru mes yeux si j'avais été à la place d'Élisabeth
Nikolaïevna; pourtant elle poussa un cri de joie et reconnut tout
de suite l'homme qui s'avançait vers elle. C'était Stépan
Trophimovitch. Par quel hasard se trouvait-il là? Comment sa folle
idée de fuite avait-elle pu se réaliser? -- on le verra plus loin.
Je noterai seulement que, ce matin là, il avait déjà la fièvre,
mais la maladie n'était pas un obstacle pour lui: il foulait d'un
pas ferme le sol humide; évidemment il avait combiné son
entreprise du mieux qu'il avait pu, dans son isolement et avec
toute son inexpérience d'homme de cabinet. Il était en «tenue de
voyage», c'est-à-dire qu'il portait un manteau à manches, une
large ceinture de cuir verni serrée autour de ses reins par une
boucle, et de grandes bottes neuves dans lesquelles il avait fait
rentrer son pantalon. Sans doute depuis fort longtemps déjà il
s'était imaginé ainsi le type du voyageur; la ceinture et les
grandes bottes à la hussarde, qui gênaient considérablement sa
marche, il avait dû se les procurer plusieurs jours à l'avance. Un
chapeau à larges bords et une écharpe en poil de chameau enroulée
autour du cou complétaient le costume de Stépan Trophimovitch. Il
tenait dans sa main droite une canne et un parapluie ouvert, dans
sa main gauche un sac de voyage fort petit, mais plein comme un
oeuf. Ces trois objets, -- la canne, le parapluie et le sac de
voyage, étaient devenus, au bout d'une verste, très fatigants à
porter.
À la joie irréfléchie du premier moment avait succédé chez Lisa un
étonnement pénible.
-- Est-il possible que ce soit bien vous? s'écria-t-elle en
considérant le vieillard avec tristesse.
En proie à une sorte d'exaltation délirante, il s'élança vers
elle:
_-- Lise! Chère, chère, _se peut-il aussi que ce soit vous... au
milieu d'un pareil brouillard? Voyez: les lueurs de l'incendie
rougissent le ciel! _Vous êtes malheureuse, n'est-ce pas? _Je le
vois, je le vois, ne me racontez rien, mais ne m'interrogez pas
non plus. _Nous sommes tous malheureux, mais il faut les pardonner
tous. Pardonnons, Lise, _et nous serons libres à jamais. Pour en
finir avec le monde et devenir pleinement libre, -- _il faut
pardonner, pardonner et pardonner!_
-- Mais pourquoi vous mettez-vous à genoux?
-- Parce qu'en prenant congé du monde je veux dire adieu, dans
votre personne, à tout mon passé! -- Il fondit en larmes, et
prenant les deux mains de la jeune fille, il les posa sur ses yeux
humides: -- Je m'agenouille devant tout ce qu'il y a eu de beau
dans mon existence, je l'embrasse et je le remercie! Maintenant
mon être est brisé en deux: -- là, c'est un insensé qui a rêvé
d'escalader le ciel, _vingt-deux ans! _Ici, c'est un vieillard
tué, glacé, précepteur... _chez un marchand, s'il existe pourtant,
ce marchand... _Mais comme vous êtes trempée, _Lise!_ s'écria-t-
il, et il se releva soudain, sentant que l'humidité du sol se
communiquait à ses genoux, -- et comment se fait-il que je vous
rencontre ainsi vêtue... à pied, dans cette plaine?... Vous
pleurez? _Vous êtes malheureuse? _Bah! j'ai entendu parler de
quelque chose... Mais d'où venez-vous donc maintenant? demanda-t-
il d'un air inquiet; en même temps il regardait avec une profonde
surprise Maurice Nikolaïévitch; -- _mais savez-vous l'heure qu'il
est?_
-- Stépan Trophimovitch, avez-vous entendu parler là-bas de gens
assassinés?... C'est vrai? C'est vrai?
-- Ces gens! Toute la nuit j'ai vu l'incendie allumé par eux. Ils
ne pouvaient pas finir autrement... (ses yeux étincelèrent de
nouveau). Je m'arrache à un songe enfanté par la fièvre chaude, je
cours à la recherche de la Russie, _existe-t-elle, la Russie? Bah!
c'est vous, cher capitaine! _Je n'ai jamais douté que je vous
rencontrerais dans l'accomplissement de quelque grande action...
Mais prenez mon parapluie et -- pourquoi donc allez-vous à pied?
