III

Il n'eut pas de peine à rattraper Élisabeth Nikolaïevna, qui

n'était encore qu'à quelques mètres de la maison. Alexis

Égorovitch, en frac et sans chapeau, la suivait à un pas de

distance. Il avait pris une attitude respectueuse et suppliait

instamment la jeune fille d'attendre la voiture; le vieillard

était fort ému, il pleurait presque.

-- Va-t-en, ton maître demande du thé, il n'y a personne pour le

servir, dit Pierre Stépanovitch au domestique, et, après l'avoir

ainsi renvoyé, il prit sans façon le bras d'Élisabeth Nikolaïevna.

Celle-ci le laissa faire, mais elle ne semblait pas en possession

de toute sa raison, la présence d'esprit ne lui était pas encore

revenue.

-- D'abord, vous ne devez pas aller de ce côté, commença Pierre

Stépanovitch, -- c'est par ici qu'il faut prendre, au lieu de

passer devant le jardin. Secondement, il est impossible, en tout

cas, que vous fassiez la route à pied, il y a trois verstes d'ici

chez vous, et vous êtes à peine vêtue. Si vous attendiez une

minute? Mon cheval est à l'écurie, je vais le faire atteler tout

de suite, vous monterez dans mon drojki, et je vous ramènerai chez

vous sans que personne vous voie.

-- Que vous êtes bon... dit avec sentiment Lisa.

-- Laissez donc; à ma place tout homme humain en ferait autant...

Lisa regarda son interlocuteur, et ses traits prirent une

expression d'étonnement.

-- Ah! mon Dieu, je pensais que ce vieillard était toujours là!

-- Écoutez, je suis bien aise que vous preniez la chose de cette

façon, parce qu'il n'y a là qu'un préjugé stupide; puisqu'il en

est ainsi, ne vaut-il pas mieux que j'ordonne tout de suite à ce

vieillard de préparer la voiture? C'est l'affaire de dix minutes,

nous rebrousserions chemin et nous attendrions devant le perron,

hein?

-- Je veux auparavant... où sont ces gens qu'on a tués?

-- Allons, voilà encore une fantaisie! C'est ce que je

craignais... Non, trêve de fadaises; vous n'avez pas besoin

d'aller voir cela.

-- Je sais où ils sont, je connais cette maison.

-- Eh bien, qu'importe que vous la connaissiez? Voyez donc, il

pleut, il fait du brouillard (voilà, pourtant, j'ai assumé un

devoir sacré!)... Écoutez, Élisabeth Nikolaïevna, de deux choses

l'une: ou vous acceptez une place dans mon drojki, alors attendez

et ne bougez pas d'ici, car si nous faisons encore vingt pas,

Maurice Nikolaïévitch ne manquera pas de nous apercevoir...

-- Maurice Nikolaïévitch! Où? Où?

-- Eh bien, si vous voulez l'aller retrouver, soit, je vous

accompagnerai encore un moment et je vous montrerai où il est,

mais ensuite je vous tirerai ma révérence; je ne tiens pas du tout

à m'approcher de lui pour le quart d'heure.

-- Il m'attend, Dieu! s'écria Lisa; elle s'arrêta soudain, et une

vive rougeur colora son visage.

-- Mais qu'est-ce que cela fait, du moment que c'est un homme sans

préjugés? Vous savez, Élisabeth Nikolaïevna, tout cela n'est pas

mon affaire, je suis tout à fait désintéressé dans la question, et

vous le savez vous-même; mais en somme je vous porte de

l'intérêt... Si nous nous sommes trompés sur le compte de notre

«navire», s'il se trouve n'être qu'une vieille barque pourrie,

bonne à démolir...

-- Ah! parfait! cria Lisa.

-- Parfait, dit-elle, et elle pleure. Il faut ici de la virilité.

