Le 10.—Je commençais alors à regarder ma grotte ou ma voûte comme
terminée, lorsque tout à coup,—sans doute je l’avais faite trop
vaste,—une grande quantité de terre éboula du haut de l’un des côtés;
j’en fus, en un mot, très épouvanté, et non pas sans raison; car,
si je m’étais trouvé dessous, je n’aurais jamais eu besoin d’un
fossoyeur. Pour réparer cet accident, j’eus énormément de besogne; il
fallut emporter la terre qui s’était détachée; et, ce qui était encore
plus important, il fallut étançonner la voûte, afin que je pusse être
bien sûr qu’il ne s’écroulerait plus rien.
Le 11.—Conséquemment je travaillai à cela, et je plaçai deux étais ou
poteaux posés à plomb sous le ciel de la grotte, avec deux morceaux
de planche mis en croix sur chacun. Je terminai cet ouvrage le
lendemain; puis, ajoutant encore des étais garnis de couches, au bout
d’une semaine environ j’eus mon plafond assuré; et, comme ces poteaux
étaient placés en rang, ils me servirent de cloisons pour distribuer
mon logis.
Le 17.—A partir de ce jour jusqu’au vingtième, je posai des tablettes
et je fichai des clous sur les poteaux pour suspendre tout ce qui
pouvait s’accrocher; je commençai, dès lors, à avoir mon intérieur en
assez bon ordre.
Le 20.—Je portai tout mon bataclan dans ma grotte; je me mis à meubler
ma maison, et j’assemblai quelques bouts de planche en manière de
table de cuisine, pour apprêter mes viandes dessus; mais les planches
commençaient à devenir fort rares par devers moi; aussi ne fis-je plus
aucune autre table.
Le 24.—Beaucoup de pluie toute la nuit et tout le jour; je ne sortis
pas.
Le 25.—Pluie toute la journée.
Le 26.—Point de pluie; la terre était alors plus fraîche qu’auparavant
et plus agréable.
Le 27.—Je tuai un chevreau et j’en estropiai un autre qu’alors je pus
attraper et amener en laisse à la maison. Dès que je fus arrivé, je
liai avec des éclisses l’une de ses jambes qui était cassée.
NOTA.—J’en pris un tel soin, qu’il survécut, et que sa jambe redevint
aussi forte que jamais; et, comme je le soignai ainsi fort longtemps,
il s’apprivoisa et paissait sur la pelouse, devant ma porte, sans
chercher aucunement à s’enfuir. Ce fut la première fois que je conçus
la pensée de nourrir des animaux privés, pour me fournir d’aliments
quand toute ma poudre et tout mon plomb seraient consommés.
Les 28, 29 et 30.—Grandes chaleurs et pas de brise; si bien qu’il
ne m’était possible de sortir que sur le soir pour chercher ma
subsistance. Je passai ce temps à mettre tous mes effets en ordre dans
mon habitation.