στήλη
MIME XV. Je consacre cet autel à la mémoire de Kinné. Ici, près des
rochers noirs où tremble l'écume, nous avons erré tous les deux. La
grève trouée le sait, et le bois de sorbiers, et les joncs des sables,
et les têtes jaunes des pavots de la mer. Elle avait les mains pleines
de coquilles dentelées et j'emplissais les conques frémissantes de ses
oreilles avec des baisers. Elle riait des oiseaux à huppe qui se
perchent sur les algues et hochent de la queue. Je voyais dans ses yeux
la longue ligne de lumière blanche qui marque la frontière de la terre
brune et de la mer bleue. Ses pieds se mouillaient jusqu'aux chevilles
et les petites bêtes marines sautaient sur sa tunique de laine.
Nous aimions l'étoile brillante du soir et le croissant humide de la
lune. Le vent qui passe l'Océan nous apportait les parfums de pays
épicés. Nos lèvres étaient blanches de sel, et nous regardions luire, à
travers l'eau, des animaux transparents et mous, comme des lampes
vivantes. L'haleine d'Aphrodite nous entourait.
Et je ne sais pourquoi la Bonne Déesse a endormi Kinné. Elle tomba entre
les pavots jaunes des sables, à la lueur rose de l'étoile de l'Aurore.
Sa bouche saignait et la lumière de ses yeux s'éteignit. Je vis entre
ses paupières la longue ligne noire qui marque la séparation de ceux qui
se réjouissent au soleil et de celles qui pleurent près des marécages.
Maintenant, Kinné marche seule au bord de l'eau souterraine, et les
conques de ses oreilles sont sonores du bruissement des ombres qui
volent, et sur la grève infernale se balancent des pavots tristes à tête
noire, et l'étoile du ciel obscur de Perséphone n'a pas de soir ni
d'aurore; mais elle est semblable à une fleur d'asphodèle flétrie.