Il faut ne le céder en rien à un homme. Dans notre siècle, quand

une femme... fi, diable (Pierre Stépanovitch avait peine à se

débarrasser de sa pituite)! Mais surtout il ne faut rien

regretter: l'affaire peut encore s'arranger admirablement. Maurice

Nikolaïévitch est un homme... en un mot, c'est un homme sensible,

quoique peu communicatif, ce qui, du reste, est bon aussi, bien

entendu à condition qu'il soit sans préjugés...

-- À merveille, à merveille! répéta la jeune fille avec un rire

nerveux.

-- Allons, diable... Élisabeth Nikolaïevna, reprit Pierre

Stépanovitch d'un ton piqué, -- moi, ce que je vous en dis, c'est

uniquement dans votre intérêt... Qu'est-ce que cela peut me faire,

à moi?... Je vous ai rendu service hier, j'ai déféré à votre

désir, et aujourd'hui... Eh bien, tenez, d'ici l'on aperçoit

Maurice Nikolaïévitch, le voilà, là-bas, il ne vous voit pas. Vous

savez, Élisabeth Nikolaïevna, avez-vous lu _Pauline Sax?_

-- Qu'est-ce que c'est?

-- C'est une nouvelle; je l'ai lue quand j'étais étudiant... Le

héros est un certain Sax, un riche employé qui surprend sa femme

en flagrant délit d'adultère à la campagne... Allons, diable, il

faut cracher là-dessus. Vous verrez qu'avant de vous avoir ramenée

chez vous, Maurice Nikolaïévitch vous aura déjà adressé une

demande en mariage. Il ne vous voit pas encore.

-- Ah! qu'il ne me voie point! cria tout à coup Lisa comme

affolée; -- allons-nous-en, allons-nous-en! Dans le bois, dans la

plaine!

Et elle rebroussa chemin en courant.

-- Pierre Stépanovitch s'élança à sa poursuite.

-- Élisabeth Nikolaïevna, quelle pusillanimité! Et pourquoi ne

voulez-vous pas qu'il vous voie? Au contraire, regardez-le en

face, carrément, fièrement... Si vous êtes honteuse parce que vous

avez perdu votre... virginité... c'est un préjugé si arriéré...

Mais où allez-vous donc, où allez-vous donc? Eh! comme elle

trotte! Retournons plutôt chez Stavroguine, nous monterons dans

mon drojki... Mais où allez-vous donc? Par là ce sont les champs,

allons, la voilà qui tombe!...

Il s'arrêta. Lisa volait comme un oiseau, sans savoir où elle

allait; déjà une distance de cinquante pas la séparait de Pierre

Stépanovitch, quand elle choppa contre un petit monceau de terre

et tomba. Au même instant un cri terrible retentit derrière elle.

Ce cri avait été poussé par Maurice Nikolaïévitch qui, ayant vu la

jeune fille s'enfuir à toutes jambes, puis tomber, courait après

elle à travers champs. Aussitôt Pierre Stépanovitch battit en

retraite vers la maison de Stavroguine pour monter au plus vite

dans son drojki.

Mais Maurice Nikolaïévitch fort effrayé se trouvait déjà près de

Lisa qui venait de se relever; il s'était penché sur elle et lui

avait pris la main, qu'il tenait dans les siennes. Cette rencontre

se produisant dans des conditions si invraisemblables avait

ébranlé la raison du capitaine d'artillerie, et des larmes

coulaient sur ses joues. Il voyait celle qu'il aimait d'un amour

si respectueux courir comme une folle à travers champs, à une

pareille heure, par un temps pareil, n'ayant d'autre vêtement que

sa robe, cette superbe robe de la veille, maintenant fripée et

couverte de boue... Sans proférer un mot, car il n'en aurait pas

eu la force, il ôta son manteau et le posa en tremblant sur les

épaules de Lisa. Tout à coup un cri lui échappa: il avait senti

sur sa main les lèvres de la jeune fille.

-- Lisa, je ne sais rien, mais ne me repoussez pas loin de vous!

-- Oh! oui, allons-nous-en bien vite, ne m'abandonnez pas!

Et, le prenant elle-même par le bras, elle l'entraîna à sa suite.

