XXI

Hubert attira sa femme dans un coin du salon.

--Eh bien, comment s’est passée la journée?

--Mais... fort bien...

--Fanny ne s’est pas jetée à la tête du petit Fabre-Gilles?

--Non.

--D’ailleurs, il vient de m’informer qu’il nous quittait demain. Ma foi,

je ne l’ai pas retenu. J’en ai assez de ce garçon... pour certaines

raisons.

--Comment?

--Nous en recauserons.

Clarisse s’en alla vers ses invités. Elle eut peur, tout à coup, que

Hubert voulût signifier quelque chose. Mais quoi? Elle regarda son mari

de loin. Il lui fut impossible de savoir ce qu’il pensait, et si, sous

ses paroles banales et ses gestes habituels, il dissimulait peut-être le

projet d’une condamnation, d’une vengeance, d’une rupture. Hubert, avec

son visage bouffi aux yeux flottants qu’elle connaissait si bien, son

apparence familière, à la fois lasse et ennuyée, lui parut tout à coup

mystérieux.

On annonça le dîner. La table était chargée d’argenterie et de fleurs.

Par les portes grandes ouvertes venait l’air rafraîchi du soir et le

bruit doux du jet d’eau sur la terrasse.

Desnouettes n’arrêta pas de parler... Surpris tout d’abord par la

brusque invitation de Clarisse, il avait presque regretté cet épisode

imprévu qui ne rentrait pas dans son plan général de séduction préparé

pour l’été. Ensuite, il s’était décidé à se tenir sur la réserve: il

craignait un piège. Un de ses principes était de ne s’engager que

lorsqu’on a reconnu le terrain. Toutefois, en présence de Fanny, le

principe avait disparu et la tactique s’était évanouie: il n’avait pu

résister au plaisir du bavardage.

De son côté, Fanny, abandonnant Laurent, s’était mise tout de suite à

tourmenter Desnouettes.

--Vous avez maigri, mon cher.

--N’est-ce pas? On le remarque beaucoup. C’est que je fais énormément de

culture physique. J’ai entrepris l’éducation de mes réflexes.

Il tourna vers Clarisse son visage agité et répéta:

--L’éducation de mes réflexes.

--Alors, vous allez devenir un athlète? demanda Fanny.

--Pourquoi pas? Nous négligeons trop la beauté de notre corps...

--Mais non, fit-elle.

--Permettez. J’entends les hommes. Or il existe un canon de la beauté

virile. Parfaitement, un canon de la beauté virile, auquel nous pouvons

tous prétendre. Mon but principal est de me dépouiller de ma graisse

inutile. Nous sommes des engorgés. Si nous faisions disparaître le

surplus, nous gagnerions de la souplesse, de la ligne, du style.

--J’ai envie de vous imiter, s’écria Gaillardoz avec un rire sonore.

--Ah, mais non, interrompit sa femme, je tiens à ton genre. Tu es un

colosse, reste-le. Desnouettes peut s’amuser à se dégonfler. Toi, je te

préfère énorme.

--Permettez, fit Desnouettes, il n’y a pas là qu’une question physique,

il y a le côté psychologique. Si vous augmentez votre tonicité

musculaire...

--Tonicité musculaire!

Clarisse se taisait. Puisque Fanny semblait délaisser Laurent, allait-il

lui revenir? Cet absurde Desnouettes lui rendait donc sans le savoir son

bonheur. Elle souhaita entendre la voix du jeune homme, anxieuse qu’elle

était de deviner le succès de sa ruse. Pauvre ruse, elle le sentit

elle-même, mélange d’innocence et de calcul, d’enfantillage et de

rouerie. Tout à coup Laurent redemanda du pain; ces mots brefs lui

donnèrent un espoir fou. Elle ne fit plus que guetter ce qu’il dirait

encore.

