Les Wal[44] sont munis de deux moteurs placés en tandem, de telle sorte

que l’un agit comme tracteur et l’autre comme propulseur. Chaque hélice

tournant dans un sens particulier, celle d’arrière agit comme

contre-hélice par rapport à celle d’avant. La puissance obtenue, grâce à

cette disposition, conjointement avec les lignes heureuses de la coque

et le profil judicieux des surfaces sustentatrices permet à ces

appareils d’enlever un poids utile presque égal à leur poids mort. Au

départ de la baie du Roi, chacun de nos hydravions enleva une charge de

3.100 kilos, alors que leur poids mort ne dépasse pas 3.300. Néanmoins,

nous décollâmes très facilement sur la glace; certainement, nous aurions

pu prendre 200 kilos de plus. Lorsque nous dûmes nous rationner sur la

banquise, que de fois nous nous reprochâmes de n’avoir pas emporté une

plus grande quantité de vivres? Mais, pour cela, il eût fallu exiger

davantage des moteurs, et peut-être en eussent-ils souffert?

[44] _Wal_, baleine en allemand. La maison Dornier emploie, pour

désigner ses différents types d’appareils, une nomenclature

empruntée à la faune marine.

La présence de deux moteurs nous donnait une grande confiance. Leur

disposition permettait, en n’en employant qu’un seul, d’enlever un poids

plus lourd que s’ils avaient été placés sur chaque aile, comme c’est le

cas dans les autres bi-moteurs. Légèrement chargé, un Wal peut même

prendre son départ sur l’eau avec un seul moteur.

Nos appareils ont été construits par la Société de constructions

mécaniques de Marina di Pisa; ils ne différaient du type Dornier-Wal

normal que par des détails insignifiants.

Sur les Dornier-Wal, les réservoirs d’huile sont généralement placés

extérieurement sur un des côtés du groupe-moteur; leur refroidissement

est obtenu par des ondulations de la paroi. N’ayant pas à nous

préoccuper de la question du refroidissement, ces réservoirs furent

installés à l’intérieur de nos appareils. Tous les tuyaux furent

entourés de toile, souvent en plusieurs épaisseurs, quelques-uns même

revêtus de feutre par-dessus cette enveloppe. Pareille précaution fut

prise en vue, non seulement du froid, mais encore d’une rupture

éventuelle. Dans les vols de longue durée, les pannes sont le plus

souvent occasionnées par des accidents de ce dernier genre, tandis que

le moteur continue, lui, à marcher. Rarement des moteurs ont produit

moins de vibrations que les nôtres; une rupture dans la tuyauterie était

donc peu probable. Quoi qu’il en soit, la précaution indiquée plus haut

me semble nécessaire.

L’eau du radiateur fut additionnée de 40 % de glycérine pure; ainsi

mélangée elle ne pouvait geler qu’à −17°; jamais, d’ailleurs, nous

n’éprouvâmes de température aussi basse. Par mesure de prudence, pendant

notre séjour sur la glace, nous opérions la vidange de l’eau du

radiateur dans une bonbonne à essence vide, lorsqu’il n’était pas

nécessaire que l’appareil fût paré pour le départ. Grâce à un dispositif

spécial, nous pompions l’eau directement de la bonbonne dans le

radiateur. En général, d’abord, nous démarrions les moteurs, puis nous

pompions. Voici la raison de cette manière d’opérer. La partie

inférieure des conduits d’admission des gaz est enveloppée d’une chemise

dans laquelle une petite quantité de l’eau du radiateur arrive pour

échauffer ces conduits. Lorsque l’on fait tourner l’hélice et que la

carburation s’établit, la température dans la tuyauterie s’abaisse

notablement en dessous de celle de l’air et le métal de la chemise prend

immédiatement cette température. Si le liquide qu’il renferme se trouve

à une température inférieure seulement de quelques degrés à son point de

congélation, de la glace peut se former et obturer l’issue de la chemise

d’eau. Dès lors cette chemise se transformera instantanément en un bloc

de glace et éclatera bientôt après. Si, au contraire, on fait tourner

les moteurs et on amène ensuite l’eau, lorsqu’elle arrivera dans la

chemise, après son passage dans les cylindres, elle aura subi un

réchauffement suffisant pour que cet accident ne soit pas à craindre.

