FRANÇOIS DE NEUFVILLE, Maréchal-Duc de VILLEROY (1644-1730),
was great-grandson of Nicolas de Neufville, Seigneur de
Villeroy, minister to Henry III and Henry IV, grandson of
the first Marquis de Villeroy, and son of the Maréchal-Duc
de Villeroy, governor of Louis XIV. He was brought up with
the king, who in consequence always regarded him with favour.
“Prince Charming” in society, he served with distinction in the
earlier wars of the reign. But as a Commander-in-chief he was a
failure, and his signal defeat by Marlborough at Ramillies in
1706 was largely due to his incapacity. La Bruyère’s Ménippe
(_Du mérite personnel_) is generally regarded as a portrait of
him.
Le maréchal de Villeroy a tant figuré, devant et depuis, qu’il
est nécessaire de le faire connoître. C’étoit un grand homme bien
fait, avec un visage fort agréable, fort vigoureux, sain, qui sans
s’incommoder faisoit tout ce qu’il vouloit de son corps. Quinze et
seize heures à cheval ne lui étoient rien, les veilles pas davantage.
Toute sa vie nourri et vivant dans le plus grand monde; fils du
gouverneur du Roi, élevé avec lui, dans sa familiarité dès leur
première jeunesse, galant de profession, parfaitement au fait des
intrigues galantes de la cour et de la ville, dont il savoit amuser
le Roi, qu’il connoissoit à fond, et des foiblesses duquel il sut
profiter, et se maintenir en osier de cour dans les contre-temps qu’il
essuya avant que je fusse dans le monde. Il étoit magnifique en tout,
fort noble dans toutes ses manières, grand et beau joueur sans se
soucier du jeu, point méchant gratuitement, tout le langage et les
façons d’un grand seigneur et d’un homme pétri de la cour; glorieux à
l’excès par nature, bas aussi à l’excès pour peu qu’il en eût besoin,
et à l’égard du Roi et de Mme de Maintenon valet à tout faire.
Il avoit cet esprit de cour et du monde que le grand usage donne,
et que les intrigues et les vues aiguisent, avec ce jargon qu’on y
apprend, qui n’a que le tuf[245], mais qui éblouit les sots, et que
l’habitude de la familiarité du Roi, de la faveur, des distinctions, du
commandement rendoit plus brillant, et dont la fatuité suprême faisoit
tout le fond. C’étoit un homme fait exprès pour présider à un bal, pour
être le juge d’un carrousel, et, s’il avoit eu de la voix, pour chanter
à l’Opéra les rôles de roi et de héros; fort propre encore à donner
les modes, et à rien du tout au delà. Il ne se connoissoit ni en gens
ni en choses, pas même en celles de plaisir, et parloit et agissoit
sur parole; grand admirateur de qui lui imposoit, et conséquemment
dupe parfaite, comme il le fut toute sa vie, de Vaudemont[246], de
Mme des Ursins[247] et des personnages éclatants; incapable de bon
conseil, incapable encore de toute affaire, même d’en rien comprendre
par delà l’écorce, au point que, lorsqu’il fut dans le conseil, le
Roi étoit peiné de cette ineptie, au point d’en baisser la tête, d’en
rougir et de perdre sa peine à le redresser, et à tâcher de lui faire
comprendre le point dont il s’agissoit. C’est ce que j’ai su longtemps
après de Torcy[248], qui étoit étonné au dernier point de la sottise
en affaires d’un homme de cet âge, si rompu à la cour. Il y étoit
en effet si rompu qu’il en étoit corrompu. Il se piquoit néanmoins
d’être fort honnête homme; mais comme il n’avoit point de sens, il
montroit la corde fort aisément, aux occasions mêmes peu délicates,
où son peu de cervelle le trahissoit, peu retenu d’ailleurs quand
ses vues, ses espérances et son intérêt, même l’envie de plaire et
de flatter, ne s’accordoient pas avec la probité. C’étoit toujours,
hors des choses communes, un embarras et une confiance dont le mélange
devenoit ridicule. On distinguoit l’un d’avec l’autre, on voyoit qu’il
ne savoit où il en étoit; quelque _sproposito_ prononcé avec autorité,
étayé de ses grands airs, étoit ordinairement sa ressource. Il étoit
brave de sa personne; pour la capacité militaire on en [a] vu les
funestes fruits. Sa politesse avoit une hauteur qui repoussoit, et
ses manières étoient par elles-mêmes insultantes quand il se croyoit
affranchi de la politesse par le caractère des gens. Aussi étoit-ce
l’homme du monde le moins aimé, et dont le commerce étoit le plus
insupportable, parce qu’on [n’]y trouvoit qu’un tissu de fatuité,
de recherche et d’applaudissement de soi, de montre de faveur et de
grandeur de fortune, un tissu de questions qui en interrompoient les
réponses, qui souvent ne les attendoient pas, et qui toujours étoient
sans aucun rapport ensemble. D’ailleurs nulle chose que des contes de
cour, d’aventures, de galanteries; nulle lecture, nulle instruction,
ignorance crasse sur tout, plates plaisanteries, force vent et parfait
vide. Il traitoit avec l’empire le plus dur les personnes de sa
dépendance. Il est incroyable les traitements continuels que jusqu’à sa
mort il a faits continuellement à son fils qui lui rendoit des soins
infinis et une soumission sans réplique, et j’ai su par des amis de
Tallart[249], dont il étoit fort proche, et l’a toujours protégé, qu’il
le mettoit sans cesse au désespoir, même parvenu à la tête de l’armée.
Enfin la fausseté, et la plus grande, et la plus pleine opinion de
soi en tout genre mettent la dernière main à la perfection de ce trop
véritable tableau[250].
[245] Which has no solidity.
[246] See above, p. 10, n. 31.
[247] See above, p. 44, n. 81.
[248] Jean-Baptiste Colbert, Marquis de Torcy (1665-1746), was
the son of the Marquis de Croissy, Colbert’s brother. After
filling the post of Ambassador to England, he became Secretary of
State for Foreign Affairs in 1696. His Memoirs are an important
source for the diplomatic history of the War of the Spanish
Succession. Saint-Simon became intimate with him during the
Regency and obtained from him much information.
[249] Camille d’Hostun, Comte de Tallart (1652-1728), received
his Marshal’s bâton in 1703. A good strategist but a poor
tactician, he was defeated and taken prisoner at Blenheim in 1704
and remained in England till 1711. For his portrait see III.
390-391.
[250] Ed. Chéruel, XI. 218-220; Boislisle, XXVI. 341-345. Cp. the
short but even more severe estimate under the year 1722 (XIX.
12-13).