Mais il est assez mal reçu de cette luronne, qui le rabroue et qui

menace de le faire assommer; elle change bientôt de ton et se montre

aussi complaisante qu’elle avait été d’abord maussade et sévère. Elle

offre elle-même de faire plus ample connaissance avec ce novice qui

lui parle d’amour, et elle le conduit dans une chambre d’hôtellerie où

ils peuvent poursuivre l’entretien dans un tête-à-tête dont le pauvre

garçon ne profite pas.

A peine sont-ils montés dans cette chambre et assis au bord du lit,

l’unique siége qui s’offrît à eux, elle se met à fondre en larmes et

elle déplore son malheureux sort, en disant qu’elle est fille de bien,

qu’elle a été enlevée à sa famille par ces charlatans et qu’elle mène,

bien à contre-cœur, une vie désordonnée, qui convient aussi peu à ses

sentiments qu’à sa naissance.

Voilà mon jeune homme attendri et plus amoureux que jamais. Il jure

à la belle, qu’il la délivrera de cette odieuse servitude et qu’il la

ramènera à ses parents.

Rendez-vous est pris pour le soir même: à minuit sonnant, les deux

amants se retrouveront derrière une écurie, à cent pas de l’auberge où

ils logent l’un et l’autre:

Elle y vient, je m’y trouve: elle a dessous son bras

Un coffret dans lequel elle avoit mis deux draps,

Un morceau de coutil, un peigne, des brassières,

Un demi-ceint d’argent, des gands et des jartières:

C’estoit là son butin, c’estoit là son vaillant.....

Ce passage prouve que les femmes de mauvaise vie, chassées des villes

par l’ordonnance de 1560, s’étaient retirées dans les compagnies de

marchands ambulants, de comédiens et de charlatans, qui parcouraient le

pays en débitant leurs marchandises, parmi lesquelles figurait toujours

la Prostitution la plus crapuleuse.

L’arrivée d’une troupe de ces gens-là devait être, dans chaque

village où elle s’arrêtait, le signal de tous les désordres; et quand

l’autorité civile ou ecclésiastique ouvrait les yeux sur ces excès qui

se répandaient tout à coup comme une épidémie au sein d’une population

paisible, les auteurs du scandale avaient déjà plié bagage et s’étaient

éloignés en laissant derrière eux leurs dupes et leurs victimes.

La fille et son ravisseur, qui craignent d’être poursuivis par les

bohémiens, marchent toute la nuit, peu chargés, il est vrai, de nippes

et d’argent; ils arrivent, au point du jour, dans un petit village où

ils se croient enfin à l’abri des poursuites; ils frappent à la porte

de la dernière maison de ce village. C’est un affreux taudis où logent

les charretiers et les colporteurs, mais les amoureux ne seraient pas

plus heureux dans un palais que dans ce logis

Escarté du chemin et loin du voisinage.

On leur donne une chambre; la fille y fait apporter du vin et du

jambon: ils boivent, ils soupent, ils se couchent; le débauché ne tarde

pas à s’endormir du plus profond sommeil. Sa compagne de lit ne pense

pas à l’imiter; elle se lève sans bruit, quand il fait grand jour, et

cette rusée, raconte-t-il en la maudissant,

. . . . . . Au sortir du coucher,

Ayant tiré de moy ce qui m’est le plus cher,

Endormy de travail, las de trop longue veille,

Ivre de ses appas et d’excès de bouteille,

Entendu dans le lit, sans poulx, sans sentiment.....

Trousse quille et bagage, et m’enlève ma bourse;

Puis, droit où je la prins, s’en retourne à la course.

Quand le pauvre diable se réveille, il étend la main, encore à moitié

endormi, et ne trouve plus personne à ses côtés; il appelle, il attend,

mais il s’aperçoit que sa bourse s’en est allée avec l’aventurière,

qui ne lui a pas même laissé de quoi payer leur écot. Il ne put sortir

de l’hôtellerie, qu’en abandonnant une partie de ses hardes. Il était

déjà dégoûté de la vie errante et il avait honte de s’être, au premier

pas, fourvoyé dans la débauche: il entra dans le premier couvent qu’il

rencontra sur son chemin et il demanda aux moines l’hospitalité.