Quand nous devions nous tenir parés pour le départ, nous n’opérions pas

la vidange du radiateur. En pareil cas, afin de maintenir dans le

groupe-moteur une température suffisante pour éviter toute congélation

et obtenir un démarrage immédiat, nous employions nos appareils

_Therm’x_. Ils avaient été construits spécialement pour nous par la

Société lyonnaise des Réchauds catalytiques, de manière à pouvoir être

placés sous les moteurs et sous les réservoirs d’huile. Ils

fonctionnaient dans les mêmes conditions que les modèles ordinaires.

Chaque groupe-moteur possédait six de ces réchauds; en très peu de

temps, ils permettaient de porter la température à 35° au-dessus de

celle de l’air.

Au début de notre séjour sur la banquise, lorsque le radiateur était

vide, nous employions les _Therm’x_ dans le «mess». Ils y entretenaient

une chaleur très agréable et nous procuraient un véritable confort. Le

soir, au moment de nous coucher, ils étaient partagés entre nos trois

chambres; elles nous donnaient alors l’impression de véritables paradis.

Hélas! ce bon temps ne dura pas. Afin d’économiser l’essence, nous dûmes

renoncer à l’emploi de ces réchauds, quoique leur consommation soit

extrêmement faible, mais il n’est point de petites économies. Au-dessus

des _Therm’x_, nous suspendions pendant la nuit nos chaussettes, nos

bottes, nos gants mouillés; quel bien-être on éprouvait le lendemain

matin à enfiler des effets chauds. Lorsque vint l’ère des restrictions,

nous n’eûmes alors d’autre ressource, pour faire sécher nos chaussettes,

que de les placer pendant la nuit sur notre poitrine; un changement plus

que désagréable.

Tant que ces appareils fonctionnèrent dans nos logements, la température

élevée qu’ils y entretenaient nous procura, en outre, un très grand

avantage, celui d’empêcher la formation de glace autour de notre

hydravion. Toujours une couche d’eau demeura autour de sa coque.

Lorsque nous devions démarrer les moteurs, non seulement nous les

échauffions, ainsi que l’huile, à l’aide des _Therm’x_, mais encore nous

dévissions une bougie de chaque cylindre, la portions à une température

assez élevée et la remettions en place seulement quelques instants avant

la mise en marche. Ce procédé empêchait la condensation de l’essence sur

les bougies.

Pour faciliter la carburation, nous échauffions également à l’avance les

tubulures de gaz au moyen d’une grosse lampe de soudeur. Grâce à ces

précautions, jamais nous n’avons éprouvé de difficultés à mettre en

marche. Les moteurs partaient instantanément.

Pour le cas où l’essence aurait été trop dense pour la carburation, nous

avions emporté une certaine quantité de benzol destiné à être injecté

dans les cylindres. Nous n’eûmes jamais besoin de recourir à ce procédé.

Les radiateurs étaient garnis de volets destinés à régler le

refroidissement. Ce dispositif nous rendit les plus grands services. Si

les volets étaient complètement fermés, les moteurs s’échauffaient très

rapidement avant les essais de départ; d’où une économie d’essence. Pour

qu’ils pussent donner toute leur puissance, nous pouvions, en faisant

jouer ces ouvertures, maintenir l’eau à une température voisine du point

d’ébullition au moment du départ, et ensuite la refroidir, en les

ouvrant plus largement.

* * * * *

Tous les compas étaient remplis d’alcool pur, de même que les niveaux.

Les basses températures auraient rendu l’huile paresseuse, si elles

n’eussent pas déterminé sa congélation.

Toutes les parties mobiles des instruments exposés au froid furent

enduites d’une huile spéciale qui ne gèle qu’à −40°.

