Pour moi seul tes cheveux de saule
Se déroulent sur ton épaule
Comme les feuilles dans le vent,
Et, tel que sur la neige vierge
Frémit un frisson d'or mouvant,
De l'aube de ta chair émerge
Une fleur de soleil levant.
Car seul je connais les paroles,
Soeurs des feuilles et des corolles,
Qui puissent dire ta beauté;
Je sais les phrases rituelles
Par qui, dans le bois enchanté,
L'ombre des amantes cruelles
Revive pour l'éternité.
Rires et larmes infinies!
Si je chantais tes litanies
Et le miel de tes seins rosés
Je ferais voler dans les brises,
Au delà des jours épuisés,
L'abeille des lèvres éprises
Vers la ruche de tes baisers.
Mais je tais avec jalousie
Les chers mots dont je m'extasie:
Les hommes passent et s'en vont;
Le bruit des foules abhorrées
Roule et le miel divin se fond
En perles de gouttes dorées
Dans l'urne de mon coeur profond.