XX.

Il partit enfin à la fin d'octobre; il visita en chemin le monastère

du mont Cassin, et s'y arrêta quelques jours pour méditer sur le

tombeau de saint Benoît, un des patrons qu'il s'était choisis dans le

ciel.

Son ami le cardinal Cinthio, les membres de la famille du pape, les

prélats de la cour des deux neveux, et la foule de leurs courtisans

s'étaient rendus à sa rencontre hors des portes de Rome. C'était le 10

novembre 1594. Le lendemain il fut conduit par le même cortége à

l'audience du pape.

«La couronne que je vous destine, lui dit le pontife, recevra de vous

autant de lustre qu'elle en confère aux autres poëtes.» La mauvaise

saison fit remettre le couronnement au printemps. Le poëte passa

l'hiver à se préparer à la mort plus qu'à ce vain triomphe; on lit

avec attendrissement une lettre de lui à Ingegneri, son éditeur de

Venise, dans laquelle il lui recommande d'imprimer toutes ses oeuvres,

avec ou sans profit pécuniaire pour l'auteur. «S'il en résulte quelque

argent, dit-il en finissant, il sera consacré à ma sépulture.»

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 69 / 254 题