Après ces notes sur les précautions prises pour préserver les moteurs du

froid, je passe à la description du vestiaire du pilote. D’après mon

expérience, il doit être chaud et en même temps léger, afin de ne pas

gêner ses mouvements. Avant le départ ou lorsqu’en cours de route on

fait escale pour exécuter des observations, on marche, parfois on

soulève des caisses, bref, on accomplit des efforts musculaires. Si le

pilote porte une lourde pelisse, tout en se donnant du mouvement, il

entrera en transpiration et, quand il reprendra l’air, il sentira le

froid. Si, pour effectuer sa besogne à terre, il quitte cette pelisse,

la basse température le saisira aussitôt et ce malaise augmentera quand

il se remettra en route. Pour éviter ces inconvénients, notre

habillement comportait plusieurs parties que nous pouvions mettre ou

enlever, selon les travaux à effectuer et la température.

Le costume de travail et de marche se composait de deux gilets et de

deux caleçons en laine, ceux placés directement sur la peau, légers, les

seconds très épais, puis d’un pantalon et d’une vareuse garnie d’un

capuchon en étoffe, imperméable au vent.

En avion, nous portions une ample jaquette et un pantalon en poils de

chameau et par-dessus un _anourak_[45] en peau de phoque. Comme

coiffure, le bonnet fourré habituel des aviateurs, qu’en cas de besoin

on pouvait recouvrir avec le capuchon de l’_anourak_; enfin, autour du

cou, un grand cache-nez en laine.

[45] Vêtement esquimau, sorte de blouse descendant jusqu’au sommet des

hanches.

Ajoutez à cela des gants faits de deux peaux de mouton cousues ensemble,

avec laine à l’intérieur et à l’extérieur, par-dessus lesquels nous

enfilions une seconde paire montant jusqu’au coude, faite d’une mince

étoffe, également imperméable au vent.

Pour compléter ces indications sur l’équipement, j’ajouterai que nous

emportâmes un moteur et de très nombreuses pièces de rechange.

* * * * *

Le compas solaire dont, à plusieurs reprises, il a été question dans la

partie narrative de ce volume, a été imaginé par Amundsen et construit

par la firme _Goerz Optische Werke_.

Le principe de cet instrument est le suivant:

L’image du soleil se trouve réfléchie à travers un périscope sur une

plaque placée devant le pilote. Un mouvement d’horlogerie, pouvant être

couplé à ce périscope par une roue dentée, est réglé de manière à le

faire tourner de 360° pendant le temps moyen entre deux passages

consécutifs du soleil au méridien supérieur. A l’aide d’une division

portée sur l’instrument, on peut placer le périscope dans une direction

déterminée par rapport à l’axe de l’avion. Si le départ doit avoir lieu

à midi, on l’oriente exactement sur l’arrière, et, à midi (temps local)

on enclanche le mouvement d’horlogerie. L’avion a-t-il le cap au nord,

une petite image réfléchie du soleil apparaît au centre de la plaque que

marque une croix. Le périscope suivra dès lors le mouvement apparent du

soleil, et son image restera visible au centre de la plaque, tant que

l’avion gardera la même route. Le départ a-t-il lieu à une heure

différente de midi, on calcule l’ascension droite du soleil pour l’heure

à laquelle le mouvement d’horlogerie sera enclanché. Suivant que ce

mouvement est mis en marche au temps de Greenwich ou à un autre temps,

on tiendra compte de la différence de longitude entre ces deux temps,

et, en outre, de l’angle que la route fera avec ce méridien, si elle ne

le suit pas. La tête du périscope est munie d’une vis graduée pour la

correction de la déclinaison solaire, et l’appareil monté sur un pied

permettant d’apporter également une correction, si l’on vient à changer

de latitude, l’axe du périscope devant demeurer parallèle à celui de la

terre. D’autre part, on doit tenir compte de l’inclinaison de la route

de l’avion par rapport au plan horizontal. Le champ du périscope est de

10°.

[Illustration: Le Soleil de Minuit sur la côte nord du Spitzberg.

(Cliché ILLUSTRATION)]

Avant le vol a-t-on orienté le compas solaire droit au nord, on fera

route dans cette direction, à moins que l’avion ne soit dépalé par le

vent.

Pour mesurer la dérive, nous avions un instrument, construit par Goerz,

permettant de connaître à la fois cet angle et la vitesse de l’avion.

