I
Des jours et puis des jours ont fui. Je me souviens
De cette joie ainsi que de quelque étrangère
Et c'est une féerie encor que j'exagère
De tout le deuil enclos dans les plaisirs anciens.
Mais nos baisers furent les fruits des Hespérides
Dont nous avons mâché la cendre, seulement
La cendre! le verger solitaire et charmant
N'a pas calmé la soif de nos lèvres arides.
D'autres sont revenus semblables à des dieux
De l'île où par orgueil nous nous aventurâmes;
Les guirlandes d'amour alourdissaient leurs rames
Et la galère en fleurs émerveillait les yeux.
Je ne jalouse pas leurs fanfares de gloire
Ni les pavois ni les étendards éployés
Dont l'ombre rouge flotte auprès des boucliers:
Leur songe était moins beau que notre ivresse noire,
Et j'erre en ce jardin fouetté du vent brutal,
Plus fier que les héros aux soirs d'apothéoses,
Tandis qu'autour de moi les nostalgiques roses
S'effeuillent vainement vers l'Orient natal.