Son dessein était de faire pénitence et de se consacrer à Dieu. Il

tranquillisait ainsi sa conscience troublée et il aurait oublié,

en priant et en se macérant, la cruelle déception qu’il venait de

rencontrer à son début dans le monde du péché, si de cuisantes douleurs

ne la lui eussent rappelée. Il lui restait un triste souvenir de la

prostituée, qui l’avait trompé et volé; le mal empirait tous les jours

et prenait le caractère le plus grave: l’infortuné ne pouvait plus

même cacher les fruits honteux de son intempérance; il se vit obligé de

renoncer au cloître et de sortir du couvent,

Les bras farcis de galle, et les cuisses, de cloux.

Il était trop sérieusement malade pour se faire traiter dans une ville

de province, et il n’avait pas d’argent pour se rendre à Paris. C’est

alors qu’il fait un retour sur lui-même et qu’il dévoue aux Euménides

la misérable qui lui a mis un poison dévorant dans les veines; il

s’écrie:

Fille ingrate, maudite, inconstante et sans foy,

Ne te suffisoit-il pas d’enlever ma valise,

M’ayant laissé lassé, gisant nud, en chemise,

Sans m’affliger des maux de tes embrassemens,

Que tu avois gagnez par trop de changemens,

Impudique Laïs, prestresse de Cythère,

Scaldrine à tous venans, Tisyphone, Mégère!...

Le mal eut le temps de faire des progrès terribles, avant que le

triste débauché, qui souffrait comme un possédé, se fût mis entre

les mains des médecins de Paris. Le traitement était aussi douloureux

que le mal, et quand le patient put se croire guéri, ce n’était plus

qu’un squelette, qu’une ombre, qu’un vieillard décrépit et dégoûtant.

Il revint dans cet état chez son patron, qui eut pitié de lui et qui

consentit à le reprendre: il avait trop appris à ses dépens combien

la débauche est fatale au repos de l’âme et à la santé du corps, pour

retomber jamais dans les filets de la Prostitution.

Le sieur Courval-Sonnet, en écrivant des satires avec une plume

souvent trempée dans la boue, était animé, du moins, d’une bonne

intention, et il se piquait de corriger les mœurs de son temps, que

les poëtes renommés avaient contribué à rendre plus vicieuses et plus

corrompues. On peut dire que jamais la poésie française n’avait été

aussi licencieuse, aussi abominable, que pendant la régence de Marie de

Médicis; elle semblait n’avoir pas d’autre destination que d’exalter

le délire des sens et de célébrer impudemment les faits et gestes de

la dissolution la plus infâme. C’était la jeune cour qui encourageait

cette dégradation du métier de poëte; c’était elle qui fournissait,

par ses désordres, matière à ces compositions impudiques. Il est

à remarquer, cependant, que les premières poursuites qui aient été

exercées contre un mauvais livre, comme outrageant les bonnes mœurs

et l’honnêteté publique, datent de cette époque où les Sigongnes, les

Motin, les Berthelot et les Théophile salissaient la langue française

en lui faisant exprimer d’horribles obscénités qui se cachaient

auparavant sous le masque des priapées latines. Le procès de Théophile

et de ses coaccusés, au sujet du _Parnasse satyrique_, est le point

de départ d’une jurisprudence toute nouvelle, qui range les ouvrages

obscènes parmi les excitations à la débauche et qui demande compte aux

auteurs de ces coupables tentatives de démoralisation publique. Mais

cette jurisprudence, quoique appuyée sur des motifs de haute sagesse,

eut beaucoup de peine à s’établir en France, parce qu’elle blessait

les habitudes littéraires et contrariait les libertés de l’esprit

français. On n’avait pas encore soupçonné qu’un délit pût exister

dans la publication d’une de ces œuvres, qu’on appelait _gaillardes_

et qui n’étaient soumises à aucune loi de décence, pourvu qu’elles

ne touchassent ni à la politique ni à la religion. Théophile et ses

amis eurent l’imprudence de toucher à la religion et de faire ce qu’on

nommait de l’athéisme ou de l’épicurisme, en composant des poésies

libres. Ces poésies furent imprimées par des libraires, qui avaient

osé placer leur nom sur le frontispice du livre qu’ils vendaient, sous

les yeux des magistrats, dans les galeries du Palais de justice. Ces

poésies étaient si ordurières, qu’on se demande aujourd’hui comment

le libraire et l’auteur ne rougissaient pas de s’attacher, pour ainsi

dire, à ce pilori. La cour en fit ses délices, et Théophile Viaud, qui

était venu à Paris en 1610 pour se produire comme poëte, recueillit

plus d’honneur et d’applaudissements, quand il se fut fait le chantre

de l’impudicité, que tous les écrivains qui n’avaient employé leur

talent qu’à des compositions honnêtes et morales. Répétons encore avec

M. Viollet-Leduc, que, dans ce temps-là, on entendait par _satire_

une pièce de poésie libre et souvent même obscène, et que les poëtes

satiriques étaient ceux qui appliquaient leur verve effrontée aux

choses de la Prostitution. Théophile, en cela, était passé maître, et

ses mœurs déréglées ne se reflétaient que trop dans ses écrits.

