IV

Ta voix, ta même voix de colombe blessée

Sonne plaintivement dans ta gorge lassée.

J'entends encor l'écho des paroles d'antan

Lorsque les mots ailés s'envolent en chantant.

Mais je ne comprends plus les syllabes; j'oublie

Ce qui fait leur langueur et leur mélancolie.

Je crois t'ouïr parler un langage inconnu

Sur des airs dont mon coeur s'est en vain souvenu,

Et je perçois parmi la musique rhythmée

La voix d'une étrangère ou d'une morte aimée.

V

Reine du magique palais,

En ce jeu cruel que tu joues,

Comme tes soeurs, tu te complais

Aux larmes roulant sur nos joues.

Quand tu presses le vin des coeurs

L'étoile de tes yeux rutile,

L'étoile de tes yeux vainqueurs

Rit de la lâcheté virile.

Tandis que, dans la paix du soir,

Les désirs--tels de mauvais anges--

Portent aux meules du pressoir

Les grappes des rouges vendanges.

Soit! en tes rêves assassins

Grise-toi des pourpres foulées

Et noue au-dessous de tes seins

Des peaux fauves et tavelées.

Sois la bacchante que les dieux

Lâchent sur la terre; promène

L'orgueil de tes flancs radieux

Au milieu de la vigne humaine.

Va! que les héros asservis

Et les poètes que tu crées

Se courbent hurlants et ravis

Devant tes colères sacrées:

Tes triomphes sont imparfaits,

Ta gloire sanglante est un leurre;

Tu n'as pas su que je t'aimais

Et tu ne sais pas que je pleure.

La lyre héroïque et dolente · 第 100 / 136 题