3. LE NOSTRE

ANDRÉ LE NOSTRE (1613-1700) attracted the notice of Louis

XIV by his great work at Vaux-le-Vicomte, the princely

residence of Fouquet. Among the famous gardens designed by

him were Versailles, the Tuileries, Trianon, the terrace of

Saint-Germain, Saint-Cloud, and Chantilly. Dr Martin Lister

visited him in 1698 and found him “quick and lively[195].”

[195] _A journey to Paris in the year 1698._ London, 1699.

Le Nostre mourut presque en même temps, après avoir vécu

quatre-vingt-huit ans dans une santé parfaite, sa tête et toute la

justesse et le bon goût de sa capacité, illustre pour avoir le premier

donné les divers dessins de ces beaux jardins qui décorent la France,

et qui ont tellement effacé la réputation de ceux d’Italie, qui en

effet ne sont plus rien en comparaison, que les plus fameux maîtres en

ce genre viennent d’Italie apprendre et admirer ici. Le Nostre avoit

une probité, une exactitude et une droiture qui le faisoit estimer

et aimer de tout le monde. Jamais il ne sortit de son état ni ne se

méconnut, et fut toujours parfaitement désintéressé. Il travailloit

pour les particuliers comme pour le Roi, et avec la même application,

ne cherchoit qu’à aider la nature, et à réduire le vrai beau aux moins

de frais qu’il pouvoit. Il avoit une naïveté et une vérité charmante.

Le Pape pria le Roi de le lui prêter pour quelques mois; en entrant

dans la chambre du Pape, au lieu de se mettre à genoux, il courut à

lui: “Eh! bonjour, lui dit-il, mon Révérend Père, en lui sautant au

col, et l’embrassant et le baisant des deux côtés; eh! que vous avez

bon visage, et que je suis aise de vous voir, et en si bonne santé!” Le

Pape, qui étoit Clément X, Altieri, se mit à rire de tout son cœur; il

fut ravi de cette bizarre entrée, et lui fit mille amitiés.

A son retour, le Roi le mena dans ses jardins de Versailles, où il lui

montra ce qu’il y avoit fait depuis son absence. A la colonnade, il ne

disoit mot; le Roi le pressa d’en dire son avis: “Eh bien! Sire, que

voulez-vous que je vous dise? d’un maçon vous avez fait un jardinier

(c’étoit Mansart), il vous a donné un plat de son métier.”

Le Roi se tut, et chacun sourit; et il étoit vrai que ce morceau

d’architecture, qui n’étoit rien moins qu’une fontaine et qui la

vouloit être, étoit fort déplacé dans un jardin. Un mois avant sa mort,

le Roi, qui aimoit à le voir et à le faire causer[196], le mena dans

ses jardins, et à cause de son grand âge, le fit mettre dans une chaise

que des porteurs rouloient à côté de la sienne, et le Nostre disoit

là: “Ah! mon pauvre père, si tu vivois et que tu pusses voir un pauvre

jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus

grand roi du monde, rien ne manqueroit à ma joie.” Il étoit intendant

des bâtiments, et logeoit aux Tuileries, dont il avoit soin du jardin,

qui est de lui, et du palais. Tout ce qu’il a fait est encore fort

au-dessus de tout ce qui a été fait depuis, quelque soin qu’on ait pris

de l’imiter et de travailler d’après lui le plus qu’il a été possible.

Il disoit des parterres qu’ils n’étoient que pour les nourrices, qui,

ne pouvant quitter leurs enfants, s’y promenoient des yeux et les

admiraient du second étage. Il y excelloit néanmoins, comme dans toutes

les parties des jardins; mais il n’en faisoit aucune estime, et il

avoit raison, car c’est où on ne se promène jamais[197].

[196] “No man talks with more freedom to him [Louis XIV],” says Lister.

[197] Ed. Chéruel, II. 344-345; ed. Boislisle, VII. 190-194.

Selections from Saint-Simon · 第 37 / 58 题