Par quelle cruauté des implacables dieux?
Si loin des jours royaux et pavoisés de joie,
Un soleil tel que les anciens soleils flamboie
Et tes cheveux en fleur épouvantent mes yeux.
Parmi le deuil hélas! et les ombres tombales,
Que me veux-tu, sourire impérieux encor
Qui fais se réveiller avec un sursaut d'or
Le prestige menteur des aubes triomphales?
Oui: tes lèvres m'étaient douces près de la mer
Et sur la fauve grève où dormaient les carènes
Gonflaient d'un chant si pur les conques des Sirènes
Que des oiseaux neigeaient autour de toi dans l'air
Et que le souvenir des ailes éployées
Palpite en mes regards éblouis. O rayons
Eteints! vols disparus d'aigles et d'alcyons!
Voix morte désormais sur des lèvres souillées!
Voix morte et pour moi seul vivante: je voudrais
Ne plus l'entendre et que la terre devînt noire
Et que la nuit sereine engloutît la mémoire
De ta beauté semblable aux roses des forêts.
Mais l'ombre décevante est encore hantée
Par les dieux importuns qui défendent l'oubli
Et la poignante fleur au calice pâli
Sollicite toujours ma bouche ensanglantée.