LE PÈRE

Ma fille, vos péchés, commis dans ma maison,

Ont fait s'enfuir les tourterelles du blason.

Endormis dans la nuit tombale, clos en elle,

Les morts ont tressailli de votre ardeur charnelle.

Donc je dois, réprimant pleurs lâches et sanglots,

Vous confier, vivante, à la douceur des flots.

Nous prierons, gens des bourgs et manants de campagne,

Afin que la bonté de Dieu vous accompagne.

Allez! au nom de la Très Sainte Trinité,

Et que Jésus vous prenne en votre éternité.

Mais la barque n'est pas engloutie par les gueules fauves de l'abîme.

Elle s'efface, poussée par les haleines pacificatrices d'invisibles

archanges.

Les gerbes fauchées des houles vertes dorment sous un soleil d'accalmie,

et LA JEUNE FILLE, affranchie par l'extase, contemple des visions vagues

et des formes.

Dans le lilas de leurs rosaces vespérales,

Je vois s'épanouir, là-haut, des cathédrales.

Une poussière d'astre irise les parvis

Et les arceaux sortent des dalles de rubis.

Dans l'espace des nefs sans limites, lamées

D'azur, des encensoirs effeuillent des fumées.

Dans le frisson de leurs échos multipliés,

Des sons inentendus ébranlent les piliers.

Le voile rejeté d'un fulgurant coup d'aile,

Le Tabernacle inaccessible se révèle.

Et lorsque l'Ostensoir éphémère me luit,

La robe du soleil semble teinte de nuit.

Seigneur Dieu, l'appétit des vagues me réclame,

L'aumône de mon corps est faite. Cueillez l'âme.

Dans son ravissement mystique, LA JEUNE FILLE se croit morte. Serait-ce

que la barque aborde aux rives vertigineuses du Paradis, où des couples

célestes glissent dans une aube d'opales fluides?

Elle regarde émerveillée, sous une étoffe de la lumière, au lieu des

tronçons effroyables, la fraîcheur blonde de ses mains ressuscitées et

d'où s'exhale une senteur de ruches prochaines et de miel.

Des enfants, vêtus de tuniques multicolores et légères, lui font un

triomphal cortège et, prise dans des rets de charmes surhumains, elle

marche au milieu des hymnes étranges. Hymen! Hymenaee!

Hymen! Hymen! Hymenaee! Au faîte des monts d'hyacinthe un palais de

prodige monte, marmoréen, vers les nuages violets. Elle gravit les

escaliers, gardés par des sphinges immobiles.

Hymen! Hymen! Hymenaee! Au seuil glorieux des demeures, souriant

idéalement dans l'ombre dénouée de sa chevelure, LE POÈTE-ROI vient vers

elle sous son manteau de pourpre lyrique.

Et les enfants ont disparu; dans une salle de féerie, portée par des

cariatides, sur l'or roux, des lions tués, LA JEUNE FILLE s'abandonne à

la volupté des caresses. Hymen! O hymen!

La lyre héroïque et dolente · 第 84 / 136 题