Puis elle baissa soudain la voix et ajouta d'un ton craintif:

-- Maurice Nikolaïévitch, jusqu'à présent je m'étais toujours

piquée de bravoure, mais ici j'ai peur de la mort. Je mourrai, je

mourrai bientôt, mais j'ai peur, j'ai peur de mourir...

Et, tout en murmurant ces paroles, elle serrait avec force le bras

de son compagnon.

-- Oh! s'il passait quelqu'un! soupira Maurice Nikolaïévitch, qui

promenait autour de lui des regards désespérés, -- si nous

pouvions rencontrer une voiture! Vous vous mouillez les pieds,

vous... perdez la raison!

-- Non, non, ce n'est rien, reprit-elle, -- là, comme cela, près

de vous j'ai moins peur, tenez-moi par la main, conduisez-moi...

Où allons-nous maintenant? À la maison? Non, je veux d'abord voir

les victimes. Ils ont, dit-on, égorgé sa femme, et il déclare que

c'est lui-même qui l'a assassinée; ce n'est pas vrai, n'est-ce

pas? ce n'est pas vrai? Je veux voir moi-même ceux qui ont été

tués... à cause de moi... c'est en songeant à eux que, cette nuit,

il a cessé de m'aimer... Je verrai et je saurai tout. Vite, vite,

je connais cette maison... il y a là un incendie... Maurice

Nikolaïévitch, mon ami, ne me pardonnez pas, je suis déshonorée!

Pourquoi me pardonner? Pourquoi pleurez-vous? Donnez-moi un

soufflet et tuez-moi ici dans la campagne comme un chien!

-- Il n'appartient à personne de vous juger maintenant, répondit

d'un ton ferme Maurice Nikolaïévitch, -- que Dieu vous pardonne!

Moins que tout autre je puis être votre juge!

Mais leur conversation serait trop étrange à rapporter. Pendant ce

temps, tous deux, la main dans la main, cheminaient d'un pas

rapide, on les aurait pris pour des aliénés. Ils marchaient dans

la direction de l'incendie. Maurice Nikolaïévitch n'avait pas

encore perdu l'espoir de rencontrer à tout le moins quelque

charrette, mais on n'apercevait personne. Une petite pluie fine ne

cessait de tomber, obscurcissant tout le paysage et noyant tous

les objets dans une même teinte plombée qui ne permettait pas de

les distinguer les uns des autres. Quoiqu'il fît jour depuis

longtemps, il semblait que l'aube n'eût point encore paru. Et,

soudain, de ce froid brouillard se détacha une figure étrange,

falote, qui marchait à la rencontre des deux jeunes gens. Quand je

me représente maintenant cette scène, je pense que je n'en aurais

pas cru mes yeux si j'avais été à la place d'Élisabeth

Nikolaïevna; pourtant elle poussa un cri de joie et reconnut tout

de suite l'homme qui s'avançait vers elle. C'était Stépan

Trophimovitch. Par quel hasard se trouvait-il là? Comment sa folle

idée de fuite avait-elle pu se réaliser? -- on le verra plus loin.

Je noterai seulement que, ce matin là, il avait déjà la fièvre,

mais la maladie n'était pas un obstacle pour lui: il foulait d'un

pas ferme le sol humide; évidemment il avait combiné son

entreprise du mieux qu'il avait pu, dans son isolement et avec

toute son inexpérience d'homme de cabinet. Il était en «tenue de

voyage», c'est-à-dire qu'il portait un manteau à manches, une

large ceinture de cuir verni serrée autour de ses reins par une

boucle, et de grandes bottes neuves dans lesquelles il avait fait

rentrer son pantalon. Sans doute depuis fort longtemps déjà il

s'était imaginé ainsi le type du voyageur; la ceinture et les

grandes bottes à la hussarde, qui gênaient considérablement sa

marche, il avait dû se les procurer plusieurs jours à l'avance. Un

chapeau à larges bords et une écharpe en poil de chameau enroulée

autour du cou complétaient le costume de Stépan Trophimovitch. Il

tenait dans sa main droite une canne et un parapluie ouvert, dans

sa main gauche un sac de voyage fort petit, mais plein comme un

oeuf. Ces trois objets, -- la canne, le parapluie et le sac de

voyage, étaient devenus, au bout d'une verste, très fatigants à

porter.

