Doux initiateur de l'âme en quelle sphère
Plus lointaine, Jésus, l'Esprit, et Dieu le Père,
Dans leur unité triple, infinis et sereins,
Attendent-ils le choeur des élus, pèlerins
Joyeux et jamais las d'un Temple que j'ignore,
Qui s'envolent de l'ombre ancienne vers l'Aurore.
Emmène-moi par les Edens et les Sions,
Toi qui sais les chemins de constellations.
LE POÈTE-ROI saisit la grande Lyre et, sous le plectre, les cordes de
brebis vibrent dans l'écaille de tortue transparente.
Avant la Terre, avant les Jours et les années,
L'Immuable a pétri nos chairs prédestinées.
J'ai trompé mon ennui par la lyre, et j'attends
Tes seins qui m'appelaient de l'abîme des temps,
Et mes yeux, emperlés d'une angoisse inconnue,
Mes yeux cherchaient tes yeux nocturnes dans la nue.
Parfois, dans le brouillard chantant de la forêt,
Une fée illusoire éclôt et disparaît:
Dis-moi que tu n'es pas l'ombre vaine d'un rêve,
O fille de la mer et de l'écume brève.
Dis-moi qu'avant la tombe et nos corps révolus,
Le flot de tes baisers ne se tarira plus.
Je ferai vivre par delà les étendues
Ton nom sanctifié dans les cordes tendues.
Et tu vaincras par la gloire de tes beautés
Les nymphes de l'Hellas et les Divinités.
Parle, et tu chasseras, de la mémoire humaine
La Vénus Italique et l'Anadyomène.
Je traquerai leurs souvenirs tels que des loups,
Et Christ reconnaissant se penchera vers nous.