4. VENDÔME

LOUIS-JOSEPH, Duc de VENDÔME (1654-1712), was the grandson

of César, Duc de Vendôme, the son of Henri IV and Gabrielle

d’Estrées. Having distinguished himself at Steinkirk and in

Piedmont, he was given the command of the army of Catalonia

(1695) and the capture of Barcelona by his troops was an

important factor in bringing about the peace of Ryswick (1697).

In the war of the Spanish Succession he was less successful,

but on being sent as general to Spain in 1710 he restored

the fallen fortunes of Philip V. Saint-Simon is blinded by

prejudice to his very real military talent. His soldiers adored

him. See Voltaire, _Le siècle de Louis XIV_, pp. 209-210, and

Boislisle, XIII. 564-567.

Il étoit d’une taille ordinaire pour la hauteur, un peu gros, mais

vigoureux, fort et alerte; un visage fort noble et l’air haut, de

la grâce naturelle dans le maintien et dans la parole, beaucoup

d’esprit naturel, qu’il n’avoit jamais cultivé, une énonciation facile,

soutenue d’une hardiesse naturelle, qui se tourna depuis en audace

la plus effrénée, beaucoup de connoissance du monde, de la cour, des

personnages successifs, et sous une apparente incurie, un soin et une

adresse continuelle à en profiter en tout genre; surtout admirable

courtisan, et qui sut tirer avantage jusque de ses plus grands vices,

à l’abri du foible du Roi pour sa naissance; poli par art, mais avec

un choix et une mesure avare, insolent à l’excès dès qu’il crut le

pouvoir oser impunément, et, en même temps, familier et populaire avec

le commun par une affectation qui voiloit sa vanité, et le faisoit

aimer du vulgaire; au fond, l’orgueil même, et un orgueil qui vouloit

tout, qui dévoroit tout. A mesure que son rang s’éleva et que sa faveur

augmenta, sa hauteur, son peu de ménagement, son opiniâtreté jusqu’à

l’entêtement, tout cela crût à proportion, jusqu’à se rendre inutile

toute espèce d’avis, et se rendre inaccessible qu’à un nombre très

petit de familiers et à ses valets. La louange, puis l’admiration,

enfin l’adoration, furent le canal unique par lequel on pût approcher

ce demi-dieu, qui soutenoit des thèses ineptes sans que personne osât,

non pas contredire, mais ne pas approuver.

Sa paresse étoit à un point qui ne se peut concevoir. Il a pensé être

enlevé plus d’une fois pour s’être opiniâtré dans un logement plus

commode, mais trop éloigné, et risqué les succès de ses campagnes,

donné même des avantages considérables à l’ennemi, par ne se pouvoir

résoudre à quitter un camp où il se trouvoit logé à son aise. Il voyoit

peu à l’armée par lui-même; il s’en fioit à ses familiers, que très

souvent encore il n’en croyoit pas. Sa journée, dont il ne pouvoit

troubler l’ordre ordinaire, ne lui permettoit guère de faire autrement.

Sa saleté étoit extrême; il en tiroit vanité: les sots le trouvoient

un homme simple. Il étoit plein de chiens et de chiennes dans son lit,

qui y faisoient leurs petits à ses côtés. Lui-même ne s’y contraignoit

de rien. Une de ses thèses étoit que tout le monde en usoit de même,

mais n’avoit pas la bonne foi d’en convenir comme lui. Il le soutint un

jour à Mme la princesse de Conti, la plus propre personne du monde et

la plus recherchée dans sa propreté[198].

[198] Ed. Chéruel, IV. 383 ff.; Boislisle, XIII. 280 ff.

Selections from Saint-Simon · 第 38 / 58 题