Hubert attira sa femme dans un coin du salon.
--Eh bien, comment s’est passée la journée?
--Mais... fort bien...
--Fanny ne s’est pas jetée à la tête du petit Fabre-Gilles?
--Non.
--D’ailleurs, il vient de m’informer qu’il nous quittait demain. Ma foi,
je ne l’ai pas retenu. J’en ai assez de ce garçon... pour certaines
raisons.
--Comment?
--Nous en recauserons.
Clarisse s’en alla vers ses invités. Elle eut peur, tout à coup, que
Hubert voulût signifier quelque chose. Mais quoi? Elle regarda son mari
de loin. Il lui fut impossible de savoir ce qu’il pensait, et si, sous
ses paroles banales et ses gestes habituels, il dissimulait peut-être le
projet d’une condamnation, d’une vengeance, d’une rupture. Hubert, avec
son visage bouffi aux yeux flottants qu’elle connaissait si bien, son
apparence familière, à la fois lasse et ennuyée, lui parut tout à coup
mystérieux.
On annonça le dîner. La table était chargée d’argenterie et de fleurs.
Par les portes grandes ouvertes venait l’air rafraîchi du soir et le
bruit doux du jet d’eau sur la terrasse.
Desnouettes n’arrêta pas de parler... Surpris tout d’abord par la
brusque invitation de Clarisse, il avait presque regretté cet épisode
imprévu qui ne rentrait pas dans son plan général de séduction préparé
pour l’été. Ensuite, il s’était décidé à se tenir sur la réserve: il
craignait un piège. Un de ses principes était de ne s’engager que
lorsqu’on a reconnu le terrain. Toutefois, en présence de Fanny, le
principe avait disparu et la tactique s’était évanouie: il n’avait pu
résister au plaisir du bavardage.
De son côté, Fanny, abandonnant Laurent, s’était mise tout de suite à
tourmenter Desnouettes.
--Vous avez maigri, mon cher.
--N’est-ce pas? On le remarque beaucoup. C’est que je fais énormément de
culture physique. J’ai entrepris l’éducation de mes réflexes.
Il tourna vers Clarisse son visage agité et répéta:
--L’éducation de mes réflexes.
--Alors, vous allez devenir un athlète? demanda Fanny.
--Pourquoi pas? Nous négligeons trop la beauté de notre corps...
--Mais non, fit-elle.
--Permettez. J’entends les hommes. Or il existe un canon de la beauté
virile. Parfaitement, un canon de la beauté virile, auquel nous pouvons
tous prétendre. Mon but principal est de me dépouiller de ma graisse
inutile. Nous sommes des engorgés. Si nous faisions disparaître le
surplus, nous gagnerions de la souplesse, de la ligne, du style.
--J’ai envie de vous imiter, s’écria Gaillardoz avec un rire sonore.
--Ah, mais non, interrompit sa femme, je tiens à ton genre. Tu es un
colosse, reste-le. Desnouettes peut s’amuser à se dégonfler. Toi, je te
préfère énorme.
--Permettez, fit Desnouettes, il n’y a pas là qu’une question physique,
il y a le côté psychologique. Si vous augmentez votre tonicité
musculaire...
--Tonicité musculaire!
Clarisse se taisait. Puisque Fanny semblait délaisser Laurent, allait-il
lui revenir? Cet absurde Desnouettes lui rendait donc sans le savoir son
bonheur. Elle souhaita entendre la voix du jeune homme, anxieuse qu’elle
était de deviner le succès de sa ruse. Pauvre ruse, elle le sentit
elle-même, mélange d’innocence et de calcul, d’enfantillage et de
rouerie. Tout à coup Laurent redemanda du pain; ces mots brefs lui
donnèrent un espoir fou. Elle ne fit plus que guetter ce qu’il dirait
encore.
