Quelques années avant cette perte, il avait épousé, à Pau, Mlle Lydia
Bunbury. C'était une jeune Anglaise, d'une candeur et d'une bonté
modestes, qui lui assurait le bonheur; elle lui promettait aussi un
jour une immense fortune.
Il jouit assez longtemps de cette fortune en espérance. Ses rêves d'or
lui permettaient toutes les illusions de la bienfaisance. La perte
irréparable d'un procès lui enleva tout. Il ne s'occupa qu'à consoler
lui-même sa jeune femme.
Son angélique bonté, qui l'attacha à elle, lui tint lieu de tout; il
n'avait point de dettes qui l'obligeassent à se dévouer à des
créanciers; il avait des amis. Il avait l'estime et la gloire modeste
de ses travaux auprès d'une épouse digne de son coeur; il fut pour
elle ce qu'il avait été pour sa mère. Il la soigna malade jusqu'à la
veille de sa propre mort. Elle connaissait toutes ses vertus, elle
l'adorait: il l'aimait lui-même comme un enfant infirme. Il n'avait
qu'une crainte, en se sentant atteint lui-même dans son principe de
vie, c'était de mourir avant elle, et de la léguer à des mains
étrangères. C'était comme une lutte de coeur à qui mourrait le
premier. Quand elle fut morte, il y a quelques mois, il se sentit
soulagé de son principal souci. Il attendit patiemment sa propre fin,
qui ne pouvait tarder beaucoup.
J'ai compris, par moi-même, ce soulagement du coeur, quand Dieu daigne
se charger du dépôt sacré que vous craignez de laisser après vous,
sans affection et sans providence, ici-bas.
Que les âmes railleuses fassent une ironie de cette consolation du
désespéré; Dieu qui la donne les juge: il suffit.