MARE TENEBRARUM

_A Emile Gallé._

Durant les jours de brume et les soirs sans étoiles

Le vent triste a fané la pourpre de nos voiles;

Mais nos coeurs s'attardant aux soleils révolus

Oubliaient le deuil vain des flux et des reflux.

La barque tressaillait de la poupe à la proue

Avec le ronflement d'un cheval qui s'ébroue;

Mais nos coeurs enchantés de chants évanouis

Oubliaient la clameur des vagues et des nuits.

Hier l'Aurore brusque a jailli de nos rêves;

Le marbre bleu des mers et l'or fauve des grèves

Eblouissaient nos yeux brûlés par les embruns

Et le dragon rostral s'enivrait de parfums.

Mais l'ombre en flocons noirs a neigé sur nos âmes,

L'ombre que nul soleil ne fondra de ses flammes

Et déjà le dragon, loin des havres heureux,

Mord les antiques flots glacés et ténébreux.

La lyre héroïque et dolente · 第 41 / 136 题