Bérénice fit la présentation:
--M. Charles Martin, ingénieur.
Je reconnus mon acharné adversaire du comité arlésien. C'est un
vigoureux garçon, avec le genre de distinction que peut avoir un
professeur, et, ce qui m'intéresse, il présente tous les caractères de
l'homme passionné. Nous nous tînmes fort courtoisement, et chacun de
nous s'en savait gré à soi-même. Quand on est né chien et qu'on
rencontre une personne née chat, il est toujours flatteur de sentir
qu'on fait voir en ce moment le plus beau résultat de la civilisation,
en ne se jetant pas l'un sur l'autre.
--Je vous croyais rentré à Arles, me dit Bérénice.
--J'ai manqué mon train, un peu volontairement; voilà une heure que je
suis dans la tour.
--Avouez que vous avez dormi là-haut, me dit M. Martin.
A ce ton, je reconnus immédiatement un de ces garçons qui se piquent
d'esprit positif; ils ont au moins l'esprit scolaire, c'est-à-dire
l'habitude contractée dans les classes de croire que leur manière de
sentir est la raisonnable, et tout le reste sottise ou hypocrisie. Or,
personne plus que Charles Martin ne méprise la vie de contemplation. Il
a l'habitude de déclarer: «Me prenez-vous pour un rêveur?» Comme on dit:
«Suis-je un pourceau!»
--Mais non, lui répondis-je, un peu sur la défensive; j'y ai pris, au
contraire, un vif intérêt.
Il désirait la conciliation (d'où je le devinai amoureux de Bérénice),
car il reprit:
--C'est juste, vous avez là quarante-deux mètres d'élévation, on y
saisit à merveille la topographie. Il est fâcheux que vous n'ayez eu
personne pour vous orienter dans ce panorama.
Il commençait des explications et même je pus craindre qu'il ne donnât
des épithètes de beauté aux étangs, au désert, au ciel, aux choses
d'archéologie. Heureusement, il s'en tint à étiqueter de leurs noms
exacts ces mornes étangs, ces arbres contractés et ces âpres herbages.
Superflue technologie! Les sentiments dont ils m'emplissaient me les
désignaient suffisamment!
Parmi les notions toutes formelles qu'il nous donna, son expérience
d'ingénieur du Rhône me fournit cependant certains détails qui
confirmèrent et éclairèrent la physionomie que d'instinct je m'étais
faite du pays d'Aigues-Mortes....
Toute cette plaine, nous dit-il, aux époques préhistoriques, était
recouverte par les eaux mélangées du fleuve et de la mer.
Elle ne l'a pas oublié. La diversité de sa flore raconte les luttes de
cette terre pour surgir de l'Océan: sur les bosses croissent des pins et
des peupliers blancs qui trouvent ici l'eau de pluie nécessaire à leurs
racines; dans les bas-fonds encore imprégnés d'eau salée, des joncs, des
sourdes, de ternes salicornes.... N'est-ce pas de cette persistance dans
le souvenir, de cette continuité dans la vie que naissent l'harmonie et
la paix profonde de ces longs paysages?
Bérénice, de qui je presse contre moi le bras, est harmonique à ce pays.
C'est qu'elle a comme lui de profondes assises; j'en avais eu tout
d'abord une perception confuse. Un sentiment très vif des humbles droits
de sa race au bonheur et un secret fait de souvenirs et d'imaginations,
voilà toute son âme. Combien j'envie à cette enfant et a cette vieille
plaine cette continuité dans leur développement, moi qui ne sais pas
même accorder mes émotions d'hier et d'aujourd'hui! C'est par là que
j'aime ce pays, quoique je ne prétende pas en faire un champ de culture;
c'est par là que j'aime Bérénice, quoique je ne songe pas à la faire ma
maîtresse; et même, champ de culture ou maîtresse, je les aimerais moins
que gardant leur tradition dans la tristesse, comme cette fille et ces
sables salés.
