M. d’Harpagon ouvrit la fenêtre:

--Regarde! fit-il. Voilà tout ce qui me reste, tu peux tout voir d’ici.

Et c’est à vendre, entends-tu, à vendre!

Il s’entendait crier, intérieurement: «Bientôt je n’aurai plus de

maison, plus de verger, plus de lapins, comme il dit... Et je n’ai plus

d’enfants: il faut qu’Élise entre au couvent, et que mon fils s’en

aille, s’enfuie si loin qu’on ne le voie plus...»

Le déjeuner fut sinistre. Pellegrin l’avait prévu. S’il avait su où

aller, et quelle excuse donner pour partir avant l’heure du train, il se

fût épargné cette corvée. N’en ayant pas découvert le moyen, il s’était

préparé à l’affronter; il parla tout le temps, pour sauver la situation.

M. d’Harpagon lui en fut reconnaissant. Mais sa femme était exaspérée.

Quand Pellegrin remonta enfin dans la voiture de Perronneau, M.

d’Harpagon lui glissa de nouveau à l’oreille:

--Tu as été bon, très bon... Merci.

Dans son âme il se disait:

--Lui, bon?... Il y a des cas où tout se tourne en méchanceté, contre un

homme. Ce que celui-là vient de me faire souffrir avec sa bonté, mon

Dieu!

Quand la voiture fut sortie du parc, Mme d’Harpagon déclara:

--C’est encore de la chance que cet animal s’en aille avant qu’Élise ne

soit arrivée! Il n’aurait plus manqué que ça! Quelle journée, bon Dieu,

quelle journée!

--Quelle journée! répéta sincèrement son mari, en écho.

La détresse des Harpagon · 第 9 / 22 题