M. Beaudrain cite le vers fameux:

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.

Et il ajoute chaque fois:

--Eh! eh! on jurerait que Corneille a prévu les Prussiens.

Cependant, il ne faut pas désespérer. Tout n'est pas perdu. On vient

d'afficher une proclamation de l'Impératrice:

«Vous me verrez la première au danger pour défendre le drapeau de la

France.»

--Des phrases comme ça vous réconfortent, dit Mme Pion. C'est capable de

réchauffer les plus froids.

--Pour sûr, répond M. Legros qui s'éponge avec énergie.

Mon père lit le journal du jour.

«Les Prussiens sont à bout de souffle.

«La Prusse foule notre terre française. Songez-vous bien à cela? Oui,

n'est-ce pas?--Et vous avez compris? Et au lieu de craindre quoi que ce

soit, vous riez, vous haussez les épaules, et vous vous apprêtez _aux

voluptés du massacre_?

«Oui, n'est-ce pas? vous allez venger les vieux de 1814, la France

meurtrie et sanglante, laissée pour morte sous le talon des barbares?

«Ce sera le dernier sang versé! Soit! Mais, du moins, _qu'il soit versé

par cataractes, avec la divine furie du déluge_!

«L'armée prussienne est chez nous! _Nous la tenons!_ La voici _enfin_,

non plus seulement en face de nos braves, mais en face de deux millions

de citoyens, qui veulent mourir ou qui veulent tuer.

«La Prusse s'est laissée prendre à _cette ruse de la Providence. C'est

Dieu qui a été le seul vrai tacticien dans toute cette affaire_.»

--Les Prussiens? dit Catherine qui vient annoncer que le dîner est servi

et qui a entendu les dernières phrases; c'est le bon Dieu qui les punit.

Le 8 août le département de Seine-et-Oise est déclaré en état de siège.

Bas les coeurs! · 第 12 / 47 题