* * * * *
A un autre instant, Charles Martin se félicitait que depuis trente ans
on eût livré la majeure partie de ce pays à la culture et au
défrichement.
--Il en est ainsi des habitants, me disais-je; les longues époques où
notre race était en friche sont passés. Peut-être sur nos âmes a-t-il
apparu des modifications plus frappantes depuis cinquante ans que durant
trois siècles. Chez beaucoup d'entre nous, ce devient une grande
difficulté de retrouver le fonds; les âmes comme Bérénice sont bien
rares. Mais allons à quelques pouces sous cette plaine d'Aigues-Mortes,
très vite elle se révèle, et c'est par cette connaissance que nous
pouvons l'utiliser. De même pour le peuple, il faut connaître sa
tradition, ses besoins profonds. Cet ingénieur, qui le méprise et ne
cherche pas à le pénétrer, veut lui imposer ce qu'il considère comme
raisonnable!
Charles Martin, en effet, qui sait tout ce qu'on peut savoir de ces
plaines tourmentées du Rhône, ne me paraît guère les comprendre; en lui
tout demeure à l'état de notion sans se fondre en amour.
Il est monté avec Bérénice sur ce belvédère pour qu'elle embrasse la
nécessité de certains travaux qui lèsent, dit-elle, sa villa de
Rosemonde. Et ce qui me frappe dans ses explications, c'est jusqu'à quel
point, en tout et sur tout, il se refuse à accepter ce pays tel qu'il
est et prétend lui imposer sa discipline.
Charles Martin, dans sa suffisance de fonctionnaire et d'ingénieur,
imagine qu'il doit plier cette région sur la formule d'un beau pays,
telle que l'établissent les concours qu'il a brillamment subis.
Foi naïve à la science! Il croit que la parfaite possession de la terre,
c'est-à-dire l'harmonie de l'homme et de la nature, résultera de
l'application à tout le continent des mêmes procédés de culture et de
transport. Des routes, des récoltes, des digues, ne sont pas pour lui
des moyens, mais de pleines satisfactions où il s'épanouit. Comme il
sourit de ces «assises profondes, de cette puissance de fixité» que
perçoivent quelques-un? dans l'ensemble d'un paysage, dans un peuple! Ce
sont elles pourtant qui m'invitent à m'affermir, à creuser plus avant et
à étudier dans mon moi ce qu'il contient d'immuable. Quoi qu'en pense
Martin, pour entreprendre utilement la culture de notre âme ou celle du
monde extérieur, rien ne peut nous dispenser de connaître le fonds où
nous travaillons. Il faut pénétrer très avant, se mêler aux choses, par
la science, soit! par l'amour surtout, pour saisir d'où naît l'harmonie
qui fait la paix et la singulière intensité de cette contrée. Sinon,
vous continuez cette oeuvre dont j'ai tant souffert vous faites de la
mobilité, de la vaine agitation. Vous croyez donner à ce jardin mille
aspects nouveaux, vous n'avez touché qu'à la surface, et votre oeuvre
est de celles qu'emporte un caprice du Rhône ou quelque mouvement de
notre humeur.
Ame triste et déshéritée de Bérénice, je vous aime; je ne prétends pas
vous imposer mon âme, mais à vous qui n'avez pas bouleversé sous mille
cultures la part originelle que vous avez reçue de votre race, je
demande que vous me soyez un directeur.
Et toi aussi, mélancolique pays, parent de Bérénice, enseigne-moi.
L'un et l'autre, vous avez suivi le fil de votre race et l'instinct de
votre sève; moi je suis impuissant à rien défendre contre la mort. Je
suis un jardin où fleurissent des émotions sitôt déracinées. Bérénice et
Aigues-Mortes ne sauront-ils m'indiquer la culture qui me guérirait de
ma mobilité? Je suis perdu dans le vagabondage, ne sachant où retrouver
l'unité de ma vie. Je n'espère qu'en vous pour me guider.
