III

Je ne sais plus dans quels chemins ni sous quels cieux

La reine de mon coeur, la reine de mes yeux,

La souveraine de mes larmes ignorées,

Qui tord en ses cheveux l'or fauve des vesprées,

Passa sans un regard vers mon front en exil

Comme un soleil d'hiver oublieux de l'avril.

Hélas! les lys sont morts; les roses sont fanées;

L'impitoyable deuil défleurit les années.

Elle ne connaît plus les choses d'autrefois;

Son oreille infidèle a désappris ma voix,

Ma voix tremblante et les paroles murmurées

Et le frissonnement des étreintes sacrées.

Et maintenant, et maintenant! je veux en vain

M'interdire les jours et le passé divin.

Ma lèvre qu'elle sut délicate naguères

Est chaude d'une bouche et de baisers vulgaires

Et j'ai bu pour marcher dans l'ombre de la mort

Le vin des matelots et des hommes du port.

Mais cette ivresse est triste, ô reine, et je t'implore.

Reviens, fais resplendir la gloire de l'aurore.

Jette sur les bois nus un manteau de printemps

Et pare les sentiers des roses que j'attends.

Sois bienveillante; ou si les beaux jardins des rêves

Sont clos pour jamais, soit! les heures seront brèves

Où je vivrai dans la lumière et dans le bruit,

Et je descendrai seul les marches de la nuit.

La lyre héroïque et dolente · 第 21 / 136 题