X.

Mais ce n'était pas tout encore: il fallait dépayser non-seulement son

prétendu génie, mais sa fortune toute féodale et toute territoriale à

Asti. Pour cela, la permission du roi était nécessaire. Quelle raison

à donner à un prince bon, mais absolu, que la haine mortelle de sa

soi-disant tyrannie! Alfieri n'avait ni tant de folie ni tant

d'audace; aussi il tourna humblement la difficulté. Il persuada

facilement au marquis de Cumiana, son beau-frère, et à sa soeur,

attachés par des emplois à la cour, qu'il voulait leur donner tous ses

biens en perdant la moitié au moins, en échange d'une rente viagère

d'environ trente ou quarante mille livres à condition qu'il irait

librement voyager et résider par tout l'univers. On eut bien de la

peine à accomplir cet arrangement, si nuisible à ses intérêts, si

favorable à sa famille. Enfin, on y parvint; il est probable que le

roi se vit sans trop de peine délivré d'un sujet excentrique, mauvais

poëte, grand déclamateur, qui méprisait son pays, et qui s'en allait

_toscaniser_ chez un autre souverain.

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 245 / 254 题