PSYCHÉ

Petite âme, Psyché mélancolique, dors,

Lys d'aurore surgi des heures ténébreuses,

Tes bras souples et frais et tes lèvres heureuses

Ont rajeuni mon coeur et réjoui mon corps.

Et tu m'as cru, petite âme blanche et farouche,

Tel que ton désir vierge encore me voulait

Pendant tes longs baisers de miel pur et de lait,

Tant que l'ombre a menti comme mentait ma bouche.

Nulle parole et nulle étreinte et nul baiser

N'ont trahi la douleur secrète du cilice;

Mais éveillée avec l'aube révélatrice

Tu frémissais, Psyché fragile, à te briser,

Si le jour désillant ta paupière sereine

Au lieu du doux vainqueur que rêvait ton émoi

Te décelait mes poings crispés même vers toi

Et mes yeux éperdus de colère et de haine;

Car je te hais de tout ton amour, ô Psyché,

Pour les jours à venir et les futures heures

Et les perfides flots de larmes et de leurres

Qui jailliront un jour de ton être caché.

Mais avant que la nuit divine m'abandonne,

Avec le dur métal des gouffres sidéraux

Je forgerai le masque amoureux d'un héros,

Rieur comme l'Avril, grave comme l'automne;

Mort vivant sur les lèvres mortes d'un vivant,

Le masque couvrira ma face convulsée;

Et maintenant que l'aube éclate! O fiancée

Chez qui la femme, hélas! va survivre à l'enfant.

Eveille-toi, rouvre ta bouche qui s'est tue,

Tu n'entendras de moi que paroles d'orgueil

Et je me dresse sous les morsures du deuil

Lauré d'or et pareil à ma propre statue.

La lyre héroïque et dolente · 第 18 / 136 题