_A Remy de Gourmont._
I
Ame riche de nuit, d'étoiles et de rêves
Qui puisas des trésors aux urnes d'un tombeau
N'abandonneras-tu jamais tes blêmes grèves
Pour cette ville en fleurs sous le printemps nouveau?
Ame riche de nuit, mon âme, tu recèles
Assez d'astres perdus et de soleils éteints:
Viens connaître la chair et les lèvres de celles
Qui tendent leurs seins nus aux pourpres des matins
Et font en souriant à l'aurore sereine
Fluer entre leurs doigts le sable et leurs cheveux,
Pour que, vivante enfin, ma bouche amère apprenne
A goûter le miel blond des heures. Tu le veux,
Ame lasse déjà des ivresses futures,
Toi qui n'as rien chéri que les pleurs et la mort:
Le vent gonfle d'amour les voiles toujours pures:
Loin de l'île où la blanche Hymnis repose et dort,
Pour moi seul, dans le vain cénotaphe des roses,
Nous irons conquérir son corps ressuscité;
Sans doute elle revit par les métempsycoses
Sur le sol oublieux que parait sa beauté
Et parmi les parfums sauvages des galères,
Les chiens, les portefaix qui geignent en marchant,
Elle va, lourde encor des gloires tumulaires,
Sans que nul ait compris la douceur de son chant.