7. LE PRINCE DE CONTI

FRANÇOIS-LOUIS DE BOURBON (1664-1709), younger son of Armand,

Prince de Conti, and nephew of the great Condé, inherited his

father’s title on the death of his elder brother in 1685. He

fought with distinction at Fleurus, Steinkirk, and Neerwinden.

In 1697 he was elected King of Poland, but, being unable to

maintain himself against his rival the Elector of Saxony, he

renounced his claim and returned to France. Louis XIV, who

was jealous of his brilliance and capacity, regarded him with

disfavour, but just before his last illness he was appointed to

the command of the army in Flanders. He married his cousin, a

daughter of Henri-Jules, Prince de Condé.

Sa figure avoit été charmante; jusqu’aux défauts de son corps et de

son esprit avoient des grâces infinies; des épaules trop hautes, la

tête un peu penchée de côté, un rire qui eût tenu du braire dans un

autre, enfin une distraction étrange. Galant avec toutes les femmes,

amoureux de plusieurs, bien traité de beaucoup, il étoit encore coquet

avec tous les hommes: il prenoit à tâche de plaire au cordonnier, au

laquais, au porteur de chaise, comme au ministre d’État, au grand

seigneur, au général d’armée, et si naturellement que le succès en

étoit certain. Il fut aussi les constantes délices du monde, de la

cour, des armées, la divinité du peuple, l’idole des soldats, le héros

des officiers, l’espérance de ce qu’il y avoit de plus distingué,

l’amour du Parlement, l’ami avec discernement des savants, et souvent

l’admiration de la Sorbonne, des jurisconsultes, des astronomes et des

mathématiciens les plus profonds. C’étoit un très bel esprit, lumineux,

juste, exact, vaste, étendu, d’une lecture infinie, qui n’oublioit

rien, qui possédoit les histoires générales et particulières, qui

connoissoit les généalogies, leurs chimères et leurs réalités,

qui savoit où il avoit appris chaque chose et chaque fait, qui en

discernoit les sources, et qui retenoit et jugeoit de même tout ce que

la conversation lui avoit appris, sans confusion, sans mélange, sans

méprise, avec une singulière netteté[213].

[213] Oui, Messieurs, quelle étendue de connoissances dans

le prince de Conti! On eût dit qu’il étoit de toutes sortes

de professions: guerre, belles-lettres, histoire, politique,

jurisprudence, physique, théologie même. (Massillon, _Oraison

funèbre_.)

M. de Montausier et Monsieur de Meaux, qui l’avoient vu élever auprès

de Monseigneur, l’avoient toujours aimé avec tendresse, et lui eux

avec confiance; il étoit de même avec les ducs de Chevreuse et de

Beauvillier, et avec l’archevêque de Cambray[214] et les cardinaux

d’Estrées[215] et de Janson[216]. Monsieur le Prince le héros ne se

cachoit pas d’une prédilection pour lui au-dessus de ses enfants; il

fut la consolation de ses dernières années, il s’instruisit dans son

exil et sa retraite auprès de lui, il écrivit sous lui beaucoup de

choses curieuses. Il fut le cœur et le confident de M. de Luxembourg

dans ses dernières années.

[214] Fénelon.

[215] His portrait is given below.

[216] Toussaint de Forbin, Cardinal de Janson, Bishop of Beauvais

and Grand Almoner, was a particular friend of Saint-Simon’s, and

his death in 1709 is the occasion for a noble portrait of him

(III. 9-12): “Il étoit plein d’honneur et de vertu, il avoit un

grand amour de ses devoirs et de sa piété.... Il avoit l’âme

et toutes les manières d’un grand seigneur, doux et modeste,

l’esprit d’un grand ministre né pour les affaires, le cœur d’un

excellent évêque, point cardinal, au-dessus de sa dignité, tout

françois sur nos libertés et nos maximes du royaume sur les

entreprises de Rome.”

