Je ne sais plus dans quels chemins ni sous quels cieux
La reine de mon coeur, la reine de mes yeux,
La souveraine de mes larmes ignorées,
Qui tord en ses cheveux l'or fauve des vesprées,
Passa sans un regard vers mon front en exil
Comme un soleil d'hiver oublieux de l'avril.
Hélas! les lys sont morts; les roses sont fanées;
L'impitoyable deuil défleurit les années.
Elle ne connaît plus les choses d'autrefois;
Son oreille infidèle a désappris ma voix,
Ma voix tremblante et les paroles murmurées
Et le frissonnement des étreintes sacrées.
Et maintenant, et maintenant! je veux en vain
M'interdire les jours et le passé divin.
Ma lèvre qu'elle sut délicate naguères
Est chaude d'une bouche et de baisers vulgaires
Et j'ai bu pour marcher dans l'ombre de la mort
Le vin des matelots et des hommes du port.
Mais cette ivresse est triste, ô reine, et je t'implore.
Reviens, fais resplendir la gloire de l'aurore.
Jette sur les bois nus un manteau de printemps
Et pare les sentiers des roses que j'attends.
Sois bienveillante; ou si les beaux jardins des rêves
Sont clos pour jamais, soit! les heures seront brèves
Où je vivrai dans la lumière et dans le bruit,
Et je descendrai seul les marches de la nuit.