IX.

Le Tasse, revenu à son bon sens, écrivit à Alphonse pour le prier de

lui rendre la liberté. L'écuyer d'Alphonse, Coccapani, ami et

admirateur du poëte, remit lui-même la supplique et la réponse.

Alphonse chargea l'écuyer de tranquilliser le Tasse et de l'assurer

que sa détention n'était que temporaire et curative. Peu de jours

après, Alphonse vint en effet ouvrir lui-même la porte au poëte, et,

pour hâter sa convalescence, il l'envoya, libre et suivi d'amis et de

médecins, dans son délicieux palais d'été de Bello Sguardo. Le Tasse

reconnaît lui-même plus tard, dans deux passages de ses oeuvres,

écrits hors des États de Ferrare (huitième et dixième volume de ses

lettres), que le duc de Ferrare, dans cette circonstance, lui montra

l'affection «non d'un maître, mais d'un frère et d'un père.»

La paix, la solitude, l'amitié, ne suffirent pas à apaiser son

imagination inquiète à Bello Sguardo. Il voulut, comme s'il se fût

craint lui-même, s'enfermer pour le reste de sa vie dans le monastère

des Franciscains de Ferrare. Le duc répondit à la supplique que le

Tasse lui adressa de Bello Sguardo pour obtenir son congé et son

agrément, qu'il ne s'opposait nullement à ce que le malade fût remis

aux pères franciscains, si ces religieux consentaient à le recevoir et

à répondre de sa santé par leurs soins; il ajoute que, dans le cas

contraire, le Tasse pouvait revenir habiter, libre, son appartement au

palais de Ferrare, où il serait servi et soigné comme auparavant par

deux serviteurs de la cour. Mais les lettres de l'écuyer, ami du

Tasse, au grand-duc, à cette époque, disent que l'état de l'esprit du

poëte était plus affligeant que jamais, et qu'il «fatiguait ses

confesseurs par des _montagnes de folies_, débitées comme des

accusations contre lui-même.»

Cours familier de Littérature - Volume 16 · 第 40 / 254 题