* * * * *
Bérénice, qui attendait son amie de Nîmes, ne tarda pas à nous quitter,
satisfaite de notre bonne entente et amusée de nous envoyer déjeuner
côte à côte à l'hôtel.
Quoique pour l'ordinaire je répugne à supporter la contradiction,
l'aventure me plut. Je sentais que ce compagnon méprisait d'une belle
ardeur toutes les idées qu'il ne partageait pas, et c'est un plaisir de
séduire des ennemis de cette sorte jusqu'à jeter ainsi le désarroi dans
leur esprit catégorique.
Dès le potage, j'eus la satisfaction de voir net dans tous ses rouages,
sans qu'il me comprît le moins du monde. Comme s'il eût posé cartes sur
table, je connus tout le jeu d'images contradictoires où il
s'embarrassait sur mon caractère.
Serait-ce un esprit chimérique? se disait-il, tandis que je lui parlais
des misérables; ou immoral? quand j'en vins à vanter certain phalanstère
religieux. Pour trancher, il eût admis volontiers l'une et l'autre
hypothèse, mais mon affabilité d'un ton très simple le préoccupait, et
de cette attitude sans signification il cherchait à tirer des
conclusions, bien plus que des idées que je lui exposais. D'ailleurs,
chacune de ses paroles était de vanité, et il me parut avoir, comme la
plupart de ces hommes, un cerveau d'enfant dominé par des mots de
spécialiste.
Saura-t-il jamais combien je l'ai goûté, l'excellent sot! C'était un
ingénieur de trente ans, avec une figure confiante d'adolescent, un
regard très pur et le charme d'un jeune animal. Tout en lui était
énergie. Comme il tenait pour droiture parfaite chacune de ses pensées!
Avec quel entrain il méprisait ceux qu'il désapprouvait! Ses certitude,
ses affirmations, son exclusivisme étaient pour moi choses si folles, si
dénuées de clairvoyance, qu'il n'aurait jamais pu me blesser. Martin, en
vérité, m'excitait autant que merveille au monde; il m'emplissait d'une
perpétuelle satisfaction à vérifier sur chacune de ses paroles combien
je n'avais pas trop auguré de son animalité.
Je savais que les comités gouvernementaux d'Arles songeaient à lui
offrir la candidature officielle, et je lui parlai de la situation
politique dans le département. Aussitôt, du ton approprié:
--Je vous en prie, me déclara-t-il, j'aurai grand plaisir à causer avec
vous sur tous sujets, mais pas de politique! nous avons là-dessus des
idées absolument opposées.
Cette phrase me remplit d'un délicieux bien-être; je la prévoyais
textuellement. Je l'assurai que je n'avais aucune intention de le
contredire, ayant moi-même peu de confiance dans la dialectique, mais
que je désirais me faire une vue claire des opinions qui lui étaient
chères, afin de fortifier d'autant ma connaissance des voeux de tous les
Français.
Ma réponse et mon sourire courtois lui parurent tels qu'il se fixa dans
cette impression: «sceptique, sans conviction.» Parce que je montrais un
goût très vif pour être renseigné sur toutes les convictions!
Mais pour que vous touchiez la faute constante de Charles Martin dan ses
raisonnements, je noterai encore ce qui advint comme on servait le rôti.
Un commis voyageur dit: «Avez-vous visité la tour Constance? les
oubliettes?... il faut voir ça! c'est là que saint Louis précipitait les
protestants.» Il y eut un lourd silence, puis quelqu'un reprit,
exprimant le sentiment de toute la table: «Ah! mes amis! nous avons la
République, gardons-la bien!»
A cet instant, l'adversaire crut que j'allais railler, et pour prévenir
mon sourire il haussa les épaules, et sa moue attristée signifiait
qu'une telle ignorance de la chronologie est tout à fait fâcheuse.
--Je ne partage pas votre impression, lui dis-je à mi-voix. Une erreur
historique c'est peu grave, et ce que veulent signifier ces messieurs
est fort net. Ils témoignent un goût très vif pour la tolérance
philosophique; ils entrevoient la conciliation possible de tous les
idéals. Le même rêve m'obsède.