Son principe est le suivant: sur un cercle mobile que renferme

l’instrument est tendu un fil diamétral. Après avoir amené ce fil

parallèlement à l’axe de l’avion, on observe si un point du terrain

survolé suit exactement la direction du fil. S’il s’en écarte, c’est

qu’il y a dérive. On déplace alors le fil très lentement jusqu’à ce que

le point observé suive sa direction. L’angle de déplacement du fil donne

la dérive. On ne saurait immédiatement corriger la route de cet angle.

En agissant ainsi, on diminuerait simplement l’angle de dérive, et de

nouvelles observations deviendraient nécessaires. On obtient un bien

meilleur résultat en procédant à une mesure de la vitesse.

Pour cela, on emploie le même instrument, lequel permet de viser un

point passant sous l’avion à partir d’un relèvement de 45° sur l’avant.

Pendant l’observation, le pilote gardera une grande stabilité de route.

L’observateur met en mouvement un compteur, lorsqu’un objet est au

relèvement 45°, et stoppe quand ce même objet est sur la perpendiculaire

de l’avion. Connaissant l’altitude et le temps écoulé entre les deux

passages, on trouve la vitesse vraie au moyen d’une règle à calcul.

On obtient alors les données suivantes:

1º Vitesse propre;

2º Route au compas;

3º Vitesse vraie;

4º Angle de dérive.

Toutes ces données, on les applique sur une règle à calcul appartenant à

l’instrument, et rapidement on connaît la direction dans laquelle, étant

donné le vent régnant, on doit gouverner pour tenir la route prévue et

en même temps la vitesse vraie que l’on aura dans cette direction. En

outre on obtient la direction vraie du vent et sa force à l’altitude à

laquelle on navigue. La nouvelle route est alors donnée au pilote.

S’il gouverne d’après le compas solaire, l’observateur apportera la

correction nécessaire au périscope et pour cela le fera tourner d’un

certain nombre de degrés.

Aussi longtemps que l’on ne survole pas une mer de nuages, ce procédé

est applicable. Si on contrôle constamment la vitesse vraie, on peut

atteindre le Pôle, en employant exclusivement les méthodes de la

navigation maritime. Pendant deux heures au nord de la côte

septentrionale du Spitzberg, nous rencontrâmes de la brume, comme il a

été dit plus haut, et ne pûmes par suite faire aucune observation de

dérive. Aussitôt qu’il fut possible d’en exécuter, nous apportâmes la

correction nécessaire au compas solaire. En raison de ce que nous avions

été dépalés, il se trouvait orienté beaucoup trop dans l’ouest du Pôle.

Je dois faire observer à ce sujet que le compas solaire n’indique la

direction de ce dernier point qu’autant que l’on vole le long du

méridien pour lequel l’instrument a été réglé au départ. Si l’on a été

déporté et que l’on continue à se diriger d’après le compas solaire, on

avancera dans une direction parallèle à celle du méridien que l’on se

proposait de suivre. Dans ce cas, pour donner au compas une nouvelle

orientation de manière à ce qu’il soit dirigé vers le Pôle, il faudrait

connaître la longitude du lieu.

Pendant le voyage d’aller comme pendant le retour, le compas solaire

nous rendit les plus grands services. Si nous n’avions eu que des compas

magnétiques nous n’aurions pas été sûrs de nous.

Nos compas magnétiques furent choisis après une étude approfondie des

différents types considérés au point de vue des circonstances que l’on

supposait devoir exister dans le bassin polaire.

Le Pôle magnétique est situé à peu près à égale distance du Pôle

géographique et du Spitzberg. Les compas étant utilisables pour la

navigation autour de ce dernier archipel, il s’ensuit qu’ils peuvent

être également employés dans la mer entre ces îles et le Pôle, sous

cette réserve que l’on ignore pour ainsi dire la grandeur de la

déclinaison dans cette région, le tracé des isogones dans cette partie

du bassin polaire ne reposant que sur un très petit nombre

d’observations.

A la suite d’une conversation à Bedfort avec un aéronaute anglais de mes

amis, le capitaine Johnstone, Dietrichson et moi choisîmes des compas de

route et des compas de relèvement du type apériodique construit par la

firme Hugues and Son de Londres. Si l’on amène ces compas à s’écarter de

leur position, l’aiguille y revient lentement sans oscillations. Dans le

bassin polaire où la composante horizontale est relativement faible,

l’aiguille sera lente à reprendre sa position, mais nous préférâmes

cette apériodicité à de longues oscillations avec de grands écarts. Les

compas de route de ce type sont particulièrement bien compris, par suite

d’un dispositif particulier sur lequel il est inutile de s’étendre ici.