À la joie irréfléchie du premier moment avait succédé chez Lisa un

étonnement pénible.

-- Est-il possible que ce soit bien vous? s'écria-t-elle en

considérant le vieillard avec tristesse.

En proie à une sorte d'exaltation délirante, il s'élança vers

elle:

_-- Lise! Chère, chère, _se peut-il aussi que ce soit vous... au

milieu d'un pareil brouillard? Voyez: les lueurs de l'incendie

rougissent le ciel! _Vous êtes malheureuse, n'est-ce pas? _Je le

vois, je le vois, ne me racontez rien, mais ne m'interrogez pas

non plus. _Nous sommes tous malheureux, mais il faut les pardonner

tous. Pardonnons, Lise, _et nous serons libres à jamais. Pour en

finir avec le monde et devenir pleinement libre, -- _il faut

pardonner, pardonner et pardonner!_

-- Mais pourquoi vous mettez-vous à genoux?

-- Parce qu'en prenant congé du monde je veux dire adieu, dans

votre personne, à tout mon passé! -- Il fondit en larmes, et

prenant les deux mains de la jeune fille, il les posa sur ses yeux

humides: -- Je m'agenouille devant tout ce qu'il y a eu de beau

dans mon existence, je l'embrasse et je le remercie! Maintenant

mon être est brisé en deux: -- là, c'est un insensé qui a rêvé

d'escalader le ciel, _vingt-deux ans! _Ici, c'est un vieillard

tué, glacé, précepteur... _chez un marchand, s'il existe pourtant,

ce marchand... _Mais comme vous êtes trempée, _Lise!_ s'écria-t-

il, et il se releva soudain, sentant que l'humidité du sol se

communiquait à ses genoux, -- et comment se fait-il que je vous

rencontre ainsi vêtue... à pied, dans cette plaine?... Vous

pleurez? _Vous êtes malheureuse? _Bah! j'ai entendu parler de

quelque chose... Mais d'où venez-vous donc maintenant? demanda-t-

il d'un air inquiet; en même temps il regardait avec une profonde

surprise Maurice Nikolaïévitch; -- _mais savez-vous l'heure qu'il

est?_

-- Stépan Trophimovitch, avez-vous entendu parler là-bas de gens

assassinés?... C'est vrai? C'est vrai?

-- Ces gens! Toute la nuit j'ai vu l'incendie allumé par eux. Ils

ne pouvaient pas finir autrement... (ses yeux étincelèrent de

nouveau). Je m'arrache à un songe enfanté par la fièvre chaude, je

cours à la recherche de la Russie, _existe-t-elle, la Russie? Bah!

c'est vous, cher capitaine! _Je n'ai jamais douté que je vous

rencontrerais dans l'accomplissement de quelque grande action...

Mais prenez mon parapluie et -- pourquoi donc allez-vous à pied?

Pour l'amour de Dieu, prenez du moins ce parapluie; moi, je n'en

ai pas besoin, je trouverai une voiture quelque part. Voyez-vous,

je suis parti à pied parce que si _Stasie_ (c'est-à-dire Nastasia)

avait eu vent de mon dessein, ses cris auraient ameuté toute la

rue; je me suis donc esquivé aussi _incognito_ que possible. Je ne

sais pas, on ne lit dans le _Golos_ que des récits d'attaques à

main armée sur les grands chemins; pourtant il n'est pas

présumable qu'à peine en route je rencontre un brigand? _Chère

Lise, _vous disiez, je crois, qu'on avait tué quelqu'un? _Ô mon

Dieu, _vous vous trouvez mal!

