III.

Je m'empressai de croire tout cela, et, pendant deux ans du plus

prétentieux des ennuis, je n'ouvris pas d'autre livre que mes douze

volumes d'Alfieri. Je trouvais bien quelquefois que cette belle langue

italienne où le _si suona_ était bien rude et bien martelée, que cela

ne ressemblait guère ni à la délicieuse et claire harmonie du Tasse,

ni à l'amoureuse et rieuse mélodie de l'Arioste, ni à l'énergie

nationale, sensée et abondante de Machiavel; que cet effort continu de

l'écrivain, en tendant l'esprit du lecteur, lui donnait plus de peine

que de plaisir; que les banalités rhétoriciennes, quand on les

pressait bien dans la main, ne laissaient que des cailloux mal polis

dans l'esprit; que Dieu avait fait de la facilité la vraie grâce de

l'élocution, et que tout ce qui était difficile n'était pas réellement

beau. Mais, quand j'avouais ces scrupules aux Italiens lettrés, ils

étaient si infatués de leur grand déclamateur qu'ils me donnaient tort

à l'unanimité, et que, écrasé par leur enthousiasme, je me reprochais

d'avoir froid avec ce Vésuve dans ma poche, qui aurait dû fondre

toutes les neiges. La vraie raison, c'est que je n'étais pas du pays,

et que la mode du temps ne m'avait pas plié suffisamment à cet

enthousiasme de convention.

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 238 / 254 题