ÉLIANE

I

Des jours et puis des jours ont fui. Je me souviens

De cette joie ainsi que de quelque étrangère

Et c'est une féerie encor que j'exagère

De tout le deuil enclos dans les plaisirs anciens.

Mais nos baisers furent les fruits des Hespérides

Dont nous avons mâché la cendre, seulement

La cendre! le verger solitaire et charmant

N'a pas calmé la soif de nos lèvres arides.

D'autres sont revenus semblables à des dieux

De l'île où par orgueil nous nous aventurâmes;

Les guirlandes d'amour alourdissaient leurs rames

Et la galère en fleurs émerveillait les yeux.

Je ne jalouse pas leurs fanfares de gloire

Ni les pavois ni les étendards éployés

Dont l'ombre rouge flotte auprès des boucliers:

Leur songe était moins beau que notre ivresse noire,

Et j'erre en ce jardin fouetté du vent brutal,

Plus fier que les héros aux soirs d'apothéoses,

Tandis qu'autour de moi les nostalgiques roses

S'effeuillent vainement vers l'Orient natal.

La lyre héroïque et dolente · 第 19 / 136 题