Ce fut un instant plus tard. On parlait voyages, et il s’écria qu’il

aimerait s’en aller vers des pays lointains, de l’autre côté de la

terre... Par-dessus une corbeille de pois de senteur roses et mauves

dont l’odeur était pénétrante, elle le vit si jeune, si attrayant, et

elle éprouva une telle intensité d’admiration qu’il la sentit venir à

lui avec le parfum de la corbeille, et qu’il s’arrêta, interdit. Tout le

monde s’était tourné vers lui et le dévisageait. On était comme étonné

de le découvrir.

--Quand on s’en va très loin, dit Gaillardoz, il faut partir pour des

années, et faire son deuil de ses amis.

Laurent reprit courage, et, avec son petit rire brusque à l’adresse de

Clarisse:

--Justement, moi je ne m’attache guère...

--Feriez-vous de la banque là-bas? demanda Hubert avec dédain.

--Oh! je n’y tiendrais pas. La banque n’est pas mon idéal.

--Bravo, s’écria Desnouettes qui n’hésitait jamais à commettre une

gaffe.

Ensuite tout le monde se remit à parler sans s’occuper plus longtemps de

ce petit jeune homme.

Clarisse songea qu’en attendant ce grand départ hypothétique il allait

quitter la Cômerie. Et il ne l’avait pas prévenue. De tristes

pressentiments l’agitèrent: une fois qu’il serait parti, quand le

reverrait-elle? Durant l’été, où le rencontrer? Si même elle parvenait à

le voir, elle n’aurait avec lui qu’une conversation rapide, devant des

témoins. Mais il ne pouvait s’en aller ainsi, sur ce malentendu, dans un

accès de méchanceté. «Il faut que nous ayons ce soir une explication»,

pensa-t-elle.

Après dîner, ils s’installèrent tous sur la terrasse. Fanny, qui

dédaignait Laurent maintenant qu’elle avait retrouvé son interlocuteur

habituel, attaqua Desnouettes sur ses matches de Saint-Moritz. Il y

avait été honteusement battu.

--Alors, fit-elle, il vous a trahi, ce système si bien étudié?

Il détourna la conversation:

--Le tennis, dit-il, n’était qu’un prétexte à mon voyage. Je ne

connaissais pas Saint-Moritz. Or j’ai toujours eu la curiosité de ces

milieux cosmopolites, où se coudoient des espèces humaines très

différentes. La nationalité provoque des variations des espèces sans

abolir leurs caractères essentiels. Un _palace_ me cause le même plaisir

qu’un jardin zoologique bien entretenu.

--Alors, reprit Fanny, vous donniez du pain à travers les barreaux à des

Italiennes aux yeux d’antilopes, ou à des juifs de Francfort pareils à

d’affreux cacatoès?

--Ne plaisantez pas, le sujet est tragique. Dans un hôtel, les espèces

dont je parle sont libérées et se mêlent sans se douter toujours

qu’elles sont étrangères. Parce qu’il n’y a pas de grille, on voit là se

nouer des amitiés ou des liaisons entre des êtres hostiles à leur insu,

irréductibles l’un à l’autre... Irréductibles!

Clarisse chercha Laurent. Il était derrière elle. Elle le pria d’aller

lui prendre son écharpe au vestibule. Pour s’éloigner des autres, elle

le suivit jusqu’à la porte du salon. Quand il revint, tenant l’écharpe,

elle lui dit, avec un faible sourire afin de lui montrer qu’elle offrait

la réconciliation:

--Il est amusant, mais bavard, cet excellent Desnouettes.

--Certes.

--Il accapare un peu ma cousine, ne trouvez-vous pas?

--Ce n’est pas à vous de le regretter.

Que veut-il dire? pensa Clarisse redevenue inquiète. Puis elle se

rassura en croyant lui voir une expression plus amène. Il alluma une

cigarette et demanda:

--Desnouettes m’a raconté que vous l’aviez invité aujourd’hui même à

dîner pour ce soir. Est-ce exact?

--Oui.

--Il pense que vous avez voulu le rapprocher de madame Gaillardoz. Je

lui ai fait comprendre l’inconvenance d’une pareille supposition. Madame

Damien, se conduire de la sorte! Et pourquoi?