Les honnêtes gens voyaient avec indignation pulluler ces poésies

licencieuses, qui pervertissaient la jeunesse en offrant de dangereux

aliments aux passions sensuelles. En 1617, le libraire Antoine Estoc

avait mis au jour un volume in-12 intitulé _Recueil des plus excellans_

(sic) _vers satyriques de ce temps, trouvez dans les cabinets des

sieurs Sigognes, Regnier, Motin, qu’autres plus signalez poètes de ce

siècle_. Ce recueil, dans lequel la licence de la pensée le dispute à

celle de l’expression, obtint un prodigieux succès parmi les libertins.

La police qui n’eut pas l’idée de s’opposer à la vente de cette

première édition, ne s’opposa pas davantage à la réimpression. Ce

fut Billaine, un des libraires les plus recommandables de Paris, qui

réimprima le recueil, très-augmenté, en 1618, sous ce titre: _Cabinet

satyrique ou recueil de poésies gaillardes de ce temps, composées

par Sigognes, Regnier, Motin_, etc. Ces deux éditions avaient paru

avec privilége du roi! L’éditeur (c’était Berthelot, ou Colletet, ou

Frenicle, et peut-être avaient-ils tous les trois coopéré à ce travail)

annonça, dans la préface de l’édition de 1618, qu’il s’était plu à

la rendre «plus parfaite et mieux ordonnée que l’autre, où il y avait

inégalité, mélange, confusion partout.» La première édition avait été

vendue en trois mois (voy. l’Avertissement de l’éditeur anonyme); la

seconde s’écoula presque aussi rapidement, et le libraire qui avait

publié celle de 1617, Antoine Estoc, réimprima encore le _Cabinet

satyrique_, en 1620.

Jusqu’alors, libraires, éditeurs et autres n’avaient pas été inquiétés;

Théophile, il est vrai, fut condamné au bannissement temporaire, en

raison de ses mœurs plutôt que de ses vers, et le chevalier du guet

lui avait signifié, au mois de mai 1619, l’ordre de sortir du royaume;

mais il ne demeura pas longtemps à Londres, où sa réputation de poëte

et les recommandations de ses amis de la cour de France l’avaient fait

accueillir avec beaucoup d’empressement et d’enthousiasme. On ne lui

reprochait pas plus qu’à Sigognes, à Motin et aux autres satiriques

d’avoir laissé imprimer des vers licencieux, que «les amateurs des

lettres et de la poésie» avaient vu, de très-bon œil, mettre en lumière

et sauver de l’oubli. Théophile était pensionné par le roi et par la

maison de Montmorency; Motin avait un canonicat à Bourges; Sigognes

était gouverneur du Havre. Théophile eut le malheur de se brouiller

avec le jésuite Garasse, qui, dans sa _Doctrine curieuse des plus

beaux esprits de ce temps_, l’attaqua de la plus furieuse manière, en

l’accusant d’athéisme et de libertinage. Le Père Garasse avait poussé

la haine et la mauvaise foi, jusqu’à falsifier des vers de son ennemi,

auxquels il attribuait un sens irréligieux. Théophile traduisit en

justice le jésuite et son livre, qu’il fit saisir et supprimer, après

avoir prouvé, son manuscrit à la main, que les vers qu’on citait

pour le perdre avaient été singulièrement défigurés. Garasse ne se

tint pas pour battu; il publia son Apologie, où il n’épargnait pas

Théophile ni les _beaux esprits de ce temps ou réputés tels_: «Jamais,

disait-il (ch. XII, p. 152), les impudicitez de Carpocras ne furent

si connues dans les villes de la Grèce, que les impudicitez de Viaud,

les blasphèmes de Lucilio et les impietez de Charron sont connues

en France.» Derrière Garasse, il y avait une puissante Compagnie qui

avait juré la perte de Théophile: les jésuites épousaient la querelle

de leur confrère Garasse qui leur soufflait son humeur belliqueuse.