Nous avions commandé un appareil de T. S. F. pour le _N-24_, mais il ne

fut pas prêt au moment du départ.

* * * * *

Ceux de mes lecteurs qui s’occupent de questions de navigation liront

avec intérêt l’exposé d’une méthode très simple de détermination de la

position dans le bassin arctique, formulée par le Dr Sverdrup, un des

membres de l’équipage du _Maud_:

«Une mesure de la hauteur du soleil indique simplement que l’on se

trouve quelque part dans un petit cercle, dont le centre est le point

qui a à ce moment le soleil au zénith, et dont le rayon est égal à 90° −

H (H étant la hauteur solaire mesurée). Ce cercle, nous l’appelons le

cercle du lieu.

«Pour déterminer le méridien sur lequel le soleil se trouve au moment de

l’observation, on doit lire en même temps une montre, dont l’état par

rapport au temps moyen de Greenwich (T. M. G.) est connu. La

_Connaissance des Temps_ donne les corrections à ajouter ou à retrancher

pour obtenir le temps vrai de Greenwich. Le soleil est alors au-dessus

du méridien, dont la différence de longitude par rapport à Greenwich est

égale à l’heure de la montre (Temps vrai de Greenwich), et se trouve au

zénith au-dessus du point, dont la latitude est égale à la déclinaison

du soleil.

«Une observation de hauteur solaire et une lecture simultanée de la

montre servent à calculer une tangente au cercle du lieu dans le

voisinage de la position dans laquelle on croit se trouver. Cette

tangente est la droite de hauteur.

«Près du Pôle cette ligne est déterminée sans calculs compliqués. On

peut tracer directement le méridien sur lequel se trouve le soleil,

lorsque l’on a calculé l’heure de la montre par rapport au temps vrai de

Greenwich. Le cercle du lieu coupe ce méridien à une distance H − D du

Pôle, D désignant la déclinaison du soleil. Cette intersection, nous

l’appelons le point du pôle du cercle du lieu. Si la différence H − D

est positive, ce point se rencontre du même côté du Pôle que le soleil,

si elle est négative, du côté opposé. Une perpendiculaire au méridien

sur lequel se trouve le soleil, passant par le point du pôle du cercle

du lieu est tangente à ce cercle. Cette tangente, nous l’appelons la

tangente du pôle. Jusqu’à une distance du point du pôle au Pôle

correspondant à cinq degrés de latitude, la tangente du pôle

représentera le cercle du lieu avec une approximation suffisante, et

pourra être considérée comme la droite de hauteur; mais si la distance

est plus grande, l’écart entre la tangente et le cercle deviendra

sensible.»

Sverdrup explique ensuite un procédé facile pour trouver la correction à

appliquer si l’on se trouve en-dessous de la distance de cinq degrés de

latitude. Sur la banquise nous demeurâmes toujours dans l’intérieur de

cette limite, par suite n’eûmes pas à faire usage de la correction. La

méthode de Sverdrup est très simple et suffisamment exacte en raison de

la faible différence existant entre l’angle horaire et l’azimut.

Je reproduis ci-après le calcul de nos observations dans la nuit du 21

au 22 mai, immédiatement après notre débarquement.

M. = 3 h. 23′ 3″ 2Hi [Illust.] = 35° 58′ 0″

Tm. Gr. − M = 1 h. 0′ 19″ (horizon artificiel)

-------------- Hi [Illust.] = 17° 59′

Tm. Gr. = 2 h. 22′ 44″ Correction = +13′

-----------

+ Em. = 3′ 33″ H v [Illust.] = 18° 12′

-------------- D = N. 20° 15′,4

T. V. Gr. = { 2 h. 26′ 17″ -----------

{ 36°,3 H − D = { −2° 3′,4

{ 123,4 milles marins

Sur une feuille de papier je traçai une ligne représentant le méridien

de Greenwich, et sur cette ligne portai le Pôle Nord. Je portai ensuite

sur le méridien du soleil un point distant de 123,4 milles marins dans

le sud-ouest du Pôle (H − D étant négatif). Par ce point je menai une

perpendiculaire au méridien du soleil et obtins ainsi une droite de

hauteur. Pour obtenir une seconde droite de hauteur, il fallait attendre

que le soleil se fût déplacé. L’intersection de ces deux lignes du lieu

est le point où l’on se trouve.