Pour l'amour de Dieu, prenez du moins ce parapluie; moi, je n'en
ai pas besoin, je trouverai une voiture quelque part. Voyez-vous,
je suis parti à pied parce que si _Stasie_ (c'est-à-dire Nastasia)
avait eu vent de mon dessein, ses cris auraient ameuté toute la
rue; je me suis donc esquivé aussi _incognito_ que possible. Je ne
sais pas, on ne lit dans le _Golos_ que des récits d'attaques à
main armée sur les grands chemins; pourtant il n'est pas
présumable qu'à peine en route je rencontre un brigand? _Chère
Lise, _vous disiez, je crois, qu'on avait tué quelqu'un? _Ô mon
Dieu, _vous vous trouvez mal!
-- Allons-nous-en, allons-nous-en! cria comme dans un accès
nerveux Élisabeth Nikolaïevna, entraînant encore à sa suite
Maurice Nikolaïévitch; puis elle revint brusquement sur ses pas. -
- Attendez, Stépan Trophimovitch, attendez, pauvre homme, laissez-
moi faire sur vous le signe de la croix. Peut-être faudrait-il
plutôt vous lier, mais j'aime mieux faire le signe de la croix sur
vous. Priez, vous aussi, pour la pauvre Lisa, -- un peu, pas
beaucoup, pour autant que cela ne vous gênera pas. Maurice
Nikolaïévitch, rendez à cet enfant son parapluie, rendez-le-lui
tout de suite. Là, c'est bien... Partons donc, partons!
Lorsqu'ils arrivèrent à la maison fatale, la foule considérable
réunie en cet endroit avait déjà beaucoup entendu parler de
Stavroguine et de l'intérêt qu'il était censé avoir à l'assassinat
de sa femme. Cependant, je le répète, l'immense majorité
continuait à écouter silencieuse et calme. Les quelques individus
qui donnaient des signes d'agitation étaient, ou des gens ivres,
ou des esprits très impressionnables comme le bourgeois dont j'ai
parlé plus haut. Tout le monde le connaissait pour un homme plutôt
doux que violent, mais sous le coup d'une émotion subite il
perdait soudain tout sang-froid. Je ne vis pas arriver les deux
jeunes gens. Quand, à mon extrême stupéfaction, j'aperçus
Élisabeth Nikolaïevna, elle avait déjà pénétré fort avant dans la
foule et se trouvait à une grande distance de moi; je ne remarquai
pas tout d'abord la présence de Maurice Nikolaïévitch: il est
probable qu'à un certain moment la cohue l'avait séparé de sa
compagne. Celle-ci, qui, semblable à une hypnotisée, traversait le
rassemblement sans rien voir autour d'elle, ne tarda pas, comme
bien on pense, à attirer l'attention. Sur son passage retentirent
bientôt des vociférations menaçantes. «C'est la maîtresse de
Stavroguine!» cria quelqu'un. «Il ne leur suffit pas de tuer, ils
viennent contempler leurs victimes!» ajouta un autre. Tout à coup
je vis un bras se lever derrière Lisa et s'abattre sur sa tête;
elle tomba. Poussant un cri terrible, Maurice Nikolaïévitch se
précipita au secours de la malheureuse et frappa de toutes ses
forces un homme qui l'empêchait d'arriver jusqu'à elle, mais au
même instant le bourgeois, qui se trouvait derrière lui, le saisit
à bras-le-corps. Durant quelques minutes il y eut une telle
confusion que je ne pus rien distinguer nettement. Lisa se releva,
paraît-il, mais un second coup la renversa de nouveau à terre. La
foule s'écarta aussitôt, laissant un petit espace vide autour de
la jeune fille étendue sur le sol. Debout au-dessus de son amie,
Maurice Nikolaïévitch affolé, couvert de sang, criait, pleurait,
se tordait les mains. Je ne me rappelle pas bien ce qui se passa
ensuite, je me souviens seulement que tout à coup on emporta Lisa.
Je courus me joindre au lugubre cortège; l'infortunée respirait
encore et n'avait peut-être pas perdu connaissance. On arrêta dans
la foule le bourgeois et trois autres individus. Ces derniers
jusqu'à présent protestent de leur innocence: à les en croire,
leur arrestation serait une erreur de la police; c'est bien
possible. Quant au bourgeois, bien que sa culpabilité soit
évidente, il était alors dans un tel état de surexcitation qu'il
n'a pu encore fournir un récit détaillé de l'événement. Appelé à
déposer comme témoin au cours de l'instruction judiciaire, j'ai
déclaré que, selon moi, ce crime n'avait été nullement prémédité,
et qu'il fallait y voir le résultat d'un entraînement tout à fait
accidentel. C'est ce que je pense aujourd'hui encore.