--Pour vous avoir à moi toute seule, Laurent.

--Vous avez cru que cela suffirait?

Laurent haussa les épaules. Puis, trahissant son amour-propre vexé, il

fit:

--Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu que vous invitiez Desnouettes?

Clarisse riposta:

--Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenue que vous partiez demain?

--Je l’ai dit à votre mari.

--Cessez vos ironies, Laurent. Êtes-vous vraiment décidé à partir?

--Je craindrais, en restant, d’abuser de votre hospitalité.

Clarisse respira avec un peu d’effort, puis, au bout d’un instant:

--Vous verra-t-on quelquefois?

--Certainement. D’abord je verrai M. Damien tous les matins au bureau.

Et puis je viendrai vous rendre visite, à votre jour.

--Ah! ne prenez donc pas cette peine. La Cômerie est trop loin. Vous

risqueriez de me manquer, ou de me trouver seule...

Elle se mordit les lèvres d’avoir laissé voir son amertume. Alors elle

se redressa, prit son air Bourgueil et dit, comme si elle s’adressait à

un domestique:

--Donnez-moi mon écharpe, je vous prie.

Il ne la remit pas dans ses mains, il la disposa sur ses épaules. Quand

elle le sentit derrière elle, tout près, la frôlant, elle eut la

tentation terrible de se laisser tomber sans ses bras. Elle fit quelques

pas, elle l’entendit sur le gravier qui s’éloignait, alors elle se

retourna, l’appela, avec un accent qui dissimulait mal sa tristesse:

--Monsieur Fabre-Gilles!

--Madame?

Il revint, elle tint de nouveau tout près d’elle celui qu’elle aimait:

--Puisque vous partez demain, et de très bonne heure, ayons ce soir une

dernière conversation. Ne nous quittons pas comme des ennemis. Je ne

vous ai demandé que d’attendre, Laurent, et vous me traitez comme si

nous avions rompu.

--Puisque vous persistez dans votre refus, je n’ai rien à dire.

--Mais ne comprenez-vous pas mes angoisses et mes incertitudes? J’ai

commis une faute, Laurent, dont vous n’êtes pas responsable. Je

souhaiterais renoncer à ma faute, sans renoncer à mon amour. Vous me

dites que c’est impossible, vous exigez. Vous avez le droit d’exiger

bien sûr: je vous ai accordé tous les droits sur moi. Je ne vous demande

qu’un délai. Ma faute serait plus grave si je la commettais ici, sous ce

toit...

--Pourtant, il y a trois jours..., fit Laurent agacé par ces

explications confuses.

--Oui, je sais. J’étais bouleversée, menée au hasard. Maintenant, j’ai

repris quelque sang-froid. J’essaie de raisonner, mais vous ne m’aidez

pas à voir clair. Même avec vous je me sens tellement seule... Ah,

Laurent, si vous admettiez entre nous un amour sentimental: je me

rachèterais ainsi sans vous quitter. Nous serions unis l’un à l’autre

par ce que nous avons de meilleur. Nous pourrions reconquérir l’estime

de nous-mêmes, et oublier peut-être que nous avons été coupables. Vous

m’offrez la rupture ou l’obéissance à vos ordres. Ayez pitié de moi,

Laurent. Je vous propose de nous aimer simplement et tendrement. Oui,

j’ai besoin de vous, mais ne triomphez pas de ma faiblesse, de ma

misère... Vous êtes plus jeune que moi, vous ne pouvez pas comprendre

tout ce que j’éprouve. Je vous pardonne ce que vous me faites souffrir.

Mais alors pardonnez-moi mon refus de ce soir...

Tout le temps de ce plaidoyer oppressé, Laurent regardait les yeux qui

suppliaient de la hautaine Mme Damien, ses lèvres dont il connaissait le

goût, et il se sentait repris d’une frénésie sensuelle, d’un besoin de

plier cette femme sous sa force. Et il était stimulé par sa déception

auprès de Fanny, car, manifestement, elle ne lui accordait plus la

moindre attention; Clarisse, en faisant demeurer sa cousine et venir

Desnouettes, avait ainsi travaillé à sa propre perte. Il ne fit que

répondre:

--Tu n’as pas toujours tenu ce langage...