Distingue-t-on maintenant la qualité morale de Charles Martin?
Ah! celui-là n'est pas un égotiste, il méprise la contemplation
intérieure, mais il vit sa propre vie avec une si grossière énergie
qu'il la met perpétuellement en opposition avec chaque parcelle de
l'univers. Il ignore la culture du moi: les hommes et les choses ne lui
apparaissent pas comme des émotions à s'assimiler pour s'en augmenter;
il ne se préoccupe que de les blâmer dès qu'ils s'écartent de l'image
qu'il s'est improvisée de l'univers.
Dans la vie de relations, il est un sectaire; dans la vie de
compréhension, un spécialiste. Il voit des oppositions dans la
multiplicité et ne saisit pas la vérité qui se dégage de l'unité
qu'elles forment. A chaque minute et de tous aspects, il est
«l'_Adversaire_».
* * * * *
III.--RECONSTITUTION SYNTHÉTIQUE D'AIGUES-MORTES, DE BÉRÉNICE, DE
CHARLES MARTIN ET DE MOI-MÊME, AVEC LA CONNAISSANCE QUE J'AI DES
PARTIES.
J'étais trop intéressé par ma chère Bérénice et par cette plaine, qui,
toutes deux, manifestent si nettement cet immuable que je n'ai pas
trouvé en moi; il me fallait y méditer encore.
Je ne retournai pas à la villa de Rosemonde, je voulais goûter la forte
nourriture que seule sait nous donner la solitude. Ses joies, dans leur
brève durée, sont assez intenses pour effacer les longs ennuis
inséparables de l'isolement; elles nous élèvent d'une telle ivresse que
les plus distinguées frivolités de la vie de société dès lors sont
mêlées d'amertume, pour qui se rappelle de quelle vigueur de sensation
il se prive en se mêlant aux hommes.
A travers les petites rues, sur les remparts qui dominent l'horizon et
dans la plaine si triste près des étangs, je remâchais mes réflexions de
la journée et les travaillais, en sorte que d'heure en heure elles me
devenaient plus fortes et fécondes.
J'aimais cette campagne et j'avais la certitude de m'en faire l'image
même qui repose dans les beaux yeux et dans le coeur attristé de
Bérénice. Comme mon amie, je laissais mon sentiment se conformer à ces
étangs mornes et fiévreux, à ce pays lunaire plein de rêves immenses et
de tristesses résignées. Mais en même temps que Bérénice liait ainsi par
de ténues sentimentalités mon âme à Aigues-Mortes, je fortifiais cette
union avec tous les petits renseignements que m'avait donnés cet esprit
sec de Charles Martin.
Quand le soleil fut à son déclin, je montai à nouveau sur la tour
Constance, ne doutant pas que je n'y trouvasse de plus fiévreuses
émotions, à cette heure où les rêves sortent des étangs pour faire
frissonner les hommes.
Les couchers du soleil sont prodigieux à Aigues-Mortes. Je n'y vis
jamais rien de brutal: ses feux décomposés par l'humidité de l'air
prenaient tous les coloris tendres de la gorge des colombes, mais avec
une grandeur et une sublimité de désolation que saint Louis, quittant
ces rivages, ne dut pas retrouver égales dans les plaines de Damiette.
Ici, rien de vulgaire, rien non plus qui date; ce lieu, qui se présente
naturellement sous un aspect d'éternité, met en un clair relief combien
est furtive la grâce de Bérénice, combien fugitive chacune de mes
émotions les plus chères. Aigues-Mortes est une pierre tombale, un
granit inusable qui ne laisse songer qu'à la mort perpétuelle.
Avec une prodigieuse netteté, se détachaient les ondulations des côtes
sur la mer. Et je songeais que le dessin en avait été modifié
perpétuellement au cours des siècles. Ainsi que les flots, me disais-je,
déforment chaque jour ce rivage, le flux et le reflux des mêmes passions
agissent sur la sensibilité des hommes. Bérénice, Charles Martin et moi,
nous sommes des instants divers de l'intelligence humaine.