Ce fut un instant plus tard. On parlait voyages, et il s’écria qu’il
aimerait s’en aller vers des pays lointains, de l’autre côté de la
terre... Par-dessus une corbeille de pois de senteur roses et mauves
dont l’odeur était pénétrante, elle le vit si jeune, si attrayant, et
elle éprouva une telle intensité d’admiration qu’il la sentit venir à
lui avec le parfum de la corbeille, et qu’il s’arrêta, interdit. Tout le
monde s’était tourné vers lui et le dévisageait. On était comme étonné
de le découvrir.
--Quand on s’en va très loin, dit Gaillardoz, il faut partir pour des
années, et faire son deuil de ses amis.
Laurent reprit courage, et, avec son petit rire brusque à l’adresse de
Clarisse:
--Justement, moi je ne m’attache guère...
--Feriez-vous de la banque là-bas? demanda Hubert avec dédain.
--Oh! je n’y tiendrais pas. La banque n’est pas mon idéal.
--Bravo, s’écria Desnouettes qui n’hésitait jamais à commettre une
gaffe.
Ensuite tout le monde se remit à parler sans s’occuper plus longtemps de
ce petit jeune homme.
Clarisse songea qu’en attendant ce grand départ hypothétique il allait
quitter la Cômerie. Et il ne l’avait pas prévenue. De tristes
pressentiments l’agitèrent: une fois qu’il serait parti, quand le
reverrait-elle? Durant l’été, où le rencontrer? Si même elle parvenait à
le voir, elle n’aurait avec lui qu’une conversation rapide, devant des
témoins. Mais il ne pouvait s’en aller ainsi, sur ce malentendu, dans un
accès de méchanceté. «Il faut que nous ayons ce soir une explication»,
pensa-t-elle.
Après dîner, ils s’installèrent tous sur la terrasse. Fanny, qui
dédaignait Laurent maintenant qu’elle avait retrouvé son interlocuteur
habituel, attaqua Desnouettes sur ses matches de Saint-Moritz. Il y
avait été honteusement battu.
--Alors, fit-elle, il vous a trahi, ce système si bien étudié?
Il détourna la conversation:
--Le tennis, dit-il, n’était qu’un prétexte à mon voyage. Je ne
connaissais pas Saint-Moritz. Or j’ai toujours eu la curiosité de ces
milieux cosmopolites, où se coudoient des espèces humaines très
différentes. La nationalité provoque des variations des espèces sans
abolir leurs caractères essentiels. Un _palace_ me cause le même plaisir
qu’un jardin zoologique bien entretenu.
--Alors, reprit Fanny, vous donniez du pain à travers les barreaux à des
Italiennes aux yeux d’antilopes, ou à des juifs de Francfort pareils à
d’affreux cacatoès?
--Ne plaisantez pas, le sujet est tragique. Dans un hôtel, les espèces
dont je parle sont libérées et se mêlent sans se douter toujours
qu’elles sont étrangères. Parce qu’il n’y a pas de grille, on voit là se
nouer des amitiés ou des liaisons entre des êtres hostiles à leur insu,
irréductibles l’un à l’autre... Irréductibles!
Clarisse chercha Laurent. Il était derrière elle. Elle le pria d’aller
lui prendre son écharpe au vestibule. Pour s’éloigner des autres, elle
le suivit jusqu’à la porte du salon. Quand il revint, tenant l’écharpe,
elle lui dit, avec un faible sourire afin de lui montrer qu’elle offrait
la réconciliation:
--Il est amusant, mais bavard, cet excellent Desnouettes.
--Certes.
--Il accapare un peu ma cousine, ne trouvez-vous pas?
--Ce n’est pas à vous de le regretter.
Que veut-il dire? pensa Clarisse redevenue inquiète. Puis elle se
rassura en croyant lui voir une expression plus amène. Il alluma une
cigarette et demanda:
--Desnouettes m’a raconté que vous l’aviez invité aujourd’hui même à
dîner pour ce soir. Est-ce exact?
--Oui.
--Il pense que vous avez voulu le rapprocher de madame Gaillardoz. Je
lui ai fait comprendre l’inconvenance d’une pareille supposition. Madame
Damien, se conduire de la sorte! Et pourquoi?