Sur ces entrefaites, un libraire mit sous presse un nouveau recueil

de vers obscènes, intitulé: _Le Parnasse des poètes satyriques, ou

Recueil des vers gaillards et satyriques de nostre temps_. Ce recueil

contenait plusieurs pièces de vers avec le nom de Théophile; elles

avaient été insérées dans ce recueil, sans son aveu et à son insu;

mais le bruit courut, néanmoins, que le recueil entier sortait des

mains de Théophile, et avant que les premiers exemplaires du _Parnasse

satyrique_ eussent circulé, le poëte, qui fut averti qu’on lui

attribuait déjà cette honteuse publication, alla lui-même dénoncer ce

livre au prévôt de Paris, en déclarant qu’on y avait imprimé, malgré

lui, différentes pièces de vers, qu’il avait réellement composées,

mais qu’il ne destinait pas à l’impression. Le prévôt de Paris, en

raison de cette déclaration, rendit une sentence contre l’imprimeur,

fit saisir le livre chez le libraire, qui fut emprisonné, et ordonna

la destruction du livre. Cette destruction ne paraît pas avoir été

exécutée, et les exemplaires, pour lesquels on avait refait des

titres ne portant aucun nom de lieu ni de libraire, circulèrent sous

le manteau dans Paris, où ils furent recherchés curieusement par

tous les libertins. Le libraire emprisonné (nous croyons que c’était

Pierre Bilaine) avait déclaré que Théophile n’était pas étranger à la

publication du _Parnasse satyrique_. Le parlement fut donc saisi de

l’affaire, et Théophile se trouva mis en cause comme auteur des vers

incriminés et comme collecteur et publicateur de l’ouvrage condamné.

C’était encore un jésuite, le Père Voysin, ami du Père Garasse,

qui avait dénoncé Théophile et qui produisait plusieurs témoins à

l’appui de cette dénonciation. Théophile était accusé non-seulement

d’attentat aux bonnes mœurs, mais encore d’athéisme, et ce dernier

chef d’accusation dominait tous les autres, quoiqu’il ne fût fondé

que sur quelques vers plus philosophiques que sacriléges. Le poëte,

en présence d’un procès criminel que ses ennemis avaient perfidement

évoqué, crut devoir s’absenter, et sa fuite, comme il le dit lui-même,

«qui n’était que de peur, donna des soupçons de crime.» Le procès

suivit son cours en l’absence de l’accusé. Garasse et les jésuites le

poursuivaient, avec un redoublement de fureur, dans leurs livres et

dans leurs sermons; ils lui reprochaient surtout d’avoir corrompu la

jeunesse par ses poésies, par ses discours et par son exemple. On le

représentait comme l’unique auteur du _Parnasse satyrique_, bien que

ce recueil renfermât des vers de tous les poëtes contemporains _les

plus signalés_. Voici en quels termes le jésuite Théophile Raynaud

parle de cette infâme publication dans le traité _De Theophilis_ (p.