Et, en quelques mots rapides, il évoqua des souvenirs précis. Mais il

mit dans sa voix un tel ton de désir, d’orgueil et de colère, que

Clarisse ne put s’empêcher de s’envelopper de son écharpe et de le

quitter une seconde fois, offensée dans sa pudeur et son amour.

Toutefois ces paroles violentes demeurèrent dans son esprit pour la

troubler davantage. Elle s’approcha du bassin où Gaillardoz la

rejoignit:

--Qu’avez-vous, Clarisse?

--Rien du tout.

--Êtes-vous souffrante?

Entendre quelqu’un s’intéresser à elle lui donna envie de pleurer. Elle

répondit:

--Oh! quelque migraine en ce moment...

Les mains dans ses poches, le teint coloré, il se mit à sourire. Elle

s’irrita qu’il fût ravi quand elle était malheureuse. Elle dit:

--C’est Fanny, par exemple, qui est étonnante d’entrain. Elle a toujours

vingt ans.

Le sourire de Gaillardoz s’accentua. Clarisse, d’une voix qui tremblait

un peu, reprit:

--Regardez-la donc avec Desnouettes. Comme ils ont l’air de s’amuser.

Qu’ont-ils à se dire?

--Oh! vous savez, Desnouettes est amoureux d’elle.

--Vous ne craignez pas cette cour qu’il lui fait?

--Desnouettes est un grand étourdi.

--Je vous félicite de cette belle confiance.

--Je vous remercie.

De nouveau les larmes vinrent aux yeux de Clarisse, mais de dépit. Elle

se reprocha ces sous-entendus méchants dont son interlocuteur avait

parfaitement saisi l’intention. Plus bas, comme pour s’excuser elle

murmura:

--C’est vrai que je ne me sens pas très bien...

L’ombre venait peu à peu. On voyait sous les arbres la robe blanche de

Fanny qui se promenait avec Desnouettes, et l’on entendait les rires

légers de l’une, les éclats de l’autre. Hubert, qui fumait, et Laurent

étaient assis dans des fauteuils de paille: peut-être parlaient-ils

d’affaires. Gaillardoz et Clarisse firent à petits pas le tour de la

pièce d’eau; Clarisse se sentait en repos auprès de cet honnête homme,

trop aveugle peut-être, mais si bon... Elle s’enhardit, et lui demanda:

--Est-ce bien exact ce que prétend votre femme sur le passé de Mme de

Griffeuilhe...

Gaillardoz l’interrompit d’un air amusé:

--Ah! Fanny vous a raconté? Décidément, elle est impitoyable pour cette

vieille dame. Mais l’excuse de Mme de Griffeuilhe c’est que son mari

était très ennuyeux et qu’elle avait besoin de distraction. Maintenant

qu’il est mort et qu’elle est hors d’âge, c’est toujours pour se

distraire qu’elle dit du mal des autres...

Gaillardoz s’arrêta, leva un doigt en l’air, et sentencieusement:

--Nulle part elle n’a rencontré l’amour, et voilà pourquoi son existence

est fébrile et mauvaise! L’amour, Clarisse! Vous rendez-vous compte que

nous sommes exceptionnels, nous qui sommes comblés? Tant d’êtres sont

méchants parce qu’ils sont seuls. Il faut leur pardonner. C’est ce

qu’oublient trop les bons ménages--le vôtre, et le mien.

Clarisse soupira et le félicita de son indulgence. Il reprit, d’un ton

moins solennel:

--D’ailleurs Fanny a eu tort de vous parler du passé de cette dame.

--Pourquoi?

--Parce que vous vivez si éloignée de ces choses, vous êtes si

différente!