Chez lui l’utile et le futile, l’agréable et le savant, tout étoit

distinct et en sa place. Il avoit des amis: il savoit les choisir,

les cultiver, les visiter, vivre avec eux, se mettre à leur niveau

sans hauteur et sans bassesse. Il avoit aussi des amies indépendamment

d’amour; il en fut accusé de plus d’une sorte, et c’étoit un de ses

prétendus rapports avec César. Doux jusqu’à être complaisant dans le

commerce, extrêmement poli, mais d’une politesse distinguée selon le

rang, l’âge, le mérite, et mesuré avec tous, il ne déroboit rien à

personne; il rendoit tout ce que les princes du sang doivent, et qu’ils

ne rendent plus; il s’en expliquoit même et sur leurs usurpations et

sur l’histoire des usages et de leurs altérations. L’histoire des

livres et des conversations lui fournissoit de quoi placer, avec un art

imperceptible, ce qu’il pouvoit de plus obligeant sur la naissance,

les emplois, les actions. Son esprit étoit naturel, brillant, vif, ses

reparties promptes, plaisantes, jamais blessantes, le gracieux répandu

partout, sans affectation; avec toute la futilité du monde, de la cour,

des femmes, et leur langage avec elles, l’esprit solide et infiniment

sensé; il en donnoit à tout le monde, il se mettoit sans cesse et

merveilleusement à la portée et au niveau de tous, et parloit le

langage de chacun avec une facilité nonpareille. Tout en lui prenoit un

air aisé. Il avoit la valeur des héros, leur maintien à la guerre, leur

simplicité partout, qui toutefois cachoit beaucoup d’art. Les marques

de leurs talents pourroient passer pour le dernier coup de pinceau de

son portrait; mais, comme tous les hommes, il avoit sa contre-partie.

Cet homme si aimable, si charmant, si délicieux, n’aimoit rien. Il

avoit et vouloit des amis, comme on veut et qu’on a des meubles. Encore

qu’il se respectât, il étoit bas courtisan; il ménageoit tout, et

montroit trop combien il sentoit ses besoins en tous genres de choses

et d’hommes; avare, avide de bien, ardent, injuste.

Le Roi étoit véritablement peiné de la considération qu’il ne pouvoit

lui refuser, et qu’il étoit exact à n’outrepasser pas d’une ligne. Il

ne lui avoit jamais pardonné son voyage d’Hongrie[217]. Les lettres

interceptées qui lui avoient été écrites et qui avoient perdu les

écrivains, quoique fils de favoris, avoient allumé une haine dans

Mme de Maintenon et une indignation dans le Roi que rien n’avoit pu

effacer. Les vertus, les talents, les agréments, la grande réputation

que ce prince s’étoit acquise, l’amour général qu’il s’étoit concilié

lui étoient tournés en crimes. Le contraste de M. du Maine excitoit un

dépit journalier dans sa gouvernante et dans son tendre père, qui leur

échappoit malgré eux. Enfin la pureté de son sang, le seul qui ne fut

point mêlé avec la bâtardise, étoit un autre démérite qui se faisoit

sentir à tous moments. Jusqu’à ses amis étoient odieux, et le sentoient.

[217] In 1683 the Prince de Conti and his brother had taken part,

without the king’s permission, in the campaign against the Turks.

Toutefois, malgré la crainte servile, les courtisans mêmes aimoient à

s’approcher de ce prince: on étoit flatté d’un accès familier auprès

de lui; le monde le plus important, le plus choisi, le couroit;

jusque dans le salon de Marly il étoit environné du plus exquis; il

y tenoit des conversations charmantes sur tout ce qui se présentoit

indifféremment; jeunes et vieux y trouvoient leur instruction et leur

plaisir, par l’agrément avec lequel il s’énonçoit sur toutes matières,

par la netteté de sa mémoire, par son abondance sans être parleur. Ce

n’est point une figure, c’est une vérité cent fois éprouvée, qu’on

y oublioit l’heure des repas. Le Roi le savoit; il en étoit piqué,

quelquefois même il n’étoit pas fâché qu’on pût s’en apercevoir. Avec

tout cela on ne pouvoit s’en déprendre; la servitude si régnante jusque

sur les moindres choses y échoua toujours.

Jamais homme n’eut tant d’art caché sous une simplicité si naïve,

sans quoi que ce soit d’affecté en rien. Tout en lui couloit de

source; jamais rien de tiré, de recherché; rien ne lui coûtoit. On

n’ignoroit pas qu’il n’aimoit rien, ni ses autres défauts; on les lui

passoit tous, et on l’aimoit véritablement, quelquefois jusqu’à se le

reprocher, toujours sans s’en corriger[218].

[218] Ed. Chéruel, VI. 271-275; ed. Boislisle, XVII. 121 ff. Cp.

with this full-length portrait the following in miniature by

Mme de Caylus. “Avec toutes les connoissances et l’esprit qu’on

peut avoir il n’en montroit qu’autant qu’il convenoit à ceux

qu’il parloit: simple et naturel, profond et solide, frivole

même quand il falloit le paroître, il plaisoit à tout le monde”

(_Souvenirs_, p. 118). Cp. also Massillon’s _Oraison funèbre_.

He dwells on Conti’s wide knowledge, and his affability towards

high and low alike. “Un héros et un prince humain.” But, as is

inevitable in a funeral oration, he omits the _contre-partie_.

Selections from Saint-Simon · 第 41 / 58 题