229): _Opus item, cui titulus est_ Parnassus satyricus; _supra quasvis

Apuleii, Luciani, Romantii a Rosa, ac similium scriptorum, camarinas

grave olentissimum, et ad juvenilis pudoris cladem ac totius honesti

exterminium, in diaboli incude fabrefactum, hujus putentissimi ingenii

fœtus est. Credi vix potest quanta mala spurciloquus iste juventuti

intulerit: quà infamibus scriptionibus, quà colloquiis et consuetudine

familiari_. Quoique le _Parnasse satyrique_ fût un exécrable livre

qui méritait bien l’honneur qu’on lui faisait de supposer qu’il avait

été dicté par le démon de la luxure, ce grief n’eût peut-être pas

suffi pour motiver la condamnation de Théophile, car l’impression et

la vente des livres obscènes étaient alors tout à fait tolérées, et

nous avons vu tout à l’heure quels étaient ceux qu’on osait dédier à

la reine et qui paraissaient avec privilége du roi; mais on rassembla

d’autres griefs contre Théophile. On prétendit qu’il avait proclamé

son athéisme dans le traité _De l’immortalité de l’âme_, qui n’était

qu’une imitation du _Phédon_ de Platon; on assura qu’il avait organisé

une société secrète d’athées et de libertins, qui se proposaient

de pervertir la jeunesse par leurs écrits et par leurs paroles; on

présenta enfin plusieurs témoins qui déclaraient avoir entendu le poëte

chanter des chansons libres dans une _débauche_, c’est-à-dire dans

une orgie, et qui disaient avoir appris de sa bouche quelques vers

impies. Le parlement dut se préoccuper pour la première fois de ces

livres détestables qui outrageaient la pudeur publique, et l’on engloba

dans le procès de Théophile plusieurs de ses amis qui avaient coopéré

plus ou moins à la publication du _Parnasse satyrique_ et d’autres

recueils du même genre. Un mandat d’amener fut lancé contre Berthelot,

Colletet et Frenicle; mais il ne put recevoir d’exécution qu’à l’égard

de ce dernier, qui était le moins coupable et qui n’essaya pas de se

soustraire à la justice. Berthelot et Colletet s’étaient cachés, de

même que Théophile. On doit s’étonner que le sieur d’Esternod, qui

avait composé des vers plus infâmes encore que ceux de ces poëtes

satiriques, n’ait pas été compris dans les poursuites dirigées contre

eux.

Le parlement s’était ému des dangers que courait la jeunesse exposée

aux pernicieuses excitations de la poésie obscène: il n’hésita plus

à fonder une jurisprudence protectrice de la moralité publique,

et il rangea parmi les crimes de lèse-majesté divine et humaine la

composition et la publication des mauvais livres. Le 19 août 1623, un

arrêt fut rendu par la Cour, la Grand’Chambre et Tournelle assemblées,

contre Théophile, Berthelot, Colletet et Frenicle, «autheurs des

sonnets de vers contenant les impietez, blasphesmes et abominations

mentionnées au livre très pernicieux intitulé _le Parnasse satyrique_;»

Théophile, Berthelot et Colletet, «vrays contumax, atteints et

convaincus du crime de leze-majesté divine, pour réparation,» étaient

condamnés «scavoir lesdits Théophile et Berthelot à estre menez et

conduits des prisons de la Conciergerie, en un tombereau, au devant la

principale porte de l’église Nostre-Dame de ceste ville de Paris, et

illec à genoux, teste et pieds nus, en chemise, la corde au cou, tenans

chacun en leurs mains une torche de cire ardente du poids de deux

livres, dire et déclarer que très meschamment et abominablement ils

ont composé, fait imprimer et exposer en vente le livre intitulé _le

Parnasse satyrique_, contenant blasphesmes, sacriléges et abominations

y mentionnées contre l’honneur de Dieu, son Église et honnesteté

publique, dont ils se repentent et en demandent pardon à Dieu, au roy

et à justice: ce fait, menez en la place de Grève de ceste ville, et

là ledit Théophile bruslé vif, son corps réduit en cendres, icelles

jetées au vent et lesdits livres aussy bruslez, et Berthelot pendu

et estranglé à une potence, qui pour ce faire y sera dressée, si pris

peuvent estre en leurs personnes: sinon ledit Théophile, par figure et

représentation, et Berthelot, en effigie à un tableau attaché à ladite

potence: tous et chacuns leurs biens declarez acquis et confisquez à

qui il appartiendra, sur lesquels et autres non sujets à confiscation

sera préalablement pris la somme de 4 mil livres d’amende aplicables à

œuvres pies, ainsi que la Cour advisera.» Quant à Frenicle, qui était

prisonnier, le procureur général du roi devait informer plus amplement

contre lui sur les cas mentionnés au procès. En outre, «fait ladite

Cour inhibitions et défenses à toutes personnes, de quelque qualité

et condition qu’ils soient, d’avoir et retenir par devers eux aucuns

exemplaires du _Parnasse satyrique_, n’autres œuvres dudit Théophile,

ainsy leur enjoint les apporter et mettre dans 24 heures au Greffe

criminel d’icelle, pour estre bruslez et réduits en cendres, sur

peine, contre les contrevenans et qui s’en trouveront saisis, d’estre

declarez auteurs dudit crime et punis comme les accusez.» Enfin,

quatre libraires, Estoc, Sommaville, Bilaine et Quenel, qui avaient

imprimé les œuvres de Théophile, devaient être «pris au corps et amenez

prisonniers ès prisons de la Conciergerie du Palais, pour estre ouys

et interrogez sur aucuns faits résultans dudit procès, et où ils ne

pourront estre appréhendez, seront adjournez à trois briefs jours, à

son de trompe et cry public, à comparoir en icelle, leurs biens saisis

et commissaires y establis jusqu’à ce qu’ils ayent obéi.» (Voy. le

troisième tome de l’_Histoire de nostre temps_, par Cl. Malingre,

Paris, Jean Petitpas, 1624, p. 330 et suiv.)

Histoire de la prostitution chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours, tome 6/6 · 第 19 / 23 段