Une fois de plus on lui faisait sentir qu’elle était à l’écart de la vie

réelle et exempte de passions. Les autres se conduisaient à leur guise,

mais Clarisse Damien devait demeurer fidèle. Peut-être servait-elle à

atténuer leurs remords, et lorsqu’ils avaient commis quelque faute,

songeaient-ils: «Clarisse est là», comme si sa seule présence suffisait

à compenser leurs péchés. Ils n’imaginaient pas d’ailleurs que la vertu

lui fût pénible, ni difficile son obéissance à une loi qu’ils révéraient

sans l’accomplir. Que diraient-ils s’ils savaient que cette Clarisse

avait trahi sa foi et la leur, sous le toit conjugal? Elle se demanda si

elle n’aurait pas le courage de leur crier: «Eh bien non! je ne suis pas

sacrifiée jusqu’au bout. J’ai méconnu vos conventions morales. Moi

aussi, j’ai un cœur et des sens...»

Hubert les rejoignit.

--J’ai passé chez ton père, dit-il à sa femme. Il n’est pas très bien,

il a recommencé à avoir des étouffements. Tes parents ont remis leur

départ pour la Lenk.

--Tiens! ils allaient à la Lenk, fit Gaillardoz. J’ai un ami qui s’en

est assez mal trouvé pour ses enfants. Il est vrai qu’il y avait été

trop tard dans la saison, à cause de ses vacances.

--Naturellement, fit Hubert reprenant une de ses idées favorites, les

hôtels de montagne sont toujours mal chauffés. On s’enrhume, et ensuite

on rapporte chez soi des grippes à n’en plus finir. Croyez-moi, les

meilleures vacances sont les plus courtes.

--Parlez pour vous, répondit Gaillardoz, vous n’êtes heureux qu’à la

Bourse.

Les cures, les enfants, les vacances, tout ce qui est réglé, normal,

ordinaire! Clarisse leva la tête vers les étoiles: il y en avait

beaucoup, qui palpitaient doucement, plus éloignées que d’habitude,

pensa-t-elle, et qui semblaient faire signe, mais qui étaient

inaccessibles. Elle se rappela le beau ciel étoilé qu’elle voyait de la

chambre de Laurent. Toute sa vie, elle garderait le souvenir de ce

gouffre nocturne, le souvenir de ces heures brûlantes et mystérieuses,

qui ne reviendraient peut-être jamais. «Peut-être.» Cela dépendait de

son consentement. Entre elle et ce bonheur, il n’y avait plus que sa

volonté. Et tandis que les deux hommes à ses côtés s’entretenaient de

choses sérieuses, elle frémit à l’appel des joies possibles. Et c’était

la dernière nuit que Laurent passerait à la Cômerie.

Puis vint l’heure de se séparer et l’on gagna la maison. Hubert toujours

fatigué, se hissa le long de l’escalier en s’aidant de la rampe. Sur le

palier, Laurent baisa avec froideur les mains des deux femmes et

disparut. Desnouettes l’imita. Les Gaillardoz restèrent un instant

encore à causer avec les Damien. Fanny s’appuyait sur les bras de son

mari; de temps en temps elle lui tirait la barbe et l’embrassait

malicieusement. Ensuite les deux couples se séparèrent à leur tour.

Rentrés dans leur chambre, Hubert et Clarisse échangèrent quelques mots

sur le dîner, sur Desnouettes, puis ils se dirent bonsoir. Clarisse se

coucha et, immobile, attendit. Elle attendit deux heures. Quand elle

jugea qu’il n’y avait plus de risque d’éveiller Hubert, elle se leva à

tâtons et gagna le corridor sans bruit. Tout reposait. Elle alla jusqu’à

la chambre rouge et y pénétra sans hésiter. A la vue de son amant un

âcre flot de passion la traversa. Elle se jeta sur lui, l’étreignit

contre elle pour lui communiquer sa fièvre, et répétant à mi-voix, déjà

gémissante, déjà soumise, mais avec un accent de honte et de rage:

--Je te déteste, je te déteste, je te déteste...

La puritaine et l'amour · 第 20 / 26 题