A toute mort, à toute pompe funèbre il faut un fossoyeur qui jette la
pelletée de terre; saint Sylvestre est chargé de cet office, d'année en
année, depuis un temps que j'appellerais, immémorial, si je ne trouvais
pas qu'on a par trop abusé du mot. Saint Sylvestre a été choisi pour
clore la paupière à l'année, parmi tous les saints; et Dieu sait
cependant si la légende est longue! D'où vient cette préférence donnée à
saint Sylvestre? Aurait-il fait valoir un goût naturel et particulier
pour les enterrements? La place s'est-elle donnée au concours? a-t-elle
été obtenue par la protection de quelques députés ou hauts fonctionnaire
du martyrologe? C'est un point qui n'a pas été éclairci; j'aime à croire
cependant que saint Sylvestre doit ses fonctions de fossoyeur-général de
toutes les années passées, présentes et futures, à son mérite et non
point à la faveur: il me répugne de prendre saint Sylvestre pour un
intrigant!
Quoi qu'il en soit, saint Sylvestre justifie complètement la confiance
que l'Almanach a mise en lui; il se tient toute l'année, pendant douze
grands mois, en vedette sur la frontière qui sépare le 31 décembre du
1er janvier, prêt à rendre les derniers devoirs à l'année qui expire et
à dire à l'année qui commence: «Alerte, ma fille, c'est à ton tour!»
Avez-vous vu quelquefois un gros chat tapi dans la verdure? Il passe là
des heures entières sans mouvement, dans une complète immobilité, la
patte tendue, le corps allongé, l'oeil fixe, dans l'attitude d'un
braconnier qui attend sa proie. Que veut monseigneur Raminagrobis? Il
guette une souris ou un oiseau au passage, et ne quittera pas la place
sans l'avoir happé. De même saint Sylvestre épie l'année et attend
patiemment l'heure de lui mettre la main dessus; or, connue à une aimée
passée succède invariablement une année présente, saint Sylvestre est
toujours en sentinelle et sur le qui-vive: saint Sylvestre reste
éternellement à cheval sur le 31 décembre!