--Pour vous avoir à moi toute seule, Laurent.
--Vous avez cru que cela suffirait?
Laurent haussa les épaules. Puis, trahissant son amour-propre vexé, il
fit:
--Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu que vous invitiez Desnouettes?
Clarisse riposta:
--Pourquoi ne m’avez-vous pas prévenue que vous partiez demain?
--Je l’ai dit à votre mari.
--Cessez vos ironies, Laurent. Êtes-vous vraiment décidé à partir?
--Je craindrais, en restant, d’abuser de votre hospitalité.
Clarisse respira avec un peu d’effort, puis, au bout d’un instant:
--Vous verra-t-on quelquefois?
--Certainement. D’abord je verrai M. Damien tous les matins au bureau.
Et puis je viendrai vous rendre visite, à votre jour.
--Ah! ne prenez donc pas cette peine. La Cômerie est trop loin. Vous
risqueriez de me manquer, ou de me trouver seule...
Elle se mordit les lèvres d’avoir laissé voir son amertume. Alors elle
se redressa, prit son air Bourgueil et dit, comme si elle s’adressait à
un domestique:
--Donnez-moi mon écharpe, je vous prie.
Il ne la remit pas dans ses mains, il la disposa sur ses épaules. Quand
elle le sentit derrière elle, tout près, la frôlant, elle eut la
tentation terrible de se laisser tomber sans ses bras. Elle fit quelques
pas, elle l’entendit sur le gravier qui s’éloignait, alors elle se
retourna, l’appela, avec un accent qui dissimulait mal sa tristesse:
--Monsieur Fabre-Gilles!
--Madame?
Il revint, elle tint de nouveau tout près d’elle celui qu’elle aimait:
--Puisque vous partez demain, et de très bonne heure, ayons ce soir une
dernière conversation. Ne nous quittons pas comme des ennemis. Je ne
vous ai demandé que d’attendre, Laurent, et vous me traitez comme si
nous avions rompu.
--Puisque vous persistez dans votre refus, je n’ai rien à dire.
--Mais ne comprenez-vous pas mes angoisses et mes incertitudes? J’ai
commis une faute, Laurent, dont vous n’êtes pas responsable. Je
souhaiterais renoncer à ma faute, sans renoncer à mon amour. Vous me
dites que c’est impossible, vous exigez. Vous avez le droit d’exiger
bien sûr: je vous ai accordé tous les droits sur moi. Je ne vous demande
qu’un délai. Ma faute serait plus grave si je la commettais ici, sous ce
toit...
--Pourtant, il y a trois jours..., fit Laurent agacé par ces
explications confuses.
--Oui, je sais. J’étais bouleversée, menée au hasard. Maintenant, j’ai
repris quelque sang-froid. J’essaie de raisonner, mais vous ne m’aidez
pas à voir clair. Même avec vous je me sens tellement seule... Ah,
Laurent, si vous admettiez entre nous un amour sentimental: je me
rachèterais ainsi sans vous quitter. Nous serions unis l’un à l’autre
par ce que nous avons de meilleur. Nous pourrions reconquérir l’estime
de nous-mêmes, et oublier peut-être que nous avons été coupables. Vous
m’offrez la rupture ou l’obéissance à vos ordres. Ayez pitié de moi,
Laurent. Je vous propose de nous aimer simplement et tendrement. Oui,
j’ai besoin de vous, mais ne triomphez pas de ma faiblesse, de ma
misère... Vous êtes plus jeune que moi, vous ne pouvez pas comprendre
tout ce que j’éprouve. Je vous pardonne ce que vous me faites souffrir.
Mais alors pardonnez-moi mon refus de ce soir...
Tout le temps de ce plaidoyer oppressé, Laurent regardait les yeux qui
suppliaient de la hautaine Mme Damien, ses lèvres dont il connaissait le
goût, et il se sentait repris d’une frénésie sensuelle, d’un besoin de
plier cette femme sous sa force. Et il était stimulé par sa déception
auprès de Fanny, car, manifestement, elle ne lui accordait plus la
moindre attention; Clarisse, en faisant demeurer sa cousine et venir
Desnouettes, avait ainsi travaillé à sa propre perte. Il ne fit que
répondre:
--Tu n’as pas toujours tenu ce langage...
