LA JEUNE FILLE

O Chanteur, je ne sais quel décevant mystère

Me rappelle du ciel entrevu vers la terre.

Ton regard me repousse et m'attire. Va-t'en,

Car je me damnerais peut-être en t'écoutant.

Dans son indicible douleur, LE POÈTE-ROI jette la Lyre qui se brise en

un lamentable sanglot et le cri des fibres est si déchirant que LA JEUNE

FILLE tremblante d'effroi et d'amour revient vers le royal Désespéré,

comme résignée aux flammes d'une imminente géhenne. Pendant qu'ils sont

enlacés, UN CHOEUR D'ANGES, entendu jadis, effleure leurs oreilles

extasiées.

Ecarte le conseil de tes mauvaises craintes.

Le Seigneur t'a rendu des mains pour les étreintes,

Fais à l'amant royal le don de ton orgueil.

Va! laisse le troupeau neigeux d'immaculées;

Vers l'amoncellement des glaces reculées,

Les rouges Kéroubim les repoussent du seuil.

Aimez-vous! le blé mûr épars des Madeleines,

Epars sur les pieds nus avec les urnes pleines,

Brûle seul dans la sainte auréole de feu.

Dans le brasier de Christ, avivé de colères,

Vous fondriez, ô froides fleurs des soirs polaires,

Qui ne parfumez pas les hommes avant Dieu.

Lorsque le Rédempteur eut brisé les statues

D'autrefois, parmi les colonnes abattues,

Il laissa reverdir, seul d'entre les Maudits,

Erôs, et lui donna pour royaume la Terre:

Immortelle, la soif des lèvres vous altère,

Et l'enfer des baisers vaut notre paradis.

La lyre héroïque et dolente · 第 86 / 136 题