Je touchais avec une certitude prodigieuse la puissance infinie,
l'indomptable énergie de l'âme de l'univers que jamais le froid ne prend
au coeur, qui ne se décourage sous la pierre d'aucun tombeau et qui
chaque jour ressuscite.
A chaque minute, le paysage se transformait sous la lumière dégradante,
de même que le long des siècles il s'est modifié sous l'ardeur de
l'Océan, et de même qu'il se modifie dans les esprits qui le
contemplent. Dans cette solitude, dans ce silence singulier de mon
observatoire qui ne laissait aucun vain bruissement sur ma pensée, dans
cette facilité d'embrasser tout un ensemble, les analogies les plus
cachées apparaissaient à mon esprit. Je voyais cet univers tel qu'il est
dans l'âme de Bérénice, la physionomie très chère et très obscure
qu'elle s'en fait d'intuition, l'émotion religieuse dont elle
l'enveloppe craintivement; je le voyais tel qu'il est dans le cerveau de
«l'Adversaire», collection de petits détails desséchés, vaste tableau
dont il a perdu le don de s'émouvoir, par l'habitude qu'il a prise de
réfléchir sur quelques points. Et moi, me fortifiant de ces deux
méthodes, je suis tout à la fois instinctif comme Bérénice, et réfléchi
comme l'Adversaire; je connais et je sympathise; j'ai une vue distincte
de toutes les parties et je sais pourtant en faire une unité, car je
perçois le rôle de chacune dans l'ensemble. Je suis religieux comme
Bérénice, mais je sais pourquoi. J'ai des émotions spontanées, mais je
les cultive avec une méthode qui dépasse encore la méthode de Charles
Martin.
L'obscurité était venue. J'exprimai au gardien de la tour le désir de
rester là encore quelques instants, et je le priai qu'il s'éloignât.
Maintenant que l'univers était rempli de nuit, un tableau plus beau
encore m'apparaissait. Dans ce recueillement, les êtres prenaient toute
valeur: ce n'était plus Bérénice que je voyais, mais l'âme populaire,
âme religieuse, instinctive et, comme cette petite fille, pleine d'un
passé dont elle n'a pas conscience; pour Charles Martin, c'était la
médiocrité moderne, la demi-réflexion, le manque de compréhension, des
notions sans amour. Mais moi-même je n'existais plus, j'étais simplement
la somme de tout ce que je voyais.
Toute passion individuelle avait disparu. Je n'opposais plus mon moi à
Bérénice, ni à Charles Martin; ils m'apparaissaient comme un instant
pittoresque des merveilleuses destinées de l'humanité. Et moi, enivré de
cette compréhension, je me jugeais assis sur la tour Constance, réfugié
dans ce qui est éternel, possesseur du grand et universel amour.
J'atteignais enfin, pour quelques secondes, au sublime égoïsme qui
embrasse tout, qui fait l'unité par omnipotence et vers lequel mon moi
s'efforça toujours d'atteindre.
* * * * *
Tel est le récit de la merveilleuse journée que je passai sur la tour
Constance, ayant à ma droite Bérénice et à ma gauche l'Adversaire. Et,
en vérité, ce nom de _Constance_ n'est-il pas tel qu'on l'eût choisi,
dans une carte idéologique à la façon des cartes du Tendre, pour
désigner ce point central d'où je me fais la vue la plus claire possible
de ces vieilles plaines et de cette Bérénice remplie de souvenirs? C'est
en effet l'idée de tradition, d'unité dans la succession qui domine
cette petite sentimentale et cette plaine; c'est leur constance commune
qui leur fait cette analogie si forte que, pour désigner l'âme de cette
contrée et l'âme de cette enfant, pour indiquer la culture dont elles
sont le type, je me sers d'un même mot: _Le jardin de Bérénice_.
* * * * *