Et, en quelques mots rapides, il évoqua des souvenirs précis. Mais il
mit dans sa voix un tel ton de désir, d’orgueil et de colère, que
Clarisse ne put s’empêcher de s’envelopper de son écharpe et de le
quitter une seconde fois, offensée dans sa pudeur et son amour.
Toutefois ces paroles violentes demeurèrent dans son esprit pour la
troubler davantage. Elle s’approcha du bassin où Gaillardoz la
rejoignit:
--Qu’avez-vous, Clarisse?
--Rien du tout.
--Êtes-vous souffrante?
Entendre quelqu’un s’intéresser à elle lui donna envie de pleurer. Elle
répondit:
--Oh! quelque migraine en ce moment...
Les mains dans ses poches, le teint coloré, il se mit à sourire. Elle
s’irrita qu’il fût ravi quand elle était malheureuse. Elle dit:
--C’est Fanny, par exemple, qui est étonnante d’entrain. Elle a toujours
vingt ans.
Le sourire de Gaillardoz s’accentua. Clarisse, d’une voix qui tremblait
un peu, reprit:
--Regardez-la donc avec Desnouettes. Comme ils ont l’air de s’amuser.
Qu’ont-ils à se dire?
--Oh! vous savez, Desnouettes est amoureux d’elle.
--Vous ne craignez pas cette cour qu’il lui fait?
--Desnouettes est un grand étourdi.
--Je vous félicite de cette belle confiance.
--Je vous remercie.
De nouveau les larmes vinrent aux yeux de Clarisse, mais de dépit. Elle
se reprocha ces sous-entendus méchants dont son interlocuteur avait
parfaitement saisi l’intention. Plus bas, comme pour s’excuser elle
murmura:
--C’est vrai que je ne me sens pas très bien...
L’ombre venait peu à peu. On voyait sous les arbres la robe blanche de
Fanny qui se promenait avec Desnouettes, et l’on entendait les rires
légers de l’une, les éclats de l’autre. Hubert, qui fumait, et Laurent
étaient assis dans des fauteuils de paille: peut-être parlaient-ils
d’affaires. Gaillardoz et Clarisse firent à petits pas le tour de la
pièce d’eau; Clarisse se sentait en repos auprès de cet honnête homme,
trop aveugle peut-être, mais si bon... Elle s’enhardit, et lui demanda:
--Est-ce bien exact ce que prétend votre femme sur le passé de Mme de
Griffeuilhe...
Gaillardoz l’interrompit d’un air amusé:
--Ah! Fanny vous a raconté? Décidément, elle est impitoyable pour cette
vieille dame. Mais l’excuse de Mme de Griffeuilhe c’est que son mari
était très ennuyeux et qu’elle avait besoin de distraction. Maintenant
qu’il est mort et qu’elle est hors d’âge, c’est toujours pour se
distraire qu’elle dit du mal des autres...
Gaillardoz s’arrêta, leva un doigt en l’air, et sentencieusement:
--Nulle part elle n’a rencontré l’amour, et voilà pourquoi son existence
est fébrile et mauvaise! L’amour, Clarisse! Vous rendez-vous compte que
nous sommes exceptionnels, nous qui sommes comblés? Tant d’êtres sont
méchants parce qu’ils sont seuls. Il faut leur pardonner. C’est ce
qu’oublient trop les bons ménages--le vôtre, et le mien.
Clarisse soupira et le félicita de son indulgence. Il reprit, d’un ton
moins solennel:
--D’ailleurs Fanny a eu tort de vous parler du passé de cette dame.
--Pourquoi?
--Parce que vous vivez si éloignée de ces choses, vous êtes si
différente!
