Ni tes fiertés, ni tes paresses
Ni l'espoir menteur des caresses,
Ni ta chair de vierge, j'aimais
La splendeur de ma propre idée,
O maîtresse non possédée
Qui ne me trahiras jamais
Je garde en mon âme hautaine
Le rêve frais de la fontaine
Et des nénufars ingénus;
Je laisse aux lèvres sans extase
L'eau noire et, grouillant dans la vase,
Tous les reptiles inconnus,
Loin de l'hivernale vallée
L'aile des fleurs s'est envolée
Et le murmure des nids verts
Cherche, avec le vol des pétales,
Dans les aubes orientales
L'éternel printemps de mes vers.
C'est l'heure que j'ensevelisse
La blancheur du dernier calice
Avec les souvenirs défunts:
O nuptiale Galatée,
Rends-moi la corolle empruntée,
Rends-moi le songe des parfums,
Pour que je tisse avec mes strophes
Un linceul de riches étoffes
Embaumé de myrrhe et de nard
Et que je jette sur mon rêve
De jeunesse et de gloire brève
La pourpre antique de Schinnar.