-- Allons-nous-en, allons-nous-en! cria comme dans un accès

nerveux Élisabeth Nikolaïevna, entraînant encore à sa suite

Maurice Nikolaïévitch; puis elle revint brusquement sur ses pas. -

- Attendez, Stépan Trophimovitch, attendez, pauvre homme, laissez-

moi faire sur vous le signe de la croix. Peut-être faudrait-il

plutôt vous lier, mais j'aime mieux faire le signe de la croix sur

vous. Priez, vous aussi, pour la pauvre Lisa, -- un peu, pas

beaucoup, pour autant que cela ne vous gênera pas. Maurice

Nikolaïévitch, rendez à cet enfant son parapluie, rendez-le-lui

tout de suite. Là, c'est bien... Partons donc, partons!

Lorsqu'ils arrivèrent à la maison fatale, la foule considérable

réunie en cet endroit avait déjà beaucoup entendu parler de

Stavroguine et de l'intérêt qu'il était censé avoir à l'assassinat

de sa femme. Cependant, je le répète, l'immense majorité

continuait à écouter silencieuse et calme. Les quelques individus

qui donnaient des signes d'agitation étaient, ou des gens ivres,

ou des esprits très impressionnables comme le bourgeois dont j'ai

parlé plus haut. Tout le monde le connaissait pour un homme plutôt

doux que violent, mais sous le coup d'une émotion subite il

perdait soudain tout sang-froid. Je ne vis pas arriver les deux

jeunes gens. Quand, à mon extrême stupéfaction, j'aperçus

Élisabeth Nikolaïevna, elle avait déjà pénétré fort avant dans la

foule et se trouvait à une grande distance de moi; je ne remarquai

pas tout d'abord la présence de Maurice Nikolaïévitch: il est

probable qu'à un certain moment la cohue l'avait séparé de sa

compagne. Celle-ci, qui, semblable à une hypnotisée, traversait le

rassemblement sans rien voir autour d'elle, ne tarda pas, comme

bien on pense, à attirer l'attention. Sur son passage retentirent

bientôt des vociférations menaçantes. «C'est la maîtresse de

Stavroguine!» cria quelqu'un. «Il ne leur suffit pas de tuer, ils

viennent contempler leurs victimes!» ajouta un autre. Tout à coup

je vis un bras se lever derrière Lisa et s'abattre sur sa tête;

elle tomba. Poussant un cri terrible, Maurice Nikolaïévitch se

précipita au secours de la malheureuse et frappa de toutes ses

forces un homme qui l'empêchait d'arriver jusqu'à elle, mais au

même instant le bourgeois, qui se trouvait derrière lui, le saisit

à bras-le-corps. Durant quelques minutes il y eut une telle

confusion que je ne pus rien distinguer nettement. Lisa se releva,

paraît-il, mais un second coup la renversa de nouveau à terre. La

foule s'écarta aussitôt, laissant un petit espace vide autour de

la jeune fille étendue sur le sol. Debout au-dessus de son amie,

Maurice Nikolaïévitch affolé, couvert de sang, criait, pleurait,

se tordait les mains. Je ne me rappelle pas bien ce qui se passa

ensuite, je me souviens seulement que tout à coup on emporta Lisa.

Je courus me joindre au lugubre cortège; l'infortunée respirait

encore et n'avait peut-être pas perdu connaissance. On arrêta dans

la foule le bourgeois et trois autres individus. Ces derniers

jusqu'à présent protestent de leur innocence: à les en croire,

leur arrestation serait une erreur de la police; c'est bien

possible. Quant au bourgeois, bien que sa culpabilité soit

évidente, il était alors dans un tel état de surexcitation qu'il

n'a pu encore fournir un récit détaillé de l'événement. Appelé à

déposer comme témoin au cours de l'instruction judiciaire, j'ai

déclaré que, selon moi, ce crime n'avait été nullement prémédité,

et qu'il fallait y voir le résultat d'un entraînement tout à fait

accidentel. C'est ce que je pense aujourd'hui encore.

Les possédés · 第 86 / 104 题