Une fois de plus on lui faisait sentir qu’elle était à l’écart de la vie
réelle et exempte de passions. Les autres se conduisaient à leur guise,
mais Clarisse Damien devait demeurer fidèle. Peut-être servait-elle à
atténuer leurs remords, et lorsqu’ils avaient commis quelque faute,
songeaient-ils: «Clarisse est là», comme si sa seule présence suffisait
à compenser leurs péchés. Ils n’imaginaient pas d’ailleurs que la vertu
lui fût pénible, ni difficile son obéissance à une loi qu’ils révéraient
sans l’accomplir. Que diraient-ils s’ils savaient que cette Clarisse
avait trahi sa foi et la leur, sous le toit conjugal? Elle se demanda si
elle n’aurait pas le courage de leur crier: «Eh bien non! je ne suis pas
sacrifiée jusqu’au bout. J’ai méconnu vos conventions morales. Moi
aussi, j’ai un cœur et des sens...»
Hubert les rejoignit.
--J’ai passé chez ton père, dit-il à sa femme. Il n’est pas très bien,
il a recommencé à avoir des étouffements. Tes parents ont remis leur
départ pour la Lenk.
--Tiens! ils allaient à la Lenk, fit Gaillardoz. J’ai un ami qui s’en
est assez mal trouvé pour ses enfants. Il est vrai qu’il y avait été
trop tard dans la saison, à cause de ses vacances.
--Naturellement, fit Hubert reprenant une de ses idées favorites, les
hôtels de montagne sont toujours mal chauffés. On s’enrhume, et ensuite
on rapporte chez soi des grippes à n’en plus finir. Croyez-moi, les
meilleures vacances sont les plus courtes.
--Parlez pour vous, répondit Gaillardoz, vous n’êtes heureux qu’à la
Bourse.
Les cures, les enfants, les vacances, tout ce qui est réglé, normal,
ordinaire! Clarisse leva la tête vers les étoiles: il y en avait
beaucoup, qui palpitaient doucement, plus éloignées que d’habitude,
pensa-t-elle, et qui semblaient faire signe, mais qui étaient
inaccessibles. Elle se rappela le beau ciel étoilé qu’elle voyait de la
chambre de Laurent. Toute sa vie, elle garderait le souvenir de ce
gouffre nocturne, le souvenir de ces heures brûlantes et mystérieuses,
qui ne reviendraient peut-être jamais. «Peut-être.» Cela dépendait de
son consentement. Entre elle et ce bonheur, il n’y avait plus que sa
volonté. Et tandis que les deux hommes à ses côtés s’entretenaient de
choses sérieuses, elle frémit à l’appel des joies possibles. Et c’était
la dernière nuit que Laurent passerait à la Cômerie.
Puis vint l’heure de se séparer et l’on gagna la maison. Hubert toujours
fatigué, se hissa le long de l’escalier en s’aidant de la rampe. Sur le
palier, Laurent baisa avec froideur les mains des deux femmes et
disparut. Desnouettes l’imita. Les Gaillardoz restèrent un instant
encore à causer avec les Damien. Fanny s’appuyait sur les bras de son
mari; de temps en temps elle lui tirait la barbe et l’embrassait
malicieusement. Ensuite les deux couples se séparèrent à leur tour.
Rentrés dans leur chambre, Hubert et Clarisse échangèrent quelques mots
sur le dîner, sur Desnouettes, puis ils se dirent bonsoir. Clarisse se
coucha et, immobile, attendit. Elle attendit deux heures. Quand elle
jugea qu’il n’y avait plus de risque d’éveiller Hubert, elle se leva à
tâtons et gagna le corridor sans bruit. Tout reposait. Elle alla jusqu’à
la chambre rouge et y pénétra sans hésiter. A la vue de son amant un
âcre flot de passion la traversa. Elle se jeta sur lui, l’étreignit
contre elle pour lui communiquer sa fièvre, et répétant à mi-voix, déjà
gémissante, déjà soumise, mais avec un accent de honte et de rage:
--Je te déteste, je te déteste, je te déteste...