A 5 h. 47′ (Temps vrai de Greenwich), je fis une nouvelle observation;

son résultat fut: H − D = −33 milles marins. La droite de hauteur

fournie par cette équation ayant été portée sur la même feuille de

papier, son point d’intersection avec la première nous donna pour notre

position: 87° 47′ de latitude nord et 13° de longitude ouest.

Quelques jours plus tard, adoptant ces valeurs comme point estimé, je

calculai ces observations d’après la méthode Saint-Hilaire. J’obtins

alors comme coordonnées de notre point de débarquement:

87° 43,2′ latitude nord.

10° 19,5′ longitude ouest.

A notre retour nos observations ont été revisées à l’aide des formules

astronomiques les plus précises. Cette revision a donné comme résultat

pour la position de notre premier camp, le point le plus nord pour

lequel nous ayons des observations:

87° 43′ latitude nord.

10° 37′ longitude ouest.

Au cours de nos reconnaissances à la recherche d’un terrain de départ

nous nous sommes avancés dans le nord, mais sans faire d’observation.

A notre retour, un spécialiste norvégien, M. Wesö, a calculé les

positions de nos différents points d’observation. Ses opérations ont eu

les résultats suivants:

_22 mai._--87° 43′ latitude nord, 10° 37′ longitude ouest.

_28 mai._--87° 32′ latitude nord, 10° 54,6′ longitude ouest.

_29 mai._--87° 31,8′ latitude nord, 8° 3,9′ longitude ouest.

_12 juin._--87° 33,3′ latitude nord, 8° 32,6′ longitude ouest.

Ces positions mettent en évidence la dérive de la banquise. En direction

générale, elle portait un peu dans le sud-est.

* * * * *

Nous emportâmes un matériel de sondages par le son qui avait le grand

avantage de ne peser que quelques kilos. C’est avec ces instruments que

nous avons opéré sur la banquise.

Pour obtenir une visée précise du soleil, le compas de relèvement était

muni d’un viseur particulier et d’un niveau. Pendant les observations le

compas fut tenu à une bonne distance de tous les objets susceptibles de

déterminer une perturbation.

Des observations furent exécutées le 23 et le 29 mai. Leurs résultats

sont:

Déclinaison W. = 39° 5 et 30°, soit environ 5° de plus que les cartes ne

l’indiquent.

Ces observations nous furent d’une grande utilité pour le voyage de

retour en ce qu’elles nous servirent à calculer notre route au compas

vers le Spitzberg. Toutefois nous fîmes usage d’une valeur moindre de la

déclinaison; l’expérience justifia cette correction.

* * * * *

Tous les pilotes savent quelle gêne leur apporte le soleil, lorsqu’il se

trouve droit devant eux et bas sur l’horizon. Aveuglés par la lumière,

ils ne peuvent lire facilement les instruments; en second lieu, à la

longue, ils éprouvent une grande fatigue. Pour remédier à cet

inconvénient, j’avais fait disposer derrière le pare-brise de petits

écrans que l’on pouvait mettre en place à volonté. A 22 heures, pendant

le vol en direction du Pôle, me sentant la vue fatiguée par l’éclat du

soleil, je dressai l’écran en question et le conservai jusqu’à une

heure, lorsque nous commençâmes à descendre.

* * * * *

Nous emportâmes des _skis_, des bâtons pour _skis_ et des traîneaux. Sur

la banquise ces patins nous furent fort utiles; sans eux, nous aurions

enfoncé jusqu’au genou dans l’épaisse couche de neige qui recouvrait la

«vieille glace» et n’aurions pu traverser la «jeune glace», très

fragile, de l’étang où nous avions ameri, lorsque nous allâmes chercher

des approvisionnements à bord du _N-24_.

En avion vers le pôle nord · 第 9 / 12 段